‹ Négociations relatives à l'établissement de la maison de Bourbon sur le trône des Deux-Siciles (volume 2)Chapitre 14 sur 23 · CHARLES · texte numérisé non relu

CHARLES

JOSE JOAGHIM BE HoNTEâLEGRE.

L'Infant s'éloigna de cette ville , le même jour, 14 mars ; il était arrivé le 4 à Pérouse ; c'était donc dix jours pour faire vingt-cinq lieues. M. de Villars

ne s'expliquait pas une lenteur si extraordinaire , quand il n'y avait qu'à marcher droit devant soi , lui qui voulait que Tlnfant courût la poste jusqu'aux frontières du royaume de Naples. Cette lenteur tenait à deux causes principales qui influaient nécessaire-' ment sur les mouvements de l'armée espagnole. On préparait alors à Bai*celonne une nouvelle expédition ; le maréchal la croyait destinée pour la Lombardie ; mais en réalité elle devait agir contre les Déux-Siciles, enlever les îles du golfe de Naples , et bloquer la ville du côté de la mer, pendant que Don Carlos l'attaquerait du côté de terre. Ces deux opérations devant se faire simultanément , il fallait attendre que la flotto de Ëarcelonne fût parvenue à destination. Enfin, M. de Montemar craignait une forte diversion de la part de l'armée impériale de Lombardie. Dès lors» il devenait indispensable de ne pas trop s'engager avant l'arrivée du secours venant d'Espagne. La cour de France n'attachait pas moins d'importance à cette seconde expédition , car Louis XV mandait au Marechai, le 19 mars : « J'ai peine à croire qu'ils (les Im- « périaux) songent à faire un détachement pour aller € au royaume de Naples; mais, s'ils prenaient ce parti, c mon intention n'est pas que vous les fassiez suivre ; « ils y seraient devancés par les 16,000 Espagnols qui c Sje sont embarqués à Barcelonne , et qui vont en « droiture à Naples. Vous auriez alors un ^and avan- « tage sur les ennemis, qui seraient fort affaiblis, et <a je me persuade que vous les obligeriez bientôt à € repasser lé Pô et à rentrer dans Mantoue. »

Rome il 'est qu'à quelcjues lieues de Civita-Castellana, et chacun se flattait <l^y voir le jeune prince sur lequel toute l'Italie avait les yeux fixés. Quelques dif- Acuités relatives au cérénïoni^l , ou» plus vraisemblablement, les ménagements que le Pape tenait à garder vis-à-vis de l'Autriche , l'empêchèrent d'y faire son entrée ; il ne dépassa pas Monte-Rotondo , et établit son quartier général dans le magnifique palais de ce bourg. Rome tout entière se porta à s^ rencontre; parmi leSv visiteurs, on remarqua surtout la princesse Gorsini, sœur du Pape, le prince et la princesse Santo- Rueno, Tambassadeur de France, M. le duc de Saint- Aignan, la marquise Salviati, à qui S. A. R. dpnna le divertissement d'un bal militaire ; le chevalier de Saint-Georges , fils de l'infortuné Jacques II , qui vivait obscui^ément à Rome, après avoir été reconnu, par Louis XIV, roi légitime de la Grande-Bretagne. Il avait avec lui ses deux fils : l'un, sous le nom de cardinal d'York , devait mourir dans cette même ville de Rckne au commencement du siècle suivant ; l'autre, sous le nom de Charles-Edouard, résumer, quelques années plus tard , toutes les infortunes et toutes les gloires.

Le 20 mai«, l'Infant -Duc était encore à Monte- Rot ondo , avec un corps de trois mille hommes environ. Le. gros de l'armée filait sur Frosinone, menaçant la route de San-Germano.

Pendant que les Espagnols se rapprochaient de la frontière, voici ce qui se passait à Naples d'après un bulletin que l'intendant de l'armée française envoyait au ministre de la guerre :

MttVTellMi de IVayto* vemiei» par 1» veto ëe m«me.

19 mars 1734.

