CHAPITRE IX
Campagne de n3& en Lombardie — Politique de la cour de Sardaigne — Conférences de Parme — Marche offensive des alliés sur la rive gaucbe du Eô — Blocus de Mnatoue — Conférences de Marmirolo et de St-Marlia de Bozzolo — Difficultés entre l'Espagne et la Sardaigne — Armistice de Mantcue — Retraite de M. de Montemar.
Au moment de l'ouverture de la campagne , voici quelle était la position respective des armées alliées et autrichienne.
Les Impériaux, commandés par le comte de Wallis, pendant l'absence de M. de Rœnigseck, occupaient les deux rives du Pô , depuis l'embouchure de ce fleuve jusqu'à Ustiano. Entre le Pô et le Mincio, ils étaient maîtres de tous les postes qui pouvaient assurer leurs communications avec le Bressan, le Trentin et la fameuse citadelle de Mantoue, leur place d'armes. Sur l'autre rive, le Mirandolais était en leur pouvoir ainsi que Rovere et tous les villages jusqu'au pont de Borgoforte. M. de Wallis avait son quartier général a San Benedetto.
Les troupes françaises et celles du Roi de Sardaignc occupaient, à la droite du Pô, le Modénais, le Guas^ tallais, le Plaisantin et le Tortonais ; à la gauche du fleuve, la partie du Grémonais située derrière le canal Pallavicini, depuis Crémone jusqu'à Gasal Butano, le Lodésan, le Milanais, le Pavesan et le Yigevanasque ; elles n'avaient sur TOglio que le poste de Soncino , gardé par deux bataillons. Le quartier général du maréchal de Broglie était a Crémone.
Quant aux Espagnols, ils étaient arrivés à Arezzo, en Toscane, dans les derniers jours de janvier. Une partie de leurs troupes se disposait à assiéger les places Impériales des Présides , qu'on avait négligées Tannée précédente en marchant sur Naples ; le gros de l'armée campait entre Sienne et Florence, et trois mille hommes dans la vallée de Mogello, sur la frontière du Bolonais, pour surveiller la gauche de l'armée impé^ riale. M. de Montemar pouvait avoir sous ses ordres vingt* cinq mille hommes environ.
Divers plans de campagne avaient été mis en avant et tous s'accordaient à regarder Mantoue comme le vé*ritablebut des opérations de cette année. C'est à Mantoue qu'il fallait aller signer la paix. Mais une pareille entreprise exigeait de la part desalliés une entente parfaite, et il était fort à craindre qu'il n'eu fût malheureusement tout autrement. LeRoideSardaigne ne paraissait nullement disposé à se départir de sa politique ; son but était toujours le même : empêcher à tout prix l'expulsion totale des Autrichiens pour empêcher par contrecoup l'exécution du traité deFEscurial et l'établisse-
ment dans le Mautouan d*une branclie espagnole de la maison de Bom^boïi. Pour arriver à ce but il avait déjà paralysé, presque compromis les opérations de la campagne de 1754, et l'arrivée des Espagnols sur le théâtre de la guerre devait nécessairement augmenter ses défiances. < 11 a paru jusqu'à présent , mandait € M. de Fontanieu à M. d'Angervilliers, que Texpul- € sion totale de l'Empereur de l'Italie n'était pas l'objet « de la cour de Turin. Content de la conquête du t Milanais et de ses dépendances qui lui ont été assu- € rées par notre traité avec lui, le Roi de Sardaigne a € voulu s'agrandir aux dépens de l'Empereur , mais « non pas étendre son pouvoir eu partageant ses déc pouilles avec une autre puissance, surtout avec une « branche de la maison de France. Il craint plus la € grandeur naissante du Roi des Deux-Siciles quel'ini- € mitîé de la maison d'Autriche qui s'éclipse. Le Roi de c Sardaigne veut établir une balance de puissance € entre l'Espagne et l'Empereur, dont il tirera touc jours avantage ; possédant un pays sur lequel l'une c et l'autre de ces puissances ont des droits, il songe à € s'en assurer la conquête en opposant les mêmes € droits les uns aux autres (1). »
Voilà ce qu'écrivait un homme bien informé , que ses fonctions mettaient en rapports fréquents avec M. de Seneterre, l'ambassadeur de France à la cour de Sardaigne. Nous revenons sur cet ordre d'idées , parce qu'il est très-important de s'en pénétrer avant
(4) Archives du dépôt de la guerre^ 2840, 400.
d'entrer dans le détail des événements qui vont se succéder pendant la campagne de 1755.
On aperçoit déjà les difficultés sans nombre qui attendaient M* le maréchal de Noailles, lorsquMl vint prendre , au mois de mars , le commandement de l'armée française de Lombardie, en remplacement de M. de Coigny qui passait h Tannée d'Allemagne. Son premier soin fut de s'aboucher avec le Roi de Sar» daigne et d'écrire h M. de Montemar pour lui deman« per un rendez-^vous.
Les deux généraux se rencontrèrent à Pai*me, le 11 avril.
M. le maréelial «le MoaUles à 0. M. le Bol «le 8ar«lal8iie.
Parme, le 14 aviil 1735.
Je me rendis ici avant-hier, comme j'avais eu Thonneur de mander à Votre Majesté que je le devais faire; j'y trouvai M. de Montemar arrivé avant moi; nous travaillâmes ensemble dès le soir même pendant plus de cinq heures; nous employâmes hier une grande partie de la journée en conférences et à discuter tous les points qui concernent l'ouverture et la suite de cette campagne.
