CHAPITRE VIII
Sipédition dtt chevalwr d’Orléans sur les côtes da royaume de Naples — Ses insirucùons — Son arrivée 4 Naples — Conférences avec le dac de Honlemar — Prise de GaSle — L'escadre française rencontre les galères dn Roi — Corieuï incident — Prise de Capoue — Campagne de Sicile — Entrée triomphale et sacre du Roi Don Carlos 4 Païenne,
Depuis le mois de mars, une flottille de huit galères, placée sous les ordres du chevalier d’Orléaus, grand prieur de France, se trouvait dans le port de Marseille. D’après un premier projet an-été entre les coui-s de Madrid et de Versailles, elle devait opérer sa jonction, le 15 avril, aux îles d’Hyères, avec une. escadre espagnole de sept galères, commandée par le chevalier Reggio, et de là se rendre dans l’Adriatique pour tenter quelque entreprise sur Trieste et empêcher l’Empereur de faire passer des secours dans le royaume de Naples. Diverses circonstances retardèrent l’exécution de ce projet. Le rendez-vous fut successivement fixé à Cagliari, puis à Naples, et le
chevalier d’Orléans ne quitta Marseille que le 17 mai. A cette époque, la conquête de Naples iwuvait être considérée comme à peu près terminée ; on craignait d’autre part que l’Angleterre ne fit passer des forces navales dans la Méditerranée; enfin la saison avançait. Ces considérations déterminèrent la cour de France à renoncer au projet de Trieste , et voici comment se terminaient les instructions du chevalier d’Orléans : « fl est h propos que vous n’entre- . preniez rien sur les deux places (Fiume et Trieste).
* Vous bornerez vos oi>érations dans le golfe à celles . qui seront jugées utiles et nécessaires pour achever c et assurer la conquête du royaume de Naples et
< pour empêcher le transport des secours qui pour- « raient être envoyés de l’Istrie impériale en Lom-
< hardie (l). *
Arrivé à Pouzzoles, le 15 juin, le grand prieur partit pour Naples le lendemain, accompagné du chevalier de La Fare et du major de l’escadre. M. de Montemar, qui était revenu de Gaëte tout exprès pour le recevoir, lui prodigua les litres les plus flatteurs, fit placer à sa porte une garde double de la sienne propre, et le général des galères, pour nous servir de l’expression du bailli de l’Aubépin (2), se trouva. pendant son court séjour h Naples, dans une décora-
(1) Instructions pour le sieur chevalier d’Orléans, grand prieur de France, général des galères. Donné à Versailles, le <•' ma. 1731. (Archivet de la Marine. Dossier d’Orléans.)
(2) Relation du bailli de l'Aubépin (Archives de Ut marine, 78).
lion d’Opéra. Le 15, ou sc réunit chez M. de MoutC' inar. Il fut question du projet de Trieste, mais avec assez de réserve de part et d’autre; M. d’Orléans avait ordre de sa cour de ne rien entreprendre sur ce point, et les Espagnols, tout en tenant beaucoup h l’expédition projetée, ne voulaient pas y coopérer, afin de c*onservcr leur marine disponible pour les besoins du siège de Gactc. Le grand prieur offrit alors d’entrer dans le golfe, mais sans s’enfoncer jusqu’à Trieste, et de faciliter p:ir sa présence la chute des places de la Calabre qui tenaient encore pour l’Empereur. Quatre brigantins espagnols l’accompagneraient dans celte expédition.
M. le elie%iiller li JH. le ceinle do MeuropM*
^aple$, le 18 juin t73i.
Par les lellres en duplicata que vous m'avez fait riionueur de m’écrire et qui m'ont été remises par le marquis de Bissy , en conlirmalion de ce que vous m’aviez antérieurement prescrit suivant les intentions de Sa Majesté à l'égard des places de C /strie impériale, je suis, en vertu de cette dernière dépêche, autorisé à refuser la proposition d'exécuter le premier projet au cas qu’elle m'eût été faite. Mais il n'en a point été question, et j'en ai attribué la raisoti au défaut de galiotes à bombes qui n'ont pu être prêtes pour partir de Barcelonne avec le convoi de D. Miguel Reggio, l'ordre de les armer n’étant airivé que la veille de son départ. Votis me marquez que, hors de l'attaque des susdites places, il m'est permis d'entrer dans le golfe et d'y faire (les mots en italiques sont chiffrés dans l'original) tout ce que je jugerai le plus utile au service des deux couronnes et à l’entier accoraplisscmcnt de la
conquête du royaume de Naples. Rien n’est plus étendu et plus flatteur que cette espèce de carte blanche ; mais par la conquête presque entière du royaume de Naples et par le dessein oü est le général espagnol de ne rien entreprendre sur la Sicile, les pouvoirs que vous me donnez me deviennent inutiles, si, par rapport à la situation des alTaires dont je suis obligé de vous rendre compte, vous ne me donnez de nouveaux ordres.
Le lendemain de mon arrivée à Pouzzoles, qui fut le U de ce mois, je fus, avec M. le marquis de Bissy, à une conférence chez M. de Montemar, oh se trouvèrent MM. de Reggio et de Clavijo. Nous expliquant au long sur son système dans le royaume, il nous dit qu'il s’était déterminé à suspendre le siège de Capoue et à n’en faire qu’un blocus, alléguant pour tel effet plusieurs raisons plausibles dont le détail serait trop long, mais principalement la nécessité de s’assurer des frontières avant de songer à l’intérieur ; que, pour cet effet, son objet était de réduire incessamment Gaëte du cété de la Méditerranée, Reggio dans le phare et Pescara dans le golfe; que ces places une fois rendues, alors S. M. catholique, n’ayant plus rien ü craindre dans l’intérieur, serait en état d'aider puissamment l’armée de Lombardie, et, pour le présent, que ce qu’il y avait de plus important et de plus utile pour la sûreté de l’armée de Lombardie, de laquelle dépendait la sûreté de la possession de Naples, était de bouclier entièrement la communication de Fiume et de Trieste avec le Pô et le reste de la mer Adriatique. Ensuite m’adressant la parole: C’est donc à vous, me dit-il. Monsieur le général des galères du Itoi très-chrétien, qui en cette qualité devez disposer de.s mouvements des escadres des deux couronnes, de voir avec M. Reggio ce que vous pouvez faire pour remplir l’inlérél de l'objet commun. M. de Clavijo a ordre de s’en retourner avec dix vaisseaux ; il ne nous en restera plus que quatre dans ce royaume avec nos sept galères, et je pense que
ces forces sont si supérieures à celles de nos enuetnis qu’elles n'ont pas besoin d'étre unies, attendu que j'ai quelque avis d'une ligue qui se trame entre les Lucquois, les Florentins, les Modénais et les Vénitiens pour faire entrer des troupes ennemies pai' la Toscane. Ces avis joints aux besoins du siège do Gaélc m'obligent à garder ici des forces maritimes.