L'Infant est à deux journées en arrière de son armée, et il parait qu'à sa Cour on est très-peu instruit des démarches de M. deMontemar. On attribue la lenteur ou plutôt l'incertitude quemontrentlesEspagnolsà deux causés: l'une, à ce que, ne se trouvant pas assez forts, ils attendent un secours ; l'autre,, à ce qu'ils hésitent à passer le Garigliano, que les Allemands se dis^ posent à défendre, ce qui les forcera peut-être à faire un grand tour pour aller passer cette rivière à sa source. Quelle que soit la cause de ce retardement, il ne fait pas un bon effet à Rome, et il paraît que l'on commence à s'en inquiéter. On assure que les Allemands sont dans la résolution de marcher au devant des Espagnols et de leur livrer bataille avant qu'ils entrent dans le royaume de Naples. Ils sont confirmés dans cette résolution par l'arrivée d'un secours assez considérable qui leur est venu par mer par la voie de Trieste, et, quand au moyen de ce secours les forces ne seraient pas égales, ils ne seraient pas moins dans la nécessité de risquer une action, par la disposition des esprits à Naples même, et dans le pays qui est entièrement favorable aux Espagnols , et qui a toujours décidé de la ' souveraineté. Les Allemands sont commandés par le maréchal Caraffa.

Tous les équipages de M. de Viscomti sont partis pour Rome, et la retraite de ce vice-roi, qui était généralement aimé, augmente encore la haine du peuple contre les Allemands. Voici la cause qui l'a plus engagé à demandera quitter la vice-royauté que ses infirmités, qui quoique effectives ne sont cependant qu'un prétexte.

M. de Viscomti, dans la vue de soutenir la guerre, avait suspendu le paiement de toutes les pensions assignées sur l'Etat à

des Espagnols demeurés au service de TEnapereuret à d'autres. Il avait porté la délicatesse jusqu'à vendre sa vaiisselle d'argent plutôt que de prendre ses appointements ; il avait fait des emprunts à tous les gens ritbes, et du tout avait formé une caisse, dont il espérait tirer une grande ressource. Sur le compte qu'il a rendu à la cour de Vienne d'une conduite si sage, elle à été désapprouvée par des cabales et de gens intéressés, et il a reçu un ordre, non-seulement de payer les pensions ordinaires , qu'il avait suspendues, mais encore d^acquitter celles du Milanais qui ont été transportées sur cette caisse. Cet ordre Tajuis au désespoir, et a fort irrité en même temps les habitants.

Le comte d'Almenara, qui était destiné à lui succéder, a refusé cette place pour le danger de s'y exposer dans ces circonstances, et elle est tombée au duc de Cervellioni, auquel on a donné pour secrétaire de confiance un bomme extrêmement haï et qui, dans la dernière guerre, pensa être assommé par la populace.

On mande aussi de Rome que les Allemands de Rome attendent qu'on leur enverra, du Mantouan, un détachement de dix mille hommes à leur secours.

Nota. On tient ces nouvelles de Rome, d'un ami intime de M. d'Almenara, dont il a été parlé ci-dessus, et qui est dans le plus grand commerce avec lui. {Arch. dudép. 2753, 176.)

Ainsi, à la veille d*uîie invasion imminente, on rappelait un vice-roi qui avait su se concilier ia bienveillance générale, rappel d^autant plus impolitique que la cour de Vienne n'ignorait pas les dispositions des Napolitains en faveur du fils de leur ancien maître (1).

(4) Les événements se succédaient si rapidement que le successeur désigné de M. de Visconti n'eut pas le temps de prendre possession de son poste. Le vice-roi resta à Naples jusqu'à Tarrivée des Espagnols.

Le 10 mars, l'Empereur avait expédié de Vienne une cédule impériale adressée aux élus de la ville de Napies, n leur rappelait la fidélité qu'ils lui avaient jurée et dont ils avaient donné tant de preuves à sa maison, les exhortait à se défendre et leur promettait un secours de 10,000 hommes , détachés de l'armée du maréchal de Mercy# C'était s'y prendre un peu tard , quand , depuis bientôt cinq mois , le royaume était sérieusement menacé par les Espagnols. On lui répondit» en rappelant les sacrifices que s'était impo» ses la ville de Naples et en démontrant l'impossibilité de toute résistance sérieuse (1).

