‹ Négociations relatives à l'établissement de la maison de Bourbon sur le trône des Deux-Siciles (volume 2)Chapitre 11 sur 23 · II · texte numérisé non relu

II

En conséquence, leêdits deux royaumes de Naples et de Sicile et lesdits ports et places que Sa Majesté Catholique aquerra, appartiendront dès à présent, et demeureront à perpétuité au sérénissime infant D.Carlos, duc de Parme, et à

ses descendants mâles nés de légitime mariage, et à leur défaut aux autres sérénissimes infants d'Espagne , fils, de Sa Majesté Catholique là Beine d'Espagne^ selon V ordre deprimogéniture, avec leurs descendants mâles y nés de légitime mariage; et venant à manquer la ligne masculine de tous les susdits Infants, fils de ladite Reine d'Espagne^ lesdits royaumes de Naples et de Sicile, aussi bien que lesdits ports et places de Toscane, seront et demeureront'' réunis à la couronne et monarchie d Espagne ; comme aussi dans le cas où le dernier desdits sérénissimes Infants viendrait à suècéder à la couronne d* Espagne. En correspectivité de ce que dessus, et de ce que la guerre que le Roi Très-Chrétien et le Roi de Sardaigne vont entreprendre dans le Milanais et \es autres diversions que Sa Majesté Très-Clirétienne fera ailleurs ont aussi pour objet de faciliter et d'assurer au sérénissime infant Don Carlos et à l'Espagne lesdites conquêtes et avantages dont l'effet devient plus certain, ledit sérénissinae infant Don Carlos se charge dès à présent des mêmes obligations et garanties dont s'est chargé le Roi Très-Chrétien en faveur du Roi de Sardaigne ; lesquels devront auâsi donner leur garantie pour tout ce qui est porté par le présent article.

En foi de quoi, nous, plénipotentiaires du Roi Très-Chrétien et du Roi de Sardaigne, et en vertu de nos pleins pouvoirs, avons signé les présents articles et y avons fait apposer le cachet de nos armes.

Fait à Turin, le 26 du mois de septembre 1733.

Vaulgrenant. d'OrMéa. *

Article séparé et «eeret.

Le Roi de Sardaigne ayant souhaité une assurance plus particulière qu'il ne serait point obligé à donner aucun secoui's direct pour la conquête des royaumes de Naples et de Sicile et

— in —

des ports et places de Toscane, Sa Majesté Très-Chrétienne déclare qu'il ne sera rien demandé pour cet effet au Roi de Sardaigne, lequel ne sera tenu d'y joindre aucunes troupes à celles que le Roi d'Espagne jugera à propos d'employer pour ladite conquête.

// est convenu en outre que le Roi d'Espagne sera imité de vouloir accéder au traité signé cejourd'hui entre Sadite Majesté Très-Chrétienne et Sa Majesté le Roi de Sardaigne dans le terme d'un mois après l'échange des ratifications.

En foi de quoi, nous, plénipotentiaires^u Roi Très-Chrétien et du Roi de Sardaigne, et en vertu de nos pleins pouvoirs, avons signé le présent article et y avons fait apposer le cachet de nos armes.

Fait à Turin, le 26 du mois de septembre \ 733. Vaulgrenant . d'Ormé A .

Ratifié par le Roi de France, le 4 octobre K 733.

Ainsi le Roi de Sardaigne s adjugeait le Milanais dans son entier, et on assurait à TEspagne les royaumes de Naples et de Sicile, plus les ports et places de Toscane, à la condition pour cette dernière puissance d'accéder au traité de Turin en se chargeant des garanties et obligations qui y étaient contenues.

Tous les historiens s'accordent à dire que l'Espagne y accéda effectivement par le Traité de l'Escurial du 25 octobre 1753. C'est une erreur importante à relever , si l'on veut se rendre compte des événements de la guerre et surtout des négociations qui la suivirent.

Des documents authentiques, que nous reproduirons successivement et en détail, nous autorisent à affirmer

que TEspagne n'accéda jamais au traité de Turin, par suite de Timpossibilité de s'entendre avec la cour de Sardaigne. c Le Roi de Sardaigne, mandait M. d'Anc gervilliers (1) au maréchal de Noailles , le 51 août

< 1735, le Roi de Sardaigne, dans la conférence qui a « été tenue devant lui, a jugé à propos de s'expliquer c nettement et de déclarer qu'il ne concourrait pas au

