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d'entrer dans le déUiii des événements qui vont se succéder pendant la campagne de 1755.
On aperçoit déjà les diffîcultés sans nombre qui attendaient M. le maréchal de Noailles, lorsqu’il vint prendre , au mois de mars , le commandement de l’armée française de Lombardie, en remplacement de M. de Coigny qui passait à l’année d’Allemagne. Son premier soin fut de s’aboucher avec le Roi de Sardaigne et d’écrire à M. de Montemar pour lui demanper un rendez-vous.
Les deux généraux se reneontrèrent à Parme, le Il avril.
M. le maréchal do Haallloa h S. M. le Bol do Sardalfao.
Parme, le 14 avril 1730.
Je me rendis ici avant-hier, comme j'avais eu l’honneur de mander à Votre Majesté que je le devais faire; j'y trouvai M. de Montemar arrivé avant moi; nous travaillâmes ensemble dès le soir même pendant plus de cinq heures; nous employâmes hier une grande partie de la journée en conférences et à discuter tous les points qui concernent l’ouverture et la suite de celte campagne.
Comme il m’a demandé de lui mettre par écrit et en substance quels étaient les projets de Votre Majesté pour le début de cette campagne, j’ai cru ne pouvoir me dispenser de le satisfaire; il m’a promis de mettre ses réfiexioiis à côté de cliaciue article et de me les envoyer par un courrier ; en attendant, je joins ici la copie du mémoire que je lui ai remis. .le .souhaite inliiiimcnt qu’il soit approuvé de Votre Majesté. J'ai tâché de me confor-
mer aux vues qu’elle a bien voulu me communiquer el à ce que je crois du bien de son service et de l’intérêt de ses alliés. Si j’ai manqué en quelque chose, je la conjure d’excuser mes fautes en faveur de mes bonnes intentions.
Je dois présentement rendre compte à Voire Majesté de ce qui s’est passé dans nos conversations et des dispositions que j’ai cru reconnaître dans M. de Montemar.
A, l'égard des dispositions, il m’a paru qu’elles ne pouvaient être meilleures ni plus favorables; il m’a montré une grande envie d’agir, de faire parler de lui, et soutenir l'bonneur et la réputation des troupes d’Espagne. Je crois que Votre Majesté n’aura rien à désirer là-dessus. J’ai cru apercevoir en même temps qu’il ne consentirait pas volontiers à reposer ses troupes et qu’il serait toujours bien aise d être chargé d’opérations particulières qui puissent rouler sur son compte; sur quoi il ne sera pas difficile de le satisfaire, si Votre Majesté le veut, sans intéresser le bien du service. Je lui rendrai en même temps la justice de dire à Votre Majesté qu’il m’a témoigné pour elle tous les sentiments qu'il doit. Je crois pouvoir répondre qu’ils sont sincères, et qu’en se conduisant d’une certaine façon on en tirera un très-bon parti, et que Votre Majesté pourra l’employer utilement avec son corps en suivant même le plan et les idées qu’il a pu se former.
iNous sommes convenus, M. de Montemar et moi, qu’il
ne restait d’autre parti à prendre que celui de disposer ses troupes sur la frontière de Toscane de manière à pouvoir marcher et à se porter au premier ordre de Votre Majesté sur le l’anaro; il m’a même promis qu'à la première nouvelle qu’il ;ipprendi ail des ennemis, il s’avancerait de ce côté sans attendre qu’il en fût requis. 11 a déjà placé 3C compagnies de grenadiers qui sont aux derniers villages de la Toscane sur la frontière du Bolonais et à portée de se rendre en deux ou trois jours aux
environs de Modèue; il compte faire avancer dans ces mêmes lieux ou dans le voisinage un gros détachemeul de cavalerie qui formerait, avec ces grenadiers, une tête considérable avec laquelle il s'avancerait et qui serait suivie du reste de ses troupes.
