‹ Négociations de la̓bbé de Polignac en Pologne concernant le̓́lection du prince de Conti comme roi de PologneChapitre 29 sur 115 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

OiMAICIlS DU PIIRCI JACQDIS 80BII8KI AOPIKS Dl VkMMÂ Dl rOLIVRÀC. — L'ABB< Dl MKUCI INfOTi A TtlRRI AOntls Dl L*IMPIBIVI PAK U PKIRCI #ACQ«lt.

Les faits qui s'étaient produits dans le mois de novembre étaient de nature à donner les plus grandes espérances au parti du prince de Conti ; ils pouvaient servir d'excuse, sinon de justification, aux engagements que Tabbé de Polignac avait cru devoir prendre, et pour lesquels, on vient de le voir, il avait été blâmé. Le prince Jacques Sobieski, convaincu du peu d'affection qu'il inspirait et voyant les chances du prince de Conti augmenter chaque jour, avait consulté le castellan de Culm sur ce qui lui restait à faire. Celui-ci, partisan de la France, lui avait conseillé de transiger avec l'ambassadeur de France au sujet de ses prétentions au trône de Pologne. Jacques Sobieski suivit le conseil et eut un entretien assez long avec l'abbé de Polignac. Il commença par se plaindre de sa mère, qui, tantôt appuyait, tantôt traversait son élection, et de ses amis, qui prenaient tout son argent et l'en remerciaient en disant : « Cest autant de pris sur la succession du

« /eu Roi, qui nous en a pris bien davantage ; » et du parti allemand, qui le payait en belles paroles. Il parut tout d'abord demander l'appui de Louis XTV ; mais, avant de faire dans ce sens une démarche officielle, il tenait à mettre l'Empereur dans son tort. Il avait formé le projet d'envoyer à la cour de Vienne l'abbé de Bernick, pour instruire Sa Majesté impériale du dénuement où il se trouvait, de la protection patente que la Reine douairière de Pologne accordait à l'Électeur de Bavière» et de l'impression qu'avaient faite en Pologne les offres du parti français; en d'autres termes, c'était de l'argent que demandait à l'Empereur le prince Jacques. Il n'ignorait pas que, pour réussir, il fallait que ses promesses fussent au moins équivalentes à' celles de Louis XIY ; mais il savait aussi que ses biens héréditaires suffiraient à peine pour atteindre le tiers de la somme promise par l'ambassadeur de France ; pour le reste, il comptait sur l'Empereur. Il s'adressait ainsi de préférence à la maison d'Autriche, dont il espérait obtenir la vice-royauté de Naples ou le gouvernement du Milanais. Le refus de l'Empereur avait cependant été prévu. Dans ce cas, si le prince Jacques ne pouvait lui vendre, en faveur d'un candidat allemand, les suffrages dont il espérait disposer, comme il ne voulait pas tout perdre, Bernick devait alors aller faire des offres à la cour de France pour appuyer le prince de Conti, que Jacques Sobieski préférait à son propre frère Alexandre et à l'Électeur de Bavière. Pour le prince Jacques, Louis XIY était donc un pis-aller.

L'abbé de Polignac crut inutile de parler du vif ressentiment

PREMIÈaE PARTIE, CHAPITRE IX. 85

qu'éprouverait le roi de France d'une telle manière d'agir. Il assura seulement le prince Jacques qu'il trouverait Louis XIY plus bienveillant, et surtout plus généreux que l'Empereur ; enfin, il eut recours à son adresse habituelle pour déjouer des projets dont il avait saisi toute l'étendue.

Le castellan de Culm avait été chargé par le prince Jacques de préparer les instructions de l'abbé de Bernick. L'ambassadeur de France n'eut pas de peine à se faire admettre par le castellan de Culm, qui lui était dévoué, à la rédaction de ces instructions ; ils y travaillèrent ensemble toute une nuit, et les formulèrent « de telle manière qu'il était impossible que « l'argent ne fût pas refusé ; » ils insérèrent un peu malicieusement une « promesse très solennelle du prince Jacques à « l'Empereur de consacrer uniquement à ses intérêts le « royaume, la république et toute la nation, et de ne suivre « jamais que ses ordres, en cas qu'il pût monter sur le trône a par ces moyens. » Cette promesse ne tendait à rien moins, lorsqu'elle serait connue en Pologne, qu'à rendre impossible la candidature du prince Jacques. A ce sujet, l'abbé de Polignac écrivait à Louis XIV :

« J'ai gardé par devers moi la copie de cette instruction « que le prince Jacques croit être fort secrète et qui lui « coupera la gorge, quand je voudrai, à cause de cette offre K criminelle et directement contraire à la liberté polonaise. « J'ai aussi la lettre de Tévêque de Cujavie à l'Empereur; et, « comme par la même instruction le prince Jacques demande « un chapeau de cardinal pour ce prélat, afin de le rendre

« plus considérable et de l'opposer au cardinal Radziouski, « j'ai montré confidemment les deux pièces à celui*ci, sans « lui dire comment je les avois eues, et nous avons jugé qu'il « seroit bon de les produire lorsque nous aurions nouvelle de « l'arrivée de Bernik à Vienne, même par la poste. Cet abbé « m'a demandé un passeport que je lui ai donné; il n'est « parti que d'avant-hier. J'ai fait aussi, à la prière du prince « Jacques, la lettre qu'il se donne l'honneur d'écrire à Votre « Majesté (4). »

(4) Lettre de Tabbé de Polignac au Roi, 16 novembre 1606.

Page 1