Par une singulière coïncidence , au moment où Naples capitulait de fait , car la réponse des élus était une véritable capitulation , la flotte espagnole paraissait en vue du port, et Don Carlos entrait dans le royaume par Frosînone , dernière place de l'ÉtatEcclésiastique. Ilfranchit le Liri sans opposition, séjourna un jour à Arpino et trois à San*Germano. L'ennemi ne se montrait pas encore, mais, d'après tous les rapports , il paraissait disposé à défendre la position de Mignano, sur la route de San-6ermano à Naples, entre Sessa et Venafro. ^

Depuis le départ des Espagnols , divers plans de campagne avaient été successivement adoptés par les officiers impériaux. Prévoyant que l'Infant pourrait pénétrer par la TeiTC-de-Labour, ils firent d'abord fortifier la rive gauche du Garigliano ; au défaut de

(<) Archives du dépôt de la guerre,

forces suifisantefi pour garnir les lignes et conserver Gapoue» ils résolurent de démanteler cette place. On espérait que la garnison, jointe aux troupes régulières et aux milices du pays, ferait assez de résistance pour donner à l'Empereur le temps d'envoyer des secours. Ceci se passait vers le milieu du mois de février, pendant que les Espagnols étaient encore à Sienne. Plus tard^ quand M% de Viscomti fut informé de leur marche sur Arezzo, il craignit avec raison qu'ils ne voulussent se faire jour par l'Âbbruzze. Les lignes du Garigliano devenaient inutiles , et il devenait au contraire trèsessentiel de conserver Capoue. Le vice-roi fit donc rétablir les fortifications de cette ville. Les travaux se poursuivaient activement lorsqu'il apprit, le 16 mars, que les Espagnols s'étaient rabattus sui* la gauche et semblaient menacer San-Germano. M. de Viscomti en revint alors à ses premières dispositions. Mais il n'était plus en son pouvoir de les faire exécuter; le peuple manifestait hautement ses sympathies pour l'Espagne ; les milices se débandaient ; plusieurs grands seigneurs, de ce nombre le prince de la Torella, étaient allés rejoindre l'armée de l'Infant ; la démoralisation gagnait les troupes régulières. C'est ce qui explique pourquoi le comte de Traun, qui commandait à Mignano , malgré sa bravoure incontestable et la force de sa position, n'osa pas attendre l'ennemi de pied ferme, brûla ses fourrages , ses chs^iTois, encloua ses pièces , et se replia rapidement sur Capoue. c Mi- € gnano , mandait M. de Fontanieu, au reçu d'une c lettre écrite par un officier espagnol , Mignano est

« reiidroit où les Allemands s'étaient retranchés sur le « Garigliano. Dès qu'ils ont entendu le tambour de « Favant-garde espagnole , ils ont pris la fuite très- € précipitamment^ après avoir brûlé leurs fourrages, <i et encloué ^6 pièces de canon de fer, qu'ils ont même « enterrées, et dont on n'avait encore découvert que c huit. Les Espagnols sont entrés dans ce même camp

< le 50 du nK)is dernier (mai*s), et ils y ont séjourné <c presqu'au 2 de celui-ci, qu'ils allaient en partir pour

< être à Naples en six ou dix jours de marche. » La route était libre. L'armée continua sa marche ,

évita Gapoue, et se trouvait le 9 avril à Maddaloni, près de Gaserte. Le lendemain, 10 avril, DonGarlos transporta son quartier-général à Aversa. Il y trouva les députés du Corps de la Ville, qui lui remirent les clefs de Naples, et lui apprirent que le vice-roi était parti le 3, en litière, suivi du conseil collatéral, par la route d'Avellino. Les Allemands occupaient toujours les châteaux , mais ne pouvaient £aire une longue défense.

Dans une réponse en langue espagnole , l'Infant réitéra les promesses de son père et confirma les privilèges de la ville de Naples, en lui accordant, de plus, la grandesse d'Espagne de première classe. Il invita l'élu du peuple et les députés à se couvrir en cette qualité.

Le 15, il écrivait au maréchal de Villars :

li'Inffant-Dae à JH. de ¥lllar«.

Maréchal général, duc de Villars, mon cousin, Le marquis de Bissy m'a remis hier au soir la lettre du 6 que

VOUS lui avez adressée pour moi par un exprès. J'y ai trouvé de nouveaux témoignages de votre affection et de votre zèle pour ma personne, qui, en augmentant ma satisfaction et ma confiance, redoublent en même temps ma reconnaissance et Testime que j'ai toujours faite de voire mérite extraordinaire.