< siège de Mantoue qu'après que l'Espagne aurait aç* « cédé au traité qui est entre nous et ce prince. Je n'enc trerai point dans le détail des causes qui ont retardé • la consommation de cette grande affaire. Je me con- « tenterai seulement de vous dire que pendant dix- « huit mois elle a été arrêtée par un grand nombre de « difficultés; M. de SenneteiTC en est très-instruit. « Il est vrai que par la persévérance que le Roi a ap- € portée à vaincre les obstacles on est parvenu à dres- € ser un projet qui a été agréé parle Roi de Sardaigne, c Ce projet est à la cour de Madrid depuis le mois de « juin ; mais sur ces entrefaites on y a été instruit de c la négative absolue de toute l'artillerie pour le siège « de Mantoue , qu'il plut au Roi de donner dans les ^ conférences de Marmirolo ; dès ce moment Leurs

< Majestés Catholiques ont paru indisposées, et la conc clusion de l'acceptation du projet d'accession a langui « sans que néanmoins il ait été rejeté (2). > Ceci se passait au mois d'août. Le 27 octobre de la même année , au moment où la France venait de signer à

(4) Ministre de la guerre, nommé le 22 mai 1728. Il succédait à M. Leblanc ; remplacé le 20 février 4740 par M. de Breteuil. (2) Arch. du dépôt de la guerre, 2846, n" 45.

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prendre le commandement d'une seconde armée française, et entrait en Lombardie, conjointement avec les troupes du Roi de Sardaigne. Pavie succomba le 4 novembre.

 Barcelonne on préparait l'embarquement des troupes espagnoles. C'étaient , pour Tinfanterie » les régiments des gardes wallones , de quatre bataillons chacun ; les régiments de Navarre » d'Afrique, de Soria, de la Couronne^ de Séville, d'Anvers, de Guadalaxara, chacun de deux bataillons, et le régiment suisse de Bessler. La cavalerie, dont quatre escadrons de cai*abiniers et un escadron de grenadiers, les régiments de Santiago, de Grenade, de Bourbon, d'Estremadure, d'Alcantara^ du Prince, de la Reine, etc., devait en majeure partie prendre la route de terre et s'acheminer i>ar le Roussillon. L'état-major était ainsi composé : le comte de Montemar, déjà célèbre par la prise d'Oran , capitaine général , commandant en chef; le duc de Liria, les comtes de MarSillac et de Charny , les marquis de Gracia Real , de Rêves, de Yilladarias, de Las Minas et de Pozzobiauco, lieutenants généraux; le comte de Mazeda , le marquis de Bay, D. Luc. Patino, le marquis de Tjiy, D. Nicolo di Sangro, D. Isidore Gurma, D. Miguel de Sada, le comte de Ladron, le comte Mariani, maréchaux de camp.

La veille de son départ de Barcelonne, M. de Mon* temar écrivit au maréchal de Yillars :

tto ••mte de ■■•iitemar «a ■ftaré«hal de ▼lllar^.

De Barcelonne , le % novembre 1733-

Monsieur,

Entre les honneurs distingués que j'ai mérités du Roi mon maître, il n'y en a pas pour moi de plus grand ni de plus satisfaisant que celui qu'il m'a fait en me confiant son armée d'Italie sous les ordres du sérénissime Infant et immédiatement sous ceux de Votre Excellence. Pour me mettre en état de les exécuter pour le plus grand avantage des deux Rois, j'ai cru qu'il convenait d'envoyer à votre armée le duc de Liria, lieutenant-général , non-seulement pour remplir les compliments de voisinage, mais aussi pour vous communiquer Fétat de Tannée du Roi, et vous assurer qu'elle serait incessamment en état d'entrer en action. Il doit en même temps prendre vos instructions sur ce que les deux armées auront à faire. Je Tai instruit sur plusieurs autres points dont il entretiendra Votre Excellence. Je la prie d'être persuadée de mon respect et du désir inaltérable^

que j'ai d'obéir à ses ordres.

Le Comte jde Montëbiar.

(Archives du dépôt de la guerre, V. 2704, n» i 53.)

M. de Liria rejoignit le maréchal devant Pizzighitone, dont ce dernier avait commencé le siège. L'arrivée du général espagnol produisit le plus mauvais effet à la cour de Turin. Le roi de Sardaigne ne se souciait pas de la coopération des Espagnols. Il avait à sa porte une puissance prépondérante en Allemagne et maîtresse des deux points extrêmes de l'Italie. Or, c'est Que^ maxime en politique , quand on craint un voisin plus fort que soi, de lui opposer >

