‹ Négociations de la̓bbé de Polignac en Pologne concernant le̓́lection du prince de Conti comme roi de PologneChapitre 45 sur 115 · PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE XIJI. lit · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE XIJI. lit

« composent apprendront la réduction des promesses que vous « leur avez faites (1). » La ligne de conduite de Tabbé de Polignac, on le voit, n*était pas plus conforme aux désirs de Louis XIY qu'à ses instructions. Le roi de France résolut alors (42 février), d'envoyer en Pologne M. de Forval pour y agir au nom du prince deConti. Des instructions furent rédigées pour cet agent, afin de faire face aux nouvelles éventualités qui ne manqueraient pas de se présenter ; on y préparait l'effet de la mission de H. de Fondai.

Nul doute, disait-on, que le parti français ne soit considérablement diminué Iprsque cet agent désavouera, par ordre du Roi, la conduite de l'abbé de Polignac. Les Polonais verront alors qu'ils ne doivent plus compter sur des promesses que, tout d'abord, ils auraient dû trouver excessives et auxquelles ils n'auraient pas dû ajouter foi. Il faudra alors leur persuader que leur intérêt particulier, aussi bien que celui de leur nation, est engagé à l'élection du prince de Conti, élection à laquelle Louis XIY n'avait songé qu'après Tassurance, donnée par l'abbé de Polignac, de l'impossibilité d'élever sur le trône un des deux fils cadets de Sobieski. Ces instructions, qui contenaient une analyse de la correspondance de l'abbé de Polignac, s'exprimaient ainsi sur le compte des concurrents du prince de Conti : le prince Jacques Sobieski paraît ruiné ; l'Électeur de Bavière n'a pas encore envoyé d'argent en Pologne ; le prince Charles de Neubourg n'a pris

(i) Lettre du Roi à l'abbé de Polignac, 31 janvier 1697.

112 NÉGOCIATIONS UE L'aBDÊ DE POLIGNAC.

encore aucun parti ; le prince Louis de Bade est traversé par l'Empereur ; de tels candidats ne sont pas à craindre. Si le prince de Conti n'a plus de chances, le seul parti qu'il y ait à prendre est de faire en sorte que le roi qui sera élu en ait l'entière obligation à Sa Majesté (Louis XIV). Elle veut pour cet effet que, si Tintelligence se peut rétablir entre la Reine et l'abbé de Polignac, le sieur de Forval, de concert avec lui, dispose cette Princesse à procurer l'élection du prince Alexandre ou du prince Constantin.

Dans le cas ou cette combinaison ne conviendrait pas à la Reine, BI. de Forval appuyerait l'Électeur de Bavière, si la Reine le préférait. Enfin, si un rapprochement était impossible entre la Reine et l'abbé de Polignac, M. de Forval s'adresserait directement à cette princesse ou à l'abbé Scarlati, en qui elle avait grande confiance. Dans tous les cas, il fallait démentir les promesses faites au nom du prince de Conti, telles que la prise de Kaminiec, le prince de Conti ne devant pas mener d'armée avec lui et n'offrant que sa personne ; il s'engageait cependant à renouveler la ligue contre la Porte Ottomane.

Quanta l'abbé de Polignac, M. de Forval devait se concerter avec lui pour conser>^er au prince de Conti, le cas échéant, le plus grand nombre de partisans, et lui demander le compte exact de toutes les sommes dépensées et promises. Louis XIV estimait qu'il devait monter à six millions ; de là, raison sufiSsante pour désavouer son ambassadeur. Du reste, l'abbé de Polignac était libre de revenir en France ou de rester en Pologne, selon qu'il le jugerait convenable et utile.

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Sa Majesté laisse à Tabbé de Polignac la liberlé de s'en revenir, lorsque le sieur de Forval sera sur les lieux, s'il lui paraît qu'après avoir perdu son crédit sa présence soit plutôt nuisible qu'utile au service de Sa Majesté, et l'un et l'autre en rendront aussi compte à Sa Majesté.

L'itinéraire de M. de Forval était tracé d'avance. II devait partir de Dunkerque pour débarquer à Gluckstadt ou à tout autre port du Danemark, et aller de là rejoindre l'abbé de Polignac.

Une maladie survenue à M. de Forval l'empêcha de partir

aussitôt que l'aurait désiré Louis XIY; l'abbé de Châteauneuf

fut choisi pour le remplacer. On lui remit des lettres de

créance pour la reine de Pologne et le cardinal Radziouski,

en même temps que les instructions rédigées pour M. de

Forval ; il fut aussi chargé d'une dépêche de Louis XIV pour

Tabbé de Polignac, en date du 28 février. Le roi de France

répétait à son ambassadeur qu'il ne pouvait aller au-delà de

trois millions pour l'armée et huit cent mille francs pour les

particuliers, mais que le cardinal Radziouski pouvait compter

sur une abbaye en France. L'abbé de Châteauneuf était, en

même temps, porteur de 240,000 francs en lettres de change,

qui complétaient les 800,000 francs de brevets de pension.

Louis XIV disait aussi qu'il avait eu connaissance d'une lettre

que la reine de Pologne avait écrite à sa sœur, la marquise de

Béthune, en date du 5 février, et dans laquelle elle s'exprimait

ainsi :

« Le sieur Dupont vous a pu dire comme, dès le moment

114 NtaOGlXTlONS DE L'ABBÊ DE POLIGNAC.

« que le feu roi mon seigneur fut mort, le dit abbé de Polignac

« se retira chez lui et fit le malade; je ne le vis que la veille

« que je partis pour la Russie. On dit qu'il étoit venu lorsque

« j'étois avec le cardinal. Le lendemain, il vint me dire adieu ;

« il me trouva chez le Palatin de Russie; il vint me voir, et

« m'apporta l'instruction du Roi qui marquoit qu'il m'aideroit

€ si je voulois remonter sur le trône en choisissant un Piaste^

« sinon le prince Alexandre, ou Constantin, ou l'Électeur de

« Bavière, Constantin étant trop jeune. Il me demanda que

« répondre ; je lui marquai comme je pus ma reconnaissance

« des bontés du Roi ; que pour de mariage de moi, il n'y en

« auroit jamais; que mes deux cadets ne vouloient point

a concourir avec leur frère ; que l'Électeur n'y songeoit point,

« parce que, pour lors, je n'en avois nulle ouverture. Il me dit:

« Que faire donc?... Je lui dis : Laissez faire mon fils aîné,

<( pour qui on paroft assez porté. Il me dit : Votre Majesté

a voit bien que je n'ai point d'ordre pour cela. — Mais, vous

« n'en avez point pour le traverser? — Non, me dit-il. — Eh

« bien I laissez le donc faire. — Mon, cela ne se peut : il

« auroit à nos ennemis l'obligation de la couronne... — Je lui

« répondis: Pardonnez-moi, il l'aura aussi au Roi, votre

^ maître, de ne l'avoir point empêché de l'avoir, sachant bien

« que, si un aussi grand roi que celui de France s'y opposoit,

n il ne pourroit y parvenir. C'est, ma chère sœur, ce que mes

« enfants et le sieur Dupont pourront vous dire, ce qui s'est

i< passé jusqu'à leur départ. Peu de jours après, il mit au jour

« le bel écrit (la lettre de l'abbé de Polignac à l'évéque de

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