Voilà, Sire, en substance, à quoi se réduisent les différents entretiens que j’ai eus avec M. de Montemar. 11 m'a chargé, au surplus, d’assurer Votre Majesté qu’il serait prêt à marcher dès qu’elle le lui ordonnerait, et que je n’avais qu’à l’avertir quelques jours à l’avance , et que le jour marqué Votre Majesté |K)urrait compter qu’il se mettrait en mouvement. Je ne dois oublier à dire encore à Votre Majesté deux raisons principales pour lesquelles M. de Montemar insiste pour agir avec son corps du côté du Bolonais et du Ferrarais. La première est tirée de scs subsistances qui se trouvent arrangées de ce côté pour le commencement de la campagne, parce qu'il m'a dit qu'il avait pris ses mesures pour en faire passer par Gènes à Plaisance, mais que ce ne pouvait être que vers le milieu de la campagne.
La seconde roule sur l’obligation où il est de couvrir ce pays, par lequel les ennemis pourraient passer pour aller dans le royaume de Naples. J’avouerai à Votre Majesté que cette seconde raison ne m’j^ pas paru d’une grande force ; mais comme la première n'a pas de réplique, je n’ai point jugé qu'il fallait insister ni agiter celle-ci. Ainsi, je lui ai dit qu'à moins d'une occasion importante et décisive. Votre Majesté se ferait un plaisir de lui councr toutes les opérations et la diversion qu’elle se. proposait de faire en deçà du Pô. Il m’a paru qu’il serait sensible à cette attention de la part de Votre Majesté. J’ai cru suivre en cela ses intentions et ce qui m’a paru du bien de son service.
P. S. Je supplie Votre Majesté de me permettre d’ajouter ici, l’ayant omis dans la lettre que j’ai eu l’honneur de lui écrire, dont
je lui dcmaDdu irès-liumblctuent pardon, quel est le motif qui m’a déterminé à mettre dans le mémoire que j’ai remis à M. de Montemar l’article concernant l’artillerie qui serait nécessaire pour le siège de Mantoue, si le cas arrivait qu’on fût en état de le faire. Comme M. de Montemar me parla de cette entreprise dans notre première conversation, la jugeant possible et essentielle pour terminer la guerre, je crus être obligé de lui parler des moyens et de lui dire à cette occasion quelles étaient les intentions de Votre Majesté, afin qu'il n’eût pas à me reproclier dawi la suite de ne l’avoir pas averti. 11 ne 6t aucune difficulté ; au contraire, il me répondit qu’il ne serait pas juste de demander lû d’exiger rien sur cela de Votre Majesté, et que le Roi d’Espagne avait en Sicile de l’artillerie et des munitions à pro- |M>rtion plus qu'il n’en fallait pour faire deux des plus gros sièges; qu'il était persuadé que Sa Majesté Catholique consentirait volontiers à faire transporter à Gènes tput ce qui serait nécessaire, et que cela pouvait y arriver en fort peu de temps ; c’est sur ce fondement que j’ai cru devoir insérer dans le mémoire que j’ai remis à M. de Montemar l’article en question ; comme il doit m’y répondre à la marge, ce sera un titre pour éviter toute discussion. Je souhaite que Votre Majesté approuve ma conduite. Je la conjure au moins de rendre jifl|i|^àmes sentiments dans tout ce qui peut avoir rapport .h ses intérêts et au succès de la cause commune.
J’ai l'honneur, etc.
l.e maréchal de Noaili es.
Voici l’article du mémoire de M. de Nouilles relatif à l’artillerio nécessaire pour le siège de .Mantoue. Remarquons en passant que cct article mécontenta beaucoup la cour de Madrid et ijuc M. do Montemar no
sembla d’abord y acccdei' aussi facilciuoul que pour éviter les discussions irritantes dès le début de lu campagne.
Art. <2. C’est à quoi se réduisent les principales idées que l’on peut donner en général des plans et des projets que le Koi de Sardaigne a formés; à quoi l’on ajoute que comme la réduction de Mantoue, ainsi que le dit M. de Montemar et que l’on en convient avec lui , de quelque manière que l'on puisse se proposer d’y parvenir, doit être le point décisif de la guerre en Italie, on ne doit point perdre un moment pour s’y préparer. On observera à cet égard qu’attendu que Mantoue et le pays qui en dépend doit appartenir au Soi des Deux-Sicites, le Soi de Sardaigne a déclaré qu'il ne pouvait fournir ni l’artillerie, ni les munitions de guerre nécessaires, en conséquence ni faire aucun frais pour la conquête de cette ptace ; qu'au surplus il se porterait de sa personne et avec toutes ses forces pour y contribuer, et qu’il n’oublierait aucun des moyens pour en accélérer le succès; il est donc de la prudence de M. de Montemar de prendre à cet égard les mesures les plus convenables aGn que l’on soitjjn état de proHter des événements heureux et des circonstances qui peuvent ariivcr, et dont on perd le fruit par les retardements que l’on est souvent forcé d’y apporter faute de prévoyance et de précaution.