une puissance de forces à peu près égales. C'est

pour cela que la Sardaigne^ malgié les ombi^ages que lui causait la maison de Bourbon , avait si facilement consenti, par le traité de Turin , à l'agrandissement d'un Infant d'Espagne. Mais la même raison qui la portait à affaiblir l'Autriche devait lui faire redouter tout accroissement trop considérable de l'Espagne » puisque le danger n'eât été que déplacé. Il était donc de lintérét du roi Charles-Emmanuel de resserrer sensiblement l'empereur, mais de ne pas le ruiner tout à fait ; de lui enlever le Milanais et les Deux-Siciles, mais d'empêcher h tout prix son expulsion totale de l'Italie. On établissait ainsi une sorte de balance entre l'Espagne et l'Autriche, et l'on s'assurait d'une conquête à laquelle les deux puissances pouvaient également prétendre. De là l'attitude de la Sardaigne pendant toute la durée de la guerre ; les lenteurs calculées de la cour de Turin ; les difficultés qu'elle opposa constamment à la marche offensive de l'armée française; le refus des subsistances stipulées par le traité pour empêcher M. de Villars de s'étendre hors de l'Ëtat de Milan , de l'artillerie pour empêcher le siège de Mantoue; de là aussi les négociations qui suivirent, et la conclusion d'une paix beaucoup plus avantageuse que ne pouvait l'espérer la maison d'Autriche.

Les choses allèrent assez loin pour que M. de Liria fût obligé de quitter le camp de Pizzighitone. M. d'Orméa eut à ce sujet une conversation trè&-vîve arec le maréchal, qui voulut lui faire comprendre que la coopération des Espagnols était indispensable au succès de la guerre. M. de Villars se plaignait de n'avoir

aucune place de sûreté et de ne pouvoir même faire passer un courrier. Toutes ses dépêches étaient chiffrées, et il écrivait le 22 décembre, toujours en chiffres : c Ma crainte est que si les Espagnols disputaient « le Milanais, le Roi de Sardaigue n'aimât mieux un « tiens que deux tu Tauias, s'il trouvait un grand ina térét à manquer à Votre Majesté (1). »

Rien ne prouve que les intentions du cabinet de Madrid fussent, pour le moment du moins, ce qu'on les supposait. S'il n'avait pas accédé au traité de Turin, c'est que ses intérêts étaient précisément opposés à ceux de la Sardaigue. Par les raisons politiques qu'on vient de dire, cette puissance voulait maintenir les Autrichiens dans le Mantouan ; l'Espagne voulait s'y établir; la Sardaigue voulait bien s'agrandir aux dépens de l'empereur, mais elle ne voulait pas partager ses dépouilles dans le nord de l'Italie , surtout avec une branche de la maison de France. Ce conflit de prétentions fit surgir des di£Scultés qui retardèrent d'abord, puis empêchèrent définitivement l'accession de l'Ë^agne. Quant au Milanais, en supposant que cette puissance s'y crût des droits , elle ne pouvait entrevoir la possibilité de les faire valoir que dans un avenir très-éloigné (2). Les raisonnements du maréchal et une dépêche

(4) Archives du dépôt de la guerre. V. 2705, n' 400 bis.

(2) G'était'aussi l'avis de la Cour de Fraoce, qui devait être bieja informée. Voici ce que répondait M. d'Augervilliers à un mémoire rédigé par Tin tendant de l'aimée française et l'ambassadeur de, France à Turin, mémoire où Ton s'inquiétait beaucoup des sympa-

de Madrid , arrivée le 23 décembre , où le ministre des affaires étrangères parlait de Fintérét des trois couronnes, auquel l'armée d'Espagne devait travailler conjointement avec l'armée française , sembla rassurer un peu la Cour de Sardaigne. « Le Roi « m'a comblé d'amitiés, mandait M. de Yillars; je lui « ai parlé, avec ma sincérité ordinaire, sur les inten- € tiens de Votre Majesté, et je lui ai fait voir clair sur « les opérations de la guerre. >

Pendant le cours de ces graves et difficiles négociations, M. le comte de Montemar, dont les troupes étaient débarquées à la Spezzia, et qui venait d'ouvrir les hostilités en s'emparant du château d'Dlla , fief impérial sur la frontière de la Toscane et de l'Ëtat de Gènes, attendait les ordres du maréchal pour agir activement, soit en Lombardie, soit contre le royaume de Naples. Le maréchal attachait la plus gi*ande importance à la coopération des Espagnols; et comme il ne paraissait guère possible, dans les dispositions de la Cour de Turin, de réaliser la jonction des trois armées, il essaya de tourner la difficulté en obtenant de M. de Montemar qu'une partie de ses troupes fussent employées à garder la rive droite du Pô. On évitait ainsi tout contact entre les Sardes et les Espagnols , et lo droite de l'armée française se trouvait à couvert. Pour s'entendre, une conférence était nécessaire.

thies que les Milanais semblaient témoigner en faveur de FEspagne : < Tout cela ne prouve qu*une chose y c*estque les Milanais préféreraient la domination des Espagnols à celle du roi de Sardaigne. {Arch, du dép, de la guerre, 28^0, 88 ) .