.... Gomme il m'a demandé de lui mettre par écrit et en sub* stance quels étaient les projets de Votre Majesté pour le début de cette campagne, j'ai cru ne pouvoir me dispenser de le satisfaire; il m*a promis de mettre ses réflexions à côté de chaque article et de me les envoyer par un courrier; en attendant, je joins ici la copie du mémoire que je lui ai remis. Je souhaite intiuiment qu'il soit approuvé de Votre Majesté. J'ai tâché de me confor-
mer aux vues qu'elle a bien voulu me communiquer et à ce que je crois du bien de son service et de l'intérêt de ses alliés. Si j'ai manqué en quelque chose, je la conjure d'excuser mes fautes en faveur de mes bonnes intentions.
Je dois présentement rendre compte à Voire Majesté de ce qui s'est passé dans nos conversations et des dispositions que j'ai cru reconnaître dans M. de Montemar.
A regard des dispositions, il m'a paru qu'elles ne pouvaient être meilleures ni plus favorables; il m'a montré une grande envie d'agir, de faire parler de lui, et soutenir l'honneur et la réputation des troupes d'Espagne. Je crois que Votre Majesté n'aura rien à désirer là-dessus. J'ai cru apercevoir en même temps qu'il ne consentirait pas volontiers à reposer ses troupes et qu'il serait toujours bien aise d'être chargé d'opérations particulières qui puissent rouler sur son compte; sur quoi il ne sera pas difficile de le satisfaire, si Votre Majesté le veut, sans intéresser le bien du service. Je lui rendrai en même temps la justice de dire à Votre Majesté qu'il m'a témoigné pour elle tous les sentiments qu'il doit. Je crois pouvoir répondre qu'ils sont sincères, et qu'en se conduisant d'une certaine façon on en tirera un très-bon parti, et que Votre Majesté pourra remployer utilement avec son corps en suivant même le plan et les idées qu'il a pu se former.
Nous sommes convenus, M. de Montemar et moi, qu'il
ne restait d'autre parti à prendre que celui de diq^eser ses troupes sur la frontière de Toscane de manière à pouvoir marcher et à se porter au premier ordre de Votre Majesté sur le Panaro ; il m'a même promis qu'à la première nouvelle qu'il apprendrait des ennemis, il s'avancerait de ce côté sans attendre qu'il en fût requis. Il a déjà placé 36 compagnies de grenadiers qui sont aux derniers villages de la ToSx.ane sur la frontière du Bolonais et à portée de se rendre en deux ou trois jours aux
environs de Modène ; il compte faire avancer dans ces mêmes lieux ou dans le voisinage un gros détachement de cavalerie qui formerait, avec ces grenadiers, une tête considérable avec laquelle il s'avancerait et qui serait suivie du reste de ses troupes.
Voilà, Sire, en substance, à quoi se réduisent les différents entretiens que j'ai eus avec M. de Montemar. Il m'a chargé, au surplus, d'assurer Votre Majesté qu'il serait prêt à marcher dès qu'elle le lui ordonnerait, et que je n'avais qu'à Tavertir quelques jours à l'avance , et que le jour marqué Votre Majesté pourrait compter qu'il se mettrait en mouvement. Je ne dois oubliera dire encore à Votre Majesté deux raisons principales pour lesquelles M. de Montemar insiste pour agir avec son corps du côté du Bolonais et du Ferrarais. La première est tirée de ses subsistances qui se trouvent arrangées de ce côté pour le commencement de la campagne, parce qu'il m'a dit qu'il avait pris ses mesurés pour en faire passer par Gênes à Plaisance, mais que ce ne pouvait être que vers le milieu de la campagne.
La seconde roule sur l'obligation où il est de couvrir ce pays, par lequel les ennemis pourraient passer pour aller dans le royaume de Naples. J'avouerai à Votre Majesté que cette seconde raison ne m'a pas paru d'une grande force; mais comme la première n'a pas de réplique, je n'ai point jugé qu'il fallait insister ni agiter celle-ci. Ainsi, je lui ai dit qu'à nooins d'une occasion importante et décisive. Votre Majesté se ferait un plaisir de lui confier toutes les opérations et la diversion qu'elle se proposait de faire en deçà du Pô. Il m'a paru qu'il serait sensible à cette attention de la part de Votre Majesté. J'ai cru suivre en cela ses intentions et ce qui m'a paru dû bien de son service.
P. S. Je supplie Votre Majesté de me permettre d'ajouter ici, l'ayant omis dans la lettre que j'ai eu Thonneur de lui écrire, dont
françaises et piémoutaises sur la rive gauche du Pô, passer TAdda et TOglio, occuper Goito, Ostiglia, en faisant construire un pont à Guastalla pour établir les communications avec les Espagnols qui s'avançaient par le Modénais. 11 s'engageait à fournir de rartîHerie pour le siège de Goito. Cette place emportée, l'ennemi devait nécessairement abandonner les deux rives du Pô ; M. de Montemar entrerait alors dans le Seraglio et commencerait le siège de Mantoue.