{Archives du dépôt de la guerre, 2813, 73.)
Ainsi le Roi de Sardaigne refusait nettement de fournir l’artillerie pour le siège de Mantoue, tout en promettant cependant de contribuer à la chute de cette place de sa personne et de ses forces. Quant à sou plan d’opérations, il consistait h réunir les forces
françaises cl piémoutaiscs sur iu rive gauche du P6, passer l’Adda et TOglio, occuper Goito, Ostiglia, en faisant construire un pont à Guastalla pour établir les communications avec les Espagnols qui s'avaiiçaieut par le Modéuais. Il s’engageait à fournir de l’artillerie pour le siège de Goito. Cette place emportée, l’ennemi devait nécessairement abandonner les deux rives du Pô ; M. de Montemar entrerait alors dans le Seraglio et commencerait le siège de Mantoue.
M. de Montemar voulait au contraire que l’on dégagcAt tout d’abord la rive droite du Pô, proposant d’agir de sa personne dans le Bolonais et le Ferrarais, en raison de scs subsistances qui étaient assurées de ce côté. A celUi on ne pouvait rien objecter; il fut donc convenu qu’on renoncerait au premier projet, suivant lequel il fallait porter tous les efforts sur l’Oglio et le Mincio, et que la campagne s’ouvrirait sur la rive droite (lu Pô. De la sorte on se trouvait à portée des Espagnols, on dégageait les bords du fleuve et l’on privait l’ennemi des ressources qu’il lirait du Bas-Pô. En opérant par le Mincio, il eût fallu assiéger Goito, cl bien que le Boi de Sardaigne ii’cùt pas osé refuser rartillcrie, puisqu’il éUiit lié par le traité de Turin, il paraissait néanmoins disposé A y apporter beaucoup de lenteur , toujours par suite du même système que nous avons essayé de mettre en lumière. Cette circonstance, jointe aux antres motifs qu’on vient d’exposer, déterminèrent le maréchal de Noailles à entrer dans le projet de M. de Montemar, et à l’appuyer au-
près de S. M. Sarde. En conséquence les troupes françaises et piémontaises s’ébranlèrent pour passer le fleuve à Bersello, et le Roi écrivit au général espagnol de se porter à leur rencontre , lui donnant pour rendez-vous Carpi , sur la rive gauche de la Secchia , où il devait se trouver le 17 mai.
L’armée d’Espagne était déjà en mouvement ; M. le duc de Montemar l’avait réunie le 27 du mois précédent à Pratto, près de Florence, et il s’avançait par Fiorenzula et la route des Apennins. Au reçu des ordres du Roi, il répondit que le passage des Apennins était si difficile et le pays si resserré pendant l’espace de soixante-dix milles, qu’il était forcé de marcher par divisions et que, quelque diligence qu’il pût faire, il n’arriverait guère sur la Secchia que deux ou trois jours au delà de l’époque fixée. Il ajoutait qu’étant persuadé que les Impériaux ne laisseraient point de troupes à la droite de cette rivière, mais qu’ils se masseraient sur la rive gauche pour être à portée de lîovere et soutenir ce poste qui leur assurait le passage du Pô, il ne prendrait pas le chemin de Carpi sans un nouvel ordre de S. M., ordre qu’il pourrait recevoir le 16 à Bologne. Cet avis changea les dispositions du Roi de Sardaigne, qui lui manda de se diriger sur Modène et de se rendre de sa personne à Guastalla, le 19. .11. de Montemar apprit par la même dépêche que l’ennemi avait successivement abandonné tous les postes de l’Oglio , Bozzolo , Casai Maggiore, Viadana et Sabionetta , qu’il paraissait décidé à se tenir sur la défensive dans le Seraglio, cl surtout à soutenir le
llaul-Miticio pour iic pas perdre scs couimunieutioiis avec le Tyrol.
