‹ Négociations de la̓bbé de Polignac en Pologne concernant le̓́lection du prince de Conti comme roi de PologneChapitre 3 sur 115 · PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE I

du 47 juin fit pressentir sa mort prochaine. Après un assoupissement de courte durée, il reprit ses sens, ce qui permit à ceux qui l'entouraient de lui faire connaître Tétat désespéré où il se trouvait.

Pendant sa vie, Sobieski avait vu si souvent la mort de près que rapproche de ses derniers moments ne lui fit rien perdre de son calme ; il demanda à se confesser, remplit avec la plus grande piété ses devoirs de chrétien et recommanda i ses amis sa femme et ses enfants.

Une seconde attaque l'emporta à 9 heures du soir.

Voici en quels termes l'abbé de Polignac, alors ambassadeur de France en Pologne, rendait compte à Louis XIY de cet événement : « Ce prince vient d'expirer entre mes bras et « au milieu de toute sa cour ; il étoit devenu plus enflé que « jamais depuis quatre jours. Avant-hier il eut un grand « accès de fièvre, et aujourd'hui, sur les 5 heures après midi, « la Reine, l'évéque de Plosko et moi étant dans sa chambre « et causant avec lui, il est tombé en apoplexie. On lui a « donné l'extréme-onction ; la connaissance lui est revenue « sur les 7 heures; il a profité de ce temps que Dieu lui « donnoit pour se confesser, et il l'a fait avec toutes les « marques d'une parfaite contrition. Il attendoit le saint « viatique, qu'il avoit demandé; l'apoplexie a redoublé avec « une si grande force, que tous les remèdes n'ont pu le « sauver (1). »

(i) P. Faucher, Histoire du cardinal de Polignac.

Cette fin pleine de courage donnait un éclatant démenti à Tabbé de Polignac, qui disait de Sobieski: « Tout intrépide « qu'il soit les armes à la main, il ne peut pas soutenir l'idée « de la mort. » L'opinion de l'abbé de Polignac n'était ni vraie, ni vraisemblable. En 1683, lors de sa campagne en Hongrie, Sobieski avait, il est vrai, écrit : « Et moi aussi je « tiens à l'existence; » mais il avait eu soin d'ajouter: « J'y « tiens pour le service de la chrétienté et de ma patrie, pour « vous, mon cœur (il s'adressait à sa femme), pour mes € enfans, ma famille; mais l'honneur doit aussi m'étre cher.»

Rien de pusillanime n'était donc entré dans cette grande âme, et si l'abbé de Polignac avait réellement de Sobieski l'opinion dont il fit part à la cour de Versailles, mais que, sans aucun doute, il ne lui fit pas partager, tout porte à croire qu'il fut fort heureux de trouver de la sorte un moyen d'expliquer sa conduite et l'impossibilité où il avait été de remplir toutes les instructions de Louis XIV (1).

(i) Voici, du reste, dans quelle occasion l'abbé de Polignac avait émis une opinion aussi singulière. La Franco cruignait avec assez de raison qu'à la mort de Sobieski la noblesse polonaise ne s'emparât des Irésors de ce prince et ne s'en servît pour assurer l'élection d'un candidat peutêtre hostile à la cour de Versailles : il fallait donc trouver un expédient pour mettre ces trésors en lieu de sûreté, ou tout au moins les ravir à la cupidité bien connue des Polonais. L^abbô Révérend, agent secret do France en Transylvanie, proposa alors de faire acheter à Sobieski des terres en Franco. Les biens et richesses du roi de Pologne se trouvant de la sorte déplacés, il devenait impossible de s'en emparer par un coup de main. L'abbé de Polignac, sachant le grand ascendant que Marie- Casimirc d'Arquien exerçait sur son royal époux, ne laissa pal ignorer

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