M. de Montemar voulait au contraire que Ton dégageât tout d'abord la rive droite du Pô, proposant d'agir de sa personne dans le Bolonais et le Perrarais, en raison de ses subsistances qui étaient assurées de ce côté. A cela, on ne pouvait rien objecter ; il fut donc convenu qu'on renoncerait au premier projet, suivant lequel il fallait porter tous les efforts sur l'Oglio et le Mincio, et que la campagne s'ouvrirait sur la rive droite du Pô. De la sorte on se trouvait à portée des Espagnols, on dégageait les bords du fleuve et l'on privait l'ennemi des ressources qu'il tirait du Bas-Pô. En opérant par le Mincio, il eût fallu assiéger Goito, el bien que le Roi de Sardaigne n'eût pas osé refuser Tartillerie , puisqu'il était lié par le traité de Turin, il paraissait néanmoins disposé à y apporter beaucoup de lenteur , toujours par suite du même système que nous avons essayé de mettre en lumière. Cette circonstance^ jointe aux autres motifs qu'on vient d'exposer, déterminèrent le maréchal de Noaiiles à entrer dans le projet de M. de Montemar, et à l'appuyer au-
près de S. M. Sarde. En conséqueuce les troupes françaises et piémontaises s'ébranlèrent pour passer le fleuve à Bersello , et le Roi écrivit au général espagnol de se porter à leur rencontre , lui donnant pour rendez-vous Carpi , sur la rive gauche de la Secchia , où il devait se trouver le 17 mai.
L'armée d'Espagne était déjà en mouvement ; M. le duc de Montemar l'avait réunie te 27 du mois précédent à Pratto, près de Florence, et il s'avançait par Fiorenzula et la route des Apennins. Au reçu des ordres du Roi, il répondit que le passage des Apennins était si difficile et le pays si resserré pendant l'espace de soixante-dix milles, qu'il était forcé de marcher par divisions et que, quelque diligence qu'il pût faire, il n'arriverait guère sur la Secchia que deux ou trois jours au delà de l'époque fixée. Il ajoutait qu'étant persuadé que les Impériaux ne laisseraient point de troupes à la droite de cette rivière, mais qu'ils se masseraient sur la rive gauche pour être à portée de Rovere et soutenir ce poste qui leur assurait le passage du Pô, il ne prendrait pas le chemin de Carpi sans un nouvel ordre de S. M. , ordre qu'il pourrait recevoir le 16 à Rologne. Cet avis changea les dispositions du Roi de Sardaîgne, qui lui manda de se diriger sur Modène et de se rendre de sa personne à Guastalla, le 19. M. de Montemar apprit par la même dépêche que l'ennemi avait successivement abandonné tous les postes de TOglio , Rozzolo , Casai Maggiore, Viadana et Sabîonetta , qu'il paraissait décidé à se tenir sur la défensive dans le Seraglio, et surtout à soutenir le
Haut-Mincio pour ne pas perdre ses eornmunications avec le Tyrol.
Le jour fixé, 19 mai, le Roi de Sardaigne et M. de Noailles se rendirent à Guastalla; ils y trouvèrent M. de Montemar qui avait laissé son armée sous les mui*s de Bologne. Â la suite d'un conseil de guerre, on convint réciproquement :
« 1^ Qu'on devait regarder comme un principe « certain que le succès de la campagne dépendait <K surtout de la retraite des Impériaux au delà du Pô ; a qu'il fallait tout à la fois les priver des subsistances « qu'ils tiraient des pays situés en deçà du fleuve et € des secours qui leur arrivaient par l'Adriatique ;
« 2* Que dans cette vue le Roi de Sardaigne pas- « serait le Pô, et que S. M. marcherait en avant « pour forcer l'ennemi à abandonner tous les postes € qu'il occupait entre le Pô et la Secchia ;
« 5» Que pendant que les troupes de France et de « Sardaigne se porteraient sur la Secchia après avoir « délogé Tennemi de San Benedetto , il convenait « que les troupes d'Espagne s'avançassent de l'autre a côté de cette rivière jusqu'à la hauteur de Bondaa nella pour y jeter un pont et se mettre en commuai nication avec les alliés (1). »
M. le comte de Kœnigseck, qui commandait l'armée impériale, allait donc se trouver complètement resser* ré dans l'espace compris entre le Pô et la Secchia. H
(1) Archives du dépôt de la guerre. Lettre de M. de Noailles à M. d'Angervilliers, 2811, 46.
ûvaît son quartier général à San-Benedetto, où il s'clait solidement retranché depuis la Madonina de San- Benedetto jusqu'à la chaussée du Pô, au-dessus de cette abbaye . Il occupait encore Gonzaga et Raggiovolo. Ce fut sur ces deux postes avancés que M. de Noailles dirigea ses premières attaques pour de là marcher à S. Benedetto et prendre devant Tennemi une position qui assurât sa jonction avec les Espagnols à la hauteur de Bondanella. Attaqués vigoureusement par deux colonnes, l'une aux ordres du marquis de Maillebois, l'autre sous le commandement du maréchal, Gonzaga et Raggiovolo capitulent le mémo jour, 51 mai; M. de Kœnigseck évacue successivement son quartier général, puis Rovere, puis toute la rive droite du Pô, et se met en pleine retraite sur Mantoue. Ces opérations se succédaient du 1 au 7 juin. En moins de huit jours l'ennemi avait perdu tout le fruit de la campagne précédente.