Le jour fixé, 19 mai, le Roi de Sardaigne et M. de Noailles se rendirent à Guastalla ; ils y trouvèrent M. de Montemar qui avait laissé son armée sous les murs de Bologne. A la suite d’un conseil de guerre, on convint réciproquement :
€ 1“ Qu’on devait regarder comme un principe « certain que le succès de la campagne dépendait * surtout de la retraite des Impériaux au delà du Pô ;
( qu’il fallait tout à la fois les priver des subsistances « qu’ils tiraient des pays situés en deçà du fleuve et t des secours qui leur arrivaient par l’Adriatique;
« 2* Que dans cette vue le Roi de Sardaigne pas- « serait le Pô, et que S. M. marcherait en avant « pour forcer l’ennemi à abandonner tous les postes « qu’il occupait entre le Pô et la Scccbia ;
c 5° Que pendant que les ti*oupcs de France et de « Sardaigne se porteraient sur la Sccchia après avoir
< délogé l’ennemi de San Benedetto, il convenait « que les troupes d’Espagne s'avançassent de l’autre « côté de cette rivière jusqu’à la hauteur de Bonda- « nclla pour y jeter un pont et se mettre en commu-
< nication avec les alliés (1). >
M. le comte de Kœnigscck, qui commandait l’armée impériale, allait donc se trouver complètement resser* ré dans l’espace compris entre le Pô cl la Sccchia. Il
(1) .-Irchivci du d<‘/iùl de In yucrre. Lettre de .M. de Noailles à M. d’Anscivillicrs, Î8H, i6.
avait son quartier général à San-Benedello, où il s’était solidement retranché depuis la Madonina de San- Benedetto jusqu’à la chaussée du Pù, au-<lcssus de cette ahbaye. Il occupait encore Gonzaga et Baggiovolo. Ce fut sur ces deux postes avancés que M. do Noailles dirigea ses premières attaques pour de là marcher à S. Benedetto et prendre devant l’ennemi une position qui assurât sa jonction avec les Espagnols à la hauteur de Bondanclla. Attaqués vigoureusement par deux colonnes, l’une aux ordres du marquis de Maillchois, l’autre sous le commandement du maréchal, Gonzaga et Baggiovolo capitulent le même jour, 31 mai; M. de Kœnigseek évacue successivement son quartier général, puis Bovere, puis toute la rive droite du Pô, et se met en pleine retraite sur Mantouc. Ces opérations se succédaient du lauTjuin. En moins de huit jours l’ennemi avait perdu tout le fruit de la campagne précédente.
Le 10, mouvement général des armées combinées de France et de Sardaigne. Elles repassent le Pô à Guastalla, et l’Oglio près de Bozzolo. De son côté M. de JMontemar se poste au delà de ce fleuve et s’empare d’Ostiglia, pendant que le marquis de Maillebois, maître de Borgoforte, maintient ses communications avec les alliés. Le 15, le quartier du Roi de Sardaigne était à Rovigo , celui de M. de Noailles à Rivolti. M. de Montemar, continuant ses opérations sur la rive droite du Mincio, arrive le 18 à Pontemolino, le 19 à'Castcllar, et se met eu communication avec l’armée française campée sur les hauteurs de Goilo.
Cette ville, si importante pour resserrer Mantoiic et s’assurer le passage du Mincio, avait été emportée, le 16, par M. le marquis de Ségur. Quant aux Impériaux, ils se repliaient rapidement sur l’Adige.
Ainsi Mantouc se trouvait bloquée, les alliés interceptant la route de Vérone et les secoui-s que la place aurait pu recevoir du Trentin. Pour terminer la campagne , il ne s’agissait plus que d’en faire le siège , opération assez difflcilc au point de vue purement stratégique et que la politique allait rendre tout à fait impossible. Nous entrons ici dans une nouvelle phase, dont les détails ne seront peut-être pas sans intérêt, puisqu’il s’agit d’expliquer l’issue regrettable de la campagne après des débuts aussi brillants. Comme toujours, nous éviterons de nous substituer aux personnages historiques , nous mettrons les pièces sous les yeux du lecteur, le laissant juge des événements et ne hasardant notre appréciation personnelle qu’avec l’extrême réserve nécessaire pour rester dans la vérité.