Le rendez'vous fui fixé à là Sabioiielte , où les deux généraux ise trouvèrent le 8 décembre. *"

Le maréchal de Villars était alors plus qu'octogénaire, et à cet âge il avait conservé ce caractère enjoué , communicatii', qui le distinguait si profondément du grave et taciturne maréchal de. Berwick* Aussi la conversation ne languit-elle pas un seul instant, bien que M. de Villars n'entendît point l'espagnol, que M. de Montemar ne parlât point le français , et que M. le marquis de Pézé, qu'ils avaient choisi pour interprète , n'eût pas la moindre teinte de la langue castillane. Nous laisserons à ce dernier le soin de raconter cette curieuse entrevue.

M, de Pesé è M. d'AnserYUlleni.

De Sabionette, 10 décembre 1733.

M. le Maréchal trouva ici M . le com te de Mon teraar qui s'y étai t rendu environ deux heures avant lui'La première journée se passa en propos généraux; mais hier ils furent deux heures ensemble» m'ayant fait l'honneur de m'admettre en tiers. Et voici une chose surnaturelle: M. le Maréchal entend bien quelque peu l'espagnol , mais ses connaissances sur cette langue sont si bornées, qu'à tout bout de champ il me demandait l'explication de ce que disait M. de Montemar, qui ne parle pas un mot de notre langue , mais il l'entend bien ; vous sentez le comique d'avoir recours à un interprète qui de sa vie n'a pensé à apprendre l'espagnol ; j'en pâme encore de rire , en vous faisant ce récit. Mais voici le miracle ! j'ai entendu tout d'un coup M. de Montemar, j'ai répondu juste à toutes ses questions, et la conversation n'a pas langui une minute. M. de Montemar avait mis par écrit plusieurs questions qu'il avait à faire à M. le Ma-

réchal, au nomtire de 8 articles. J'ai écrit à côté les réponaesdu Maréchal,]'^ ai pris un double que je^vous envoie.

(Arch.dfUdép. 2705,59.)

Ces questions étaient relatives aux subsistances de Tarmée espagnole et à la part de coopération qu'elle devait fournir à l'armée française.

Articles «or lemtguéht M* le e«Bftte de Hfontemarsupplle M, le If aréehal de Tlllarfl de dernier mm repense.

i^ Quelles places ou postes M. le Maréchal occupera dans TEtat de Milan , avec son armée sur rOglio ?

mépeiwea de M. de TUlare.

â<> De quel côté r armée d'Espagne pourra-t-elle tirer des subsistances, sans mêler ses approvisionnements avec celle de France ?

.... 40 De quel côté M. le Maréchal se propose-tril < 'établir la communication de l'armée d'Espagne avec celle de France ?

50 Quels postes M. le Ma-

Sabionette et Bozzolo, Crémone , Pizzlghitone , Lodi , Trezzo, Lecco, fort du Fuentes, Pavie, sont occupés ; Novarre, Tortone et Milan actuellement bloqués.

L'armée d'Espagne pourra tirer ses subsistances deTautre côté du Pô, en faisant ses approvisionnements à Bersello, à Guastalla et à la Mirandole, et tirer ce dont elle aiara besoin du Modénais et du Ferrarais, en payant.

On croit que le lieu le plus convenable pour l'établissement d'un pont sur le Pô, doit être entre Guastalla et le confluent de rOglio et du Pô.

La réponse à cet article est

K^chal juge-t-il à propos que l'armée d'Espagne occupe sur le Pô ?

60 Si M. le Maréchal attaquera Mantoue, et si ce siège se fera conjointement avec Tarmée d'Espagne et les troupes de Sardaigne ?

la même que celle de Tartide 2.

7«> Si M. le Maréchal juge convenable que l'armée d'Espagne attaque Tortone , pendant que celle de France et de Piémont achèvera de conquérir le reste du Milanais ? Cette place, qui est à la droite du Pô, assure le chemin qui va de Gênes dans les Etats de Parme et Plaisance.

