‹ Nécropoles puniques de CarthageChapitre 180 sur 220 · MARCHE DU SERVICE EX · texte numérisé non relu

MARCHE DU SERVICE EX

NECROPOLE DE DHAR MORALI

Les fouilles de Carthage ont été dirigées par M. Cauckler, assisté de M. Drappier.

Dans la nécropole punique de Dermech. il a fallu suspendre provisoirement les travaux de la grande tranchée que Ton poussait depuis trois ans, du Sud au Xord, parallèlement à la ligne du rivage, en attendant une entente, aujourd'hui conclue, avec les propriétaires des terrains habous du plateau de Rordj-Djedid. Par contre, grâce à la haute bienveillance de S. A. le Bey, qui a daigné autoriser les recherches du Service des Antiquités dans sa propriété de Dhar-Morali, Ton a pu ouvrir une seconde tranchée perpendiculairement à la première, de façon à relier la région basse de la nécropole prolopunique de Douimès aux groupes de sépultures, beaucoup plus récentes, précédemment fouillées au sommet de la colline de TOdéon.

Entre ces deux points extrêmes. Ton a traversé, comme il fallait s'y attendre, toutes les étapes chronologiques intermédiaires. Au bas des pentes, sur la lisière de la route de Sidi-bou-Saïd, les tombeaux sont encore anté-

\. Marche du Service en 1903, p. 6-10.

— oi2 —

rieurs à l'apparition de la monnaie à Carlhage. Mais la présence de vases d'importation dont les formes et la technique sont caractéristiques, et de scarabées en jaspe sarde, de style grec, ne permet cependant pas de les faire remonter bien au delà du ive siècle avant notre ère. Ce sont, le plus souvent, de simples fosses creusées à quelques mètres de profondeur dans le sable vierge, et parfois isolées du puits d'accès par une porte monolithe en tuf ; ou bien de petits caveaux construits en larges dalles. L'inhumation est le seul rite pratiqué : le cadavre était déposé dans la fosse, enveloppé d'un simple linceul, ou enfermé dans un cercueil de bois, à goupilles d'assemblage en bronze. L'on n'a rencontré qu'un seul sarcophage, d'un modèle très rare : c'est une auge en blocage, entièrement revêtue de stuc, à l'intérieur. Les cloisons de terre naturelle, qui séparaient les puits d'accès des sépultures, se prolongeaient parfois au niveau du sol antique, par des murettes d'un type inédit, en briques d'argile crue, dont les interstices avaient été bourrés de tessons de tuileaux, pour renforcer les arêtes et les garantir contre l'effritement.

Dans plusieurs tombeaux de cette série, la monnaie commence à paraître, sans que le mobilier funéraire se modifie sensiblement. Il ressemble beaucoup à celui qui a été retiré des caveaux taillés en plein tuf près du couvent de Sainte-Monique, et des tombeaux construits de Byrsa, qui remontent à la même époque. On y retrouve notamment un assez grand nombre de ces élégantes œnochoés de bronze, à bouche tréflée et anse ornée de mascarons, qui n'apparaissent à Garthage qu'à partir du rve siècle avant notre ère ; des lampes d'importation hellé-

nique, en forme de coupe plate traversée en son milieu par un tube vertical ; et des vases de fabrication étruscocampanienne, à couverte vernissée noire et brillante, à panse côtelée et anses contournées imitant les formes des vases de métal.

Les figurines sont peu nombreuses. Sur un couvercle de pyxis peint de vives couleurs, se détache un masque de Méduse de style grec, très élégant. Quelques vases de fantaisie ont été modelés en forme de colombe, parfois flanquée de deux colombeaux. L'un des tombeaux, le plus ancien (n° 493), renfermait trois statuettes : Astoreth et Tanit, les deux images divines que l'on rencontre presque toujours ensemble, debout, tenant leur sein droit d'une main, et de l'autre relevant les plis de leur tunique ; puis un personnage d'un type encore inédit à Garthage, à demi couché à la mode étrusque sur Un lit funéraire ] . et dont la longue barbe carrée, le turban ceignant le crâne et la robe flottante rappellent exactement le costume et l'aspect des rabs, qui figurent sûr les ossuaires et les sarcophages anthropoïdes du musée Saint-Louis de Garthage.

Les bijoux sont, comme toujours, fort inégalement répartis dans la nécropole. L'argent, très fréquent, est employé pour les bagues, les pendants d'oreille, les perles, la monture des amulettes et des scarabées dans les colliers. L'or, toujours massif et pur, est représenté par une quarantaine d'anneaux sigillaires à chaton mobile muni d'un scarabée, de bagues à chaton fixe gravé en plein métal d'une image divine, de pendants, de perles, de cachets. Ces bijoux reproduisenl sans grandes variantes

Page 1