‹ Négociations de la̓bbé de Polignac en Pologne concernant le̓́lection du prince de Conti comme roi de PologneChapitre 24 sur 115 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

CORV^DâRATIOR DB L'ARMil Dl LITHUilfll. — COMHISSIOH DB LÏOPOID. -~ LETTRE DB L'ABli DB POLIOIAC A ViY^QVM DB CDiAVIB.

On a VU que les princes Alexandre et Constantin Sobieski avaient quitté Varsovie ; ils étaient depuis lors à Dantzick, d*où ils devaient continuer leur route vers Bruxelles, pour y voir leur sœur Thérèse, femme de l'Électeur de Bavière ; quant à la reine de Pologne et au prince Jacques, ils étaient revenus à Varsovie, le 11 octobre, avec l'intention d*y rester jusqu'à la Diète d'élection. N'ignorant pas les démarches de l'abbé de Polignac, ils se décidèrent à combattre l'influence française par tous les moyens possibles; aidés des Krzispins (1), ils avaient fait soulever l'armée de Lithuanie. George Oginski,

(1) La famille des Krzispins était originaire de Konisberg; elle s*é(ait établie en Lithuanie sous le règne de Sobieski, qui l'avait comblée de faveurs pour l'opposer à la maison Sapieha; un des Krzispins était palatin de Witepsk, et l'autre évèque de Samogitie.

grand-enseigne du duché de Lithuanie, se mit à la tète de ces confédérés, qui d'abord n'étaient que quatre mille; « mais la « qualité du chef, la haine que Ton avoit pour le palatin de « Yilna, les amis de la Reine et ceux de l'évéque de Samogitie, < qui n'étoient pas moins considérables, en augmentèrent « bientôt le nombre (1). » Ils commencèrent par ravager les terres des Sapieha, dont ils voulaient anéantir les richesses aussi bien que l'aulorité ; des émissaires furent envoyés par cette armée dans les palatinats de Samogitie, de Novogorod, de Witepsk et de Brzest, pour les soulever.

On accusait aussi le prince Jacques d'avoir appelé en Pologne les Tartares, supposition fondée sur leur habitude de ne faire leurs expéditions qu'après les gelées. Ils n'étaient qu'à huit lieues de Léopold; l'armée de Pologne, toujours en pleine révolte, n'avait pu leur résister, et, pendant que Sapieha était parti pour faire rentrer dans le devoir celle de Lithuanie, on avait chargé du même soin Jablonowski auprès de Tarmée de Pologne, pour la liquidation des dettes de laquelle une commission, composée de nonces et de sénateurs, avait été convoquée à Léopold. Il était temps de mettre un terme à de pareils désordres, et force était de transiger avec cette armée. Elle avait déjà levé une contribution de trente -deux mille florins sur la ville de Léopold, et exigé des juifs une somme de quatorze mille florins. Après avoir demandé cent mille florins à la ville de Zolkiew et menacé de ravager les terres

(1) La Bizardièrb, Scittion de Pologne, p. 30.

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du feu Roi, les confédérés se préparaient à prendre leurs quartiers d*hiver dans les environs de Jaroslaw.

A tort ou à raison, on considérait le prince Jacques et la Reine comme les instigateurs de ces soulèvements. Cette opinion augmentait le nombre des partisans français, bien mieux que Tabbé de Polignac n'aurait su le faire lui-même.

L'évéque de Cujavie, dévoué à la Reine et au parti allemand, avait, au nom du bien public, jicrit à Tambassadeur de France pour l'engager à cesser les démarches qu*il faisait en faveur du prince de Conti. Dans une lettre où il ménageait peu la Reine et le prince Jacques, l'abbé de Polignac lui avait répondu le 16 octobre :

« Lorsque des centaines de milliers de gentilshommes à « cheval entendront que par des factions secrètes on veut « exclure les seuls qui peuvent être utiles à la République ; « qu'avec un aussi illustre candidat qu'est le nôtre, on « apportera tant de millions de florins, non pas en promesses, « mais en argent comptant, pour le payement de l'armée « confédérée; qu'il offre, sous peine de nullité, de reprendre « Kaminiec à ses propres dépens, et même avant le couronne nement, pour sûreté de quoi il donnera des otages; qu'il « promet le rétablissement des monnaies et des vivres, et « celui du commerce de Dantzick, tout cela étant en notre « pouvoir, et ce que nul autre que nous ne peut faire; qu'on a ne demande aucune réformation ou apanage pour la future « reine, afin de ne pas ôter le pain de ceux qui ont bien « mérité de la République, et plusieurs autres avantages

« qu'on déclarera en temps et lieu ; croyez moi, Monsieur, « la noblesse alors sera plus avisée que de s'arrêter à tons « ces contes de vieilles, que de prendre l'ombre pour le a corps et que de préférer l'ambition de quelques particuliers « à l'utilité publique et à tant de solides avantages ; tout ceci « ne persuadera ni par écrit, ni par éloquence, ni par brigues, « ni par menace, mais seulement par la vérité de la chose « même.

« En toute autre chose, Votre Excellence trouvera toujours « en moi beaucoup de déférence à ses conseils; mais, en. « ceci, ni mon Roi ni h sérénissime République ne me « permettront de les suivre; comme Votre Excellence est « maîtresse de ses volontés et de ses actions, elle peut bien « plus facilement que moi se désister de son entreprise, ce « que néanmoins je n'exige qu'autant que le demande le bien « de la République. »

La réponse de l'abbé de Polignac ne tarda pas à devenir publique; elle établissait d'une façon trop catégorique la candidature du prince de Conti pour que la Reine n'intervtnt pas elle-même dans le débat. Cette princesse eut avec l'ambassadeur de France une entrevue dans laquelle elle fit preuve de peu de franchise.

Après avoir promis de faire porter en France trois cent mille ducats appartenant à ses fils Alexandre et Constantin, pour y acquérir des rentes sur les postes du royaume, elle proposa à l'abbé de Polignac de faire avec elle un traité secret, par lequel il s'engagerait à soutenir de toutes ses forces le prince

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