80 M. le comte de Monlemar représente dans cet article, à M. le Maréchal deVillars , que Tarihée d'Espagne n'est pas venue en Italie pour être oisive, mais pour êl: e employée, à l'attaque des places les plus importantes au service des deux couronnes, çt qu'il serait désagréable aux troupes de cette armée et au général qui les commande, que pen-

On ne peut répondre à cette question qu'après avoir reconnu si l'aitaque de Mantoilft est praticable. Si l'on trouve l'entreprise possible, il est sans difficulté que les armées des trois. couronnes devraient concourir à ce grand résultat.

11 ne parait aucun motif d^ guerre qui détermine, quant à présent, de faire le siège de Tortone.

11 semble qu'entreprendre la conquête du royaume de Naples par attaquer Capoue est un trop grand engagement, comme il parait aussi que Sa Majesté Catholique serait privée de voir une aussi belle armée que la sienne sans entrer en action. Dans l'incertitude du nombre des troupes impériales qui marchent vers l'italie , on estime que le parti le

dant que celle de France atta- plus sage est de s*€n tenir à atqae Milan , ils fussent simples taquer Piombino ou Portospectateurs de ce qui se pas- Hereole, suivant ce que S. E. sera. Gela supposé, le comte le comte de Montemar jugera de Montemar propose à M. le plus à propos.

Maréchal démarcher sur Naples, (Àrch. du dép. 2705, 55.)

Il résulte de ce document, et c'est pour cela que uous l'avons cité in extenso, que, quelles que fussent d'ailleurs les intentions du cabinet de Madrid, la coopération de l'armée espagnole était acquise aux alliés , M. de Montemar ne proposant de marcher sur Naples, par l'article 8 du mémoire précité, qu'autant que ses troupes se verraient condamnées à rester simples spectatrices des événements. M. de Yillars préféra les employer à garder la rive droite du Pô, pendant qu'une partie d'entre elles irait investir l'une des places de Toscane appartenant à l'Empereur.

Ces deux points convenus, les généraux se séparèrent , et peu de jours après , conformément aux désirs du maréchal, les {espagnols occupaient la rive droite du Pô.

Quel fut donc son étonnement quand il reçut, le mois suivant, une lettre fort sèche de M. de Montemar. Elle lui annonçait en six lignes que le capitainegénéral avait ordre du Roi son mattre de marcher immédiatement à la conquête de Naples.

If. de ■■•ntomar ii M. de VllUra.

De Pise, ee 7 janvier 1734.

Il y a quelque temps que j'ai envoyé les troupes occuper Guâstalla, la Mirandole, Bersello, et tout le rivage du Pô dans cette partie. Il m*arrive un ordre du Roi pour que, sans délai, je marche à la conquête de Naples. Je me dispose à Texécuter et j'ai l'honneur d'en informer Votre Excellence.

Dieu garde Votre Excellence, comme je le souhaite.

MONTEHAR.

{Arch.dudép.'i7M, 92.)

^ Cette bi*usque détermination détruisait tout Teffet des conventions prises à la Sabionette, et M. de VîUars en resta confondu. Voici ce qui s'était passé :

Le maréchal avait écrit à la reine d'Espagne, dans une lettre du 3 décembre, qu'en prenant le commandement de l'armée, il avait deux principaux objets : le premier, d'empêcher qtCelle nejût exposée àauciine sorte de péril par les rigueurs de la saison et le défaut des subsistances ; le second, de rendre le roi de Sar^ daigne maître absolu du Milanais. Et il ajoutait tex* tuellement : c Je suis arrivé ici le 11 novembre, et « dès le 2 décembre, ces deux grands et principaux « objets ont été entièrement remplis. »

La €our de Se ville en conclut, non sans quelque apparence de raison, d'abord, que M. de Villars n'avait aucun ordre de son gouvernement pour agir activement en faveur de Don Carlos, et ensuite que, le but de la campagne étant réalisé, rien ne s'opposait à ce que les Espagnols se dirigeassent sur Naples. L'ordre fut doue envoyé à M. de Montemar, aussi sec

et aussi laconique qu'il l'avait lui-même communiqué au maréchal. Sur ces entrefaites arrivèrent de nouvelles lettres de M. de Villars. Il informait LL. MM. de la prise du château de Milan» et il leur mandait en outre que •< si jamais il était assez heureux pour être € chargé de quelque chose pour l' Infant, il espérait et « désirait bien être aussi rapide. > Cette seconde lettre ne fît que confirmer le Roi et la Reine dans leur première impression. M. de Rottenbourg, ambassadeur de France à Madrid, qui connaissait mieux que personne l'incoiitestable bonne foi et les intentions du roi Louis XY en faveur du duc de Parme, ne put réussir à dissiper le mécontentement de la Cour. On lui fit observer que si le Maréchal s'exprimait ainsi, il était parfaitement clair qu'il n'avait pas d'ordres, et que la dignité de l'Espagne ne permettait pas de rester dans l'inaction.

