PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE VI. G
L*origînal du trailé demeura en dépôt entre les mains de la comtesse Bielinska, femme du Grand-Chambellan de la Couronne ; l'abbé de Polignac et le palatin de Culm en avaient chacun gardé une copie. L'ambassadeur de France devait recevoir quittance de l'argent par lui promis, dès que cet argent, arrivé à Dantzick, y aurait été touché.
Quinze jours après (24 octobre) , un traité analogue avait été conclu entre l'abbé de Polignac et les noblesses polonaise et lithuanienne, et signé par les principaux fonctionnaires de Pologne, le Grand-Général, les deux Trésoriers, le cardinal Radziouski, etc.
De la sorte, le cardinal Radziouski suivait la même marche que les Sapieha et les Lubormiski, et se trouvait brouillé à tout jamais avec la reine de Pologne. Le second traité avait, sur l'arrangement fait avec les palatinats de Prusse, l'avantage, en fortifiant le parti français, d'affaiblir le parti opposé; mais, d'un côté comme de l'autre, les promesses d'argent avaient joué un grand rôle. « Nonobstant toutes les « raisons publiques et particulières que les uns et les autres « avoient de s'accommoder sur ce point (la candidature du « prince de Conti], qui doit assurément faire le bonheur de « la nation, l'argent qui revient à chacun a été le premier « mobile. » Le Trésorier de la Couronne, Lubormiski, était le seul qui eût montré quelque désintéressement.
Ce traité devait rester secret, et chacun do ceux qui en avaient accepté les conditions devait en faire de semblables avec ses amis ; c'est ainsi que l'abbé de Polignac en avait
conclu avec le Grand-Maréchal et le Vice-Chancelier de la Couronne, les Potocki, plusieurs évêques palatins et sénateurs. Persuadé « qu'il falloit surmonter les concurrents en mérite, « en travail et en argent, et mettre le marché si haut qu'on « ne puisse y atteindre, » l'ambassadeur de France écrivait (6 novembre) à la Cour de Versailles, qu'outre le million d'écus promis, il fallait dix millions de livres polonaises (2,003,000 fr. environ). Il était dû cinq millions d'écus à l'armée de la Couronne et trois millions à celle de Lithuanie. Ces troupes révoltées étaient toutes prêtes à prendre le parti de celui qui les payerait. Jusqu'à ce moment (4 octobre), l'abbé de Polignac n'avait reçu que les lettres de change envoyées à Dantzick par Louis XIV; elles montaient à six cent mille francs (560,000 fr., monnaie de Dantzick) ; souscrites par Samuel Bernard, elles n'avaient pas été payées (8 novembre), les provisions n'étant pas encore parvenues à ses correspondants, « ce qui n'empé- « cheroit pas Louis XIV d'être bien servi d^ns la prochaine « élection. » Pour faire connaître l'état des esprits en Pologne au commencement de novembre, l'abbé de Polignac terminait sa dépêche du 6 de ce mois par ces mots : « Le prince Jacques « est méprisé, l'Électeur de Bavière appréhendé, la Reine « haïe et l'Évêque de Cujavie tourné en ridicule (1). »
(1) Dépêches de Tabbé de Polignac au Roi, 23 et 90 octobre et novembre 1696.