La première conférence relative au siège de Mantoue se tint à Marmirolo, entre le Roi de Sardaigne, le marquis d’Ormea, le duc de Montemar et M. de Noailles. Voici comment le Maréchal en rendait compte à sa Cour.
Le Biaréclial de Moaltlee ^ M. d'AodervIlllerti.
Au camp Marmirolo, le 30 juin.
La course que j’ai été obligé de faire, Monsieur, poursuivre les ennemis, m’a empêché de vous rendre compte d’une confé-
rence que nous eûmes chez le Hui de Sardaigne, entre U. do Monlemar, M. le marquis d’Orméa et moi, sur les dilFérents partis qu'on avait à prendre et sur la suite des opérations de cette campagne. M. de Hontemar, qui avait réglé les mouve* ments de ses troupes sur ceu.\ de notre année, vint camper à Castellar, le même jour, 49 de juin , que nous occupâmes le camp oîi nous sommes; ce qui contribua à déterminer les ennemis de se retirer promptement et de marcher deux jours et deux nuits sans s'arrêter. 11 se rendit ici le 20, de bonne heure, chez moi , où, après avoir conféré quelque temps, nous nous rendîmes ensemble chez le Roi de Sardaigne. On agita d'abord s’il convenait de suivre les ennemis au-delà de l'Adigc, et jusqu'où on pouvait aller.
On convint unanimement de l'inutilité et de l’imprudence même de cette démarche;
Par rapport aux subsistances qu’il serait impossible de trouver dans le Trentin et dans les gorges des montagnes;
Parce qu’il n’y avait aucun objet dans cette marche, puisqu*; les ennemis se retireraient toujours jusqu’aux endroits qu’ils croiraient pouvoir défendre par la situation dos lieux et la nature du terrain, et que nous serions, par conséquent, hors d'état d’attaquer;
Qu'il ne fallait s'occuper que des moyens de terminer la guerre en Italie ; que cela dépendait uniquement du siège de Mantouc, et que c’était le seul objet auquel les alliés devaient s'attacher, puisque la prise de cette place leur assurait également les conquêtes dont ils étaient en possession, et qui seraient toujours incertaines tant que l’Empereur aurait eu pied en Italie....
On parla ensuite du siège de Mantoue, qu’on traita de fort difficile, mais qu’on ne regarda point comme impossible. Je suis du même avis, ainsi que beaucoup de gens sensés.
On entra ensuite dans les moyens d’exécuter cette entreprise. M. de Montcmar proposa d’abord si les alliés ne contribueraient pas aux frais de ce siège, chacun h proportion tant par rapport à l’artillerie que pour les autres dépenses. Je n'eus pas besoin de parler sur cet arficle; M. d'Orméa m'en épargna la peine et dit que c’était une chose convenue que l’Espagne devait faire les frais. Je me joignis à M. d'Orméa pour rappeler à M. de Monteraar ce qui avait été dit entre nou.s, au sujet de rartilleric, dans notre première entrevue, à Parme, le 1 2 avril, que j’eus la précaution de mettre par écrit, et de lui en donner une copie. Il n’insista plus et dit qu’il en avait écrit à sa cour, et qu’il espérait, dans le courant du mois de juillet, d’avoir ce qui serait nécessaire pour celte entreprise, qu’on lui enverrait de Sicile, où il avait dépéché des courriers depuis quelque temps.
Il ne fut plus question que de traiter des dépenses des travailleurs, des gabiers et autres frais, d’autant qu'on se propose de faire trois attaques dent les troupes de chacun des alliés seraient chargées. Le Roi de Sardaigne n’insista pas sur cet article, sans cependant répondre rien de positif.
Je suis, etc.
Le maréchal de NoAru.ES.
( Archives du dépôt de la guerre, 28U, n« 202.)
Ivc Roi de Sardaigne persistait donc à refuser l'artillerie pour le siège de Mantoue, comme il l'avait déjà fait connaître à M. de Montcmar lors des conférences de Parme. Seulement il promettait alors, dans les termes les plus positifs, de concourir à la chute de celte place de sa personne et de ses forces, et à Marmirolo, il semblait vouloir se ménager une issue pour apporter de nouvelles réserves à sa coopération. On va le voir
s’exprimer plus clairement encore par la dépêche suivante de M. de Noailles. Le maréchal combat l’opinion de la cour de France, qui voulait que les alliés se portassent au delà de l’Adige pour expulser complètement les Impériaux.
maréchal de Waailiea h M. d’ABcernllllera,
Bonolo, le 16 loAl.