Pâi vu par votre lettre et par celle du comte de Broglie, dont vous m'envoyez copie , l'avis que M. le marquis de Valence avait donné le 29 mars qu'un corps de 25,000 Impériaux s'était mis en marche pour pénétrer par la Polésîne dans le royaume de Naples, et j'ai remarqué dans vos réponses que vous avez fait les dispositions les plus actives et les plus convenables pour leur empêcher le passage du P6^ et que vous aviez de plus établi votre quartier général à Colorno, pour vous mettreà portée de les suivre de votre personne s'il était nécessaire.

Toutes ces attentions, tous ces soins et cette prévoyance répondent parfaitement à ce que je me suis toujours promis de vos sentiments et à la justice que je vous ai toujours rendue, en comptant que la gloire du Roi mon père et mes plus grands avantages seraient un des plus grands objets de vos vues et celui qui déciderait principalement de vos opérations, dans la direction de l'armée que le Roi Très-Chrétien, mon cousin, vous a confiée en Italie. L'expérience me confirme dans mes idées, et je vous en suis très-obligé.

Je doute que tout le pouvoir de nos ennemis communs soit capable de troubler la conquête de ce royaume, ni d'arrêter le progrès des armes victorieuses de Sa Majesté. Elles y ont été reçues avec les acclamations dont vous avez été informé par mon secrétaire Monteallegre, que j'avais chargé de vous mander que la ville de Naples s'était rendue à mon obéissance en me remettant les clefs au nom de tout le royaume.

Je me suis arrêté à Aversa, à sept milles de Naples, en attendant le retour des différents détachements que j'ai envoyés pour soumettre les châteaux de la ville et celui de Baïa qui est dans

le port, et pour suivre le Vice-roi dans la Fouille, dans le dessein de le chasser du royaume avec les troupes qui sont à sa suite^ ou de le prendre prisonnier. Après quoi on se disposera à assiéger les places dans les formes. Voilà Tétat de notre expédition, dont vous ne devez pas tirer peu de gloire par rapport à

l'effet que produit votre seule présence en Lombardie.

Je vous assure que je rendrai compte à Sa Majesté de tout ce que vous nie mandez, de votre attention et de votre vigilance, et de ce que vous vous proposez de faire en faveur de mon entreprise.

Je vous répète qu'on ne peut rien ajouter à la vivacité et à la sincérité de ma reconnaissance et au désir que j'ai de vous en donner des marques.

Que Dieu vous ait, Maréchal général duc de Villars, en sa continuelle garde.

Donné à Aversa, le 13 avril 1734.

(ircA. de la guerre, V. 2754, n<ï 1 4 8.)

Peu de jours après, le comte de Montemar entrait dans Naples à la tête de six mille hommes. La flotte espagnole qui croisait en vue de la, côte depuis la fin du mois précédent s'était déjà rendue maîtresse des îles dMschia et de Procîda. A Tarrivée du capitainegénéral , on commença le débarquement de la grosse artillerie et du matériel de siège nécessaire pour réduire les châteaux. Ils capitulèrent successivement, Baïa le 25 avril ; le fort Saint-Elme, le 25 du même mois ; le château de l'Œuf, le 2i mai, et le Château- Neuf, le 6. Une partie des troupes prit du service dans l'armée espagnole.

Pendant que le canon grondait encore , la ville se couvrait d'arcs de triomphe, les égjises revêtaient

collatéral , des cours de justice et. de la noblesse.

< Le 15 mai on chanta un Te Deum dans Téglise royale « de Saiut-Laurent« Rien ne manquait à la magnific cence des décorations de cette église. On y voyait

< uti superbe ai*c de triom{die au-dessus de Feutrée, « sur lequel étaient représentés les principaux exploits € de Sa Majesté, et dans le fond du grand autel, enrichi c de tout ce qui se trouve de plus rare et de plus {nré* € cieux, paraissait un grand tableau dans lequel on € voyait Philippe Y et Elisabeth Farnèse, Roi et Reine € d'Espagne, offrant le roi Charles, leur fils, au glo- « rieux patron saint Janvier, qui priait la Sainte Vierge c en taveur de Sa Majesté, sur la tête de laquelle une < quantité de petits anges faisaient descendre des c lauriers. »

Depuis le commencement du XYIII^ sièclci c'était le troisième prince qui échangeait une couronne ducale contre la couronne fermée des maisons royales* Par le traité d'Utrecbt, les ducs de Prusse et de Savoie étaient devenus rois de Prusse et de Sicile ; par le traité de Turin et les opérations des armées combinées, le duc de Parme devenaitJRoi de Naples. Il hii manquait encore l'investiture du Saint-Siège ; mais , d'après les dispositions très-iavorables que la Cour de Rome témoignait en faveur des alliés, on pouvait prévoir que cette formalité ne souffrirait pas de sérieuses difficultés.

