CHAPITRE XXI
DlèrC D'^LBCrtON. — IB PBINCI Dl CONTt EST ^LU nOI DE P0L06RI ET PSOCI.AU£ PAB Ll CARDIN A L-PIIHAT. — l'tfvftQOI DK COiATIE, DE SON C01Û, PBOCLAIIB L'ilBCIBUB DE BAXB FBf^D^RIC-Ab'OUSTE. — LETTRE QUE LUI ECRIT LE CARDINAL BADZIOOSRI. — D£p£cBB DB L*ABB< DR POLIORAC AU HABQQIS DS TOBCT.
Le 25 juin, la noblesse, représentée par plus de quatre cent mille hommes, s'était rendue dans la plaine de Varsovie pour préparer Télection qui devait avoir lieu le lendemain. Chaque palatinat était divisé par compagnies, dont les plus fortes étaient de huit à neuf cents hommes et les plus faibles de deux cents. Le nombre total de ces compagnies s'élevait à plus de deux cent cinquante. Tout le monde était à cheval, à l'exception de quelques gentilshommes pauvres qui, n'ayant pas le moyen d'avoir un cheval, suivaient la cavalerie sans sabre, mais armés de faux ; ils ne perdaient rien pour cela de leur fierté. Selon la coutume, chaque sénateur prononça, dans son palatinat respectif, une harangue pour recommander de faire une bonne élection. La harangue de l'évéque de Plosko ne fut pas plutôt terminée, que son palatinat s'écria, à plusieurs
reprises : Vive Conti I Les palatinats de Siradie, de Rava et ceax de Prusse poussèrent le même cri. « On fut sur le point de « voir anticiper l'élection par l'impatience qu'avoit la noblesse « de se donner un souverain, qui seul luy sembloit capable de « rétablir le royaume dans son ancienne splendeur (1). »
Le castellan de Culm, toujours dévoué au parti saxon, pour arrêter l'enthousiasme des palatinats de Prusse, essaya, dans un discours, de leur prouver que l'Électeur de Saxe était, pour eux, un aussi bon choix que le prince de Conti. Le chambellan de Mariembourg l'interrompit en s'écriant : « Traître, sont-ce « là tes serments? )v Et en même temps il lui tira un coup de pistolet. Le Castellan aurait été tué, si un voisin du chambellan n'eût avec sa canne détourné le coup. Les acclamations du palatinat de Plosko étaient chose insolite; les autres palatinats protestèrent contre cette inconvenance, se plaignant de ce que, sans attendre la déclaration des palatinats supérieurs, l'évêque de Plosko avait prétendu nommer le roi. Ils l'accusèrent , aussi bien que les Sapieha, les Lubormiski, les Radziwill et le palatin de Culm, d'avoir concerté cette élection prématurée. Toute la journée se passa en démarches et pourparlers entre les partis saxon et français. Comme la grande objection faite par les Polonais à rÉlecteur de Saxe était son dévouement à la reli-^ gion protestante, dont il était en Allemagne un des puissants soutiens, ces deux partis s'adressèrent au nonce du Pape, pour être édifiés sur la valeur de l'abjuration de l'Électeur, dont
(I) Scission de Pologne, p. 155.