Le 10, mouvement général des armées combinées de France et de Sardaigne. Elles repassent le Pô à Guastalla, et l'Oglio près de Bozzolo. De son côté M. de Montemar se poste au delà de ce fleuve et s'empare d'Ostiglia, pendant que le marquis de Maillebois, maître de Borgoforte, maintient ses communications avec les alliés. Le 15, le quartier du Roi de Sardaigne était à Rovigo , celui de M. de Noailles à Rivolti. M. de Montemar, continuant ses opérations sur la rive droite du Mincio , arrive le 1 8 à Pontemolino , le 19 à Castellar, et se met en communication avec l'armée fi*ançaise campée sur les hauteurs de Goito.
Cette ville, si importante pour resserrer Mantoue et s'assurer le passage du Mincîo, avait été emportée, le 16, par M. le marquis de Ségur. Quant aux Impériaux, ils se repliaient rapidement sur TAdige.
Ainsi Mantoue se ti*ouvait bloquée, les alliés interceptant la route de Véi*one et les secours que la place aurait pu recevoir du Trentin. Pour terminer la campagne , il ne s'agissait plus que d'en faire le siège , opération assez difficile au point de vue purement stratégique et que la politique allait rendre tout à fait impossible. Nous entrons ici dans une nouvelle phase, dont les détails ne seront peut-être pas sans intérêt, puisqu^il s'agit d'expliquer Tissue regrettable de la campagne après des débuts aussi brillants. Comme toujours, nous éviterons de nous substituer aux personnages historiques , nous mettrons les pièces sous les yeux du lecteur, le laissant juge des événements et ne hasardant notre appréciation personnelle qu'avec l'extrême réserve nécessaire pour rester dans la vérité.
La première conférence relative au siège de Mantoue se tint à Marmirolo, entre le Roi de Sar daigne, le marquis d'Ormea, le duc de Montemar et M. de Noailles. Voici comment le Maréchal en rendait compte à sa Cour.
lie maréchal de MoalUes à M. d'AnfferirlIllera.
Aa eamp de Marmirolo, le 30 juin.
La course que j'ai été obligé de faire, Monsieur, pour suivTe les ennemis, m'a empêché de vous rendre compte d'une confé-
rence que nous eûmes chez le Roi de Sardaigne, entre M. de Montemar, M. le marquis d'Orméa et moi, sur les différents partis qu'on avait à prendre et sur la suite des opérations de cette campagne. M. de Montemar, qui avait réglé les mouvements de ses troupes sur ceux de notre armée, vint camper à Castellar , le même jour^ \ 9 de juin , que nous occupâmes le camp oii nous sommes; ce qui contribua à déterminer les ennemis de se retirer promptement et de marcher deux jom's et deux nuits sans s'arrêter. Il se rendit ici le 20, de bonne heure, chez moi , oii, après avoir conféré quelque temps, nous nous rendîmes ensemble chez le Roi de Sardaigne. On agita d'abord s'il convenait de suivre les ennemis au-delà de l'Adige, et jusqu'où on pouvait aller.
On convint unanimement de l'inutilité et de l'imprudence même de cette démarche;
Par rapport aux subsistances qu'il serait impossible de trouver dans le Trentin et dans les gorges des montagnes;
Parce qu'il n'y avait aucun objet dans cette marche, puisque, les ennemis se retireraient toujours jusqu'aux endroits qu'ils croiraient pouvoir défendre par la situation des lieux et la nature du terrain, et que nous serions^ par conséquent, hors d'état d'attaquer; •
Qu'il ne fallait s'occuper que des moyens de terminer la guerre en Italie ; que cela dépendait uniquement du siège de Mantoue , et que c'était le seul objet auquel les alliés devaient s'attacher, puisque la prise de cette place leur assurait également les conquêtes dont ils étaient en possession, et qui seraient toujours incertaines tant que l'Emperear aurait eu pied en Italie....
On parla ensuite du siège de Mantoue, qu'on traita de fort difficile, mais qu'on ne regarda point comme impossible. Je suis du même avis, ainsi que beaucoup de gens sensés.
On entra ensuite dans les moyens d'exécuter cette entreprise. M. de Montemar proposa d'abord si les alliés ne contribueraient pas aux frais de ce siège, chacun à proportion tant par rapport à Tartillerie que pour les autres dépenses. Je n'eus pas besoin de parler sur cet article; M. d'Orméa m'en épargna la peine et dit que c'était une chose convenue que F Espagne devait faire les frais. Je me joignis à H. d'Orméa pour rappeler à M. de Montemar ce qui avait été dit entre nous, au sujet de l'artillerie, dans notre première entrevue, à Parme, le i 2 avril, que j'eus la précaution de mettre par écrit, et de lui en donner une Copie. Il n'insista plus et dit qu'il en avait écrit à sa cour, et qu'il espérait, dans le courant du mois de juillet, d'avoir ce qui serait nécessaire pour cette entreprise, qu'on lui enverrait de Sicile, où il avait dépéché des courriers depuis quelque temps.
Il ne fut plus question que de traiter des dépenses des travailleurs, des gabiers et autres frais, d'autant qu'on se propose de faire trois attaques dont les troupes de chacun des alliés seraient chargées. Le Roi de Sardaigne n'insista pas sur cet article, sans cependant répondre rien de positif. Je suis^ etc.
Le maréchal de NoàiuuEs.
(Archives du dépôt de la flfwerre,*28< 4, no 802.)
