‹ Nécropoles puniques de CarthageChapitre 179 sur 220 · PI. CCXXXI · texte numérisé non relu

PI. CCXXXI

2. Gauckler, Les fouilles de Tunisie. Le Céramique de Carthage, dans la Revue archéologique, 1902, II, p. 379 à 383, et fig. 1.

figure 1, de la Revue archéologique^ . Elle avait été jetée avec d'autres statuettes mal venues, notamment deux dieux Bès, dans le tas où le potier reléguait les ratés, au moment du défournement. En effet, la figurine avait été fort éprouvée par la cuisson. La tête, fixée au cou par une mince tige de bois ou de métal, les deux bras, le bout du pied droit et la jambe gauche, parties saillantes, qui avaient été collées au tronc massif au moyen de la barbotine, s'étaient détachées dans le four, et la statuette ainsi réduite à sa plus simple expression, devenait invendable.

Dans son état actuel, elle mesure encore Om. 18 de hauteur. Elle est formée de deux pièces moulées, et rejointes ensuite à la barbotine sur les côtés. Mais seule, la face antérieure est modelée avec soin. Il n'y a pas d'autre trou d'évent que l'étroit canal percé au sommet du cou. L'argile est assez fine et bien cuite : elle provient des poches de terre à modeler qui abondent dans la colline de Sidi bou Saïd. Elle est recouverte d'un engobe blanc à la chaux (j'ai retrouvé le pot de couleur qui avait servi à cette opération), sur lequel des touches de couleur rouge vif et bleu azur soulignent les détails du modelé, et se combinent pour donner des roses et des bruns variés.

La statuette représente un jeune homme, reconnaissable plutôt au développement des épaules, très larges par rapport à la minceur des hanches, qu'aux détails du costume, lequel conviendrait presque aussi bien à une femme. Il est vêtu d'une longue tunique à manches larges et flottantes, faite d'une étoffe de laine fine et

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souple. Le vêtement est retroussé par devant jusqu'aux genoux, laissant les jambes à nu. Les plis sont relevés et massés à la taille par une ceinture, sur laquelle ils retombent, et qu'ils dissimulent en partie, de la même manière que dans la sculpture de Carthage. Au-dessous, ils sont massés sur le ventre en un faisceau, qui s'étale en éventail, ainsi que la psc hejit i des statues égyptiennes. La disposition de ce vêtement, comme aussi l'attitude de celui qui le porte, et qui se tient debout, la jambe gauche un peu infléchie et avancée, appelle la comparaison avec une statuette inédite du style alexandrin découverte cette année dans la nécropole puniqu de Sousse par M. le colonel aujourd'hui général) Goetschy, e( que j'ai fait entrer au musée du Bardo. Je vous en adresse ci-joint une photographie. C'est le costume du personnage indéterminé, peut-être un adorant, qui se dresse à droite du dieu Bès. sur lequel il semble s'appuyer. La tête et le bras droit manquent malheureusement.

Sur la figurine de Carthage, la tunique est complétée par une pèlerine, formée, elle aussi, de trois zones annulaires, séparées comme sur celle d'Utique par des filets en relief, et peintes de rouge sombre bordé de bleu ciel. Mais, ici, il faut noter une particularité nouvelle : de cette sorte d'égide, lourde et massive, qui couvre les épaules, descend une bande brodée, divisée en cinq compartiments rectangulaires, qui traverse verticalement la poitrine et se rattache à la ceinture.

En résumé, malgré quelques différences de détail, la prêtresse de Carthage. les deux jeunes hommes de Carthage et d'Utique portent le même attribut, qui paraît

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avoir un caractère religieux el sacerdotal, au moins à partir du ive siècle avant notre ère. C'est probablement à cette période ou au début du m0 siècle que remonte le sarcophage découvert par le R. P. Delattre, tandis que la figurine que j'ai recueillie dans un four à potier du Céramique est datée avec précision de l'époque à laquelle l'établissement fut incendié, au moment de la prise de Carthage par les Romains. La statuette d'Utique est peut-être un peu plus ancienne : elle rappelle beaucoup, pour le style, les terres cuites analogues que j'ai recueillies en 1901, dans la partie de la nécropole de l'Odéon qui paraît remonter au commencement du 11e siècle et à la fin du 111e avant notre ère.

Étant donné l'importance de la découverte faite par le R. P. Delattre, j'ai cru devoir vous communiquer sans retard ces quelques renseignements inédits qui la concernent. Si vous jugez qu'ils sont de nature à intéresser l'Académie, au moment où M. Héron de Villefosse lui présentera les photographies des sarcophages anthropoïdes récemment exhumés, je vous serai infiniment reconnaissant de vouloir bien les lui communiquer.

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