‹ Négociations de la̓bbé de Polignac en Pologne concernant le̓́lection du prince de Conti comme roi de PologneChapitre 22 sur 115 · PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE Vi · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE Vi

ordinaire pour la sérénissime princesse sa femme» future reine, et même qu'il y renonceroit ;

« Que ce prince feroit à ses dépens le siège de Kaminiec et tftcheroit de s'en rendre mattre avant son couronnement, et qu'il donneroit cependant des otages pour la République;

a Que, pour soulager la dite République du poids accablant des sommes dues à l'armée, le dit ambassadeur offriroit dans sa proposition publique et solennelle, avant et pour l'élection du dit sérénissime prince candidat, la somme de 10,000,000 de florins polonois, en déduction de ce que la République devoit aux troupes ;

« Qu'en outre, pour la conservation pleine et inviolable des droits, privilèges et libertés de la dite République, le dit ambassadeur promettoit et s'obligeoit aux dits nonces de Prusse que le dit sérénissime prince observeroit exactement et religieusement, et à la rigueur, tous les pactes qui seroient réglés par la République pour être présentés au futur roi, et, spécialement, les anciennes prérogatives et immunités de la province de Prusse, et surtout le droit d'indigénat, en sorte que par le dit sérénissime roi futur il fût maintenu et conservé sans exception, et que, dans la distribution des grâces, tant spirituelles que temporelles, c'est-à-dire des charges, dignités, starosties et abbayes vacantes dans la Prusse, il ne pût avoir égard qu'aux seuls nobles prussiens, nés, habitués et demeurant dans la dite province, sans pouvoir les conférer à d'autres;

« Que comme, sur le fondement du droit d'indigénat et sur les exemples passés, les États de Prusse, assemblés dans la

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Diète de Mariembourg, considérant le grand dommage que causoit la trop longue vacance du palatinat de Mariembourg et autres charges de la province, s*étoient portés à remplir ces charges, le dit ambassadeur promettoit et s'obligeoit de faire approuver et confirmer par des privilèges ou patentes en bonne forme dudit sérénissime roi futur» toutes lesdites nominations et provisions comme étant faites sous son bon plaisir, en vertu du pouvoir absolu, qui de droit appartenoit au roi dans la distribution des honneurs et des grâces ;

« Que, pour donner des preuves encore plus éclatantes des grands avantages que le public devoit trouver dans Télection du dit sérénissime prince, le dit ambassadeur promettoit que le dit roi futur acquitteroit la province de toutes les sommes prétendues sur elle par le sérénissime Électeur de Brandebourg ; et ce par toutes les voies qu'il estimeroit les plus propres, même à ses propres frais et dépens, et qu'il tàcheroit de faire en sorte que les terres et districts de Lowembourg et de Bulow, avec toutes leurs appartenances et la noblesse y comprise, retournassent au Roi et République de Pologne, pour y être de rechef incorporés ;

« Que le dit ambassadeur promettoit aussi que le dit sérénissime prince, futur roi, n'oublieroit rien pour retirer les biens on économies du domaine royal de Prusse des mains de ceux qui les possédoient actuellement, comme étoient les terres de Tiguhoff et de Berwalt, aussi bien que la starostie de Puck, et de les donner en économat aux auteurs du présent traité ;

« Enfin, qu'en considération des grandes et indispensables

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dépenses que les amis soussignés seroient obligés de faire, tant pour persuader et gagner que pour assembler et conduire jusqu'au cbamp de l'élection la noblesse très nombreuse des trois palatinats de Prusse, laquelle, par ses droits personnels, n'étoit pas obligée, dans la convocation de la Pospolite du royaume, de passer les limites de la province, ce qui ôteroit au dit sérénissime candidat une très grande quantité de suffrages qui lui seroient acquis, le dit seigneur ambassadeur, pour aider ses amis et confédérés soussignés à soutenir les frais et les travaux d'une marche si pénible et si nécessaire pour faire, s'il étoit possible, que tous les gentilshommes de Prusse sans exception vinssent à l'élection, et comme, aussi pour récompenser l'affection des dits amis, le dit seigneur ambassadeur avoit volontairement promis et promettoit de leur payer la somme de 150,000 rixdales, espèces, pour être divisée entre eux selon leur bon plaisir, à-compte de laquelle il feroit toucher aux dits associés, dans la dite ville de Dantzick, le trentième jour du présent mois d'octobre , la somme de 60,000 livres en monnoie de Prusse, et que, si, par la grâce de Dieu, les dispositions se trouvoient assez favorables dans la suite pour espérer un heureux accomplissement de leurs vœux, le dit ambassadeur promettoit de faire toucher aux dits associés, dans le mois d'avril prochain, une deuxième et pareille somme de 60,000 livres, monnoie de Prusse; que pour le restant de la sus dite somme entière de 150,000 rixdales espèces, il n'en pourroit disposer sans la participation et le consentement unanime des dits seigneurs associés, mais qu'il

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le remettroit, sans retardement, entre leurs mains, le jour qui suivroit immédiatement Theureuse élection du dit sérénissime prince ; qu'il promettoit aussi de procurer en toutes rencontres auxdits seigneurs associés la grâce et faveur spéciales du dit futur roi, le dit ambassadeur mettant dès à présent son caractère à part et se constituant otage pour Taccomplissement de toutes les promesses ci-dessus, et les dits'seigneurs associés obligeant réciproquement leur foi , leur honneur et leur conscience pour le fait de leurs sus dites promesses. »

Pour conclure un pareil traité avec la noblesse de Prusse, il avait fallu, on le voit, faire de grandes promesses d'argent. Les protestants étaient fort nombreux en ce pays, et ils avaient peu de sympathie pour un prince français et surtout pour un prince catholique. L'abbé de Polignac croyait, avec raison, que l'appui des palatinats de Prusse devait être, pour le prince de Conti, une cause essentielle de succès. Cette province était habitée par trois palatins, huit sénateurs et plus de douze mille gentilshommes, tous riches de la fertilité du sol. Les meilleures forteresses et les seuls ports de mer de la Pologne étant situés en Prusse, il était indispensable, pour le candidat français, de s'y créer des partisans ; il fallait, en effet, prévoir le cas d'une double élection. Dans cette hypothèse, si l'Empereur ou l'Électeur de Brandebourg refusait le passage au nouveau roi, il était alors de la plus grande utilité pour la France d'avoir les Prussiens dans ses intérêts et de s'assurer de Dantzick, d'Elbing, de Thorn et du château de Mariembourg.

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