Nous nous séparâmes sur cela et vînmes dîner avec H. de Reggio chez l'ambassadeur de France pour nous y concerter. Tandis que nous examinions 1a navigation du golfe Adriatique, M. de Montemar, qui, par le discours qu’il nous avait fait le matin, m’avait fait voir qu'il disposait à son gré de la marine d'Fspagnc, et que M. de Reggio ne serait à mes ordres qti'autant qu’il plairait au général de terre; M. de Montemar, dis-je, arriva chez M. de Bissy, au moment que M. de Reggio me disait qu’il voyait bien que le sort des convois tomberait sur lui, et que la croisière serait pour nous. Je vis qu'il insistait plus que jamais sur' la nécessité des opérations du golfe; et comme il parlait toujours de Fiume et de Trieste, craignant qu'il ne vînt à parler de bombardement, je jetai à la traverse la proposition de ne pas s’enfoncer dans le golfe, fondée sur les inconvénients que vous m’avez indiqués, mais d’aller tout de suite en Sicile faire un débarquement de deux ou trois mille hommes .seulement avec les troupes de la marine, l’assurant, comme je le pense dans le fond, que le pays étant pour nous, la plupart des places abandonnées et les .\llemands au nombre de quatre mille hommes au plus, rien ne serait plus aisé que d’y causer une révolution subite. M. de Montemar loua cette idée beaucoup plus qu'elle ne méritait, dit qu'il ne doutait pas même qu’elle n’eût un succès avantageux dans le premier moment; mais que si on ne la soutenait |>as , et que si on n’envoyait pas ensuite un plus gi and nombre de troupes, ce serait n'avoir rien fait, et qu’il ne lui était pas possible de se dégarnir de ses
troupes, ayant sur cela des ordres trop positifs. Voyant donc qu'il revenait toujours à la nécessité de boucher l’importante communication de Fiume et de Trieste, je me servis pour ta dernière fois de l'avancement de la saison et de la nécessité de ramener les galères et les vaisseaux dans nos ports à la fin de la belle saison et de nos vivres. J'ajoutai que dans l’envie d'étre utile à Sa Majesté Napolitaine, à laquelle j’avais ordre de m’employer, tout ce que je pouvais faire était d’entrer dans le golfe sans m'enfoncer jusqu'à Trieste, et faciliter les entreprises sur les places de Calabre qui tenaient encore pour les ennemis
Hier, 17 de ce mois, la nouvelle de la prise de Heggio arriva ici. M. le comte de S. Estevan me dit à cette occasion qu’il était persuadé que la réponse du Koi d'Espagne à la nouvelle de la victoire de Bitonto serait l'ordre de marcher en Sicile, ce qui m'a confirmé dans l'idée de partir aussitôt d'ici, et de ne pas passer les confins de la Fouille dans le golfe pour être à portée de tous les objets et de recevoir en même temps votre réponse par le retour du courrier qui me sera adressé en plusieurs endroits de la côte de la Calabre, oii j'assignerai des , rendez-vous convenus entre le général de Montemar, M. de Bissy et moi.
J’ai, par rapport au service, plusieurs détails à vous mander que je remets à une autre occasion. On ne peut rien ajouter à l’attachement avec lequel j’ai l’honneur d’étre, etc.
Le chevalier u'Ukléans.
(Archives de la marine. Dossier cTOrléans, 106.)
Les offres du grand prieur furent agréées par la cour de Naples. On renonça définitivement à l’expédition de Fiume et de Trieste, et l’on convint que les galères de France iraient tenter un coup de main sur
Brindisi, sans pénétrer plus avant dans l'Adriatique. Le 19, l’escadre appareilla, le cap sur le détroit oe Messine. Peu de jours après, M. de Montemar partit pour Gaëte, dont il allait comnrander le siège.
Cette place était investie par le duc de Liria ; il avait avec lui son royal cousin Charles-Edouard , qui venait apprendre dans les rangs espagnols comment on conquiert un royaume. A l’arrivée de M . de Montemar les opérations du siège étaient déjà fort avancées, grâce aux renforts amenés de Barcelonnc parle convoi de M. de Reggio. Elles furent poussées avec une nouvelle activité sous la direction du capitaine-général, et, vers la fin de juillet, on n’attendait que le Roi pour battre en brèche. Le 30, au soir. Sa Majesté, suivie de tous les membres de son conseil et d’une foule de personnes de distinction, s’embarqua à bord de la galère capitane d’Espagne ; deux autres galères, toutes flammes dehors, lui servaient d’escorte. Le lendemain matin, elles jetèrent l’ancre dans le golfe de Gaëte, et le feu s’ouvrit aussitôt sur tous les points. Vingt-cinq pièces de canon et autant de mortiers battaient la ville du côté de la terre, une batterie flottante la canonuait du côté de la mer. Le Roi visita les travaux et fit distribuer deux cents pièces d’or aux hommes de tranchée.
Le feu se poursuivit avec tant de vigueur et de succès que, le 6 août, le comte de Tuttenbach, commandant de la place, s’offrit à capituler. Il demandait passage pour rejoindre l’armée de Lombardie ; mais cette faveur lui fut refusée. La capitulation portait
que la gariiisou serait conduite, avec les houiicurs de la guerre, jusqu’à l’endroit où les Espagnols avaient ouvert la trauebée ; que là , elle SC rendrait prisonnière de guerre et serait désarmée, à la réserve des officiers, auxquels on laisserait leui-s armes et leurs équipages. M. de Tuttenbach obtint seulement, pour lui et son état-major, d’aller passer quelque temps à Rome, sur parole. Plus de six cents hommes de la garnison, qui se composait de dix bataillons, fjasserent dans les rangs de l’armée espagnole. Ou trouva à Gacte cent pièces de canon de difTérents calibres, trente mille bombes, quarante mille boulets et des approvisionnements de toute espèce.
