de Tillars «a WLQi
Milan, it février 1734.
Ce que Votre Majesté apprendra par la copie des lettres cijointes lui paraîtra bien surprenant. Pour moi, j'avoue que je ne me serais jamais att^o^u^^sé^rEspagne abandonne, et les postes qu'elle occupait sur le Pô, et pour ainsi dire Parme et Plaisance, sans aucun eohœrt aWc le général des armées de Votre Majesté, sur lequel Leurs Majestés Catholiques peuvent absolument compter après ce qu'il doit à son Roi, à son maître, à lui-même.
M. de Pézé m'avait dit il y a deux jours avoir appris que Ton démeublait les palais de Parme et de Plaisance, au moins
des choses les plus précieuses; ni lui ni moi n'avions pu ajouter foi à de tels avi^^ bien quMls fussent donnés par des personnes sages.
Le prince de Trivulce, arrivé de Vienne depuis peu de jours, m'a confirmé ce que j'avais déjà entendu de la haine terrible de l'Empereur contre le Roi de Sardaigne, et qu'il donnerait la moitié de TAutriche pour pouvoir se venger de sa perfidie, répétant souvent que pour le mieux tromper il avait pris des investitures pour la Savoie qu'on ne lui demandait pas.
Serait-il possible que l'on puisse craindre quelque infidélité de l'Espagne lorsque Votre Majesté fait tout ce qui est en son pouvoir pour lui donner solidement Naples et la Sicile, ce qui est infaillible par la conquête du Milanais et la facilité trèsgrande de fermer Tltalie aux Impériaux.
Je demande à Votre Majesté ses ordres. Son armée est en bon état. J'aurai l'honneur d'écrire à Votre Majesté de Turin ; mais la conduite de l'Espagne ne me permet pas de différer un moment à me donner l'honneur de l'informer.
J'ai l'honneur, etc. Villars.
{Archives du dép. de la guerre.— -27 b%, 64.)
Ce que le maréchal hasardait timidement , et seulement à titre de conjecture, autour de lui, on le disait tout haut, comme un fait positif et incontestable. On précisait même les clauses du nouveau traité qui liait l'Espagne à l'Empereur. En échange de sa défection, Philippe V aurait obtenu le royaume des Deux- Siciles et la main de Marie-Thérèse pour l'Infant don Carlos. Nous n'avons pas besoin de faire observer combien une pareille supposition était invraisemblable en elle-même. Que l'Empereur eût conçu une haine
violente contre le Roi de Sardaignè, rien de plus vrai; mais qu'il consentit» dans le seul but de s'en venger, à céder la moitié de T Autriche, comme disait le ms^réchal de Yillars, ou même ses beaux royaumes de Naples et de Sicile, c'est ce qui sort des limites du vraisemblable et du possible. Au reste, voici la réponse de la Cour :
I«e Roi au ■■•réchal de Villani.
23 février 1734.
Mon cousin,
J'ai reçu par votre courrier la lettre que vous m'avez écrite le 42 de ce mois. C'est avec grande raison que vous êtes surpris du procédé des Espagnols ; ils agissent absolument contre les règles de la prudence en abandonnant le pays qu'ils possèdent et en je livrant à un péril évident pour marcher à la conquête d'un autre où ils peuvent trouver beaucoup de difficultés. Il faut cependant convenir qu'il y a déjà plusieurs jours que vous saviez aussi bien que moi le projet qu'ils ne nous ont pas mime caché. Ce qu'il y a de nouveau, c'est la manière dont ils viennent de quitter les postes qu'ils tenaient sur le Pô. J'ai surle-champ dépêché un courrier à Madrid pour informer le Roi d'Espagne de l'irrégularité de la conduite de M. de Montemar, et en même temps pour demander avec instance que les troupes que l'on doit embarquer de nouveau soient destinées pour le Parmesan .
' Au fond) ce nouveau procédé des Espagnols ne doit pas apporter beaucoup de changements à vos dispositions. Vous saviez que l'armée d'Espagne marchait à Naples. Je crois que voua ne comptez pas que deux mille Espagnols placés le long du Pô fussent suffisants pour empêcher que les ennemis ne s'ouvrissent un passage sur ce fleuve dès qu'ils seraient en forée»
en cas que cette démarche convînt à leurs projeta. Vous auriez donc été obligé de les soutenir avec une partie des forces qui vous sont confiées, ou de laisser Tennemi maître de cette partie du Pô. Je présume que c'est ce dernier parti que vous auriez pris, préférant de tenir toute l'armée ensemble pour disputer le terrain dans le Parmesan,, plutôt que de vous trop affaiblir dans le centre. J'approuve cependant que vous ayez ordonné au comte de Broglie d'occuper les postes d'où les Espagnols ont retiré leurs troupes ; mais comme , encore une fois, je ne puis croire qu'ils soient soutenables longtemps, je vous recommande d'avoir grande attention à les abandonner lorsque vouj; ne les croirez plus en sûreté.
J'ai de très-bonnes raisons pour être persuadé que le Roi d'Espagne ne songe point à se séparer de mon alliance. Vous devez vous rassurer là dessus et croire que c'est uniquement l'objet de la conquête de Naples qui a tenté la cour de Madrid...
Sur ce, etc. Louis.
(Arch, du dépôt de la guerre. —2752. 434 .)
Presque en même temps arrivait de Madrid une autre dépêche à l'adresse du maréchal ; elle était de M. de Rottembourg, ambassadeur de France près la cour d*Espagne, qui lui racontait dans Je plus grand détail tout ce qui s'était passé à Toccasion de ses deux lettres du 3 et du 31 décembre, Tincertilude de Leurs Majestés au sujet de la coopération de Tarmée française, et la résolution qu'elles avaient prise de brusquer TafTaire de Naples. M. de Villars comprit alors ce qui d'abord lui avait paru complètement inexplicable, et il avoua sa faute, si faute il y avait, avec cette franchise qui fut toujours le beau côté de sou caractère. Malheu-
«r ancienne splendeur et félicité. Et afin qm chacun soit informé « du contenu de cette lettre, je vous ordonne de la rendre pu- « blique dans la forme que vous' jugerez nécessaire.
« Dieu vous garde, mon cher et amé fils, longues années, u ainsi que je le désire. « Moi le ROI.
« /ose Patino. »
En conséquence du pouvoir que le Roi mon père m'adonne de faire connaître aux peuples de Naples et de Sicile l'estime et l'affection que mon père conserve pour eux, il déclare et assure à chacun que l'indulgence et pardon général que S. M. ni'ordonne de leur accorder, et que je leur accorde sous la parole de souverain, renferme toute sorte de crimes et démarches, sans en ex^ cepter aucun, qui seront mis dans un parfait oubli, et que la confirmation de leurs privilèges s'étend aux lois et coutumes, tant civiles que criminelles et ecclésiastiques^ sans permettre qu'il soit établi de nouveaux tribunaux ; que les bénéfices et les pensions seront donnés suivant ce qui s'observe actuellement, et que l'on cessera toutes les impositions et surcharges établies par le gouvernement allemand; lesquelles grâces sont conformes aux bonnes dispositions de S. M. Et afin que ce que dessus soit vu et connu de tous, j'ai ordonné que le présent décret, signé de notre main, scellé de notre sceau, et contresigné par notre secrétaire d'Etat, soit publié en langues espagnole et italienne, et affiché dans les lieux publics.
Donné à Givita-Gastellana, le 1 4 mars 1 734.