CHAPITRE IV
Dlitl DB CORTOGlTIOll. — R^VOLTI DE L'aBM<I. — BiaiROWSEI. -^ BirPTnV OtfFIRITIVI Dl Ll DliTB.
« La Diète commença le mercredi 29 août, et, avec elle, les brouilleries (1). » Le cardinal Radziouski, qui paraissait avoir embrassé le parti de la Reine, était, par cela même, détesté des Lubormiski, avec lesquels il eut une violente querelle, au sujet d'un dais qu'il avait fait élever dans Téglise Saint-Jean de Varsovie, où il officia pontificalement, le jour même de l'ouverture de la Diète. Les Lubormiski prétendirent avec assez de raison qu'une pareille distinction n'appartenait qu'au Roi. Peu s'en fallût que l'office divin ne fût interrompu. Cette question de cérémonial fut le prélude de débats beaucoup plus vifs et de dissensions beaucoup plus graves.
Après la messe solennelle, les Sénateurs se rendirent dans leur salle, et les Nonces dans leur chambre. Quand il fut
(I) Dépèche de Tabbé de Polignac au Roi, 31 août 4696.
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question d'élire le directeur ou maréchal de la Diète, il y eut de sérieuses contestations entre la grande et la petite Pologne et la Lithuanie. Chacun de ces trois pays avait, d'après la Constitution polonaise, le droit de nommer directeur, à tour de rôle, un membre de sa noblesse. Pour savoir à qui appartenait, dans les circonstances présentes, cet honneur, il fallait décider si la dernière Diète de Varsovie, qui avait été rompue au bout de six semaines, comptait ou non pour une Diète. L'Assemblée se déclarait pour l'affirmative; c'était parmi les gentilshommes de la grande Pologne que le choix devait être fait. Tel était l'avis. de la noblesse de Lithuanie.
Les Nonces restèrent jusqu'à six heures du soir en séance sans arriver à une conclusion. La séance des Sénateurs fut plus courte. Ne pouvant rien faire avant cette élection, ils se lassèrent d'attendre et se séparèrent. Deux jours après, la question n'avait pas fait un pas. Enfin, le 31 août un rapprochement eut lieu entre les Lubormiski et Radziouski ; il fut convenu entre eux de faire tomber le choix sur Humiecki, holnick ou mattre d'hôtel de Podolie, plus considérable par son mérite et par celui du palatin de Kiovie, son oncle, que par sa dignité. Grâce au concours de la noblesse lithuanienne, à laquelle le trésorier de Lithuanie avait fait adopter cette candidature, Humiecki fut élu, le 1*' septembre, maréchal de la Diète.
Cependant, las Reine avait eu soin d'entretenir la querelle entre les Lubormiski et le cardinal Radziouski ; elle la fomentait par les soins de la castellane de Lencici ; ce qui
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faisait dire à ses ennemis que la Pologne n'était troublée que par des femmes. L'abbé de Polignac, dans cette circonstance, montra la plus grande indifférence ; il âe songeait, comme il le mandait à Louis XIY, qu'à son affaire essentielle : l'élection du prince de Conti» qui lui paraissait de plus en plus probable, depuis qu'il s'était convaincu que la noblesse lithuanienne, aussi bien que la noblesse polonaise, voulait exclure du trône de Pologne les trois princes Sobieski et les Piaste.
La Diète à peine ouverte, on apprit que les Tartares avaient fait une invasion dans les environs de Zolkiew, enlevant quantité d'esclaves et de bétail et brûlant les récoltes. Cette nouvelle fut suivie d'une autre d'autant plus fâcheuse, qu'elle mettait la Pologne hors d'état de s'opposer à ces ravages. L'armée de la Couronne s'était confédérée. Les nations moins indulgentes que la nation polonaise appelleraient cette confédération une révolte (4). L'insurrection de l'armée avait pour
({) » Comme souvent on ne paye Tarinéo que tous les deux ans et M qu'il arrive mesme des lems où Ton no peut pas la payer faute
• d^argent, il faut dire aussi que quelquefois elle se confédéré. Cette tt confédération se fait ainsi : Après que les officiers se sont plaints H longtemps de ce que Ton ne les paye pas et qu'ils ont remontré à la H Cour et à la Diète qu^ils ne peuvent plus subsister sans être payés, et H après avoir veu que leurs plaintes et leurs remontrances sont inutiles, M ils s'assemblent tous et font un Rokosz^ qui signifie en polonois M séparation d'avec les généraux. En effet, les officiers subalternes, M ainsi assemblés, en élisent deux d*entre eux, Tun pour leur marescbal, H et l'autre pour son lieutenant, qu*ils appellent substitut Après
• quoy, ce marescbal commande l'armée confédérée comme s'il en estoit « véritablement le général. Alors l'armée, au lieu d'aller contre les tt ennemis, ou de se tenir sur les frontières, s'étend de costé et d'autre
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motif le manque de solde depuis plusieurs années. Les insurgés avaient élu, pour maréchal de la Confédération, Bogulas Baranowski, simple hussard dans la compagnie d'ordonnance des lanciers du prince Joseph Lubormiski, petit maréchal de la couronne, d'une famille noble, qui comptait parmi ses membres un archevêque de Gnesne. Baranowski avait, par sa noblesse, acquis, sur ses compagnons d'armes, une influence qu'avait accrue sa grande facilité d'élocution. Il leur persuada que les moyens de se faire payer leur solde n'étaient pas difficiles; que les Turcs et les Tartares enlevaient tant de butin, qu'une partie suffirait pour acquitter la dette de rÉtat; qu'ils devaient s'en emparer les premiers; que c'était conserver le bien public que de l'employer à payer ses dettes et par ce moyen empêcher les ennemis d'en profiter. Le lieutenant de Baranowski était un cavalier qui, comme lui, appartenait à une compagnie des Lubormiski. Tous les amis des Lubormiski et des Sapieha s'étaient joints à la bande de Baranowski, qui avait entraîné avec elle deux compagnies de Jablonowski, grand-général de la Couronne et castellan de Cracovie. Comme Baranowski payait régulièrement ses troupes.