Je vous envoie, Monsieur, la réponse que le Roi de Sardaigne a faite au mémoire que je lui ai présenté sur l’idée de s’avancer dans le Trentin , conformément aux ordres du Roi que vous m’avez adressés.
Vous y verrez, Monsieur, combien on est éloigné d’adopter ce projet. Il faut convenir qu’il renferme de grandes difficultés et très réelles en lui-méme, surtout présentement et avant que d'avoir fait les arrangements nécessaires ; mais on ne peut s’empêcher , de voir que le défaut d’accession de la part de l’Espagne au traité de Turin n’y entre pour beaucoup ; le retardement qu’on y apporte jette une telle défiance dans l’esprit de ce prince et de toute sa cour, qu’on doit s’attendre à lui voir refuser toute proposition qui |)ourra l’éloigner de scs états, et les exposer pendant le temps de l’absence de ses troupes. On s’en est expliqué très-clairement, ainsi bien que sur le siège de Manloue, auquel le Roi de Sardaigne ne veut point concourir ni de sa personne ni de ses troupes jusqu'à ce que t Espagne ait signé l'accession au traité; c’est un point arrêté et sur lequel je ne crois pas qu’on doive se flatter.
Le Roi ne doit pas compter qu’en aucun cas les troupes
d’Espagne puissen t concouri r ensemble . Nous sommes le poin t de réunion entre ces deux nations, et dès que nous serons éloignés oa doit s’attendre que chacune de ces troupes prendrait son
parti et se séparerait. Celles du Roi de Sardaigne rentreraient sur-le-champ dans le Milanais pour en garder les frontières, celles d'Espagne demeureraient autour de Mantoue.
Ou peut aisément juger de relfetque produiraient en Europe des démarclies aussi éclatantes, et qui montreraient aussi ouvertement la désunion entre les alliés. Une des premières suites qu’elles pourraient avoir serait peut-être quelque entreprise de la part des ennemis pour se porter en forces du côté de la partie la plus faible, à quoi il ne leur serait pas diflicile de parvenir.
Toutes ces considérations et l’envie de suivre, autant qu’il est en moi, les intentions du Roi, m’ont fait penser que, sans exécuter absolument l’objet du Trenlin pour les diflicultés qui s'y rencontrent, il fallait du moins en approcher le plus qu’il serait possible.
J’ai donc pris le parti de profiter de la bonne volonté du Roi de Sardaigne pour s'opposer au retour des ennemis, en lui proposant de s’avancer sur l’Adige et de se mettre en état de passer la rivière en occupant le poste de Gussolengo et y faisant des ponts; c’est un premier pas qu’il faut toujours faire, et qui peut nous conduire successivement au surplus, si l’occasion s’en présente. Ce prince y a consenti et en est convenu avec moi ; il désire seulement de faire marcher quelques troupes sur la gauche du lac de Garde pour couvrir le Milanais, à quoi il n’y a pas d’inconvénient. J’ai écrit en conséquence à M. de Moutemar pour lui proposer à peu près la même chose, et comme je joins ici la copie de ma lettre, je ne vous en ferai pas le détail. . . .
Je suis, etc.
Ix maréchal de ÎN'oailles.
(Arch. du dépôt de la guerre. — 28<5, i84.)
Conformément au contenu de celte dépêche, l'armée allait su mettre en marche, quand des circons-
tances de la plus haute gravité mirent le maréclial dans la nécessité de ne rien entreprendre avant, d’avoir reçu de nouveaux ordres. Nous voulons parler d’une troisième conférence, tenue à Saint-Martin de Bozzolo, où la discussion avait pris un cai-actère fort irritant, au point de faire craindre une rupture entre les trois puissances. Nous appelons l’attention du lecteur sur les deux pièces ci-jointes, le compte-rendu de M. de Noailles et la réponse du ministre. Ce sont à tous égards les documente les plus importants de la campagne.
H. le maréehal Se Waallles à ■. S’AnservllHera.
Cutlfliooc, le Î3 leli 1735.