Le Roi de Sardaigne persistait donc à refuser Tartillerie pour le^iége de Mantoue, comme il lavait déjà feit connaît wà M. de Montemar lors des conférences de Parme. Seulement il promettait alors , dans les termes les plus positifs, de concourir à la chute de cette place de sa personne et de ses forces, et à Marmirolo, il semblait vouloir se ménager une issue pour apporter de nouvelles réserves à sa coopération. On va le voir
s*exprimer plus clairement encore par la dépêche suivante de M. de Noailles, Le maréchal combat l'opinion de la cour de France, qui voulait que les alliés se portassent au delà de TAdige pour expulser complé-* tement les Impériaux.
lie maréelial ûé lV«»llle« h M. «'AnserrUlieni,
Bozzolo, le 16 août.
Je VOUS envoie, Monsieur, la réponse que le Roi de Sardaigne a faite au mémoire que je lui ai présenté sur l'idée de s'avancer dans le Trentin, conformément aux ordres du Roi que vous m'avez adressés.
Vous y verrez, Monsieur, combien on est éloigné d'adopter ce projet. Il faut convenir qu'il renferme de grandes difficultés et très réelles en lui-même, surtout présentement et avant que d'avoir fait les arrangements nécessaires; mais on ne peut s'empêcher; de voir que le défaut d'accession de la part de l'Espagne au traité de Turin n'y entre pour beaucoup ; le retardement qu'on y apporte jette une telle défiance dans l'esprit de ce prince et de toute sa cour, qu'on doit s'attendre à lui voir refuser toute proposition qui pourra l'éloigner de ses états, et les exposer pendant le temps de l'absence de ses troupes. On s'en est expliqué très-clairement, aussi bien que sur le siège de Montoue, auquel le Roi de Sardaigne ne veut point concourir ni de sa personne ni de ses troupes jusqu'à ce que f Espagne ait signé l'accession au traité; c'est un point arrêté et sur lequel je ne crois pas qu'on doive se flatter.
Le Roi ne doit pas compter qu'en aucun cas les troupes
d'Espagne puissent concourir ensemble. Nous sommes le point de réunion entre ces deux nations, et dès que nous serons éloignés on doit s'attendre que chacune de ces troupes prendrait son
parti et se séparerait. Gelies du Roi de Sardaigne rentreraient sur-le-champ dans le Milanais pour en garder les frontières, celles d'Espagne demeureraient autour de Mantoue.
On peut aisément juger de l'effet que produiraient en Europe des démarches aussi éclatantes, et qui montreraient aussi ouver. tement la désunion entre les alliés. Une des premières suite qu'elles pourraient aTOir serait peut-être quelque entreprise d^ la part des ennemis pour se porter en forces du côté de la partie ia plus faible, à quoi il ne leur serait pas difficile de parvenir.
Toutes ces considérations et Tenvie de suirre, autant quMl est en moi, les intentions du Roi, m'ont &U penser que, sans exécuter absolument l'objet du Treatin pour les difficultés qui s'y rencontrent, il fallait du moins en approcher le plus qu'il serait possible.
J*ai donc pris le parti de profiter de It bonne volonté du Roi de Sardaigne po«r s'4)pposer au retour des ennemis, en lui proposant de s'avancer sur r Adige et de se mettre eo éteX de passe^ la rivière en «occupant le poste de Gussolengo et y taisant des ponts; c'est un premier pas qu'il faut toujours faire» et qui «pmit nous conduire successivement au surpias, sî l'occasion s^en présente. Ce prince y a consenti et en est convenu avec moi; ii désire seulement de faire marcher quelques troupes sur la gauche du lac de Garde pour couvrir le SËlanais, à ipoi il n'y a pas d'inconfément. J'ai ^crit en «ccmaéquence à M. de Montemar pour lui proposer à peu {ute la même diose, et comme je joins id la copie 4s ma lettre, je ne vous en ferai pas le détail. « . . Jesui8,elc.
le maf'échal de Moaiules.
{Arch. du dép^ de la guerre. —9815, 184.)
Conformément au contenu de cette dépêche, l'armée allait 60 mettre en marche, quand des circons-
taBces de la plus haute grarit^ mirent le maréchal dans la iiécesBité de ne rien^ entreprendre avant d'avoir' reçu de nouveaux ordres. Neus voulons parler cFune troîsîëme conférence^ tenue à Siaiïit-Martm de Bozzofo, où la discussion avait pris un caractère fort irritant, au point de faire craindre une rupture entre les trois puissances. Nous appelons Tattentlou du lecteur sur les deux pièces ci- jointes,, le Gompte-rej)du de M. de Noailles et la réponse d». mipiatre. Ce, sQ^t> k tous égards, les document» lesi plusi impovtaDts de la campagne.
<;»siifiiQD«, lA «a toOi 1785.
Je vous dépêche ce courrier , Monsieur, pour vous rendre compte d'une conférence que nous eûmes avant-hier chez le Rpi de Sardaigne, entre ce prince^ M. de Montemar, liL d'Orméa et moi.
