CHAPITRE VIII
LBS PROHKSSU FilTKS IT LtS IN6A0BIIINT8 PRIS PAR L'aBB^ DB POLIGRAC SONT BLAMAS PAR LOUIS XIV. — l'aBBÏ DK POLIOITAC LBS JOSTIPIB.
Avant d'avoir reçu les dépêches expédiées par l'abbé de Polignac dans le mois d'octobre, Louis XIV n'ignorait pas les progrès qu'avait faits le parti du prince de Conti en Pologne. Tovienski, envoyé auprès de la cour de France, lui avait déjà fait part du raccommodement du cardinal Radziouski avec les Lubormiski, et laissait comprendre que, si Radziouski avait agi jusqu'alors, ou feint d'agir du moins, en faveur de la Reine, c'est-à-dire du prince Jacques, cette ligne de conduite lui était imposée par son respect pour la mémoire de Sobieski auquel il devait tout, richesses et dignités ; son entrée dans le parti français indiquait que désormais il se tenait quitte de toute reconnaissance envers les Sobieski ; il disait hautement que l'élection du prince de Conti était la seule qui pût convenir à la Pologne (1).
(I) Lettre du Roi à Tabbé de Polignac, i'^'' novembre 1696.
74 NÉGOCIATIONS DE L'aBBÉ DE POLIGNAC
Tovienski ne cachait pas non plus la haine générale qu'inspirait en Pologne la veuve de Sobieski; il assurait même qu'à la prochaine Diète on devait procéder contre elle, comme instigatrice de la révolte des armées de Pologne et de Lithuanie. Cette princesse, en envoyant à Louis XIV la lettre écrite par l'abbé de Polignac à l'évéque de Cujavie, se plaignit amèrement de l'Ambassadeur français, qui, disait-elle, avait détruit toutes les chances de ses enfants. Le Roi n'avait pas oublié que la Reine avait, dès le principe, refusé son appui ; il approuva l'abbé de Polignac de s'être brouillé avec elle. La veuve de Sobieski, du reste, « étoit bien plus maltraitée par « le prince Jacques, qui se servoit de l'exemple de son règne « et de la haine qu'elle s'étoit attirée pour exclure un prince « françois (1). »
Les plaintes de la Reine ne faisaient donc que confirmer Louis XIY dans l'opinion oii était l'abbé de Polignac, que le nombre des partisans français grossissait de jour en jour. Quelque satisfait que fût de ce résultat le roi de France, il ne pût s'empêcher, en recevant les dépêches du 16 et du 22 octobre, de témoigner son mécontentement de la promesse qu'avait faite l'abbé de Polignac^ au nom du prince de Gonti, de reprendre Eaminiec ; il craignait que cette promesse, tout au moins inutile, ne déplût à la Porte Ottomane.
Les premières dépenses jugées nécessaires par l'abbé de Polignac ne montaient qu'à six cent ou huit cent mille francs
(4) Lcltre de l'abbé de Polignac au Roi, ^ novembre 4696.
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à distribuer aax électeurs, et, en réclamant par ses nouvelles lettres trois millions pour le paiement des années confédérées, somme jusqu'à concurrence de laquelle il avait été autorisé à élever ses dépenses, il émettait la crainte que cette somme ne fût pas suffisante.
De telles promesses parurent excessives à Louis XIV, qui, dans sa dépêche du 6 décembre, en fit un vif reproche à son ambassadeur : « S'il étoit nécessaire, disait-il, de faire des « promesses aussi considérables, ce ne devoit pas être dans « le temps que le prince Jacques, que vous m'avez toujours « représenté comme méprisé de toute la Pologne, paroit le « seul prétendant; que ses biens sont considérablement « diminués par les présents qu'il a été obligé de faire depuis « la mort du Roi son père ; et quand même ils seroient en « leur entier, ils n'approcheroient pas encore des promesses a que vous faites pour mon cousin le prince de Conti ; vous « marquez les raisons qui s'opposent aux prétentions de « l'Électeur de Bavière, et, si la crainte que les Polonois « témoignent de l'autorité que la Reine auroit sous son règne « ne Tempêchoit pas de parvenir à la Couronne, il est certain « qu'il ne pourroit l'obtenir s'il falloit l'acheter aussi chère* « ment.
€ Ainsi, je ne vois pas de raisons qui ayent dû vous presser « de consentir aux conditions dont vous êtes convenu, n'ayant a pas à combattre de prétendant assez considérable pour « lui faire perdre toutes les espérances par des offres aussi <{ fortes que celles que vous avez faites ; vous mettez même
7G NÉGOCIATIONS DE l'ABBÉ DE POLIGNAC.
a mon cousin le prince de Conti hors d'état de les pouvoir « tenir, l'obligeant d'aliéner tous les revenus attachés à la « royauté, en même temps que vous l'engagez à des dépenses « immenses pour l'obtenir.
« Vous promettez qu'il se chargera de payer ce qui est « dû à l'Électeur de Brandebourg et de faire le siège de « Kaminiec à ses dépens; vous pouviez juger que ces deux « conditions étoient difficiles à exécuter pour les promettre, 4c et que c'est Ater la confiance que ceux qui traitent avec « nous doivent prendre, que de donner celle dont Veffet ne « paroUpas atusi possible. Il y avait encore un inconvénient « très grand par rapport à mon service à la promesse que « vous avez faite du siège de Kaminiec, et je vous ai déjà « marqué le préjudice que cette déclaration faite par mon « ambassadeur étoit capable de causer au bien de mes « affaires à la Porte; ainsi, vous devez bien prendre garde, « s'il en est temps encore, à ne pas ajouter la clause qui « vous est proposée, d'engager le roi futur à reprendre cette « place avant son couronnement sous peine de nullité de « l'élection.
« Ces réflexions, que vous deviez avoir faites avant que « de convenir des traités dont vous me rendez compte, « doivent au moins vous empêcher d'aller encore au-delà « de ce que vous avez écrit ; j'espère que vous y aurez fait « attention lorsqu'il a été question de faire des promesses à « ceux qui vous témoignent de bonnes intentions; les « assurances des pensions que je veux bien donner et des