Une partie des troupes et de l’artillerie fut dirigée sur Capoue, qui u’était toujours que bloquée, et le Roi reprit la route de Naples, accompagné du duc de Liria et du prince Cbarles-Edouard. A la hauteur de Pouzzolcs, les galères espagnoles furent rencontrées par l’escadre française, qui , après une croisière insignifiante, se rendait à Gaëtcavec l’espoir d’arriver à temps pour participer aux travaux du siège. On verra, daus la pièce suivante, un curieux récit de cette rencontre et de la scène vraiment comique à laquelle elle donna lieu.
Kxtrait a’uBo reUiii*» au ■allli ée l’Auhéplmti , cht-r d'earaare.
Nous npprimes en arrivant que le Roi de Naples était au siège de ('.acte, qui semblait menacer de faire une bonne défense et de
tcuir encore plusieurs jours. Je proposai à M . le grand prieur de ne pas perdre un moment pour s’y rendre, attendu que les galères d’Espagne qui avaient porté Sa Majesté étaient mouillées le long de la plage ù deux milles de cette ville, et je pris la liberté de lui dire qu’il ne devait pas avoir les bras croisés quand la guerre était près de lui. Comme il ne manque pas de volonté, il m’écouta avec plaisir et manda à M. le duc d’Enville de le venir joindre avec VAtnbitieuse qui était avec lui, et nous nous préparions à partir lorsque le consul envoya un connier de Naples à Pouzzoles pour apprendre à M. le grand prieur qne Gaëte avait capitulé, quoiqu'il n’y eût pas de brèche à la place ni aucun dehors qui fussent pris. Le courrier que M. le grand prieur avait envoyé à M. l’ambassadeur de France pouf l’avertir de l’arrivé® des galères et du dessein où il était d’aller à Gaëte, lai confirma la prise de cette place et lui fit part du retour du Roi à Naples, que les galères devaient porter. Le lendemain les galères partirent pour aller à Naples ; elles mouillèrent en dehors du môle et se préparèrent à aller an-devant du Roi.
Le Roi n’arriva pas ce jour-là, parce qu’il y avait vent contraire ; mais le lendemain, à la pointe du jour, le canon de Bala et celui de Pouzzoles nous annoncèrent Sa Majesté. Comme M. le grand prieur était encore dans son lit, M. de Gardane vint me parler et me demanda si je voulais, pour être plus tôt prét|, qu’on laissât l’ancre et les amarres, ce qu’on appelle passer par l’œil; je répondis que c'était mon avis, mais quecei>endant j’éveillerais le général pour savoir s’il le trouvait bon. Je le fis, et il l’ordonna.
M. le giand prieur avait envoyé le briganlin des Espagnols dont j’ai parlé dans le milieu du canal de Naples, à file de Procida, pour nous avertir par un signal quand il reconnaîtrait les galères où le Roi était embarqué. Un moment après, quand nous eûmes jeté nos ancres et nos amarres, M. de Gardane m’envoyai
dire de la proue que les galères d’Espagne se découvraient, et qu’elles étaient près de nous. Je fis mettre le signal pour nous mettre en bataille et ensuite la sainte-barbe pour saluer. J’étais auprès de M. le grand prieur, qui s'était levé, cl de M. le chevalier d’Albert, qui était volontaire sur la galère. L’ayant conseillé devant moi d’attendre ce brigantin qui venait à nous pour apprendre ce qu’il voulait, je répondis: — Qu’avons-nous à faire de ce brigantin? Nous perdons du temps à l’attendre, et il vaut mieux aller avant. — M. le grand prieur, qui était toujours monté à la grande octave quand il était question de mes décisions, prit ou fit semblant de prendre pour lui ce que j’avais dilà M. le chevalier d’Albert, et se tournant de mon côté il me dit : — Monsieuf , ne vous enrhumez pas à crier; pourquoi sont faits mes ordres? — Je lui répondis : — Monsieur, vous prenez pour vous ce oui est adressé à M. le chevalier d’Albert; je sais garder le respect que je vous dois quand je vous porte la parole. — Et pardi ! me répondit-il, je le crois bien. — Monsieur, lui dis-je, nous sommes donc une fois du même avis ; mais soyez, s’il vous plaît, persuadé que si je m’enrhume, c’est pour le service du Roi et pour votre bien. — Il ne put s’empêcher de se faire violence cl de m’embrasser. Ce que j’avais prévu se trouva si vrai que, quelque diligence que nous pussions faire, nous n’eûmes le temps que de mettre quatre galères en bataille, parce que celles du Roi étaient sur nous, cl après une salve de mousqueterie et de canon, nous nous ouvrîmes pour laisser le passage à Sa Majesté, et nous fûmes reprendre nos Iiostes.
M. le chevalier de Saint-Georges (1), fils du roi d’An-
(4) Charles Edouard portail ce nom ainsi quu son père et son grand père.
gleterrc, itail à Naples; on noos avertit, quoiqu'il y Tût incognito, de suivre M. le grand prieur pour le saluer. Nous trouvâmes un jeune homme de treize ans, pourvu d'un esprit prématuré et d’une politesse achevée. Sa cour était médiocre et convenable à son état. M. le grand prieur lui donna trois jours après un dîner superbe, sans aucune décoration pour les ornements et le canon. Le duc de Liria y était aussi.
{Areh. de la Marine. Dossier d'Orléans, n» 102.)
Des ordres de Versailles rappelèrent en France le chevalier d’Orléans au moment ou l’on s’occupait simultanément du siège de Capoue et de l’expédition de Sicile. On a vu que le plan de M. de Montemar consistait à s’assurer des frontières avant de rien entreprendre contre les places de l’intérieur et les provinces au-delà du Phare. A l’époque du départ des galères de France , toutes les places maritimes se trouvaient au pouvoir des Espagnols; Pescara, Gallipoli et Brindisi s’étaient rendues presque en même temps que Gaëte ; Reggio dès le mois de juin. Le comte de Charny fut chargé de transformer en siège le blocus de Capoue, seul point de quelque importance qui tint encore dans le royaume do Naples ; M. de Montemar se réserva le commandement de l’armée qui devait passer le détroit.
