‹ Négociations relatives à l'établissement de la maison de Bourbon sur le trône des Deux-Siciles (volume 2)Chapitre 9 sur 23 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Affaires de Pologne — Trailô dé Turin — Traité séparé de rïscuriaî, da !•' novembre 1733« entre la f rance et l'Espagne —Premières hostilités en Italie — Lettre dn comte de Montemar.ân maréchal duc de Villars — Conférences de la Sahionette — Retraite des Espagnols au delà da PD — Ganses de cette retraite — Le Maréchal se rend h Parme — Son entrevue avec l'Infant Don Garlos — Lettres de IL de Villars an Boi et h H. d'Angervilliers.

Louis XV avait épousé, en 1725, Marie, fille de Stanislas Lecsinski. Ce prince, élu roi de Pologne, en 1704, s'était vu dépossédé par Auguste II, électeur de Saxe« A la mort de l'électeur, survenue le 1er février 1735, plusieurs prétendants se mirent en ligne pour recueillir la succession : son fils, Frédéric-Auguste ; l'ancien Roi détrôné, Lecsinski ; le prince Ferdinand de Bavière ; don Emmanuel de Portugal ; le prince Edouard , plus connu sous le nom de chevalier de Saint-Georges , et les princes polonais Yienouski, SapiehaetLubomirski. De ces divers prétendants, les deux premiers étaient seuls sérieux; Tun soutenu par la France, Tautre par

TAutriche et la Russie. Comme époux de rarchiduchesse Marie- Josèphe, fille aînée de Joseph, Télecteur de Saxe se croyait des droits sur la monarchie autrichienne, droits que la Pragmatique sanction devait mettre à néant. Charles VI saisit l'occasion que les circonstances paraissaient lui offrir pour obtenir de rélecteur, en échange de secours d'hommes et d'argent , une renonciation formelle à tout ou partie de la succession. Le 16 juillet 1753, le prince Eugène de Savoie, les comtes de Sinzendorff, de Stahremberg et de Kœnigseck, pour l'Autriche ; le comte de Lutzelbourg et le baron de Zech au nom de Frédéric-Auguste, signèrent à Vienne une convention en huit articles qui précisait les intérêts du prétendant et de l'Empereur. S. A. E. garantissait la Pragmatique sanction par l'article 2, et renouvelait encore cette garantie dans un acte particulier joint au traité. Charles VI promettait de son côté de favoriser l'élection de Frédéric- Auguste et, après son élection, de le soutenir par la force des armes. Le traité avec la Russie, conclu dans le môme mois, présentait ceci de particulier, que, contrairement à tous les usages, il ne fut pas signé par les ministres des deux puissances, soit à Berlin, soit à Dresde, soit en lieu tiers ; on en fit deux expéditions, dont l'une fut signée à Saint-Pétersbourg par l'Impératrice elle-même, et l'autre à Dresde, par l'Électeur (l) . La czarine s'engageait à fournir quatre mille hommes

(4) Histoire générale des traités de paix, par le comte de Garden, t. HI,p. 464.

d'infanterie et deux mille de cavalerie, à la charge pour rélecteur, s'il arrivait au trône de Pologne , de satisfaire la Russie au sujet de diverses réclamations qu'elle formait contre la République.

Lecsinski n'en fut pas moins régulièrement nommé par la diète le 12 septembre de la même année. Quelques palatins, en tête l'évêque de Cracovie, passèrent la Vistule et proclamèrent Frédéric-Auguste ; ils étaient appuyés par une armée russe à laquelle se joignit bientôt un corps de troupes autrichiennes. Stanislas, chassé de sa capitale, eut à peine le temps de s'enfermer à Dantzig, et, bientôt assiégé par le maréchal Munich , ne dut la conservation de sa liberté qu'à la faveur d'un déguisement (l).

On conçoit l'immense retentissement que ces événements produisirent, non-seulement en France, mais dans toute l'Europe. A côté de l'intérêt de famille personnel à Louis XV, il y avait pour la plupart des cabinets un intérêt politique de premier ordre à no pas permettre que l'Empereur, déjà si puissant en Allemagne et en Italie , accrût encore sa prépondérance de tout le poids d'une influence décisive en Pologne. En d'autres termes, il s'agissait d'abaisser la maison d'Autriche. C'est dans ce sens qu'un traité d'alliance offensive et défensive fut conclu dès le 26 septembre 1753, à Turin, entre les Rois de France et de Sardaigne. L'importance de ce document nous oblige à le citer in extenso.

(4) On connaît l'héroïque mais inutile tentative des comtes de Lapeyrouse et de Flélo pour débloquer Dantzig.

Traité 9 «^ arllele« iiéparés et seereto, d'alliance ofléasive et déffeiisive eatre 9. M. le Roi de (fardalsne et S. M. le Roi

de France.

S6 septembre 4733.

