ALIAM
Tancieii empire romain , qu"( lie eût un gouvernement presque démocratique , qu'elle comptât parmi ses pro\inees l'Afrique , la Sicile , la Sardaigne et l'Egypte, vous voyez clairement que par cela même qu'où se conduit mal à Borne aujourdhui, on ferait bien d'adopter ici tous les règlements de Rome, et par la différence qui existe entre les deux monarchies, on éprouverait ici autant de bous effets de ces règlements qu'ils causent de mal aux États de l'Église. Cela me parait de la dernière évidence. Vous ne répondez pas ?
Le Makquis. C'est que je ne reviens point de mon ètonnement. Comment se peut-il quun raisonnement si simple , si clair, si frappant , n'ait été fait ici par personne lorsqu'on a discuté c^tte matière ? car il est bon que vous sachiez que , tandis quon entassait raisons sur raisons pour persuader les avantages d'une libre exportation, les Rènitents n"v opposaient d'autres objections que les nouvelles qu'on recevrait alors de la disette d'Italie ; ils disaient : Voilà l'effet de la liberté du commerce des blés... Il parut alors une petite brochure faite par des hommes d'esprit, qui prouva qu'en Italie il n'y avait rien moins qu'une pleine liberté , et cela suffit pour convertir tout le monde. On fut persuadé , on adopta le système de la libre exportation, on fit l'Édil.
Le Chevalier. ]N'e vous en étonnez pas. Rien n'est plus commun que de voir à la fin d'une dispute les deux adversaires déraisonner à qui mieux mieux: peut-être même cela est-il bon, et il est au moins plus avantageux , pour remporter la victoire sur celui qui a commencé à déraisonner, de riposter par un autre déraisonnement qui le confonde et létourdisse, que de tenter de le ramener parla véritable raison dont le fil est égaré, et dont on a perdu de vue la route. Celui qui commença à citer l'exemple de l'Italie fut le premier à déraisonner; il est vrai qu'on le lui rendit bien. Au reste, l'exemple de Rome, de Aaples et de la Sicile, ne prouvait ni pour, ni contre la France ; rien n'est si clair. L'exemple doit être pris à simili. L'expérience doit avoii' été faite sur un objet tout pareil, tout semblable, sans quoi il ne prouve rien.
Le Marquis. Vous croyez donc, à ce qu'il parait, que l'exemple de l'Angleterre et de l'encouragement qu'elle a donné à l'exportation dont elle s'est si bien trouvée...
Le Chevalier. Pendant quelques années.
Le Marquis. ]Ne m'interrompez pas. J'allais vous demander si vous faites de l'exemple de lAngleterrc autant de cas qu'on en fait ici : car l'Angleterre est le grand cheval de bataille des exportateurs.
Le Chevalier. Je n'en fais aucun cas, et toujours par la même raison, c'est que la France et l'Angleterre ne se ressemblent point ; ainsi ce qui se fait là ou là ne prouve rien du tout pour ici. Il se |)ourrait même que l'Angleterre eût mal fait d'encourager si fort l'exportation . et (|uil. fut néanmoins avantageux à la Fi'aucc de le faire.
DlALO(;iJES SLii LE COM.MEKCE DES BLÉS. 13
Le Marquis. J'entrevois pourtant, à mon grand étonueraent, que vous êtes le seul homme d'esprit de ma eonnaissance qui ne soit point pour la liberté de l'exportation.
Lf Chevalier. Je ne suis pour rien. Je suis pour qu'on ne déraisonne pas. L'exportation du sens commun est la seule qui me fâche.
Le Présidext. Mais dès que vous croyez qu'on est parti d'après de faux raisonnements, pour être conséquent, il faut bien croire aussi qu'on a fait une sottise.
Le Chevalier. Point du tout. On peut, d'après un mauvais raisonnement, tirer une conséquence vraie. Je dis, par exemple, vous, monsieur le Marquis , vous êtes Français , vous êtes loin de l'âge frivole , donc vous êtes aimable. Ce raisonnement ne vaut pas le diable , et j'ai pourtant dit trois grandes vérités.
Le Marquis. Vous êtes aussi galant que bon logicien. Mais convenez cependant que lorsqu'on déraisonne , c'est un pur hasard qui fait rencontrer le vrai .
Le Chevalier. D'accord. Ce hasard n'est pourtant pas si grand qu'on le pense. Exporter ou non exporter, c'est pair ou non. A-t-on bien fait d'établir l'exportation ? Il y a ma foi autant à parier pour que contre.
Le Marquis. Oui, si l'on jouait à croix ou pile; mais lorsque dans une affaire d'administration on n'a pas vu l'objet d'après ses vrais principes , si l'on s'est déterminé d'après des exemples de situations non-semblables, alors comme une loi qui va produire de nouveaux systèmes , est une chose des plus compliquées à laquelle il faut avoir réfléchi longtemps pour prévoir toutes les suites de l'opération et pour parer aux inconvénients qui résultent toujours des nouveautés, vous conviendrez qu'il y a beaucoup à parier que cette besogne aura été fort mal et fort gauchement faite.
Le Chevalier. Je conviens de cela.
Le Marquis. Vous pensez donc qu'on aurait mieux fait de s'en tenir au système du grand Colbert? C'était un homme que ce Colbert....
Le Chevalier. Je rends la justice qui est due au mérite de ce grand ministre. Mais si on prend le parti de suivre son plan par la seule raison que c'est le sien, on s'exposera à tout faire aussi mal qu'en imitant l'Angleterre, ou en prenant le contre-pied de ce qui se fait à Rome.
Le Marquis. Et pourquoi?
Le Chevalier. Parce que la France d'aujourd'hui ne ressemble pas plus à celle du temps de Colhert ou de Sully, qu'à l'Angleterre ou à l'Italie d'à présent.
Le Marquis. J'avouerai qu'il y a des différences dans le siècle, mais je n'en vois pas de si considérables que....
Le Chevalier. Ah! monsieur le Marquis, ne vous y trompez pas, en fait d'économie politique un seul diangement l'ail une différence