Les abords de la ville de Capoue furent promptement emportés par les Espagnols, mais la citadelle fit une longue défense. Enfin, le 22 novembre, le comte de Traun prit le parti de battre la chamade, à cette
coiidilion loulefots qu'il pourrait envoyer à Rome deux oflicicrs pour s’informer aupr^s de son ambassadeur s’il n’avait pas de secours à espérer a vaut la fin du mois, et s’il n’était question d’aucun armistice entre les puissances belligérantes. En cas de réponse négative sur ces deux points, il devait évacuer la place dans la journée du 5U.
La capitulation lut signée le siniendcmain , 24 novembre.
Artirie* de la eapltulatlon algnée, le 24 aa%cmbre n34, entre Kl. Kxe. le eomte de Charny, Ilenlenant-Kénéral deaarméeii de N. M. CathallAne, et S. Kxe. le eemte de Trann, (én^ral ranmandanl lea tmnren de H. M. Im^rlale.
Accordé, à la réserve que pendant un an, à compter du jour de l’évacualioti de la place, elle ne portera tes armes ni contre nous, ni contre nos alliés ; ni ne pourra être mise en garnison dans une place frontière, tant des uns que des autres; que M. le comte de Chamy fera marcher les troupes en tel nombre et jour quille jugera convenable pour leur plus grande commodité ainsi que pour celle du pays.
Accordé, quant aux six cha-
1“ La garnison de Capoue, consistant en dix bataillons et dix compagnies de grenadier, etc., pourra sortir avec tous les honneurs de la guerre, les armes chargées , trente coups de réserve, enseignes déployées, tambour battant, sans que de la part de rcnnenii on puisse, sous quelque prétexte que ce puisse être, entrer dans les angset files, sansluicau.ser le moindre trouble, et sans que personne puisse être arrêté à cause de dettes particulières, a*» 11 sera permis à la gai ni-
riots couverts et à ce qui regarde les malades; quant à l'artillerie, on accorde, par une grâce spéciale, deux petites pièces de canon.
La garnison pourra se rendre à Manfredonin, port de la mer Adriatique, pour y être embarquée et transportée à Fiume ou à Trieste ; on lui fournira le painde tnunilionel te couvert ordinaire, de même que tes vivres et les voilures, en payant tout sur le pied établi ; on désignera des officiers et des troupes pour empêcher
son de prendre avec elle huit pièces de canon, six de campagne et deux coulevrincs de 1 8 pieds, mesure d’Allemagne, et cinquante coups de réserve , leurs servants et huit chariots pour le service de cette artillerie; outre cela, six chariots couverts qui ne pourront être visités sous quelque prétexte que ce puisse être. Les malades qui ne seront pas en étal de sortir avec la garnison , pourront rester dans les hôpitaux jusqu’à ce qu’ils soient guéris; pour lors, ils recevront leurs passeports pour se rendre à leurs corps, et on leur donnera toute assistance tant pendant qu’ils seront ici que dans leur marche.
3» La garnison sera conduite et escortée, en marche réglée, par la voie la plus droite et la plus commode, jusqu’à la frontière de l’État-Ecclésiastiquc; on lui fournira les étapes ordinaires, des voilures et chevaux suffisants, tant pour le transport de rarlillerie que des bagages ; l'ennemi nommera une personne d’autorité, non-
les désordres. On fournira des bâlimenls de transport pour tes troupes et les chevaux, de même que tout ce qui sera nécessaire à celte fin, et le tout sepaiera comme lepaieS. M.
Cath. elle-même, sans qu'on y mette aueune différence.
Refusé en conséquence du 3® article.
On fournira à bon compte le pain, les fourrages, les dépenses de l'embarquement et les provisions nécessaires de vingt Jours pour le voyage de mer, et en argent comptant 35,000 ducats.
Accordé, qu’on puisse envoyer deux officiers à Rome pour apprendre s'il y a un ar-
sculcincnt pour régler et faire fournir le nécessaire, mais aussi pour empêcher le trouble que les militaires ou les gens de la campagne pourraient causer à nos troupes. De notre côté on observera la discipline la plus exacte, et, s’il survient quelque difficulté, les officiers des deux armées s’assembleront pour empêcher tout désordre.
40 Si la garnison, à son arrivée sur les terres de l’Église, n’y trouve pas les voitures et les chevaux nécessaires pour le transport mentionné, il lui sera permis de se sen ir de ceux du Royaume jusqu’à ce qu’elle en ait trouvé d’autres dans les États du Pape.
5° La garnison se trouvant dénuée d’argent, elle supplie l’ennemi de lui prêter 35,000 ducats de Naples , en donnant , de son côté, toutes les cautions accoutumées en pareilles occasions, et promettant de les rembourser avec exactitude.
6° Les articles étant ratifiés de part et d'autre ne seront mis en exécution qu’après le
mislice ou bien un secours à attendre, et l'on donne six jours de temps pour prendre les informations, et tout le mois de novembre pour la consignation , ce qui est ainsi à entendre, que si le 30 de ce mois de novembre le secours n'arrive pas ou les ordres réciproques pour une suspension d'armes, laplace sera remise, et l'on donnera de part et d'autre des otages.
Refusé par l'article 3.
On accorde à la ville tous ses privilèges, et, pour ce qui regarde les particuliers, ils seront compris dans les articles publiés du pardon général. Cet article sera plus amplement appliqué, et fon donfiera une liste des individus qui doivent y être compris.
Refusé.
retour des deux officiers <|u’on enverra à Rome. ' 1 «'
7® On demande des assurances que les troupes de France ou de Savoie n'apporteront aucun empêchement à la marche de la garnison en Lombardie.
8° Que les habitants de Capoue soient maintenus dans leurs privilèges ; qu’on ne leur impute rien et qu’ils ne soient molestés pour rien de ce qn’ils ont pu faire pour notre service jusqu'au jour de l’évacuation de la place, et qu’on fasse grâce à ceux qui sont en prison oudéjà condamnés sous ce prétexte.
9® L’ennemi se chargera des dettes que nous avons faites pour les fortifications.
L’ermmi paiera au public et aux parliculiert tout ce qui se trouvera leur être dâ, sans que cependant les troupes puissent être arrêtées pour les dettes dont il est fait ici mention; il les acquittera du reste dam le temps qu’il satisfera aux autres.
RefUsé.
Accordé pour trois mois.
Accordé.
Artleleii
On lui donnera pour sa sûreté utie escorte de vaisseaux
Ht® Au contraire, nous paierons les dettes contractées pendant le blocus pour rentretien des troupes, soit en argent, soit en provisions de bouche, comme les cautions en font foi.
