DEUXIÈME PARTIE, CUAPITItE XVI
« Tout cela, Monseigneur, nous force à prêter Toreille à des « propositions qui nous devroient faire trembler quand même « elle vous plairoient, et à ne point vous dissimuler ce que nos H amis disent dans la conjoncture présente ; il faut que Votre « Altesse bazarde pour conquérir une couronne. »
L'état de la Pologne, lorsque les abbés de Chàteauneuf et de Polignac écrivirent cette lettre au prince de Conti, n'était pas de nature à engager un candidat étranger à se présenter dans ce pays, en proie à des dissensions intestines dont il était difficile de prévoir la fin. A la commission de Léopold avait succédé l'assemblée de Sambord, où de nouvelles conférences allaient s'ouvrir pour la pacification de l'armée; mais, à peine les négociations avaient-elles été commencées, que les confédérés s'étaient plaints de ce que le comte Jablonowski, grand-général de la Pologne, refusait de les traiter en Towariks (1) et les regardait comme de simples soldats soumis à ses ordres.
C'était pour metUre fin à ces désordres que le cardinal Radziouski avait convoqué une assemblée de Sénateurs à Varsovie pour le 19 mars ; mais, comme les Palatinats continuaient à demander que la Reine s'éloignât et qu'elle continuait à résider à Varsovie, non plus pour cause de maladie, mais bien
(1) Cavaliers nobles Polonais, ainsi nommés Towaricks (camarades ou compagnons), parce qu'ils accompagnent aux Diètes, pour leur faire honneur, les généraux ou les grands seigneurs dont, la plupart du temps, ils sont pensionnaires. Ils ont eux-mêmes à leur suite un ou deux valets appelés Pacholets ; ces pacholets sont parfois de pauvres genUlsbommes.
SOUS le prétexte d*y faire ses dévotions pendant la semaine sainte, cette assemblée avait été différée jusqu'après les fêtes de Pâques. Enfin, le 10 avril, la Reine partit pour se rendre dans la Prusse royale. Le jour où elle quittait Varsovie, l'abbé de Châteauneuf y arrivait. Il était porteur d'une lettre de Louis XIY pour la veuve de Sobieski ; il devait la lui remettre « en cas qu'il trouvast ses affaires et ses intentions « assez bonnes, et selon le besoin où la France seroit de la « ménager ou de la servir. L'absence de cette princesse ne fut a pas la seule cause que la lettre du roi très chrétien ne luy « fût pas rendue. Les seigneurs du parti de France l'exigèrent « dans l'appréhension qu une princesse qui vouloit profiter de « tout n'en tirast avantage dans le public et que l'on ne se « persuadast que l'abbé de Châteauneuf n'étoit venu que pour « renverser l'ouvrage de l'abbé de Polignac , pour servir la <( maison royale, et détruire par là le prince de Conti et toutes « les espérances de la République. »
Trois jours après le départ de la Reine, l'assemblée des Sénateurs se réunit pour aviser aux mesures à prendre au sujet de l'armée confédérée, afin d'assurer la Diète d'élection. Les opinions y furent très partagées; on proposa de remettre l'élection jusqu'au mois de novembre, époque à laquelle on espérait que l'armée serait rentrée dans le devoir. On avait envoyé à Baranowski une nouvelle députation pour l'engager à dissoudre son armée ; mais les députés n'avaient obtenu aucun résultat satisfaisant.
Oginski essayait de soulever les Lithuaniens. Bien qu'ils