PI. I Jus
En explorant les fondai ions de l'Odéon, Ton a partout rencontré, à deux ou trois mètres au-dessous de la plateforme, c est-à-dire à cinq mètres environ du sol moderne, des tombeaux puniques, ce qui confirme pleinenienl les assertions de Terlullien. Les uns. coupés en deux par les murs de refend, avaient été visités et avaient perdu tout ou partie de leur mobilier funéraire ; d'autres, au contraire, placés dans les intervalles de terre vierge que n'avaient pas bouleversés les tranchées des constructeurs romains, étaient restés absolument intacts. Dans la zone la plus rapprochée du théâtre, au sud. se trouvaient plusieurs sarcophages et deux grands caveaux à inhumation du rve siècle avant noire ère, construits en larges dalles ; ceux-ci avaient, malheureusement, été presque entièrement dépouillés de leur contenu et ne renfermaient plus que des ossements en désordre el quelques fragments de bijoux d'or. Du côté de la scène, l'on ne découvrit que des fosses à incinération, remontant aux derniers temps de la Carthage punique, et assez pauvres. Enfin le mur denceinle de la grande cour, qui précédait la façade au nord, esl établi sur de nombreux débris de tombes maçonnées en blocage el revêtues de stucs, autels ou caissons, culasses pèle-mèle avec des fragments de lampes romaines de la première époque, cl de coupes ou de patères signées, en fine terre rouge d'Arezzo. Il semble donc bien qu'il y avait à cel endroit, à la surface du sol antique, un cimetière datant des premiers temps de la conquête romaine, el qui aurait été désaffecté plus lard; il s'ensuivrait, si le fait est exact, que la nécropole de l'Odéon se trouvait à ce moment eu dehors du pomoerium ; ce qui est du reste assez vraisem-
blable, les premiers établissements romains ayant dû s'installer au bord de la mer, sur remplacement de la cité punique primitive.
Mais la nouvelle ville se développa avec une telle rapidité, qu'elle dépassa bientôt le chiffre de la population de l'ancienne Cartbage : débordanl au delà de ses premières limites trop étroites, elle prit une grande extension vers le nord dans la direction de Mecjnrn ; de nouveaux faubourgs englobèrent bientôt le cimetière, tout en le respectant, car Ton n'a rencontré dans le sous-sol de l'Odéon aucune trace dune construction quelconque antérieure au ine siècle. Mais ce magnifique emplacement, qui demeurait vide et inutile dans lune des plus belles situations de Cartbage, alors que l'on manquait de place tout autour, devait exciter bien des convoitises, et Ion comprend que le fondateur de l'Odéon, sans doute un proconsul d'Afrique, désirant faire construire un théâtre spécialement atlecté à la célébration des jeux pythiques, el ue pouvant trouver dans l'intérieur de la cité un terrain plus vaste ni plus digne de recevoir le somptueux édifice qu'il rêvait, n'hésita pas à user de sa haute autorité pour s'emparer de l'ancien cimetière, au grand scandale de ceux dv^ citoyens de Cartbage qui étaient restés fidèles aux vieux usages el avaient conservé le respect de la cité des morts.