Les soldats et officiers appartenant aux bataillons de la garnison qui ont été faits prisonniers dans les châteaux du Royaume ou autres endroits, jouiront de cette capitulation et seront remis en liberté.
12® Les ingénieurs et autres gens de l’artillerie, originaires du Royaume, qui voudront s’y arrêter quelque temps, en obtiendront la permission s’ils la demandent.
<3® Enfin, l'on exécutera de part et d’autre tous les articles avec exactitude, sans fraude ni tromperie, et comme cela se pratique religieusement en semblable conjoncture.
■é^ré*.
t® L’article 3 ayant été refusé, et la garnison devant éti'e
Accordé.
de guerre espagnols jusqu’à embarquée , on demande une Ftume ou Trieste comme on le escorte de vaisseaux de guerre denmnde dans Varticle. et des assurances contre toutes
sortes de corsaires, espagnols, français ou piémonlais.
Accordé. 2 o Quand on sera convenu
des deux côtés des articles de la capitulation, on se donnera de part et d’autre des otages qui se tiendront, autant qu’il sera possible, entièrement réservés, tant dans leur conduite que dans leurs discours. Ceux de l’ennemi ne pourront entrer dans les fortiücations de la place, dans les magasins, ni casernes; de môme que les nôtres ne s’ingéreront pas dans les affaires de l’ennemi et n’auront pas la curiosité de vouloir savoir leurs forces et leurs quartiers. On défendra aussi de notre côté qu’aucun de la garnison ne passe au-delà des postes avancés sans un passeport du général commandant.
L’ennemi fera de son côté la même défense, afin qu’il n’y ait point de communication.
Accordé , à condition qu’il 3<> Quand les officiers qu’on 'épendra de M. le comte de envoie à Rome seront de retour
Accordé , à condition qu’il dépendra de M. le comte de
Chamy de garnir le chemin avec la nouvelle que la place
couvtrl d'oulotil de monde qu’il le jugera convenable, comme il dispose actuellement qu'il soit garni de six cents hommes.
Les treize articles de cette capitulation pour la reddition de la forteresse de Capoue, et les trois articles séparés, avec les annotations marginales, sont les mêmes dont je suis convenu et tombé d’accord avec M . le comte de T raun , général commandant de la place sus-mentionnée pour la consignaliou id’icelle. En foi de quoi je confirme la présente capitulation.
Ha camp du blocus de Capoue, le î4 ■orenbre 1734.
Emmanuel, comte de Charny .
ne \ieut être secourue pour le 30 du courant, et qu’on ne peut non plus avoir connaissance d’une suspension d’armes ou d’un traité de paix, les ennemis pourront occuper les dehors de la place, c’est-à-dire les cinq flèches et le chemin couvert, et le garnir comme il l’est actuellement, avec cette circonstance qu’ils pourront de plus établir une garde à la porte de Naples, nous réservant cependant la liberté de l’ouvrir ou de la fermer selon notre bon plaisir, d’y faire entrer ou d’en laisser sortir toutes les personnes qui n’en sont pas empêchées par le blocus. Quant aux ouvrages intérieurs de la forteresse, forts, bastions, ravelines, nous les occuperons jusqu’à la dernière évacuation de la place, qui se fera dans tout le 30 du courant de l’année présente.
Fail i Capoue, le Î4 novembre I73i.
Le général commandant les
troupes de S. M. impériale.
Comte de Traun.
Les ofiiciei‘8 envoyés ù Rome, auprès du cardinal Cienfuegos, ambassadeur d’Autriche, revinrent sans réponse satisfaisante. Aucun secours n’était annoncé et l’on ne parlait pas de suspension d’armes. En conséquence, la capitulation fut exécutée le jour dit, et la garnison, forte de quatre mille six cents hommes, dirigée sur Manfredonia , d’où on la conduisit ù Trieste.
A Naples, tout est sujet de fêtes. Lu reddition de Capoue fut célébrée avec autant d’enthousiasme que l’avaient été l’entrée de D. Carlos dans la capitale, la cérémonie du couronnement et la victoire de Bitonto ; les Te Deum, les feux de joie , les illumina^ lions, les réjouissances de tous genres ne disconti^ Huèrent pas pendant plusieurs jours. Deux nuits durant, Naples fut illuminée à giorno. Le mois suivant, Tenthousiasme reprit son cours loi-squ’on vit arriver deux députés de la ville de Palerme qui veiraieut prêter serment de fidélité au nouveau Roi. La prestation de l’hommage se fit en grande cérémonie, le 5 décembre.
Ceci nous amène à parler de l’expédition de Sicile qui niarehait à grands pas au moment de la chute de Capoue. Nous esquisserons rapidement cette guerre de sièges , dont les circonstances ne présentent que peu d’intérét.
Les troupes espagnoles destinées à agir au delà du détroit s’étaient embarquées à Naples, du 21 au 2i août précédent. Elles se composaient de dix-huit mille hommes d’infanterie et de deux nulle chevaux.
Arrivés en vue du Phare, la flotte se sépara ■ Une partie des troupes , commandée par le comte de Marsillac, prit la route de Messine et débarqua à la tour del Faro ( 1 ) , dont la garnison se replia sur Messine; l’autre , sous le commandement de M. Montemar, longea la côte septentrionale de l’ile, passant au lai^e de Milazzo, de Sant-Âgata , de Cefalù, de Termini, et prit terre entre cette dernière ville et Palerme, à Solanto.
Placée au pied du mont Pellegrino , au fond d'une baie délicieuse où viennent nflluer plusieurs rivières, exposée au vent du nord qui tempère son climat brûlant, Palerme était alors ce qu’elle est encore aujourd’hui, un séjour enchanteur, une oasis au milieu des plaines brûlées de la Sicile. Une multitude de sources vives arrosent ses jardins d’orangers et y entretiennent une fraîcheur et une végétation merveilleuses. Ses palais somptueux, aux murs incrustés de mosaïques , ses larges rues qui aboutissent presque toutes à la mer, se terminant par de grandes arcades en marbre blanc, lui donnent un aspect oriental qu’on ne trouve ni à Naples, ni à Messine. En revanche , Palerme était une détestable place de guerre. Cette ville, d’une lieue et demie de circonférence , était à peine défendue par une muraille en mauvais état, droite, sans angles saillants ni rentrants, sans aucune défense et aucun couvert. Le château, situé sur le
(t) Lm tour del Furo sc trouve a l'entrée du détroit de Me^ine et 0 l'endroit où il est le plus étroit. Cette tour sert de fanal.
bord de la mer, avait scs boulevards occupés par la célèbre promenade do la Marine et les jardins du vice-roi ; de sorte que l’ennemi, en arrivant, pouvait se loger sous les bastions. L’oflicicr intpérial qui y commandait n’essaya donc aucune résistance , jeta quelques centaines d’hommes dans le fort de Castel a mare et alla s’enfermer è Trapani.
