DEUXIÈME PAHTIE, CHAPITRE XV
« Le premier banquier à qui on a proposé la chose a été « Hélissant, lequel a fait connaître qu'il étoit absolument « impossible que Ton pût trouver de l'argent à de pareilles « conditions, et que, pour lui, il n'en savoit point le secret; « après quoi Ton s'est adressé à Narcisse et à Hasson, qui ont « répondu la même chose, aussi bien que Tourton et Demeuvre, « auxquels on a fait la même proposition ; enfin, on s'est servi « de Samuel Bernard, créature d« M. de Pontchartrain, con- « trôleur général des finances, et qu'il fait entrer dans tous « les partis, lequel a représenté, à son tour, la même chose, « qu'il étoit impraticable que des marchands étrangers don- « nassent leur argent sans être sûrs de leur remboursement ; « on lui a répondu : n'importe qu'elles soient protestées, mais « donnez-les, ce qu'il a fait par obéissance. »
Louis XIY avait envoyé des lettres de change, pensant que les payements devaient s'effectuer en monnaie courante de Dantzick. Quand il fut informé des embarras survenus à ce sujet, il n'était plus temps d'envoyer de l'argent ; il compta sur l'habileté de l'abbé de Polignac pour lever cette nouvelle difficulté.
Arrivé sur les frontières de Pologne, le 1" avril, l'abbé de Châteauneuf eut, le 6 du même mois, une entrevue à Lowiehz avec Radziouski, et fit part deux jours après, à Louis XIY, des prévisions du Cardinal au sujet de la prochaine élection. Radziouski ne pensait pas, il est vrai, que le prince de Conti fût élu roi à l'unanimité ; il craignait que le parti de la Reine ne proclamât un autre candidat : le prince Jacques Sobieski
126 NÉGOCIATIONS DE l'ARBÊ DE POLIGNAG.
OU rÉlecteur de Bavière, le duc de Neubourg ou le duc de Lorraine, peut-être même le prince Louis de Bade, appuyé, à la demande du prince d*Orange, par TÉlecteur de Brandebourg ; mais, de tous ces concurrents, le plus à redouter était le prince Jacques, parce qu'il était présent. Aussi, comme l'avait déjà mandé Tabbé de Polignac, le Cardinal estimait qu'il était urgent que le prince de Gonti se mit en mesure d'entrer dans le royaume après l'élection « pour venir, à la « tète de ses fidèles sujets, défendre ses droits contre les « opposants. »
De son côté, l'abbé de Polignac insistait de nouveau pour avoir de l'argent ; il demandait 200,000 écus pour les faux frais de l'élection, indépendamment des 800,000 destinés aux particuliers, somme dont on ne pouvait rien retrancher, à son avis, maintenant surtout qu'il était décidé que l'élection devait se faire par la Pospolite. La Diète s'ouvrant le 15 mai, il était nécessaire que l'argent fût arrivé le 2i ou le 25 mai. Quant à des lettres de change, on ne voulait pas en entendre parler. Cependant les abbés de Polignac et de Chàteauneuf s'efforçaient de persuader aux Polonais qu'on pouvait compter sur les trois millions ; s'ils n'étaient pas encore à Dantzick, leur disaientils, c'était à cause de l'incertitude de l'événement et de la perte qui résulterait, dans le cas d'insuccès, pour le change, pour le transport en Pologne de l'argent, et sa réexportation en France, sans compter les tentatives que pourraient faire la reine de Pologne et le prince Jacques pour faire enlever cette somme. « Il ne s'agit pas, écrivait l'abbé de Polignac à Louis XIY, du