tt sur les biens des gentils-hommes, et avec d'autant plus de licence « qu'elle prend pour prétexte de ses pilieries le défaut de payement et
M la nécessité do chercher à vivre L'armée se confédéré, quoy qu'il
tt y ait des constitutions qui disent que celuy qui osera faire des ta assemblées, des harangues, des séditions et des confédérations, sera tt coupable do mort, et que celuy qui se joindra aux confédérez sera M privé de ses biens et do ses charges. « (Hadteville, Relation M$L dû Pologne, p. 36ifS64).
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on ne manqua pas de dire que la Reine et le prince Jacques Sobieski lui faisaient passer l'argent trouvé dans les trésors du feu roi ; à quoi la Reine répondait, voulant faire tomber le reproche sur Lubormiski, grand-trésorier de la Couronne, que ce dernier était beaucoup plus riche qu'elle et ses fils tout ensemble, ses fonctions lui donnant, pendant l'interrègne, la jouissance du trésor royal. La Diète eut donc à s'occuper d'abord des moyens à prendre pour faire rentrer dans le devoir les soldats révoltés, dont le nombre augmentait chaque jour, mettant à contribution, dans le palatinat de Russie, les villes de Brod et d'Olesko (1). De la frontière de Russie, cette armée s'était avancée à Javiezow; elle n'était qu'à une lieue de Zolkiew, lorsqu'elle députa à la Diète cinq touwariches pour lui exposer ses réclamations. De son côté, l'armée de Lithuanie envoyait demander de l'argent à la Diète, qui en promit; cette promesse suffit pour empêcher une nouvelle révolte.
D'après la Constitution polonaise, les candidats et leurs parents devaient s'éloigner de Varsovie pendant le temps de la Diète. Les trois princes Sobieski, se conformant à cette décision, avaient quitté Varsovie; mais la Reine douairière y demeurait toujours, et sa présence n'y était « ni nécessaire, ni agréable. » Le Cardinal lui représenta, en vain, le tort qu'elle faisait à sa famille en restant à Varsovie. Elle ne
(i) Brod, ou Broddy, et Olesko sont deux villes du palaUnat de Volhinie.
voulut pas se rendre à ses raisons; aussi, Kordich, nonce de Brelaine, déclara, en pleine Diète, qu'il ne consentirait à la prolongation de la session qu'après réloignement de la Reine ; il quitta même la séance, ne devant y revenir qu'après la solution de la question. De la sorte, la Diète se trouva rompue. Le lendemain, Kordich persista dans son refus d'assister à la Diète ; il n'y eut pas de séance. L'am1)assadeur de l'Empereur profita de cette interruption dans les séances pour obtenir une audience de la Reine; elle eut Heu en présence de plusieurs sénateurs. Ce ministre lui annonça que son mattre désirait ardemment l'élévation du prince Jacques sur le trône de Pologne; il pria la Reine de ne pas nuire à sa propre famille en préférant un de ses fils cadets à l'aîné. La Reine répondit que ses intentions étaient, en tous points, conformes à celles de l'Empereur et qu'elle agirait de manière à faire élire le prince Jacques et à empêcher son fils cadet de nuire à l'élévation de l'aîné.
Ainsi, le seul candidat exclu par Louis XIV était précisément celui-là même que soutenait Harie-Casimire d'Arquien. A la politique autrichienne elle sacrifiait la politique française. Ingrate envers le pays où elle était née, cette femme fut fatale à la nation qui l'avait adoptée.
Kordich ne revint à la Diète que le 15 septembre, le jour même ou il fut donné audience aux envoyés de l'armée confédérée; on les remit à huitaine pour leur rendre réponse (1).
(1) La BlZARDIÈRE, p. 48.