Il est connu à l'univers que la maison d'Autriche abuse depuis longtemps du degré exorbitant de puissance auquel elle est montée, et qu'elle ne cherche qu'à s'agrandir encore aux dépens des autres. Non contente d'agir secrètement , elle n'a plus gardé de ménagements à se déclarer, voulant même disposer à son gré des royaumes sur lesquels elle ne peut s'arroger aucuns droits; et c'est ainsi quel'Empereurest venu à bout d'une partie de ses desseins, qui, ne tendant qu'à ôter toutes bornes à la puissance de sa maison, vont à renverser, toujours de plus en plus, cet équilibre tant désiré et si nécessaire. Après avoir essayé les voies de douceur et des négociations, les choses sont parvenues à ce point, que toute l'Europe doit être justeftient effrayée d'un pouvoir si énorme, et de l'usage qu'il en feil, en sorte que c'est le temps oii la sagesse des principales puissances demande qu'elles prennent de promptes mesures, en convenant entre elles, tant pour leur sûreté, et l'intérêt de leurs États, que pour former eofin un juste équilibre, qui seul peut établir le repos universel, et tirer particulièrement les princes d'Italie de la dangereuse situation où ils sont : c*estdans cette vue et pour prévenir par toutes sortes de moyens le danger qui menace l'Europe en général et l'Italie en particulier que Sa Majesté Très-Chrétienne a invité le Sérénissime Roi de Sardaigne à entrer avec elle dans un traité, et S. M. le Roi de Sardaigne, connaissant l'importance de cet objet, qui, sans offense de personne n'est autre que de modérer la trop grande puissance de la maison d'Autriche, et de mettre des bornes à ses projets funestes pour la tranquillité publique, sans préjudicier à l'Empire ni aucun membre d'icelui, s'est porté à concourir à un but si utile et si glorieux. En conséquence le Se-

rénissime Roi Très-Chrétien a donné ses pouvoirs au sieur François-Marie de Villiers-La-Faye, comte de Vaulgrenant , chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-^Louis, colonel d'infanterie et son ambassadeur auprès de S. M. le Roi de Sar^ daigne , et le Sérénissime Roi de Sardaigne au sieur Gbarles- François-Vincent Ferrera, marquis d'Orméa et de Palazzo, et seigneur de Roascio et de Cavorel, son ministre et premier secrétaire d'Etat, et secrétaire de son ordre de l'Annonciade; lesquels, en Vertu desdits pleins pouvoirs^ dont les copies sont insérées de mot à mot à la fin du présent traité, ayant pesé avec toute l'attention possible les mesures les plus propres pour parvenir au but que leursdites Majestés se proposent, sont convenus des articles suivants :

Il y aura amitié perpétuelle et, en vertu du présent traité, alliance offensive et défensive, entre le Roi Très-Chrétien et le Roi de Sardaigne, lesquels, renouvelant en tant que besoin serait les garanties déjà données de leurs Etats, royaumes, pays, sujets et droits quelconques, acquis et stipulés par les traités antérieurs , déclarent qu'ils regardent leurs intérêts comme un seul et même intérêt, et s'engagent à concourir de toutes leurs forces à tout ce qui peut intéresser la gloire, la dignité et les avantages l'un de l'autre.

En exécution de ladite alliance, ils s'obligent de faire la guerre contre l'Empereur avec leurs armées combinées, et d'attaquer l'Etat de Milan par les voies et autant qu'il sera entre eux concerté, et S. M. Très-Chrétienne promet, au cas qu'il soit besoin, de faire en même temps les diversions qui de concert seront jugées nécessaires et suffisantes pour assurer le suc-»

eès de la cause commune et procurer la conquête du Milanais, à l'exception des Pays-Bas, auxquels onn'entendpointtoucher, à moins que les puissances qui y ont intérêt ne rendissent cette diversion dans les Pays-Bas aussi nécessaire.

Sa Majesté Très- Chrétienne s'engage de plus à ne cesser la guerre qu'après avoir conquis et procuré à Sa Majesté le Boi de Sardaigne la réelle possession du susdit Etat de* Milan en entier, lequel devra lui appartenir dorénavant, avec tous les droits, appartenances et déperidances, et tel qu'il fut cédé par l'Empereur Charles V à Philippe II dans l'investiture de 4 549 qu'il lui donna et de la même mesure et manière qu'il fut possédé par les descendants d'icelui.

Comme le véritable but et l'intention de Sa Majesté Très- Chrétienne et du Boi de Sardaigne est seulement de procurer un fort équilibre à l'Europe en modérant la puissance énorme de la maison d'Autriche, sans faire aucun tort , dommage ou préjudice à l'Empire, non-seulement le Boi de Sardaigne s'oblige, lorsqu'il sera en possession de l'Etat de Milan, de le reconnaître en due forme comme fief dudit Empire, d'eu prendre l'investiture en son temps et de remplir toutes les obligations auxquelles il pourra être tenu par raison dudit fief, comme il déclare d'être toujours prêt de faire pour les autres Etats qu'il possède, dépendant aussi de l'Empire ; mais le Boi Très-Chrétien, intéressé particulièrement par sa qualité de garantdes traités de Westphalie, au maintien des privilèges et libertés du Corps Germanique, et le Boi de Sardaigne comme membre d'icelui, promettent l'observation des susdits traités et des autres actes qui, ayant statué sur les affaires de l'Empire, sont re-

gardéscomme la base et le fondement de la tranquillité duCorps Germanique et le soutien de ses droits, privilèges et immunités.

