PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE Vlil
« Tun et l'autre, ne doivent point faire de honte à aucun « de ceux qui, jusqu'à présent, ont monté sur le trône de « Pologne. Ainsi, cet article me parott d'une espèce à n'y « jamais souscrire.
« L'acquit des sommes dues par la Prusse à M. TÉlecteur « de Brandebourg et l'engagement de plusieurs économies « royales de cette province en faveur de quelques particuliers « me paroissent être d'une même espèce. Je ne puis savoir, « puisque vous ne me le mandez pas, à quelles sommes « montent tous ces engagements ; mais je sais que, pour « entrer dans une place aussi élevée, y remplir des devoirs « dus à la nation qui m'y appelle, et m'y rendre utile, par « mes services, à celui dont la bonté veut m'y élever et à qui « seul je veux tout devoir, il ne convient pas d'y entrer mal « dans ses affaires et d'être obligé de songer à les rétablir « plutôt que de débuter par prendre des vues plus relevées.
« Voilà, Monsieur, en peu de mots, les réflexions qui « m'éloignent de pouvoir souscrire aux engagements que « vous avez pris pour moi dans les articles expliqués ci-dessus. « J'y en pouvois ajouter quelques autres, mais j'ai cru qu'il « suffisoit de vous marquer les principales.
^ Toutes les promesses que vous avez faites pour moi à «( plusieurs seigneurs de la Prusse, de les confirmer dans les « charges où ils se sont établis eux-mêmes, ou de les conférer « à quelques-unes des principales starosties de cette province, « me paroissent très judicieuses : un service pareil à celui « qu'ils me veulent mérite bien de pareilles récompenses,
« et si je suis assez heureux pour que le suceès de celle négo- « ciation réponde à vos soins et à votre attente, je souscrirai « avec plaisir à des engagements aussi raisonnables.
« Il ne m'appartient pas de rien ajouter aux ordres que « vous recevrez de Sa Majesté par l'ordinaire ; je n*ai rien à « vous prescrire, et c'est en l'exécutant que je vous fais, par « cette lettre, part de mes pensées et des raisons que j'ai « pour approuver quelques-uns des engagements que vous « avez pris en mon nom, et pour en rejeter d'autres qui « me paroissent d'une espèce à n'y pouvoir jamais consentir.
« Je n'ai rien non plus à ajouter à la lettre que je vous ai « écrite il y a quelques mois. Ainsi, Monsieur, il ne me reste « qu'à vous prier de me donner quelques éclaircissements sur « des choses que je n'ai pas bien comprises, comme sont : le « rétablissement de la monnaie et du commerce (il me parait « que, quand on est bien résolu à mourir plutôt qu'à manquer « à aucune de ses paroles il en faut connottre toute l'étendue) ; « et à vous assurer que, quelque événement que puissent avoir « les grandes négociations dont vous êtes chargé, je ne « perdrai jamais aucune occasion de vous marquer ma parfaite « reconnaissance, l'estime que je fais de votre mérite, et avec « combien de sincérité je suis entièrement à vous. »
Cependant, l'abbé de Polignac avait compris la nécessité oh il se trouvait de justifier, auprès du cabinet de Versailles, les engagements qu'il avait cru devoir prendre au sujet de Kaminiec. Selon lui, cette promesse ne devait pas mécontenter la Porte Ottomane. Il n'avait pas dit que la restitution de
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Eaminiec dût avoir lieu de vive force ; on pouvait obtenir le résultat demandé par voie de négociation. II avait cru nécessaire de prévenir les concurrents, qui auraient « pu proposer a un si grand avantage s'il n*en avoit pas parlé le premier ; » c'était d'ailleurs un moyen de gagner Tarmée qui était toute prête à seconder le prince de Conti ; enfin il écrivait :
« Toute la nation n*est indignée de la malheureuse ligue a faite avec l'Empereur, que parce qu'elle n'a pu servir « encore à retirer cette place d'entre les mains des Turcs ; « on ne désire ici un roi vaillant et grand capitaine que pour « la reconquérir; toutes les provinces exposées à la fureur des « Tartares ne se seroient pas si facilement ni si ouvertement « déclarées pour H. le prince de Conti sans ce puissant motif; « ei, par tout le royaume, on n'entend dire autre chose que : « Vive celui qui nous rendra KaminiecI Si le feu roi de « Pologne avoit employé à cette conquête une partie de « l'argent qui s'est dissipé, après lui, en usages ou pernicieux « ou inutiles, je crois qu'on auroit oublié, en faveur de ce « service, tout le mécontentement que l'on avoit de son règne, « et qu'il auroit été difficile d'empêcher un de ses enfants de
« monter sur le trône ; de sorte qu'ayant offert tout ce qui
« pouvoit s'offrir, ayant pris la nation par tous les endroits « que je savois devoir lui être sensibles, et m'étant pour ainsi « dire saisi de l'affection publique, je n'ai rien laissé pour les « autres, que je tiens toujours derrière moi. »
Les candidats opposés à la France, pour ainsi traduire l'expression de l'abbé de Polignac, étaient donc distancés, et,
cependant, Tambassadeur de France demandait toujours de l'argent, les sommes reçues ne suffisant pas. Aussi, les partisans du prince Jacques prétendaient que les millions promis par la France n'arriveraient pas, et que, d'ailleurs, l'Empereur était trop puissant pour laisser monter un Français sur le trône de Pologne. L'ambassadeur de France repoussait ces suppositions, en disant que, « si les secours offerts par « Louis XIY avant l'élection n'étoient pas à point nommé sous « les yeux de la République, il ne demandoit rien. » Aussi, l'abbé insistait pour que l'argent français fût à Varsovie ou à Dantzick avant le 1*' avril. A cause de la perte qu'occasionnait le change, il demandait des espèces ; et, pour faire face à des dépenses urgentes, il avait été forcé de livrer des lettres de change, montant à une somme de 300,000 livres, sur M. Hilon, intendant du prince de Conti.
L'abbé de Polignac terminait sa dépêche du 44 décembre en informant Louis XIY que le cardinal Radziouski désirait voir choisir H. Paparel, qui avait séjourné en Pologne du temps de l'ambassade du marquis de Béthune, pour venir y représenter le prince de Conti (4).
(i) Lettres de l'abbé do Polignac au Roi, des 5 et ii décembre 1696.