DEUXIÈME PARTIE* CBAPITRB XXI. t
de l'Électeur de Saxe, à laquelle on n'ajoutait aucune foi. Davia donna ce certificat; bientôt après, Przependowski l'apporta au champ électoral, et fit crier à haute voix, par ses gens, que le nonce du Pape déclarait à l'assemblée que l'Électeur de Saxe était bon catholique et que Sa Sainteté demandait la couronne pour lui. Ce nouvel incident, produit au milieu de la journée, alors que le parti de Saxe était supérieur à ceux de Neubourg, Lorraine et Bade, mais bien inférieur à celui du prince de Conti, ne manqua pas de produire une certaine émotion.
La confusion qui s'en suivit et le désordre devinrent si grands « qu'il n'étoit pas possible de compter les suffrages ; le tumulte « empéchoit de les développer. Le cardinal, pour obvier à ce « désordre, proposa que ceux qui étoient pour Conti passassent « d'un cAté, et que les partisans des autres candidats se « rangeassent de l'autre. Cela fut exécuté dans le moment et « on vit passer à la droite du Schopa un si grand nombre de « compapies pour Conti, que ses ennemis crurent que tout « alloit défiler de ce cAté-là : ainsi, ils redoublèrent leurs « efforts pour former un corps à la gauche, qui ne fut ce jour « là que de trente-six compapies pour les quatre prétendans, « pendant que la division de Conti était composée au moins « de deux cent quatorze. » On n'attendait plus que la proclamation du prince de Conti comme roi de Pologne ; mais elle fut différée par le cardinal qui voulait que l'élection eflt lieu à l'unanimité des suffrages. L'abbé de Polignac rendit compte en ces termes des événements qui suivirent :
17G NÉGOCIATJONS DK l'aB2É DK POLIGNAC.
« On passa toute la nuit à cheval pour éviter la disconli- « nualion, parce que la Diète ne doit durer que six semaines. « Nous perdîmes cette nuit là une partie de quelques pala- « tinats, parce que nous manquions d'argent et qu'ils en « avoient; et les choses furent si balancées le lendemain, « qu'on fût obligé d'en venir à une conférence ob nos ennemis « déclarèrent par leurs députés qu'ils étoient prêts de renoncer « à la maison royale et aux Allemands, pourvu qu'on renonçât « à monseigneur le prince de Conti ; que c'étoit bien se mettre « à la raison que de renoncer à sept candidats, tandis qu'ils ne « demandoient que celle d'un seul. On apprit en ce moment a la désertion du grand-général Sapieha, dont la maison avoit « reçu de nous plus de 80.000 écus, c'est-à-dire quinze fois « au-delà de ses capitulations, et qui étoit le seul que nous « avions à opposer aux trois autres qui étoient contre nous. « Tous nos amis en furent consternés et songèrent aussitôt à « Bade.
« Si Votre Majesté veut bien se ressouvenir de ce que nous « lui avons écrit sur ce candidat, elle comprendra aisément « combien nous eûmes lieu de l'appréhender dans une pareille a conjoncture ; mais nos chefs furent consolés et encouragés « par les menaces de notre noblesse, qui déclara qu'elle éliroit « monseigneur le prince de Conti, sans eux, s'ils manquoient « de fermeté.
« Ils ne laissèrent pas, pour mettre les autres dans leur « tort, de leur aller proposer M. de Bade, sachant bien que le « castellan de Cracovie ne l'accepteroit jamais, et, par cet