La guerre étant une fois commencée, aucun des deux alliés ne pourra traiter de paix ni de trêve, si ce n'est conjointement, de concert et avec le consentement l'un de l'autre, et ladite paix ou trêve ne -pourra être conclue sans que Sa Majesté le Roi de Sardaigne non-seulement soit rétablie en ce qu'elle pourrait perdre à l'occasion de ladite guerre, mais sans qu'elle ait obtenu par icelle tout ce qu'on a stipulé en sa faveur ; et ce avec les garanties les plus solennelles de toutes les puissances qui interviendront à la stipulation de la paix ou delà trêve.

s. M. Très-Chrétienne déclare et promet que, sous quelque prétexte ou raison que ce soit à l'occasion de la paix qui suivra cette guerre, elle ne prétend en rien retenir ou garder ce qui aura été conquis en Italie, ni même des autres conquêtes que par la voie de ses armes elle pourrait faire ailleurs, au cas que cette dernière prétention fût au préjudice et en diminution d'aucune partie de ce qui est statué par le présent traité en faveur de Sa Majesté le Roi de Sardaigne.

Les alliés étant persuadés que plusieurs Etats et princes de ^Empire, voyant que le Corps, bien loin d'être préjudicié par cette alliance, a tout intérêt de la seconder pour réduire dans les justes bornes la maison d'Autriche, et se maintenir par là dans leurs anciennes franchises et libertés, telles qu'elles leur ont été accordées par la paixde Weslphalie, lesquelles Leursdites Majestés posent aussi pour base du présent traité, viendront se joindre à elles, on a convenu et stipulé de les admettre

et l'on agira de concert pour stipuler et déterminer d'accord les conditions de l'admission.

Sa Majesté Très-Chrétienne promet d'envoyer, au temps qui sera concerté, une armée de quarante mille hommes , savoir : trente-deux mille hommes d'infanterie et huit mille chevaux ; et Sa Majesté le Roi de Sardaigne s'oblige, moyennant les subsides desquels on conviendra ci-après, de contribuer pour la première campagne douze mille hommes ; savoir : dix mille hommes d'infanterie et deux mille de cavalerie ou dragons; s'engageant de plus d'y ajouter encore, à lacampagne suivante, douze autres mille hommes.

Ladite armée sera sous les ordres du Roi de Sardaigne, et Sa Majesté Très-Chrétiejune nommera pour commander les troupes sous les ordres dudit Roi tel maréchal ou maréchaux de France, général ou généraux qu'il lui plaira, qui recevront la parole de S. M. le Roi de Sardaigne et obéiront à ses ordres.

Toutes les conquêtes que les alliés feront dans l'Etat de Milan appartiendront immédiatement à Sa Majesté le Roi de Sardaigne, lequel en prendra possession comme souverain à mesure qu'elles se feront, et sera par conséquent en droit de nommer et mettre dans les lieux, villes et places acquises, les gouverneurs, états-majors, et autres officiers de justice, finances et police que bon lui semblera ; et quant aux garnisons, elles seront mi-parties , et S. M. le Roi de Sardaigne nommera, avec le général commandant les troupes de France, celles que lesdites troupes devront fournir.

Et pour mettre Sa Majesté le Roi de Sardaigne encore plus en état de soutenir la guerre, SaMajesté Très-Chrétienne s'oblige de lui faire payer dès à présent, et avant rechange des ratifications de ce traité^ la somme d'un million de livres de Piémont, et pendant la continuation de la guerre la somme de deux cent mille livres de Piémont, payables de mois en mois à l'avance, et à commencer du jour que se fera l'échange des ratifications.

Les hauts contractants seront obligés de fournir l'artillerie de campagne chacun pour sa quote-part, et à proportion des troupes qu'ils auront à l'armée; et, quant à la grosse artillerie, vu la difficulté qu'il y aurait à lui faire pacser les monts, Sa Majesté le Roi de Sardaigne s'oblige de la fournir par entier, à savoir, les gros canons, affûts, boulets de calibre, mortiers et bombes, et Sa Majesté Très-Chrétienne ne sera point obligée de donner à Sa Majesté le Roi de Sardaigne aucune compensation pour les pièces de gros canons et bombes , la dépense qui en sera faite par S. M. le Roi de Sardaigne lui sera comptée en déduction du contingent pour lequel elle devra concourir dans les frais des sièges, lequel contingent est dès à présent convenu et fixé, savoir, la moitié Sa Majesté Très-Cbrétienne, et l'autre moitié^ Sa Majesté le Roi de Sardaigne.

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