Tout cela s'expliqua plus tard» et cette légèreté de M. de Yillars, qui pouvait avoir de gi*ave8 conâé« qucnces, ne fut peut-^tre . pas sans influence sur son rappel. Pour le moment, il ne s'expliquait pas la con^ duite des Espagnols et se trouvait dans un grand embarras. Il n'avait entrepris le siège de Pizzighitone que parce qu'il considérait l'arrivée de M. de Montemar dans le Plaisantin comme un appui assuré pour sa droite. A la veille d'être complètement découvert de ce côté, il ne put s'empêcher de témoigner, dans ses dépêches au Roi, son profond désappointement et ses sérieuses inquiétudes. Il écrivit même directement à Philippe V pour lui faire comprendre la nécessité

urgente de remplacer par de nouvelles troupes celles qui devaient quitter la rive du Pô. Louis XV fit travailler dans le même sens à Séville. En attendant, le maréchal prit le parti d'attaquer Tortone. Le vide qu'allait laisser sur sa droite le prochain départ des Espagnols en rendait la possession des plus importantes. Il fallait éviter de s'affaiblir, au commencement de la campagne suivante, des troupes nécessaires pour faire le siège de cette place.

C'est au reçu d'une seconde lettre de M. de Montemar, datée de Parme, et où, ce dernier lui annonçait son départ pour Sienne, que M. de Villars résolut de se rendre en personne à la cour de l'Infant. Il ne paraissait plus possible de différer l'expédition de Naples, après les injonctions réitérées de l'Espagne, mais au moins était -il indispensable d'en conférer avec le jeune prince, auquel des lettres-patentes ve^ naient de conférer le titre de généralissime des troupes espagnoles en Italie.

Le voyage ne se fit pas sans de grandes difficultés, surtout pour un homme de l'âge du maréchal. A Plaisance, il trouva le Pô gelé, et se vit obligé de descendre le fleuve pour trouver de mauvais bateaux qui pussent traverser les glaces. < Je les passai dans mi « petit bateau, écrivait-il quelques joui*s après, et mon c carrosse dans un autre, plusieurs de nos chevaux « tombant dans le Pô. Ce qui vous surprendra, et me « surprend aussi, c'est que tout cela se passe sans c rhume, b L'accueil le plus distingué l'attendait sur l'autre rive ; on lui avait fait préparer des loge-

meuts, avec défense de recevoir aucune rétribution. Fidèle à notre système de mettre autant que possible les personnages en scène , nous laisserons dans la bouche du Maréchal le récit de son séjour à Parme, en citant textuellement les deux dépêches suivantes, adressées, Tune au Roi Louis XV, l'autre au*ministre de la guerre.

M. de Tlllara au mol.

J'aurai l'honnear de rendre compte à Votre Majesté de tout ce qui s'est passé dans mon voyage auprès de l'Infant. Son Altesse Royale n'a rien oublié pour marquer son respect pour Votre Majesté et la reconnaissance de tous les sentiments que j'ai eu l'honneur de lui expliquer.

Des ordres avaient été donnés à Plaisance pour marquer au général de son armée toute la considération que cette qualité lui attire.

Le prince a montré beaucoup de bonté à tous les officiers généraux qui ont voulu me suivre : MM. les ducs d'Harcourt, de Durfort et de Lauraguais.

J'ai eu l'honneur de l'entretenir plusieurs fois en particulier. H avait marqué à M. le marquis de Bissy assez d'envie de me voir ; il m'a dit qu'il aurait fort désiré de faire sa première cam • pagne avec moi. Je lui ai fait voir ma peine de ce que cela n'était pas, et Votre Majesté verra par la copie du mémoire ci-joint que je n'ai rien oublié pour faire connaître à ce prince une très-juste peine de ce qu'on n'avait rien fait de ce dont j'étais convenu il y a cinquante-trois jours. Tout ce que j'ai dit et écrit est contenu si amplement dans les copies, qu'il est inutile de le répéter à Votre Majesté.

L'hi&nt m'ayant prié de lui dire mes sentiments, je lui ai obéi avec ma sincérité ordinaire.

A la première de*ces deux dépêches se trouvait annexée une copie du mémoire suivant.

Mémoire donné il S. Jk, m. don CarIo« par le maréchal

de irillar«.

Je commencerai par supplier très humblement Voire Altesse Royale d'être bien persuadée qu'après ce que je dois à mon Roi et à mon Maître, rien au monde ne m'est si précieux que les intérêts de Leurs Majestés Catholiques, lesquelles ne respirent que ceux de Votre Altesse Royale.

