PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE
L'opposition de la noblesse contre la Reine continuait toujours. Le candidat présenté par cette princesse pour le trône de Pologne , n'avait aucune chance d'être élu ; les Sapieha et, avec eux, la Lithuanie ne voulaient pas plus d'un prince Sobieski que d*un prince allemand, et cela dans la crainte seule que la Reine douairière, sous le règne de l'un de ses fils, ne conservât trop d'autorité. Il n'y avait, selon l'abbé de Polignac, qu'un moyen de faire tourner cette oppo* sition au profit de la France et en faveur d'un prince français : c'était de paraître combattre le candidat de la Reine; dans ce cas, la noblesse, hostile à cette princesse, ne manquerait pas de servir le parti français et s'engagerait sans nul doute à soutenir le candidat présenté plus tard par Louis XIV.
Le roi de France, ayant demandé l'exclusion du prince Jacques Sobieski, il était difficile, pour l'abbé de Polignac, de suivre, dans le choix d'un candidat, les inspirations de la reine de Pologne : elle lui avait dit vingt fois que, quelque indigne que fût envers elle la conduite de son fils Jacques, elle aimerait encore mieux le voir sur le trône qu'un étranger. Ce sentiment de la Reine, l'Abbé l'avait fait connaître à Louis XIY ; il n*avait pas non plus laissé ignorer au Roi l'impossibilité, si Marie Casimire ne changeait pas d'avis, de faire admettre à la reine de Pologne, comme candidat, un autre de ses fils (1).
« Je n'^i pas trouvé ce sentiment déraisonnable, par
M) Di'pcchc de l'abbé de roli;;:iac au lloi, 31 juiiiet 1690,
« rapport à elle, puisqu'enfin c'est son sang; mais, cela « n'accorde pas les affaires de Votre Majesté ; comment donc « s'accorder avec la Reine, si la seule chose en quoi Votre « Majesté convient avec elle devient impossible : je veux « dire le choix du prince Alexandre, du prince Constantin on « de l'Électeur de Bavière, et si la seule chose qui pourroit « réussir et à laquelle je vois qu'elle donneroit les mains est « directement contraire aux intérêts de Votre Majesté : je « veux dire l'élection du prince Jacques? Car, enfin, depuis « qu'on a su qu'il commençoit à se rebrouillcr avec elle, « quoique je l'aye tant exhortée à le ménager, il n'est plus « si abtmé qu'il étoit ; ses amis reprennent courage. »
Dès le commencement d'aaût, l'empereur d'Allemagne et le prince Jacques Sobieski faisaient bourse commune; l'envoyé de l'Empereur, qui avait apporté à Varsovie cinquante mille écus pour faire réussir une candidature allemande, n'épargnait pas les plus belles promesses pour se créer des partisans, et faisait fond sur cent mille ducats d'or qu'il devait recevoir. Le nonce du Pape en Pologne, Davia, appuyait aussi l'élection du prince Jacques ; tout portait cependant à croire qu'il n'avait pas reçu d'instructions dans ce sens, puisque Innocent XII avait déclaré au cardinal de Janson, ambassadeur de France auprès du Saint-Siège, que l'élection de Pologne lui était indifférente, pourvu, toutefois, qu'on fît choix d'un prince catholique. Si Davia en agissait ainsi, c'était de son chef, selon l'abbé de Polignac, et par un motif tout personnel : la promesse que lui avait faite l'Empereur, d'obtenir pour lui