— La conférence commença d'abord par qjiielques questions du Roi de Sm*daigne à Bf . de Montemar sur le siégfî de la Mirandole. Ses réponses furent très-concises, et il se contenta die dire qu'il* n'avait pas vouhi qu*on perdît beaucoup de monde à cette expédition.
n parla ensuite de l'arrivée de son artillerie à LiVourne, des munitions de guerre et des douze bataillons ainsi qu'il me l'avait dit; après quoi il demanda au Roi de Sardaigne ses intentions par rapport au siège de Mantoue , ne doutant pas que, suivant ce qu'il exposait , on n'eût incessamment deyant cette place tout ce qui pourrait être nécessaire pour en faire la conquête.
que rjEspagne aurait accédé au traité qui est entre nous et ce Prince. Je n'entrerai point dans le détail des causes qui ont retardé la consommation de cette grande affiiire. Je me conienterai seulement de vous dire que pendant dix-buit mois elle a été arrêtée par un grand nombre de difficultés. M. de Senecterre en est très-instruit. // est vrai que, par la persévérance que le Moia apportée àvaincre les obstacles^ onest parvenu adresser un projet qui a été agréé par le Moi de Sardaigne ; ce projet est à la Cotfr de Madrid depuis U mois de juin; mais sur ses entrefaites on y a été instruit de la négative absolue de toute l'artillerie pour le siégede Mantoue quHl plut au Roi de donner dans les conférences de Marmirolo. Dès ce moment LL. MM. ce. ont paru indisposées, et la conclusion de l'acceptation du projet d'accession a langui, sans que néanmoins Hait été rejeté.
Je dois à présent vous mettre en état de répondre aux instances contenues dans le mémoire par écrit que H« de Montemar vous envoya en partant de Bozzolo, Par U première il vous demande si, quand bien même le Roi de Sardaigne ne voudrait pas aider dQ sa personpe et de ses troupes au siège de Mantoue, vous n'êtes pas disposé à faire agir celles du Roi pour celte entreprise. Sa Majesté désire que vous témoigniez à M. de Montemar qu'elle est diçposée à concourir dans tous les cas au succès des vues de S. M. Catholique , et qu'ainsi vous avez ordre de faire marcher les troupes du Roi au siège de Mantoue, quand bien même le Roi de Sardaigne ne paraîtrait pas encore déterminé à employer les siennes.
Il n'en est pas de même pour les frais de tj^nsport d*artillerie. C'est une charge nouvelle et non prévue que ÎK. de Montemar veut nous imposer. Aussi Sa Majesté désire que vous fassiez connaître à ce général, avec tout le ménagement et le tour dont vous êtes capable , que si nous avions un équipage d'artillerie et de siège en Italie, nous remploierions bien volontierç pour le
service deLL. MM.Cath.; que nous lui offrons de même l*usage de notre équipage de campagne dans tous les cas oh nos forces seront unies ; qu'au surplus , n'ayant plus que cinq cents bètes de trait à notre équipage de campagne, nous ne pouvons pas les éloigner en les envoyant travailler sur la route de Gênes. S'il insiste sur le paiement en argent d'une partie des firais de transport, vous pouvez lui insinuer que Sa Majesté n'en est tenue par aucun engagement, et que, cette question étant par conséquent nouvelle, elle doit être traitée entre les deux cours directement. Il est en effet très réel que nous n'avons avec l'Espagne aucun autre traité que celui deTËscurial, du 4 <»<' novembre ^33, dans lequel il n'est pas dit un mot de Mantoue, ni que* nous serons tenus de fournir aucune artillerie pour les conquêtes à faire.
Vous croirez aisément, Monsieur, que le Roi sent parfaitement comme vous l'éclat et le mauvais effet que ferait dans l'Espagne une désunion aussi marquée que celle de voir les troupes de France et d'Espagne entreprendre conjointement le siège de Mantoue, pendant que celles du Roi de Sardaigne resteraient séparées et dans l'inaction, etl'avantagequeles ennemis en retireraient. Sa Majesté voit de même que par les seules troupes de France et d'Espagne il ne serait pas possible de former deux armées suffisantes, l'une pour le siège, et l'autre d'observation ; mais en même temps elle croit aussi qu'il est trèsimportant qu'on ne puisse pas dire à Madrid que si le siège de Mantoue ne se fait pas cette année, c'est la faute, non de l'Espagne, mais desabt/es alliés, et surtout du Roi, qu^on accuserait d'avoir réfusé d'aider S. M. Gatli. dans une entreprise principale.
Je vous confierai donc que Sa Majesté compte que l'affaire tombera par elle-même. L'impossibilité gue l'artillerie des Espagnols puisse arriver dans le mois de septembre devant Mantoue est démontrée. Tous les trésors du Pérou n'y serviraient de
rien, parce qu'on ne peut pas augmenter le nombre des voitures
du pays ni abréger le temps qu'il faut Cependant le siège de
Mantoue doit toujours être notre point de vue. S*il est impossible à présent, il n'en sera pas de même au print^nps. H faut bi^ profita* de cet intervalle pour faire les voitures ; sans quoi nous nous trouverions au mois de mai aussi peu avancés que nous le sommes à présent. C'est ce que sans doute vous tftcherez de faire entendre à M. de Montemar. Vous pouvez même poursuivre Tobjet que vous donnez de prendre les ouvrages extérieurs de Mantoue, dès qu'il y aura la quantité suffisante d'artillerie. Ce serait effectivement un grand avantage.; parce que si la place pouvait être serrée pendant l'biver, oti en aurait meilleur marché lorqu'on l'attaquerait sérieusement. J'ai l'honneur, etc.
D'ÀNGERVnXIE&S.
(Archives du dépôt de la guerre, 28i6. 45.)
