‹ Nécropoles puniques de CarthageChapitre 178 sur 220 · FAITES A CARTHAGE PAR LE R. P. DELATTRE · texte numérisé non relu

FAITES A CARTHAGE PAR LE R. P. DELATTRE

Vous connaissez certainement déjà les superbes découvertes faites depuis quelques jours par le R. P. Delattre. Je viens d'aller les admirer au musée de Carthage, et je rentre émerveillé de ma visite. Le sarcophage de prêtresse à la colombe m'a surtout enthousiasmé : c'est un chef-d'œuvre. On ne saurait rien imaginer de plus étrangement savoureux que ce portrait de jeune femme qui repose calme et grave, mais bien vivante, et les yeux grands ouverts, sur le couvercle du tombeau où la défunte dort son dernier sommeil. Le visage aux traits délicats est mis en valeur par les lignes soutenues et rigides des attributs sacerdotaux qui l'encadrent : d'abord le voile, surmonté de l'épervier solaire accôuvé, qui dissimule en partie la chevelure aux boucles symétriques et renforce le cou de ses deux larges bandes verticales ; puis le calathos tronconique qui couronne la tête. L'expression est douce et n'a rien de funèbre. Les lèvres esquissent encore comme un vague sourire, dernier reflet du rictus éginétique interprété par un artiste de génie du

1. {Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions et Belle- Lettres, 19Q3, p. 6 à 10.]

ive siècle. L'élégance hellénique a aussi réussi à modifier, en l'assouplissant, la raideur hiératique du costume qui rappelle encore l'antique Egypte. Mais ce qui fait la rare originalité du sarcophage de Garthage, c'est ce zaïmph — je ne puis m'empêcher d'employer le terme de Flaubert, puisque tout dans cette sculpture, la date, le sujet, la jeunesse et la beauté, conviendrait si bien à son héroïne — ce grand voile, d'une sombre magnificence, qui couvre chastement le cou d'une pèlerine à trois zones annulaires, dégage le torse drapé de laine fine, et dont les pans, lamés de noir et d'or, reviennent se croiser sur les jambes et les enveloppent d'une gaine protectrice, comme les ailes repliées du vautour divin qui caractérise le costume d'Isis et de Nephtys, et des reines d'Egypte figurées sous l'apparence de ces déesses. C'est, du moins, ainsi que je comprends l'arrangement des draperies accessoires qui complètent le costume, dont l'élément essentiel reste l'ample tunique grecque relevée à la taille par une ceinture, et tombant ensuite jusqu'aux pieds. Peut-être cependant les ailes et la pèlerine n'ont-elles aucun lien entre elles ; car je connais — et cette lettre n'a d'autre but que de vous les signaler — deux autres exemples de la même pèlerine, où elle apparaît seule. Je la retrouve d'abord sur une statuette de terre cuite, publiée par le comte d'Hérisson (Mission à Utique, planche III, à droite), et à laquelle personne n'a prêté jusqu'ici l'attention qu'elle mérite. Je vous fais grâce de la description, donnée dans le texte à la page 243 :

« Hammon armé (le Goliath de l'Ecriture), ou le géant « portant sur son épaule droite son vainqueur etc. »

D'après la phototypie, la figurine représenterait un jeune homme debout, portant sur l'épaule droite un quadrupède, sans doute un agneau d'offrande, lequel correspondrait ainsi à la colombe de la prêtresse. La tête est coiffée d'une sorte de bonnet phrygien. Le costume se compose d'une courte tunique, succincta comme celle des camilles, relevée et froncée à la taille par un cordon noué sur le nombril, et s'épanouissant, au-dessous et par devant, en un éventail de plis très caractéristiques. Les épaules sont engainées dans une pèlerine à trois bandes annulaires, absolument identiques à celle de la sculpture de Carthage.

Cette même pèlerine apparaît aussi sur une figurine, absolument inédite celle-là, et dont je suis heureux de pouvoir vous réserver la primeur, et de vous adresser ci-joint deux dessins exécutés par le marquis d'Anselme, et deux photographies, de face et de profil l. Je l'ai découverte l'an dernier dans l'un des établissements de potier du Céramique de Carthage, que j'ai retrouvé dans le quartier de Dermech, et dont je ne suis pas encore parvenu, faute de temps, à donner une description détaillée. Je n'ai pu, jusqu'ici, que résumer très sommairement les résultats essentiels de mes recherches sur ce point, dans une courte notice qui a dû paraître ces jours derniers dans la Revue archéologique 2, mais que je n'ai pas encore reçue. J'ai ramassé cette figurine dans un coin de l'atelier qui précédait immédiatement le four tabulaire à deux étages, dont je donne le plana la page 381,

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