Ce principe établi, elle me permettra de lui expliquer tout ce qui s'est passé entre M. le comte de Montemar, capitaine général de son armée, et moi.

Nous nous sommes trouvés à la Sabionette le 8 décembre. Donc voici le cinquante-quatrième jour depuis notre conférence. M. de Montemar apporta un mémoire composé de plusieurs articles. Le marquis de Pézé, maréchal des logis de l'armée du Roij fut admis à notre conférence, et les réponses mises à côté de chaque article.

Le premier fut de faire attaquer Tortone par larmée d'Espagne. Ma réponse fut que, par le traité avec le Roi de Sardaigne, il devait avoir le Milanais entier ; qu'il ne convenait donc pas d'employer l'armée d'Espagne à faire des conquêtes pour le Roi de Sardaigne.

Ensuite il fut parlé d'attaquer Capoue. Ma réponse fut que ce pouvait être une longue entreprise.

La troisième proposition fut d'attaquer Piombino ou Porto- Hercole. Et il fut déterminé qu'on attaquerait une de ces places et qu'on ferait marcher incessamment dix bataillons de troupes qui étaient déjà à Livourne pour occuper les places de la Mîrandole ^t du Pô.

Depuis ce premier concert, j'ai été très-longtemps sans recevoir de nouvelles de H. de Hontemar^ et la première a été qu'il avait des ordres de S. H. G. de marcher sans délai à la conquête du royaume de Naples.

Je n'ai pas pressé aucune fois H. de Montemar de faire marcher des troupes sur le Pô, parce que je n'ai vu aucun mouvement dans les troupes impériales qui me pressât d'en demander à celles d^Espagne. Ce qui m'a fait quelque peine, c'est qu'on n'ait pas fait le siège d'une des places ci-dessus nommées pendant cinquante-quatre jours, d'autant qu'à la guerre rien n'est si précieux que le temps, et rien n'est si nécessaire pour assurer les entreprises que le profond secret et la célérité.

Hais il ne faut parler du temps perdu, que pour éviter d'en perdre.

Je viens présentement à la conquête de IJaples. Votre Altesse Royale a eu la bonté de s'en ouvrir à moi plus que son général, puisqu'elle a bien voulu me dire que son dessein était de marcher d'abord à Naples, et d'en attaquer les châteaux.

Je ne demande pas si elle a des intelligences dans ce royaume, ce que je présume ; mais l'on doit garder religieusement le se-, cret à ceux qui par zèle nous confient leurs fortunes et leurs vies.

Quoi qu'il en soit, je tiens que l'on pourrait marcher à Naples avec l'infanterie arrivée le 10 décembre et les deux tiers de la cavalerie d'Espagne, attendu, encore une fois, que rien n'est si précieux que le temps à la guerre, surtout lorsqu'on a un principal intérêt à surprendre.

Je ne doute pas que vos troupes ne s'ébranlent de Sienne pendant le voyage de Votre Altesse Royale.

Mais je la supplie de faire une réflexion bien importante, que, quelque zélés que soient les Napolitains, quelque désir ardent qu'ils aient de rentrer sous la domination de l'Espagne, la rai-

son ne veut pas qu'ils hasardent leurs 4ôtes et leurs fortunes, qu'ils ne soient comme assurés qu'ils se donnent pour toujours, et ils ne peuvent l'espérer que lorsqu'ils peuvent compter q^e l'entrée de lltalie est fermée aux. armées de l'Empereur. Les mêmes Napolitains, quelque bien intentionnés qu'ils soient, ne se rappelleront que trop Tannée 4706 ; tout le Milanais, le Mantouan étaient aux deux Couronnes, leurs armées tenaient l'Adige et le pied des Alpes. L'Empereur ordonna au Prince Eugène de secourir Turin. Le Prince Eugène m' a raconté lui' mémCj à Rastadt, qu'il représenta à V Empereur l'impossibilité de secourir Turin. L'Empereur lui ordonna de faire périr jusqu'au dernier homme de son armée^ plutôt que de ne pas tenter le secours.

Je ne rappelle pas les fautes des généraux qui pouvaient l'empêcher. J'espère que Dieu n'abandonnera pas celui dont le Roi veut bien se servir, au point d'en faire de pareilles.