En présence du refus péremptoire du Roi de Sardaigne, M. de Montemar voulut tenter un nouvel accommodement, non qu'il crût à la possibilité du siège de Mantoue dans les circonstances actuelles, mais vraisemblablement pour forcer le Roi de Sardaigne à laisser voir clairement ses intentions. C'était là pour le moment toute la politique des alliés , chacun d'eux rejetant sur les autres la responsabilité des événements de la campagne, la Cour de Turin s'appuyant sur la non accession de VEspagne; l^Ëspagne, sur la non coopération de la cour de Turin; la France, qui jouait le rôle de médiateur, sur la rivalité de toutes les deux. M. de Montemar proposa de'se chaîner du siège avec les seules troupes espagnoles, pendant que
celles de France et de Sardistigne se fonneraient en armée d'observation ; pour prévenir toutes nouvelles difficultés, il déclarait en même temps par écrit , dans une lettre adressée h M. le marquis d*Orméa, qu'il se considérait, lui et sestroupes, comme placé sous les ordres de S, M. Sarde, de la même manière que le maréchal de Noailles, Cette fois encore, il eut à essuyer un refus des plus explicites. « H n'y a point de difiPérence entre donner ses troupes pour le siège ou pour l'armée d'observation. Cette distinction ne peut jamais être considérée que comme une plvis grande convenance entre les alliés. Si les choses demeurent dans l'état où elles sont , le Roi persistera dans la résolution qu'il a manifestée à Saint^Martin de Bozzolo (1). » Nous reproduisons textudlement les propres expressions de la réponse du Roi de Sardaigne. Celle de M. d'Orméa était rédigée dans des termes an moins aussi précis.
M. le mtongaÊê tl*«rméa li H. le due de Montemar.
On me rendit |rier la lettre de Votre SxceUence en 27 de ce mois. J'en ai aussitôt informé le Roi mon maître , qm a va avec bien du plaisir que vous aviez déjà fait plusieurs préparatifs , et que vous continuiez à donner las ordres ies plus précis pour avoir toutes les cboses qui sont nécessaires pour '«sitreprendre le si^e de Mantoue» puisque le Roi mon maitne s'intéresse beaucoup à tout ce quipeut contribuer à la gloire et aux armes de Sa Majesté catholique» laissant pourtant aux réflexions de Votre I^eUence, isi elle croit que tous les préparatifs que l'on a faits
{\) Archives du dépôt de la guerre. V, 2846, n" 166.
jusqu'à présent sont suffisants pour entreprendre le siège en tout ou en partie
A regard du second article de la lettre de Votre Excellence, Sa Majesté m'ordonne de répondre que , bien loin de douter si Votre Excellence et les troupes d'Espagne qui sont en Lombardie soient sous les ordres de Sa Majesté, il est sûr qu'elles n'y sont pas , parce que quand un Souverain doit commander les troupes d'un autre Souverain, il est besoin d*abord d'avoir un traité fait entre les Souverains, comme il l'est à présent avec la Cour de France. Quand même cette raison ne serait pas si forte, véritable et concluante, comme elle Test , et que nous pussions en faire abstraction , il ne serait pas moins évident que Votre Exceflence et les troupes ne sont pas sous les ordres du Roi mon mattre. Si cela était :
Votre Excellence aurait pris l'ordre de Sa Majesté quand elle vint au camp de Bondeno, et que ses troupes étaient campées dans le voisinage de Bandanello, et ensuite quand Sa Majesté se trouvait à Saint-Benedetto.
Votre Excellence n'aurait pas mis à la tête de ses passeports des titres par lesquels il parait clairement qu'elle ne croyait pas être dans le cas d'obéir à S. M., ces.titres étant incompatibles avec cette subordination.
Votre Excellence, avant de partir de laConcordia pour se rendre à Livourne , aurait fait part' de cette résolution à S. H., d'autant plus que quelques jours auparavant , à Saint- Martin-de-Bozzolo , Votre Excellence n'avait pas témoigné à S. M. la moindre chose d'un tel dessein .
Il m'est enfin ordonné par le Roi mon mattre de faire savoir à Votre Excellence qu'il ne croit pas nécessaire de parler de plusieurs autres choses qui lui font croire que Votre Excellence n'a jamais pensé être sous ses ordres , parce que ces choses-là doivent être connues de Voire Excellence , étant plus que suffi-
sant de lui dire que la réponse de S. M. reste dans son entière force.
En mon particulier , je supplie Votre Excellence de me croire, etc.
Ce 30 septembre 1735«
D'Orméa.
{Arehiv. du dép. de la guerre, 2817, 7.)
Ainsi qu'on le voit par la pièce qui précède , les formes n'étaient pas du côté de la chancellerie de Turin, et une communication de cette nature devait nécessairement amener de très-sérieuses complications. Même en conservant le fond , il n'était peut-être pas impossible de présenter les faits avec plus de ménagements. Aussi , et bien que M« de Montemar eût atteint une partie* de son but en poussant la Cour de Sardaigne dans ses derniers retranchements , la susceptibilité du général espagnol en fut-elle profondément blessée. Il reconnut avec M; de Noailles qu'on ne pouvait plus songer au siège de Mantoue et qu'il fallait se borner à empêcher l'ennemi de jeter des secours dans la place. En conséquence / on résolut de passer l'Âdige ; Vérone formant le centre de la première ligne ; les Espagnols à la droite du fleuve ; les Français à la gauche, ces derniers chargés de tout le bassin du lac de Garde et de la frontière du Brescian.
