I. Si-Salah-ben-Chaban
mation. L'on rencontre bien encore, çà et là, dans les couches profondes, quelques sarcophages de tuf, qui paraissent remonter nu m(' siècle avant notre ère ; mais, la plupart du temps, le mort a été brûlé avant d'être livré à la terre, et ses restes calcinés sont enfermés dans un coffret de pierre, dans une amphore, ou, simplement, déposés en tas dans la chambre funéraire. Celle-ci n'est plus réservée à une seule personne, mais à toute une famille: parfois même, c'est une fosse commune, où les cendres, et les vases qui les accompagnent, sont entassés pêle-mêle, non seulement dans le tombeau lui-même, mais dans le puits d'accès, presque jusqu'au niveau du sol. Les rites funéraires ont donc perdu beaucoup de leur importance à cette époque, et le culte des morts n'a plus de vrais fidèles.
Rien ne le prouve mieux que la composition du mobilier qui garnit les tombes. Les bijoux d'or font défaut, ou sont de la camelote. Les intailles en pierre dure, les figurines d'ivoire et d'émail finement ciselées, les vases précieux ne se rencontrent plus guère, et sont remplacés par de vieilles monnaies tout usées, des lampes qu'on ne prend même plus la peine d'allumer auprès du mort, et des poteries communes, souvent ébréchées.
D'ailleurs, l'on ne retrouve plus rien d'égyptien dans les tombeaux, ni scarabées, ni amulettes divines, ni cachets hiéroglyphiques. Vases d'importation à couverte vernissée noire, lampes rhodiennes ou delphiniformes, figurines de terre cuite, tout porte à un haut degré l'empreinte de la civilisation hellénique, et c'est ce qui explique la transformation si complète qui s'est opérée dans les coutumes funéraires des Carthaginois. Elle est certaine-
ment due à la substitution, qui s'est faite au cours du ve et du ive siècle, de l'influence grecque à celle de l'Egypte, grâce aux relations étroites nouées avec la Sicile, et surtout à la suite de l'introduction à Garthage du culte de Deméter et de Perséphone, qui a profondément modifié dans le sens hellénique les traditions orientales et sémitiques de la religion punique.
C'est au milieu de ce cimetière, des derniers temps de la Carthage phénicienne, que s'éleva plus tard TOdéon romain.