Quant à M. de Monternar, il effectua tranquillement son débarquement, aux acclamations de toute la |)opulation, qui paraissait généralement hostile au gouvernement autrichien. « Le 30 du mois dernier , « écrivait-on de Palerme le 4 septembre , les troupes
< espagnoles qui étaient arrivées la veille à la rade « de Solanto, achevèrent de débarquer, et le duc de
< Bitontoen fait la revue. Le même jour, le Sénat, à ( la tête duquel étaient le prince de Palagonia et le fils
< aîné du prêteur du royaume, se rendit au camp des « Espagnols pour prêter serment de fidélité au Roi « de Naples, et il fut suivi par un concours extraor-
< dinairc de la noblesse et du peuple, qui marquaient • la joie qu’ils avaient de passer sous la domination « de Sa Majesté. Le lendemain, le duc de Bitonto, « après avoir donné l’ordre de débarquer l’artillerie
< pour attaquer le chateau de Castel a mare , où il y
< avait trois cents Impériaux, se mit eu marche avec « le corps de troupes qu’il commande, et il alla canic per à Malaspina , où il reçut , au nom du Roi , « l’hommage de [^usieurs barons et d’un grand nombre « de gentilshommes qui n’avaient pu se trouver au <t lieu du débarquement. Le Sénat ayant envoyé, le
« 2 (le ce mois , une députation au duc de Bitonto « pour l’informer que tout était prêt pour sa récep-
< tiou dans cette ville , le général , accompagné de
< tous les généraux et de la plupart des officiers de « l’armée, alla à cheval, de la maison du duc d’Es- « perlinga, où il était logé , au couvent de Sainte-
< Thérèse, où le Sénat et la noblesse l’attendaient ; € et étant monté avec le prince de Butera, premier « baron du royaume, dans le carrosse du Sénat, (pii c était précédé par la compagnie des hallebardiers,
< il fit son entrée dans la ville par la Porte Neuve. « Après avoir traversé la place du Cassaro, qui était « ornée magnifiquement, et dans laquelle , ainsi que « dans toutes les rues par où il passa, les troupes c étaient rangées en haie et sous les armes, il se ren- « dit en l’église cathédrale, à la porte de laquelle il fut
< reçu par l’archevêque et par le chapitre, et il as- « sista au Te Deum. Le Roi fut ensuite proclamé, et
< le duc de Bitonto ayant juré que les privilèges de « la ville lui seraient conservés sous le nouveau gou-
< vernement, il fut conduit au palais par le Sé-
< nat (1). » Avant la fin de septembre, le fort de Castel a mare était occupé par les Espagnols , ainsi que tous les points importants de la côte nord depuis Milazzo jusqu’à Trapani.
Messine, Syracuse et Trapani capitulèrent successivement , après une résistance honoi-able.
Ces trois places tenaient encore lorsque M. de
(1) Gaielle de France, n* du î octobre (734.
Montcmar fut rappelé et remplacé par le mai'quis de Grazia Réale. Arrivé à Naples dans les premiers jours de décembre, il en repartit au commencement du mois suivant à la tète d’un premier corps de quinze mille hommes que le Roi envoyait en Lombardie pour renforcer les armées combinées de France et de Sardaigne. Le 5 janvier, D. Carlos quitta la capitale, se rendant en Sicile par la voie de terre.
Le voyage devait durer quarante jours. Ce fut une ovation continuelle. Les populations de la Principauté Ultérieure, de la Rasilicate et des deux Calabres le portèrent en triomphe jusqu’à Palmi, où il s’embarqua le 9 février. Des canots innombrables, richement pavoisés et ornés de symboles allégoriques, réunis par les soins du prince Ruffo, se groupèrent autour du vaisseau royal et l’escortèrent jusqu’à Messine. Cinq gondoles privilégiées portaient les plus belles femmes de cette ville, € où les femmes sont généralement fort belles, » dit l’historien Coletta. Ce fut au milieu de ce cortège que le Roi entra dans le port de la seconde capitale de l’Ile, car Messine n’a jamais reconnu la suprématie de sa rivale.
Deux mois après, il fit son entrée triomphale à Palerme avec une pompe qui embarrasse la plume de l’bislorien. Laissons parler les récits du temps.
■dation do l’entrée trioniplialc et dn oncre de S. M. le moi
don Carloa, Infant d'Eapacne, Mol de Kaplea et do Mlellc,
à ralonne, lea 30 Jnin et 3 Juillet I73fi.
Le Koi des Deux-Siciles s’est arrêté à Messine jusqu'au < 6 de mai. Il s’embarqua ce jour-là sur la galère capilane, et arriva à Palerme le 1 8 au matin ; mais comme les préparatifs pour sa réception n’étaient pas encore achevés , il dîna sur la galère qu’il montait, et, étant débarqué dans l’après-midi, il entra en carrosse dans 1a ville, oh il fut reçu par tes magistrats au bruit de plusieurs salves de canon et de mousqueterie, et des acclamations réitérées du peuple.
