PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE X
Grand-Général et ami particulier d'Oginski, à aller en Lilhuanie pour mettre d'accord les deux partis; il promit même de participer aux dépenses nécessaires pour arriver à une transaction, à condition qu'un des articles secrets de la paix serait la réunion des suffrages des deux partis en faveur de son candidat.
Les propositions de l'abbé de Polignac furent écoutées, et l'accord qu'il désirait si vivement intervint le 26 novembre. Les clauses de cette paix étaient qu'Oginski et les confédérés rentreraient dans le devoir; que le Grand-Général leur accorderait une amnistie; qu'il leur ferait payer par la République la moitié de ce qui leur était dû et qu'ils auraient des quartiers de rafraichissements semblables à ceux que l'on accorderait aux troupes fidèles. Le jour suivant, le chef de la confédération prêta le serment de fidélité au Grand-Général, qui fit rendre des* actions de grâces à Dieu pour une paix dont la durée ne devait pas être longue.
L'armée confédérée de Pologne se composait alors de quinze mille hommes ; elle avait pris ses quartiers d'hiver dans la Starostie de Sczerec, d'où elle avait envoyé des députés à Sokolnice, à une demi-lieue de Léopold, pour traiter avec ceux de la République qu'elle avait refusé de recevoir. Elle ne voulait pas que Jablonowski, pas plus que le Petit-Général, assistassent aux conférences, de peur qu'ils ne reconnussent des officiers et des soldats de la Confédération et qu'ils ne les fissent punir dès 'qu'elle .serait terminée. Les prétentions de l'armée étaient exorbitantes ; elle exigeait le paiement intégral
de ce qu'elle prétendait lui être dû et voulait avoir le droit de contraindre elle-même les habitants à payer les sommes auxquelles ils auraient été taxés. Baranouski, chef des confédérés, refusa de traiter sur d'autres bases. L'armée n'entendait rompre la Confédération qu'après l'élection du nouveau roi. Les députés envoyés par la République protestèrent et envoyèrent dans tous les palatinats, avec leur protestation, les propositions qu'ils avaient faites à l'armée, et qu'elle avait refusées, afin qu'on en délibérât dans les Diètes particulières. Le Sénat avait alors ouvert directement des négociations avec Baranouski et fait offrir à l'armée sa solde entière, mais après soumission préalable. L'armée avait écouté ces nouvelles propositions ; mais, dans la crainte qu'il n'y fût pas donné suite, elle persista à ne pas vouloir recevoir d'autres ordres que ceux de Baranouski, son maréchal. Continuant donc ses ravages, elle s'était emparée du château de Broda, dans le palatinat de Russie, qui appartenait au prince Jacques Sobieski, et vivait à discrétion sur les terres du feu Roi. La Diète provinciale de la grande Pologne (fin décembre), menaça les officiers de l'armée confédérée, possesseurs de biens territoriaux, de les rendre responsables de ces désordres et même de les déclarer ennemis de la République. La noblesse du palatinat de Russie était aussi, de son cAté, fort mécontente des rebelles. On espérait cependant que la commission qui devait se réunir à Léopold, pour payer l'armée, hâterait sa dissolution et mettrait un terme à des désordres si préjudiciables à la Pologne.