PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE IV
exemple, pour le Donce du Pape, qui avait les affaires du tribunal de la nonciature ; pour l'envoyé de l'Empereur et le résident de Venise, chargés de suivre les négociations de la ligue contre les Turcs. Les ministres de Brandebourg devaient toujours rester à Varsovie comme otages de l'Électeur leur maître, feudataire de la République polonaise pour la Prusse ducale. L'abbé de Polignac répliqua que la présence de l'ambassadeur de France n'était pas moins utile à la Pologne que celle de ces différents ministres. Il pouvait en effet être question de maintenir la paix d'Oliva (1) dans un temps où l'on parlait de mouvements de troupes suédoises sur la frontière de Lithuanie. D'ailleurs, les Diétines, qui s'étaient prononcées pour l'éloignement des ambassadeurs, n'avaient fait entre eux aucune distinction ; aussi, l'abbé de Polignac répéta-t-il qu'il était tout prêt à quitter Varsovie, mais à deux conditions : 1® qu'il aurait de la Diète l'audience à laquelle il avait droit ; 2^ que l'envoyé de l'Empereur, celui de Brandebourg et le résident de Venise partiraient les premiers. Après une réponse aussi catégorique, le Maréchal de la Diète n'insista pas davantage.
L'ambassadeur du Czar remit au Sénat une lettre dans
(i) La paix d*Oliva fut conclue le 3 mal 4660, sous la médiation de la France, entre la Suède, TCmperem*, la Pologne et le Brandebourg; à la suite de ce traité, le roi de Pologne, Jean-Casimir, abandonna toute prétenUon de famille sur la couronne de Suède, et la Pologne renonça à revendiquer la Livonie suédoise; la Prusse polonaise fut évacuée par les Suédois et la Poméranie par les Impériaux et les Brandebourgoois.
laquelle son maître demandait à la Pologne que le roi qui serait élu ratifiât les traités conclus avec la Hoscovie et qu*il ne prtt plus les titres des provinces de Smolensk, Kiowie et Czerniechovie, qu'il prétendait lui avoir été cédées par le dernier traité de Leopold. Le Sénat répondit que le roi qui serait élu aviserait, avec la République, sMl serait plus expédient au bien de TÉtat de satisfaire à la demande du Czar, ou de reprendre, par la force, les provinces qu'il avait usurpées.
On discuta, les 25 et 26 septembre, les répétitions que le Gouvernement pourrait exercer sur les biens amassés par le feu Roi pour satisfaire aux réclamations de l'armée confédérée. Les partisans de la Reine et des Princes s'opposèrent à la délibération, et lorsqu'il fallut, pour vider cette question, prolonger la Diète de convocation , Horodenski , nonce du palatinat de Czerniechovie, sortit de l'assemblée, après avoir protesté « contre tout ce qui seroit résolu » en son absence. La Diète fut définitivement rompue; on ne put vaincre l'obstination du Nonce à ne pas reparaître à la séance. Il avait, du reste, été payé pour agir de la sorte ; moyennant trois cents écus que lui donna le palatin de Yilna, il avoua qu'il en avait reçu six cents de la Reine pour amener la rupture de la Diète (1).
(1) Dépêche de Tabbé de Polignac, â8 septembre 1696.