Je VOUS dépêche ce courrier , Monsieur, pour vous reudre compte d’une conférence que nous eûmes avant-hier chez le Roi de Sardaigne, entre ce prince, M. de Montemar, M. d’Orméa et moi.
La conférence commença d'abord par quelques questions
dn Roi de Sardaigne à M. de Montemar sur le siège de la Mirandole. Ses réponses furent très-concises, et il se contenta de dire qu’il n’avait pas voulu qu'on perdit beaucoup de monde à cette expédition.
n parla ensuite de l’arrivée de son artillerie à Livourne, des mnnitionsde guerre et des douze bataillons ainsi qu’il me l’avait dit; après quoi il demanda au Roi de Sardaigne ses intentions par rapport au siège de Mantoue , ne doutant pas que, suivant ce qu’il exposait, on n’eût incessamment devant cette place tout ce qui pourrait être nécessaire pour en faire la conquête.
Le Hoi de Sardaigne répondit que scs sentiments seraient toujours les mêmes qu’il lui avait dit au camp de Harmirolo, qu'il n’en changeait point, mais qu’il ne pouvait concourir ni de sa personne, ni de ses troupes, à cette entreprise jusqu’à ce que l’accession de l’Espagne au traité de Turin ne fût signée; que, dès le commencement du mois de juin, le projet d’accession avait élé accepté de sa part et remis àla cour de France, qui l’avait envoyé à la cour de Madrid; que, depuis plus de deux mois, il en attendait la réponse sans qu’on lui en eût fait encore aucune ; qu’il avait, depuis peu, dépéché un courrier à Paris, à son ambassadeur, pour qu’il fît de nouvelles instances à ce sujet, cl pour savoir sur quoi il pourrait compter; que, du surplus, dès que l'accession serait faite et que l’Espagne lui garantirait la possession du Milanais , il était prêt à faire tout ce qui conviendrait pour le siège de Mantoue.
M. de Montemar demanda le temps dans lequel on pourrait avoir la réponse de ce dernier courrier. Le Roi de Sardaigne répondit que, dans dix ou douze jours au plus tard, il devait être de retour.
M. de Montemar représenta qu’il était important pour le Roi son maître qu’il sût promptement la résolution des alliés par rapport au siège de Mantoue, parce qu’il ne voudrait pas s’engager inutilement dans d’aussi grands frais que ceux du transport par terre de la nombreuse artillerie et des munitions qui étaient ou devaient arriver à Livourne et à Gênes; qu’il devait y avoir 1 40 pièces de canon, dont environ 120 de 24 et le surplus de 16 pour les ricochets; qu’il y avait 40 mortiers, 1300 boulets par pièce, des bombes et de la poudre en proportion, et qu’on ne devait pas penser à voiturcr le tout, qu’on ne sçût auparavant si on voulait ou non faire le siège de Mantoue, d’autant plus qu’il serait dilïicilc cl fort coûteux de retirer cette artillerie de Lombardie dès qu’elle y serait une fois.
1^ Koi de Sardaigne lui réponditque comme un pareil convoi ne pouvait arriver tout à la fois, il lui conseillait de ne pas perdre un instant, attendu que la saison s’avançait ; qu’il pouvait tonjourscommencer à en faire conduire quelque partie; qu’il lui faudrait un temps plus considérable qu’il n’avait pensé ; qne les dix ou douze jours qui étaient nécessaires au Roi de Sardaigne pour avoir la réponse de son courrier de la cour de France (en conséquence de laquelle il en pourrait donner une plus décisive) devaient toujours être employés à donner les ordres et à faire les préparatifs nécessaires pour mettre tout cet attirail en mouvement.
Voilà à peu près, Monsieur, ce qui fut dit d’abord, que je ne puis vous répéter mot à mot, comme vous le croyez bien ; mais c’en est au moins la substance, et je ne crois pas m’éloigner de beaucoup de la précision des termes.
Je n’eus rien à dire, comme vous le jugerez aisément, |)endant tout le commencement de cette conférence, qui ne roulait que sur l’accession.