I,e 30 juin, jour destiné pour l'entrée publique, toutes les personnes qui devaient s’y trouver ayant été averties par ü. GinseppePapc, princede Valdina, protonotaire du Royaume, s'assemblèrent de bonne heure à l’esplanade de Saint-Erasme, entre les murs de la ville et la mer, où le régiment des gardes italiennes de D. Fr. Carafa, prince de Colobrano, était rangé en ordre de bataille. Le Roi, accompagné des seigneurs de sa cour, s’étant rendu au même lieu, entra sous une magnifique tente qu'on lui avait préparée ; les régiments des gardes espagnoles et wallones en occupèrent les environs, et D. Francesco Pimentel, duc d’Ariola, premier gentilhomme de la Chambrede sa Majesté, lui présenta D. Michèle Branciforte, prince de Butera, premier baron du royaume. Le Roi, qui était sous un dais, le reçut debout et couvert ; le prince de Butera, à genoux, complimenta S. M. au nom de la noblesse et lui témoigna en peu de mots la joie que les Siciliens avaient d’étre sous sa domination. Le Roi lui répondit en termes obligeants. Le prince D. Bartolomeo Corsini , grand écuyer, présenta l’étendard royal à S. M. qui le donna au princede Butera -, le marquis Xavier Gravina, adju-
dant du Roi, donna en même temps un signal auquel l'artillerie des remparts de la ville et du château répondit par une salve générale, et la marche commença dans l'ordre suivant :
Le régiment d’infanterie des gardes italiennes, les valets de pied du Roi , les pages à cheval, ayant le duc de Quiras, leur gouverneur, en tête; D. Bemardo Gravina, prince de Hammacea, grand justicier de la ville, précédé de ses hallebardiers et accompagné d'un des juges de sa cour; les députés du royaume avec leurs massiers, et les trois gouverneurs du ban de la ville; les barons et la principale noblesse deux à deux; les tambours, trompettes et hautbois du Sénat et ceux du tribunal du domaine ; les rationaux et le procureur Gscal du même tribunal ; les procureurs fiscaux de la grande cour ; l’officier de la chambre de la Reine; les secrétaires du Royaume et le secrétaire et maître-notaire du tribunal du domaine; le chef ou premier président de la grande cour, avec la baguette à la main ; les évêques, abbés et autres prélats ayant séance aux Etats, d’un côté et del'autrc côté, pareillement deuxà deux; les ministres du conseil sacré, tous à cheval ; les massiers du Sénat; D. André Riggio, prince de la Catena, grand trésorier; la compagnie des hallebardicrs de la garde, commandée par D. Mariano Naselli; un détachement des gardes du corps; les majordomes ; D. Joseph Bezza, 1®^ aumônier; les gentilshommes de la chambre, tant d’entrée que d’exercice et les adjudants du Roi, tous deux à deux ; le prince de Butera, portant l’étendard royal, marchait devant le Roi, qui était à cheval sous un dais porté par les sénateurs delà ville qui étaient couverts, comme représentant le sénat des grands d’Espagne, et avaient à côté d'eux les officiers nobles de la ville.
Don Ignace Lanza , prince de Trabbia , second baron du Royaume, était la tête nue, à la droite du Roi, et François Bonanno, prince de la Cattolica, préteur delà ville, était â la
yaiicliu, niais couverl ; le duc de Castellucio, dépositaire des douanes royales, marchait découvert derrière le préteur de la ville, et les écuyers de campagne étaient à la tête du cheval du Roi.
Le prince Corsini à cheval, et (Kirtant l’épée du Roi hors du fourreau, était à la droite de S. M., et sur la même ligne hors du dais. Le Roi était suivi de D. Lelio Carafa, marquis d’Arienzo, capitaine de ses gardes, lequel marchait entre le comte de San Estevan, majordome-major, et le duc d'Ariola. La marche était fermée par la compagnie des gardes du corps et par les carrosses du Roi, de l'archevêque de Palerme, des évêques, du premier et du second baron du royaume et des principaux sénateurs.
En arrivant à la porte des Grecs, hors de laquelle on avait élevé un arc de triomphe, le Roi y trouva l’archevêque, qui était sorti de la ville avec le clergé séculier et régulier; il descendit de cheval, et s'étant mis à genoux il baisa la croix que l’archevêque lui présenta; il remonta ensuite à cheval. L’archevêque prit son rang entre les prélats, et la cavalcade continua sa marche hors de la ville, jusqu’à la porte Felice, c’est-à-dire heureuse.
Le préteur sortit en cet endroit de dessous le dais, et s’étant mis à genoux il présenta au Roi les clefs de la ville, où l’on entra aussitôt après au bruit de l’artillerie, et le Roi fut conduit à l’église métropolitaine par la grande rue de Ca.ssaro, qui était ornée de tapisseries et d’arcs de triomphe et bordée de la bourgeoisie sous les armes, sans autres troupes, S. M. ayant bien voulu honorer la ville de Palerme de cette marque de confiance. ‘ Le prince de Butera criait de temps en temps : La Sicile, la Sicile, la Sicile, pour le Boi Charles, infant d’Espagne ! Le pi ince de la Trabbia lui répondait : Qu’il vive, qu'il vive
harles, infant d’Espagne !cc qui était toujours suivi des accla-
mations du {leuple auquel le trésorier général jetait des espèces marquées au coin du Roi.
L'archevêque, revêtu de ses ornements pontificaux et étant à la tête du chapitre, reçut le Roi à la porte de l’Église métropolitaine, lui présenta l'eau bénite, et ayant entonné au même moment le Te Beum, le conduisit au grand autel, .’i côté duquel on avait préparé un trône pour S. M., qui s'y assit, ayant à ses pieds le prince de Rutera avec l’étendard, et le prince Corsini avec l’épée, et derrière elle le comte de San-Estevan et le marquis d’.\rienzo.
Après le Te Detm et les autres prières, le Roi, ayant reçu la bénédiction de l'archevêque, se couvrit ; les grands d'Espagne, la tête couverte, et les autres seigneurs prirent leur place autour du trône, et le protonotaire du Royaume lut la formule du serment de fidélité et de l’hommage qu'ils vinrent prêter successivement à genoux et en mettant les mains sur le Missel, qu'ils baisèrent ensuite avec la croix, d'abord les évêques, après eux les barons, et, en dernier lieu, le préteur du royaume et les procureurs des autres villes.
Le Roi se leva, ensuite se découvrit, et, tenant la main nue sur l’Evangile, jura de ne donner aucune atteinte aux Constitutions de l'Etat et aux droits de la nation, suivant la formule que le protonotaire, ayant un genou en terre, lut par son ordre. S. M. baisa une croix que le premier aumônier avait posée avec un Missel sur son prie-Dieu, et le prêteur de Palerme s'étant mis genoux et ayant prié le Roi de vouloir bien jurer aussi de conserver les privilèges de cette ville, S. M. lui accorda celle grâce, après s'être couverte, en mettant la main gantée sur le livre des privilèges. Le Roi descendit ensuite du trône, salua le grand autel, et, après avoir fait sa prière devant les reliques de sainte Rosalie, vierge native de Palerme, qui l’a choisie pour sa patronne, il re-
lourna au palais avec le même cortège qui l’avait accompagné à son entrée. S. M., s’étant rendue dans la cliambre de parade, s’assit sur son trône et elle reçut l’étendard royal des mains du prince de Butera, à qui elle eut la bonté de le rendre. Il y eut le même soir et les trois jours suivanLs des Teux et des illuminations dans toute la ville, dont lus habitants donnèrent les plus grandes marques de joie.
