DEUXIÈME PARTIE, CHAPITRE XX
« Comme Votre Éminence a voulu être assurée par moi- « même, touchant la religion catholique, je lui dis que l'affaire « se pourroit achever de la manière que je pourrois être élevé € sur le trône de Pologne : je ne ferois point de difficulté, € alors, de professer la religion catholique, ce que je ne « saurois faire avant, pour les grandes raisons qui ne peuvent « être inconnues à Votre Éminence, et à cause desquelles je « la prie de vouloir ménager l'affaire le mieux qu'il se peut. € Voilà ce qui, je crois, suffira pour l'assurance de la religion, « dont elle peut encore prendre plus exacte information par « celui qui vous rendra celle-ci. »
L'abbé de Polignac ne redoutait pas la candidature de l'Électeur de Saxe ; toutes ses craintes étaient concentrées sur le prince de Bade qui lui semblait un candidat bien autrement sérieux, « non pas tant à cause de l'argent qu'il pouvoit offrir « à la République qu'à cause de l'art qu'il mettoit à cacher « sa concurrence jusqu'au dernier jour (1). > En attendant, le cardinal Radziouski, qui avait prêté de l'argent à l'ambassadeur de France, ne touchait pas les sommes qui lui avaient été promises. La route de Dantzick à Varsovie étant occupée par les gens de la Reine douairière et du prince Jacques Sobieski, on ne pouvait faire venir l'argent de Dantzick. Le chevalier Fleming entretenait, chez les gentilshommes polonais auxquels Radziouski avait montré la lettre de l'Électeur de Saxe, des dispositions favorables pour ce candidat.
(1) LeUrc de Vabbé de Clialcauncuf au roi, {8 juin 1C97.
La Diète d'élection, cependant, continuait ses séances, qu'elle consacra à divers travaux préparatoires. Le 19 juin, elle décida que, selon Tusage, elle donnerait audience aux ambassadeurs étrangers (1). Le nonce du Pape y fut introduit le lendemain avec les cérémonies accoutumées ; il se borna, dans une harangue assez courte, à exhorter la noblesse à élire un roi catholique et qui pût être utile à TÉglise et à la Pologne. L'audience donnée le même jour par la Diète à l'évéque de Passaw, ambassadeur de l'Empereur, fut marquée par des incidents singuliers. Comme la suite peu nombreuse que cet ambassadeur avait amenée de Vienne n'était pas un cortège digne de celui dont il représentait la personne, il avait rassemblé plusieurs Allemands qu'il avait trouvés à Varsovie, et ces gens ainsi ramassés lui servaient de gardes-du-corps.
(i) « Après que le mareschal des nonces a été élu et qu'on a établi une justice pour la seureté de tout ce qui se fait pendant la Diète, on parle des exhorbitances, c'est-à-dire des excez coromis contre la République* en général, ou contre quelque particulier. Ensuite, on donne audience aux ambassadeurs de tous les Princes qui prétendent à la couronne ou qui recommandent quelque candidat. Car, il peut se rencontrer des princes assez généreux qui préfèrent les interests de leurs amis el leurs alliez aux propres interests de leur maison, comme il arriva à la Diète d'élection de l'an 1674, où le roy de France envoya un ambassa* deur en Pologne pour y recommander uniquement le prince de Nea«
bourg Lorsque les ambassadeurs doivent avoir leur audience,
la République les envoyé quérir. Elle commence par le nonce du Pape, ensuite par l'ambassadeur de l'Empereur, et puis par celuy de France.... Lorsque les ambassadeurs sont arrivés à l'audience, ils font leur harangue en latin. L'archevesque ou l'évesque qui préside leur répond pour
le Sénat, et le mareschal des nonces pour la noblesse » (IIautevilu»
Relat. Mat. de la Pologne, p. 315, 3U et 215).