‹ Négociations de la̓bbé de Polignac en Pologne concernant le̓́lection du prince de Conti comme roi de PologneChapitre 13 sur 115 · PAEMIÈRB PARTIE, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

PAEMIÈRB PARTIE, CHAPITRE III

L*abbé de Polignac profita de la présence de la Reine pour obtenir d'elle, le lendemain de son arrivée, une entrevue qui ne dura pas moins de trois heures; il en rendit compte à Louis XIY dans le plus grand détail :

« Je trouvai la Reine déjà préoccupée de ce sentiment, que « ses intérêts particuliers auroient de la peine à s'accorder a avec ceux delà France, et qu'ainsi le meilleur moyen qu'elle « pût prendre étoit de s'attacher à quiconque voudroit unir « ses vues avec les siennes, sans s'arrêter à ce que l'amitié et « la reconnaissance pourroient exiger d'elle.

« Après lui avoir dit sur cela tout ce que je crus capable « de lui donner des pensées plus équitables, je lui expliquai « nettement et distinctement les ordres dont Votre Majesté « m'avoit honoré : je veux dire tous ceux qui étoient en sa « faveur; je lui fis voir combien Votre Majesté répétoit « dans mes instructions les noms des sujets qui lui étoient « agréables, parce qu'en parvenant à la Couronne ils con- « serveroient à cette princesse toute sa gloire et toute son « autorité; que Votre Majesté faisoit entrer dans cette liste « non seulement les deux princes Alexandre et Constantin, « mais encore YÉUcteur de Bavière, jusqu'à présent ennemi « de la France, et ensuite quelque Piaste que ce pût être qui « fût choisi par elle; enfin, quel honneur elle recevroit si l'un « de ses fils épousoit une princesse du sang de Votre Majesté; « combien le secours de cent mille livres de pension, ajouté à « ce qu'elle pouvoit avoir d'argent comptant, étoit utile pour « favoriser le dessein qu'elle auroit; ensuite, je l'exhortai à

3i NÉGOCIATIONS DE L'ABB* DE POLIGNAC.

« ne point perdre de temps et à laisser en arrière toutes les « idées frivoles, à quoi il m'avoit paru qu'elle s'étoittrop « attachée, dans les lettres qu'elle m'avoit écrites pendant son <( voyage de Russie, parce que les moments étoient chers et « qu'il falloit se déterminer au plus tôt pour travailler « d'intelligence.

« Elle me répondit qu'elle étoit fort obligée à Votre Majesté « de ses bons sentiments et de sa générosité ; qu'elle trou- « veroit sa maison fort honorée par l'alliance que je lui « proposois; mais que l'exécution de tout le reste lui « paroissoit impossible ;

« Qu'à commencer par le prince Alexandre elle ne voyoit « pas qu'il eût aucune envie d'aspirer à la couronne de K Pologne, qu'il y avoit même renoncé formellement et promis « à son frère atné de ne point concourir avec lui; qu'elle « voyoit peu de jour à faire réussir son élection, quand on « y emploieroit de plus grands efforts, et que ses amis ne lui « conseilloient pas de l'entreprendre;

« Qu'à l'égard du prince Constantin, il étoit trop jeune « pour entrer dans cette carrière, et qu'ainsi pour ces deux « princes il étoit inutile d'y songer ;

« Que H. V Électeur de Bavière lui avoit mandé plusieurs « fois que son dessein n'étoit pas non plus d'y prétendre, « parce qu'il s'estimoil plus heureux de gouverner despoti- « quement des sujets dont il étoit né le maître, que d'avoir « à disputer toute sa vie avec des peuples jaloux de leurs « libertés ; que, de plus, s'il devenoit jamais roi de Pologne,

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