A ce sujet, l'ambassadeur de France auprès du Saint-Siège mandait au maréchal :

— 217 ~ V, le dae de Saii^t-AlSMiii à JH» le atAréeluil de viUara

Votre courrier, Monsieur, vient d'arriver de Naples; il repart dans ce moment et vous porte la nouvelle que l'Infant a pris le 1 5 au matin le titre de Roi, Sa Majesté Catholique lui ayant cédé ses droits sur le royaume. M. le marquis de Bissy m'en donne part au moment oh il allait sortir pour accompagner au Te Deum Sa Majesté Napolitaine.

Je reçois une lettre du 14 de M. de Montemar; ce général avait joint le détachement de M. de las Minas et du duc Gastropignano, et avec toutes ses troupes réunies se proposait à marcher sans perdre de temps aux ennemis auxquels son intention est de couper la retraite vers Borletta, sachant qu'ils projetaient d*y retourner pour tâcher de s'y établir et de se rendre maîtres de la recette provenant de la foire de Foggia qui se tient actuellement.

Il ne faut pas que je vous laisse ignorer, Monsieur, que lorsque je fis passer au Pape le détail de Tavantage que vous avez remporté sur les Impériaux, son premier mouvement fut d'en témoigner beaucoup de joi6,€t cpi'il me dit en parlant de vousj Z'Aa fatto da veccàio, ce que vous aurez la bonté de ne point interpréter littéralement. Il ajouta qu'il ne disait pas qu'il s'en réjouit, sa qualité de père commun ne le lui permettant pas; mais cela même fut exprimé de manière à laisser tris-bien connaitre la vérité de ses dispositions.

Le silence des Impériaux continue, et je vous dois la satisfaction que j'ai de ne plus entendre leurs mauvais propos.

J'ai l'honneur, etc. Saint-Aignan.

{Arch, du dép. de la guerre.)

Ainsi qu'on Ta vu par la dépêche de l'Infant D. Carlos au maréchal de Villars, un corps de troupes impé-

riales s'était retiré dans la Fouille. Ce corps pouvait représenter un effectif de sept mille combattants. Il était commandé par le prince de Belmonte et le général Rodoschi. Le duc de Castropignano, détaché du camp d'^ A versa, l'observait depuis les premiers jours d'avril avec im peu moins de quatre mille honunes. Les Impériaux paraissant décidés à accepter le combat, et ce général n'osant pas risquer un engagement avec des forces inférieures, il attendit Tarrivée de M. de Montemar qui le rejoignit le 14 mai, à la tête de renforts considérables. Le 24, on était en vue de l'ennemi, solidement retranché devant Bitonto, à deux lieues de la côte de rA.driatique. Quinze cents hommes occupaient la ville; des fossés et des murs de clôture couvraient le front des Autrichiens qui s'étendaient eii plaine ; deux couvents crénelés défendaient les extrémités de la ligne ; la cavalerie était massée sur la droite. M. de Montenaar alla lui-même reconnaître l'ennemi. Il passa la nuit à prendre ses dispositions pour le lendemain. Le 25 au matin, après une fausse attaque qui ne réussit pas, il engagea toutes ses troupes sur sept colonnes, trois d'infanterie et quatre de cavalerie. L'action fut courte, mais décisive. Les cuirassiers allemands, enfoncés au premier choc, se débandèrent et prirent la fuite du côté de Ban, dans le plus grand désordre, entraînant avec eux M. de Belmonte. De toute la cavalerie, deux cents hussards parvinrent seuls à se retirer en bon ordre et gagnèrent les montagnes de l'Abbruzze. Cet échec inattendu déconcerta le reste de l'armée ; débordé sur sa droite, le

général Rodoschi, qui commandait l'infanterie, n'eut que le temps de se jeterdans Bitonto, et si le combat se prolongea deux heures encore, c'est qu'il n'y avait plus personne pour commander la retraite. Les deux couvents furent emportés ; Bitonto capitula le lendemain 26, et Bari peu de jours après. A l'exception des deux cents hussards qui s'étaient enfuis dès le commencement de l'action, l'armée impériale tout entière resta prisonnière ; avec elle le prince de Belmonte, le lieutenant général prince de Strongoli, le général Rodoschi, sept colonels, cinq lieutenants-colonels, quatre-vingts capitaines et une foule d'officiers d'un grade inférieur. Pour porter cette triste nouvelle à l'Empereur , le prince de Belmonte fut obligé de demander à M. de Montemar de relâcher sur parole un de ses nombreux prisonniers (1).

