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LI'CISI.ATION ET COMMKIlCr: DF.S GRAINS 321
me, il ne permettrait pas aux provinces frontières d'exporter leurs blés, lors même que celte denrée y serait à bas prix ; tandis que s'il avait observé dans un autre temps, que les prix ne sont montés dans quelques parties de la France que par des manœuvres particulières ou par l'abondance de l'argent, il verrait alors beaucoup moins d'inconvénients à faire des ventes aux étrangers.
Quelquefois , en permettant la libre exportation des grains dans tout le royaume, il la défendrait dans une ou deux provinces , destinées plus particulièrement à l'approvisionnement d'une grande ville.
Dans une autre circonstance, s'il savait que plusieurs pa} s ont des besoins considérables et pressants, tandis que les prix sont encore très-bas en France , il se déterminerait à n'en permettre l'exportation qu'à la cliarge d'un droit de sortie ; afin que le royaume tirât le plus grand parti possible de sa propre abondance et de la disette au-dehors.
Tantôt en défendant généralement la sortie, il ferait une exception en faveur d'une nation alliée qui serait dans le besoin, ou d'une autre qu'il serait important de captiver par la reconnaissance.
Une autre fois, quoiqu'il y eût assez d'abondance pour permettre l'exportation, il la suspendrait, si cet obstacle mettait dans l'embarras une nation en guerre avec la France.
S'il est informé tout à coup que les pays qui pourraient suppléer aux besoins des provinces méridionales vont fermer leurs ports, ou être troublés dans leur navigation, il arrêtera précipitamment la sortie qu'il avait permise aux provinces septentrionales, quoique les prix n'y soient point encore montés; mais afin de réserver leur superflu pour le Midi de la France où les circonstances vont cbanger.
Si des événements extraordinaires agitent l'imagination et répandent un esprit de mécontentement, il veillera davantage sur la modération du prix des grains.
Enfin, longtemps il ne se mêlera point de ce commerce, et en abandonnera la circulation à l'industrie des marchands; et tout à coup il ordonnera des achats et des approvisionnements, si quelques motifs particuliers l'y déterminent.
Combien d'autres combinaisons n'échapperaient pas à l'ceil vigilant capable de suivre ainsi la variété des circonstances, pour fonder sur cette harmonie le plus grand bien de l'Ktat.
■Mais ([uel abri contre rim])erfection d'une loi permanente que l'imperfection de la nature humaine î quel système chimérique que celui qui n'aurait de force, qu'autant que les vertus et les lumières seraient le partage constant de ceux qui gouvernent ! Les conditions que nous avons demandées fussent- elles remplies passagèrement; quel fardeau pour un homme, et quel courage ne lui faudrait-il point, s'il devait opposer les seules ressources de sa pensée, à des inconvénients sans cesse renaissants ! s'il devait prendre sur lui les événements , et devenir le garant {Mélanges, t. n.) 21
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de tout dans ropiiiioii î tandis que les plus grandes circonstances sont hors de son pouvoir ; tandis qu'il aura pour juge une multitude aveugle et farouche, qui impute toujours ses malheurs à l'homme puissant, sans arrêter jamais sa réflexion sur les lois de la nature, et sur les inconvénients inséparables de l'harmonie sociale! Ah ! s'il existait un administrateur capable de varier sans cesse les lois sur les grains d'une manière conforme au bien de l'Etat, et de n'être pas efTrayé par cette entreprise, on devrait peut-être à ses vertus de le préserver d'un semblable écueil !
CHAP. XIV. — SUR l'établisscmeint d'uim conseil pour régler