Hais ehfin, ce général n'a pas Mantoue; il faut garder le PÔ. L'armée d'Espagne ou une partie y est nécessaire, et j'ai déjà pris la liberté d'écrire à Leurs Majestés Catholiques, qu'elle doivent envoyer en Italie tout ce qu'elles auraient de troupes inutiles en Espagne. Si je ne puis tenir le Pô et le Mincio , je dois chercher une bataille, puisque toul général sage ne doit s'attacher à défendre de certaines situations que lorsqu'il a lieu de croire que l'ennemi qui vient les attaquer périra dans de vaines attaques.

Excepté cette raison, il faut niarcher à Tennemi, surtout avec les armées de Français, et je dirai aussi des Espagnols, auxquels je crois la même valeur.

Je répèle donc à Votre Altesse Royale qu'elle ne peut prendre aucune confiance aux nouveaux sujets qu'elle veut se donner, qu'en les tranquillisant sur la crainte de changer de maîtres.

Après les premières idées générales sur la gufrre que Voire Altesse Royale va entreprendre, elle permettra à mon zèle pour sa personne, à la confiance et aux bontés dont Leurs Majestés Catholiques veulent bien m'honorer, et à l'ordre qu'elle me donne elle-même, de lui dire ce que je pense sur sa conduite dans la guerre.

J'oserai lui donner pour premier conseil, de n'en pas croire son ardeur sur les périls de la guerre ; il y a ceux que les Rois et les Princes doivent mépriser, et ceux auxquels il ne faut jamais qu*ils se commettent.

Ils doivent faire attaquer les places médiocres par leurs généraux, et ne pas honorer ces sièges de leur présence.

S'il est question d'une bataiHe, il faut que votre armée Vous voie marcher à la tête de la première ligne , et que vous vous montriez avant que l'on marche à la charge.

Quand votre première ligne est prête à charger, vous devez vous mettre entré la première et la seconde^ pour donner vos ordres, pour faire soutenir les troupes qui pourraient être ébranlées, mais que vous ne chargiez jamais à la tête de vos troupes, à moins que votre présence ne soit nécessaire pour empêcher rébranlement de l'armée.

Pour les lignes, n'allez jamais à la tranchée, que le troisième jour qu'elle est ouverte, connaître par vous-même si vos ingénieurs suivent bien vos projets. Ne vous pas exposer : ce ne sont pas des périls dignes de princes ; mais leur présence, leur visite est nécessaire, non-seulemenC pour presser les attaques, mais même pour se montm* aux troupes.

Les premiers soins, après ceux des actions, regardent la discipline et la subsistance. Pour pouvoir exercer une sévère discipline, il faut que la subsistance soit bien réglée.

N'ordonner que les punitions nécessaires, mais nulles grâces dans les premières fautes. Le général qui pardonne les pre-

mières , doir imputer à sa fausse démence la mort des seconds.

11 est bon que vos généraux parlent eux-mêmes aux troupes , pour leur faire connaître la nécessité d'être sages.

Les bien traiter dans les grandes fatigues et leur faire donner de la viande outre leur paye ordinaire.

Cest ainsi que l'on en a usé dans la conquête du Milanais. L'armée du Roi est en bon état, et peut soutenir toutes les fatigues.

Je sais que Votre Altesse Royale a résolu de manger avec les gens de guerre. Rien n'est si nécessaire que de leur montrer souvent leur prince, leur général ; qu'il veuille bien parler quelque fois à ceux qu'il connaît le moins, surtout à ses nouveaux sujets.

Je ne prendrais pas tant de libertés, si Votre Altesse Royale ne me l'avait ordonné, et si je ne me flattais que Leurs Majestés Catholiques daignent l'approuver.

{Arch, du dép, 275«, 4.)

N'est-ce pas un spectacle de quelque intérêt que ce vieux soldat de Louis XIY initiant à l'art de la guerre un généralissime de dix-huit ans? Le dépait de ses chers Espagnols lui tenait fort au cœur, ainsi qu'on a pu le voir, et il va jusqu'à rappeler au jeune prince les désastres de Tannée 1706. L'état des choses était cependant bien différent. En 1706, la France ;avait contre elle le gardien deb Alpes, et en 1754 on l'avait pour soi; en 1706, rarmée obéissait au duc d'Orléans ; en 1734, elle était commandée par le maréchal de Yillars. C'est ce que pensait d'ailleurs le cabinet de Versailles, car on lit en marge d'une dépêche du maréchal, du 28 janvier, cette note de la main du ministre de la guerre :

Que je crois que TEmpereur prendra le parti d'envoyer une forte armée en Italie, qu'elle est déjà en chemin, et qu'il enverra cent mille hommes , s'il peut les avoir, sur le Rhin et la Moselle ; mais que nous V avons ^ lui, en Italiey. et que nous aurons, au mois de mai, aussi cent mille hommes sur les frontières.

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