Voici le rapport que le général espagnol adressait à la cour de Madrid. Ce document est accompagné de l'état des troupes placées sous ses ordres et du tableau de leurs dispositions pendant le combat.

(4) Relazione délia hatagliadi Bitonto e resadi Bari, nelli giomi 95 à 26 di maggio, Napoli , nella stamparia di Francesco Ricciardo, 7 pages in-4". Un exemplaire de cet opuscule, fort rare aujourd'hui , se trouve conservé dans les Archives de la mariiie (Uossiers politiques. Espagne, 3).

nelattlon de la vietoiro qoe le* troupe* de 0. 11. Catholique oat remportée «ur celle* de l'Enpéreur, à BItonto, dans la PouUle, le tft mal lirsd.

Sur les avis que m'avaient rapportés les différents détachements que j'avais envoyés pour observer les mouvements des ennemis, et sur ravis des renforts qu'ils avaient reçus, et ceux qu'ils espéraient encore , je pris le parti de marcher à eux et de les attaquer.

Les ennemis avaient abandonné leur première retraite de Tarente pour se répandre dans la Fouille et en tirer des contributions^ et faisaient courir le bruit qu'ils attendaient de nouveaux secours, ce qui produisait contre nous un mauvais effet dans le pays.

Je marchais avec le nombre de troupes comprises dans le détail ci-joint, perdant le moins de temps que les marches continuelles que j'étais obligé de faire pouvaient me le permettre. Mon premier soin fut de conserver mes troupes, qui ont souffert avec une constance admirable - toutes les incommodités d'un pays dépeuplé et sans eau. Je m'approchais des ennemis , qui^ par le mouvement continuel de leur marche, m'obligeaient aussi à changer la mienne pour leur couper le chemin de la marine (côte), et leur retraite hors du royaume, plusieurs personnes m'ayant assuré que c'était leur dessein.

Toutes les nouvelles portaient qu'ils étaient à Bari et qu'ils y attendaient par la mer Adriatique un secours de six mille hommes, ce qui m'engagea à marcher droit à B^ri; mais les ennemis, ou mal instruits de mes forces, ou par ordre précis de la cour de Vienne de m'attendre, suivant ce qu'on m'a assuré, en sortirent et se portèrent à Bitonto, à neuf milles de mon camp, dans un endroit désavantageux et peu propre pour la cavalerie.

Sur les premiers avis que les corps de leur cavalerie com-

mençaient à arriver à Bitonto, je détachai la mienne poj^r les chercher ; mais elle trouva qu'ils avaient fait uii corps de la plus grande partie de leur infanterie ; je fus donc obligé de faire marcher toutes nos troupes par plusieurs chemins, pour en choisir un convenable pour une attaque, et moins propre à la défense des ennemis. Je mis mes troupes sur sept colonnes, dont les officiers généraux, le nombre et la disposition se trou* vent ci-joints.

J'envoyai des partis pour reconnaître les ennemis ; ils battirent comme ils avaient fait les jours précédents, leurs hussards qu'ils rencontrèrent, ce qui fut un heureux augure de la victoire que nous remportâmes le 25.

J'observai le mouvement des ennemis, qui me fit changer le mien, et, trouvant leur terrain plus avantageux, je fis passer de la droite à la gauche la plus grande partie de ma cavalerie, pour pouvoir flanquer la ligne des Impériaux, laquelle, n'étant pas fort étendue, occupait moins de front.

Les ennemis m'attendirent sans profiter des avantages de leur terrain; mais leur infanterie fit un feu continuel, sans cependantétre soutenue de leur cavalerie qui l'avait abandonnée.

Notre attaque commença par le centre de là colonne du comte de Mazeda, qui quoique plus faible que celle des ennemis, se distingua aux yeux de toute l'armée parles prodiges de valeur.