Par suite des circonstances qui suivirent, ce mouvement ne put recevoir qu'une exécution partielle. Il fut suspendu tout à coup à l'arrivée d'un courrier de Versailles qui apportait au maréchal de Noailles la
grande nouvelle que les préliminaires de la paix venaient d'être signés à Vienne entre la France et l'Empereur. Nous reviendrons sur ce point dans le chapitre suivant , en nous occupant d'une manière générale de l'ensemble des négociations. Pour lé moment ce qu'il importe de savoir » c'est que les préliminaires, signés sans la participation des alliés, ne regardaient que la France et ^Autriche ; M. de NoaiUes avait ordre de conclure une suspension alarmes avec le générât commandant les fwees impériales ; mais à Tégard de» Sardes et des Espagnols, les instructions en maréchal ne lui prescrivaient rien autre chose, sinon de leur donner avis de ce qui se passait^ sans qu'il tùt question de les comprendre dans la suspension. On juge qu^ dot étro son embarras en se voyant forcé die rester dans l'inaction et de suspendre le mouvement de ses troupes, au moment où les Impériaux , qui venaient de passer l'Âdige dans les environs de Rovîgo, se portaient rapidement à la renoontre des Espagnols. Tout ce qu'il put faire ftit d'avertir M. de Montemar des ordres qu'il venait de recevoir et de lui conseiller, s'il' en était temps encore, de repasser le Pô avec la totafité de son armée. C'est le parti auquel s'était arrêté le général espagnol, qui se trouvait sans nouvelles de sa cour, et ignorait par conséquent s'il devait être, oui ou non, compris dans l'armistice. La nuit du 15 au 4 & novembre, il avait évacué tous ses quartiers, et s'était reth*é à Pontemolino , harcelé par huit cents hussards qui culbutèrent ses gardes et lui enlevèrent quelques dragons.
La dépêche de M. de Noailles ne lui laissa plus de doutes sur la position déplorable que lui faisaient les préliminaires. Il n'était pas même en sûreté derrière le Pô, et il prit le parti de rétrograder dans le Bolonais, en remettant aux troupes françaises tous les postes qu'il occupait depuis St-Benedetto jusqu'à Tembouchure du Panaro. M. de Montemar abandonna de même le Modénais, sur la demande que lui en fît le maréchal de Ngailles, dans le but d'arrêter les Impériaux et de couvrir les duchés. Les Espagnols ne gardèrent que la Mirandole. L'artillerie qui était à Révère fut conduite à Parme, le reste à Tortone, et de là à Gènes, où on devait l'embarquer.
Pendant ce temps les commissaires français et impériaux se réunissaient à Vérone pour y rédiger les articles de la suspension d'armes. Dans l'intervalle la Cour de France s'était expliquée plus nettement. Une dépêche du 23 novembre , que le maréchal reçut le 28, lui fit connaître les véritables intentions du Roi Louis XYp L'armistice devait avoir lieu provisoirement entre l'Empereur et les alliés, jusqu'à ce que l'Espagne et la Sardaigne se fussent décidées à l'accepter ou à le rejeter.
Voici comment M. de Noailles en informait le duc de Montemar :
l.e maréelial de Woalllos aa dae de Montenuir.
Boziolo, ee 29 novembre 1735.
Monsieur, je dépêche un exprès à Votre Excellence, pour lui faire part des nouveaux ordres que je reçus bier par un courrier de ma cour, en explication des premiers qui m'avaient été en" voyës au sujet de la suspension d'armes.
On me mande que dans le cas que les Impériaux eussent dessein d^agir à force ouverte contre les Espagnols, l'intention du Boi mon maître est que je m^ explique avec le général de l'Empereur j lui témoignant que l'armistice doit avoir lieu entre son maître et les alliés, et qu'il doit cesser les actes d'hostilité à l'égard des Espagnols et du roi de Sardaigne comme au nôtre, et attendre pour changer de conduite que ces deux puissances se soient déclarées, si elles veulent accepter ou refuser l'armistice (1).
Ce sont les propres termes de la lettre du 23 de ce mois que j*ai reçue, et que je copie littéralement à Votre Excellence. J'ai sur-le-champ expédié un courrier à M. de Khevenhuller pour lui donner avis des ordres que j'ai reçus et pour le prier de faire retirer le détachement qu'il a fait passer le Pô dans l'Etat Ecclésiastique.
On ne peut honorer Votre Excellence plus parfaitement que je le fais, ni être avec tous les sentiments qu'elle mérite plus véritablement, etc.
Le maréchal de Noailles.
{Arcb. du dép. de la guerre, 28^8, 47.)
Le maréchal eut beaucoup de peine à remplir, en
(1) Les roots eu italiques sont soulignés dans Foriginal.
ce sens , les intentions de sa cour. Les Impériaux en Toulaientparticulièrement à M. de Montemar, auquel ils n'avaient pas encore pardonné la conquête de Naplesr et la brillante affaire deBitonto. Aprèis de longs débats on convint cependant de stipuler dans le corps du traité patent {art. 2) que c la suspension d'armes se- « rait également observée entre les troupes de S. M. c Impériale et celles des puissances alliées de S. M. « T. C. jusqu'à ce que lesdites puissances eussent eu c le temps de déclarer si elles voulaient accepter l'ar- « mistiçe. > Mais le traité secret, auquel on déclarait s'en rapporter de préférence, détruisait une partie des stipulations du traité patent.
Article* pardettllemi e( seerètar etmvenmi en même temps qve le traité de siispeiuiioii d'armes et qvl dolweiit awoir la même fforee et exèeutlen.