Le dimanche suivant, 3 juillet, le Roi se rendit avec un grand cortège à i’Eglise métropolitaine; la compagnie des hallcbardicrs de la garde ouvrait la marche, et elle était suivie de quelques carrosses du Roi à six chevaux, dans l’un desquels le prince de Butera, dont on a parlé, et D. Vincent Filangieri, comte de St-Marc, gentilhomme.de la chambre, portaient, le premier, la couronne avec le sceptre, et le second, l’épée royale. D. José Miranda , premier écuyer et les plus anciens gentilshommes de la cliambre en exercice, étaient en d’autres carrosses, après lesquels paraissait le carrosse de respect à huit chevaux. La noblesse et les ofQciers de la cour marchaient ensuite à cheval et sans ordre ; un détachement des gardes du corps précédait immédiatement le carrosse où était S. M. avec le comte de San-Estevan, le prince Corsini, le marquis d’Arienzo et le duc d’Arion ; les pages à pied environnaient le carrosse ; quatre écuyers de campagne marchaient à côté des chevaux ; les ofliciers des gardes du corps étaient aux portières, et le reste de la compagnie des gardes à la suite.
L’Eglise métropolitaine était magnifiquement ornée, et l’on y avait placé les portraits des dix-huit Rois qui y avaient été couronnés en difTérents temps. Les deux seigneurs qui étaient chargés des ornements royaux, y étant arrivés, les remirent entre les mains de rarebevêque; la couronne était composée de six branches, surmontées par un globe, en haut
duquel était une crois, et elle était ornée de 361 diamants, dont un, placé vers le milieu de ia branche qui était sur le devant de la tête, pesait cent soixante-huit grains. On assure que le prix de cette couronne montait à douze cent mille pièces, qui font environ 6,000,000 fr. de notre monnaie.
Avant que d’entrer dans le chœur de l'Eglise, le Roi se rendit dans une chambre qu'on lui avait préparée, et les gentilshommes de la chambre le revêtirent des babils propres h la cérémonie. Le Roi, sans chapeau et sans épée, alla par le mi. lieu de la nef; les évéques de Calane et de Syracuse le reçurent h la porte du chœur, et après l’avoir salué par une inclination, ils le conduisirent au grand autel, où l'nrchevéque commença aussitôt les cérémonies et les prières qui devaient précéder l’onction suivant le pontifical romain , auquel on se conforma exactement.
Les prières étant terminées, le duc d’Ariola découvrit le bras droit du Roi et le milieu de ses épaules, et l’archevêque ayant fait les onctions accoutumées avec le saint-chrême retourna à l’autel et commença la messe solennelle; l'aumOnicr du Roi commença en même temps une messe basse; S. M., en ayant entendu le commencement, retourna à la Chambre où elle avait été d’abord, y fut revêtue du manteau royal, et, étant rentrée dans le cbœur, entendit la suite de la messe de son aumônier depuis V Introït jusqu’au Graduet.
Le Roi étant descendu alors de son trône, alla, au milieu des évêques de Gatanc et de Syracuse , se mettre à genoux devant l’archevêque, qui lui mit dans la main une épée nue, la reprit pour la mettre dans le fourreau et la lui ceignit au côté ; le Roi se leva, et l’ayant tirée la tint haute pendant un moment , pui.s S. M. l’essuya sur ses bras et la remit dans le fourreau. Le Roi s’étant remis à genoux, l’archevêque lui mit la couronne sur la tête et lui présenta le sceptre ; au même moment les gardes
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italiennes, qui étaient sous les armes dans le parvis de l'église et sur la place devant le palais, firent une décharge de mousqueterie qui fut le signal d'une salve générale de l’artillerie de la ville, du château et des galères.
Le prince Corsini prit alors l’épée du Roi pour la porter devant lui pendant toute la cérémonie ; l’archevêque se mit à la droite du Roi , l'évéque de Catane à sa gauche , et les deux prélats conduisirent S. M., dont le manteau était toujours soutenu par le comte de S. Estevan et le duc d’Arion, jusqu'au trône, où ils l'introduisirent avec les prières accoutumées qui furent suivies du Te Denm, pendant lequel le Roi fut toujours debout.
Les deux prélats étant retournés à l’autel, on continua la messe ; à l'Offertoire , le Roi descendit du trône avec la couronne et le sceptre , il se mit à genoux devant l'archevêque, lui présenta trois cents pièces d’or frappées à son coin, et retourna au trône.
Lorsqu’on fut près de la Consécration, le duc d’Arion monta au trône, prit la couronne et le sceptre, les posa sur un bassin porté par un officier de la Chambre et les remit au prince de Butera; le duc d’Arion alla ensuite reprendre son rang, et le prince de Butera se plaça un genou à terre à côté du prince Corsini. On fit, à l’élévation, une seconde décharge de mousqueterie et d’artillerie. A l’Aÿmw Dei, l’évêque de Catane vint présenter le pain au Roi, et , un moment après, S. M., dont le manteau était soutenu par Don Louis , comte de Vintimille, et Don Ipacio Gravina, marquis de Francofonte, alla à l’autel ; le prince de Butera suivit le Roi, qui reçut la communion des mains de l’archevêque, le comte de S. Estevan et le duc d’Arion tenant la nappe. L’archevêque donna au Roi de l'eau et du vin dans le même calice qui avait servi à la consécration, cl S. M., s’étant essuyé les lèvres avec la serviette qui lui fut présentée
par le duc de Montalbano, remonta sur son trône, où le duc d’Arion lui remit la couronne sur la tête et lui rendit le sceptre.
11 y eut une troisième salve de mousqueterie et d’artillerie lorsque l'archevêque donna la bénédiction ; ce prélat descendit de l’autel et salua le Roi, qui était aussi descendu du trône, et qui retourna au palais avec les ornements royaux et le même cortège.