‹ Négociations de la̓bbé de Polignac en Pologne concernant le̓́lection du prince de Conti comme roi de PologneChapitre 98 sur 115 · DEUXIÈME PARTIE, CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE, CHAPITRE XXVIII

€ Votre Majesté a vu, par ma dernière, que le changement « qui avoit paru dans les Sapieba, lorsqu'on s'y attendoit le « moins, et qu'où avoit reçu tant d'assurances de leur part, « étoit la principale cause du dégoût que le roi de Pologne « témoignoit pour cette entreprise ; il voyoit que, n'ayant pu « amener des troupes françoises, il devoit uniquement se « reposer sur celles de la République, et que l'armée de la « couronne, prévenue par l'argent de l'Électeur de Saxe, ne « lui laissoit d'apparence certaine que dans celles de Lithuanie; « que celles-ci même, sans les MH. Sapieba, ne pouvoient « être à lui ; que le Grand-Trésorier, le premier et principal «( de cette affaire, étoit accusé de les avoir détournées de « venir en Prusse, qu'on l'accabloit de demandes d'argent, « prêt ou non prêt ; que les compagnies détacbées et payées, « aussi bien que celles de ses plus fidèles serviteurs, ne pou- « voient être ici que fort tard; que, cependant, les troupes de « Saxe s'avançoient ou pour se saisir de Mariembourg, ou pour « empêcher son débarquement ; qu'il étoit désagréable de les a attendre pour s'en retourner à leur vue et qu'enfin le temps « qui restoit à l'escadre de Votre Majesté, pour pouvoir passer « le Sund en sûreté, devenoit bien court. »

Toutes les chances tournaient donc contre le prince de Conti. Le Grand-Trésorier de Lithuanie lui écrivait qu'il fallait payer deux quartiers de solde pour l'armée ; et le prince de Conti manquait d'argent; d'un autre côté, le cardinal Radziouski, qui devait venir à Dantzick avec six ou sept cents gentilshommes et les ambassadeurs de la République, manda

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qu'il ne pouvait s*y rendre dans la crainte d*étre pris par les régiments de cavalerie saxonne et les reitres du général Brandt, qui marchaient sur Lowiehz. Le maréchal deLithuanie arriva cependant, mais sans troupes. Le castellan de Calish et l'évéque de Kiovie s*y rendirent aussi pour l'ambassade avec les députés des trois provinces et ceux qui avaient ordre de demander le diplôme au Grand-Chambellan ; mais, celui-ci répondit qu'il ne le donnerait que la veille du jour où les Pacta conventa seraient signés. Le staroste Sundiski, qui était venu seul à Dantzick, avait laissé derrière lui les dix-sept compagnies qu'il avait amenées du fond de la Russie. Les Saxons approchaient toujours deHariembourg et les troupes du castellan de Calish, qui étaient, le 3 novembre, à Brodnica, ne pouvaient arriver assez à temps pour s'y opposer. Une correspondance interceptée avait dévoilé les projets des Saxons : ils voulaient enlever les Sénateurs qui se trouvaient à Dantzick. Les dispositions de cette ville devenaient de moins en moins favorables au prince de Conti, comme l'écrivait l'abbé de Polignac à Louis XIY :

K La ville de Dantzick a poussé fort loin son insolence; « après tout ce qu'elle a fait contre les officiers de Votre « Majesté, et même contre le respect qu'elle doit au caractère « qu'il a plu à Votre Majesté de m'honorer, le roi de Pologne « trouva bon que je parlasse au Président, pour voir si la « nouvelle de l'ordre que Votre Majesté a donné d'arrêter et « de saisir tous les vaisseaux de cette ville, et le péril dont « les bourgeois étoicnt menacés, ne la rendroient point plus

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« sage. Le même jour, que je lui en parlais, et pendant qu'il « feignoit d'ignorer de si grands excès, on maltraitoit actuelle lement l'écrivain de l'Amiral dans la ville.

« Enfin, le roi de Pologne jugea qu'il ne falloit point laisser « cette insolence impunie, et fit arrêter sept bâtiments apparue tenant à cette ville, qui se trouvoient dans la rade.

« Ce matin, le magistrat, en représailles, a fait fermer les « portes, et a retenu tout ce qui étoit trouvé de Français, « parmi lesquels il y a quelques-uns de mes domestiques ; ils « ont pris aussi mes chevaux et mes chariots qui étoient allés « chercher mes meubles. »

En présence de tels événements , le prince résolut de repartir pour la France € sans néanmoins abandonner l'affaire, € mais pour aller la représenter à Louis XIY dans toutes « ses circonstances, et pour remettre au printemps prochain « l'exécution de ses projets contre un ennemi qui fondoit son « établissement sur ses forces particulières, si, toutefois, le « roi de France le jugeoit à propos. »

Le lendemain du jour oii l'abbé de Polignac annonçait ces nouvelles au roi de France, Louis XIY écrivait à son ambassadeur :

a Toutes vos lettres me font voir beaucoup de lenteurs

« dans les affaires de Pologne, et il ne parott pas qu'il y ait € encore de troupes assemblées auprès de mon cousin le « prince de Conti. Ceux qui le viennent trouver ne cessent « pas cependant de lui demander de l'argent, sans qu'il soit « possible de juger de l'utilité qu'il y auroit à le donner ;

« ainsi, j'approuve fort le parti qu'il prend de ne le distribuer « que très à propos, de continuer à refuser le titre de roi, et « de ne point s'engager à mettre tout à fait pied à terre avant « que d'avoir des troupes suffisantes pour soutenir son entre- « prise et pour marcher contre l'Électeur de Saxe, sans être « obligé de l'éviter et de se retirer dans la Prusse en lui « abandonnant le reste du royaume.

€ Il est certain que je suis bien éloigné d'abandonner une « affaire qui me cause autant de dépenses ; mais, avant que « de m'engager davantage à la soutenir, il est nécessaire que « je puisse juger du succès qu'elle aura, et si mon cousin le « prince de Conti sera en état de se maintenir sur le trône de « Pologne sans lui envoyer des troupes, comme on en demande « présentement, quoique les Polonois eussent jusqu'à présent < gardé le silence sur cette condition, dont l'exécution seroit « absolument impossible.

€ Vous donnerez part à mon cousin de la paix qui a été « signée le 31 octobre (la paix de Ryswick], par mes ambasa sadeurs avec ceux de l'Empereur et de l'Empire.

€ Les princes protestants refusent encore de la signer à « cause des conditions avantageuses stipulées en faveur de la a religion , et, principalement , à cause de celle que j'ai fait « insérer, que la religion catholique sera conservée au même € état qu'elle est présentement dans les lieux que je rends à « l'Empire, qui avoient été réunis depuis le traité de Nimè- « gue. L'ambassadeur de Saxe soutient avec beaucoup d'ar- « deur les intérêts de la religion luthérienne, et cette conduite

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