ItTapercevant que les ennemis pliaient, je fis avancer toutes les troupes, et j'ose dire sans exagération que l'attaque et la déroute n'ont eu qu'un seul temps, les troupes du Roi mettant en fuite tout ce qui se présentait devant elles , poursuivant et sautant par-dessus des murailles et des fossés qui couvraient le camp des ennemis, inaccessibles aux hommes et aux chevaux, si le courage n'avait surmonté toutes les difficultés.

Je pénétrai jusqu'à leur camp, et même jusqu'à plusieurs postes qu'ils avaient garnis, et je fis marcher toute la cavs^lerie

pour poursuivre la leur qui se retirait en désordre. Je détachai aussitôt des corps d'infanterie pour attaquer les postes qu'occupaient les Allemands» qui se rendirent sans autre condition que leur vie et leurs équipages.

Le général Rodoschi, général de Tinfauterie , se retira dans la ville de Bitonto, qui est enceinte de murailles avec un château assez fort, dans lequel il a tenu, faisant un feu continuel, jusqu'à la nuit. Il avait auparavant demandé à capituler et de n'être pas fait prisonnier de guerre ; mais voyant qu'il ne pouvait obtenir de condition phis avantageuse, il se rendit le lendemain et suivit le sort de tous les autres.

La cavalerie, qui fuyait, se sépara par plusieurs chemins, qui tiraient tous du côté de Bari, et celle du Roi, qui la poursuivait, suivait aussi les mêmes chemins ; ne pouvant la joindre toute, elle chargea leur arrière-garde, taillant en pièces tout ce qui se présentait devant elle, et prenant oflBciers, cavaliers et chevaux. Le reste se sauva dans Bari. Le jour suivant, aussitôt que j'eus occupé Bitonto, et me fus débarrassé de la marche des prisonniers, je ne perdis pas un moment à marcher à Bari, que je fis bloquer, et, peu de temps après, les troupes qui y étaient enfermées et leur général, le prince de Belmonte, autrement dit le marquis de Saint-Vincent, se rendirent comme les autres et aux mêmes conditions.

Le nombre des ennemis, selon l'état que l'on a pris à un aide de camp du général, se montait à 6,500 hommes d'infanterie, 1,500 chevaux et 400 hussards; de ces -derniers, il s'en est échappé 200 qui, ayant été des premiers à fuir, ont pris le chemin de la Galabre, suivant les nouvelles que j'en ai eues. A ce petit nombre près, le reste, généralement, a été pris, officiers, soldats, cavaliers, chevaux, tentes, vivres et munitions.

La perte, de notre côté, tant des morts que des blessés, n'a pas été considérable; elle ne l'est que par la mort des comtes de Briar et de Buonamore, capitaines aux gardes wallonnes, et

par la blessure dangereues de D. Luis de Poito, maréchal de camp et capitaine des gardes du même régiment.

La colonne des gardes wallonnes trouva la plus grande résistance, et par conséquent eut Tbonneur d'être la première à faire déclarer là victoire. Ce corps est bien digne des marques de la satisfaction de Sa Majesté. Généralement!, tout le reste des troupes mérite ses bontés et ses plus grands éloges.

( Pièce A.)

État de« lr«ape« dont était composé le eorp« qui a attaqué

le* ennemi* an eamp de BItonto.

Régiments (infanterie) Bataillons.

Gardes espagnoles 3

Gardes wallonnes 3

Lombardie 2

La Couronne % 2

Suisses de Bessler 2

22 compagnies de grenadiers des régiments de Guadalaxara, Afrique, Séville, Navarre, Naples, Royal-Bourbon, Castille, Anvers, Mamur, Gardes espagnoles, Zamora et Bourgogne.

Régiments (cavalerie). Escadrons.

Carabiniers royaux »

Grenadiers royaux »

Bourbon 2

Estremadure 2

Milan . 2

Malte 2

Flandres 2

Andalousie 2

Pavie (dragons) 2

France (dragons) 2

3 compagnies de grenadiers à cheval de Tarragone et de Ba-

tavia, 50 dragons de chacun de ces régiments, et 450 de Tartillerie.

{Pièce B.)

Éilatli des ffénéraux et de* trenpes qui eemposslent \em sept colonnes onr leo^neUeo l'on a marehé à l'ntto^ne deo ennomls an eamp de BItonto.

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