DEUXIÈME PARTIE, CHAPITItË XXII
comme un trattre, l'ouvrit et la rendit publique. Elle était datée de Konisberg ; le Czar y annonçait qu'il ferait entrer des troupes en Lithuanie si le prince de Conti était reçu roi de Pologne. Le ministre de Brandebourg déclarait, de son côté, que son souverain se chargeait de s'emparer, pour TElecteur de Saxe, de la Prusse royale. Cette menace ne paraissait pas très effrayante à l'abbé de Polignac ; il pensait que « si les « partisans de Saxe étoient assez fous pour prendre l'Électeur « de Brandebourg au mot, les Prussiens seroient assez sages « pour l'en empêcher. » Le cardinal Radziouski avait écrit à l'empereur d'Allemagne et à TÉlecteur de Brandebourg, dans les premiers jours de juillet, pour leur notifier l'élection légitime du prince de Conti, et les prier de ne pas s'y opposer en favorisant l'Électeur de Saxe, qui voulait troubler le repos de la Pologne et soutenir par les armes l'élection faite contre les lois en sa faveur (1). Quant au nonce du Pape, son mauvais vouloir envers la France devenait de plus en plus évident. On avait lieu d'espérer que la Reine douairière, en voyant le prince Jacques supplanté par l'Électeur de Saxe, que soutenaient ceux qu'elle pensait être les plus dévoués à son fils, « comprendroit à la fin ses véritables intérêts et consulteroit <( quelqu'autre chose que sa passion ; » mais la réception qu'elle avait faite à Dantzick à l'abbé de Chàteauneuf prouvait suiBsamment le contraire : elle était décidée à se mettre sous la protection de l'Électeur de Saxe.
(1) Scission de Poioçne, p. 494.
Frédéric-Auguste n'avait pas voulu recevoir la lettre du cardinal Radziouski parce qu'il n'y était pas qualifié de Roi élu, et rassemblait des troupes avec l'argent que lui avait donné la maison de Hanovre pour l'achat du duché de Saxe- Lovembourg. L'évéque de Cujavie, un de ses plus zélés partisans, avait convoqué les petites Diètes pour le 6 août. Le couronnement de l'Électeur était fixé au 45 septembre. En attendant, on lui avait envoyé une ambassade de soixante-six gentilshommes à la tête desquels se trouvaient l'évëque de Posnanie et le palatin de Yolhinie.
Cependant, l'abbé de Polignac, qui regardait « le parti « Saxon comme fondé sur l'injustice, l'envie et le renversent ment des lois divines, et, comme tel, ne pouvant subsister, « pensoit que toute cette cabale devoit se dissiper comme un « nuage dès que le Roi paroltroit. » On ne pouvait toutefois se dissimuler l'importance de la démarche faite par une députion de l'armée auprès du castellan de Cracovie ; elle lui avait déclaré que celui des deux élus qui payerait les quatre quartiers arriérés (environ 600,000 écus), aurait son appui; que celui, au contraire, qui ne payerait pas, ne serait pas reçu au camp de Léopol.
L'abbé de Châteauneuf ne partageait pas toutes les espérances de l'abbé de Polignac; il lui semblait que tout était i recommencer, quand il songeait surtout que l'Électeur de Saxe, avec les trois généraux pour lui, n'avait pas besoin d'argent, et qu'en huit jours il pouvait être à Cracovie. Il n'avait pas cependant perdu tout espoir et déclarait toujours aux