On entra ensuite (autant qu’on le put, car cette discussion ne plaisait pas à M. de Montemar) dans le détail des mesures
qu'il avait prises pour voiturer cette prodigieuse artillerie
Il me dit qu’il faudrait des mules pour accélérer ce service, et me demanda (ne voulant pas s’adresser, dans cette conjecture, au Roi de Sardaigne), si je n’en avais pas et si la France ne devait pas être chargée de la conduite, au moins par terre, d’une partie de cette artillerie. Je lui répondis que cela m’était nouveau ; qu’il devait se souvenir que , lorsqu'il fut question à Marmirolo de l’artillerie , je lui avais dit pour lors que la
France ne devait pas y entrer ; que je demanderais sur cet
article de nouveaux ordres, s'il le voulait; qu’au surplus je ne croyais pas qu’il eût jamais été question que la France dût contribuer en rien pour faire voiturer l’artillerie 11 me dit qu’il
y avait un traité positif entre ia France et l’Espagne. Je lui répondis que pour moi je l'ignorais ; qu’il fallait demander à notre ambassadeur s’il en avait connaissance et s’il avait quelques ordres à ce sujet.
Comme j'avais fort à cœur de ne pas laisser sans éclaircis* sements ce que m'avait avancéU. de Montemar au sujet d’un traité entre la France et l’Espagne, par rapport à la conduite de l’artillerie, je pris un prétexte pour sortir un moment du cabinet du roi de Sardaigne. J’allai parler à M. de Senecterre (1) pour l’informer de ce qui s’était passé, savoir de lui s’il avait connaissance de ce prétendu traité, et l’avertir que je le ferais bientôt appeler pour lui en faire la question en présence de M. de Montemar. M. l’ambassadeur m’assura qu’il n’avait jamais vu ni entendu parler de rien de semblable. Je rentrai sur-lechamp, et, au bout de quelque temps, je fis tomber la conversation sur le transport de l’artillerie, et je suppliai le roi de Sardaigne de permettre qu’on fit entrer notre ambassadeur; ce qui fut d’abord exécuté. Je lui répétai le discours de M. de Hontemar et le priai de vouloir bien nous dii« s’il savait qu’il y eût un tel traité ; il assura qu’il n’en avait aucune connaissance. M. de Montemar persista à soutenir qu’il y en avait un, et^outa même que ce traité nous obligeait à contribuer à tout ce qui .s’était fait dans les royaumes de Naples et de Sicile, pour la conquête desquels le roi son maître n’avait exigé ni hommes, ni artillerie, ni argent, et que c’était bien le moins qu’on entrât dans la conduite de l’artillerie pour le siège de Mantoue. Nous laissâmes tomber ce discours, M. l’ambassadeuretmoi, nejugeant pas convenable de le relever, parce qu’il aurait pu nous mener trop loin. La conférence finit bientôt après, et on convint d’attendre le retour du courrier.
(4) L’ambassadeur de France à la Lour de Turin.
J’attends avec impatience ce que le Roi me prescrira de faii% et de dire en cette occasion. Je puis remettre M. de Montemar jusqu’au retour d'un courrier,- mais il exigera une réponse décisive, et vous sentez, monsieur, que je ne la puis prendre sur moi.
Je finirai ici cette lettre, quoique j'aie encore beaucoup de choses à ^jouter ; mais je ne veux pas différer le départ de mon courrier. Ainsi je me bornerai à vous renouveler les assurances des sentiments avec lesquels je suis, etc.
Le maréchal de Moailles.
{Archives du dép. de la guerre, 2816, 19.)
Ëvidemmeot, on faisait confusion de part et d’autre, que cette confusion fût d’ailleurs volontaire ou involontaire. Il y avait un traité positif entre la France et l’Espagne, le traité de l’Escurial, et il est même assez étrange que le maréchal n’en fût pas mieux in> formé ; seulement , il ne parait pas qu’il obligeât la France au transport de tout ou partie de l’artillerie. Voici du reste la réponse du ministre de la guerre.
m. d’AaservIlUers A M. le waréelial do Aeallloe.
31 août 1735.
La dépêche dont vous m’avez honoré, monsieur, du 23, et qui m’a été portée par votre courrier, contient des choses trèsimportantes. Sa Majesté en aentendu la lecture etm’a donnéses ordres, en conséquence desquels je vais vous expliquer ce qu’elle pense et ses intentions.
Le Roi de Sardaigne, dans la conférence qui a été tenue devant lui, a jugé à propos de s’expliquer nettement et de déclarer qu’il ne concourrait point au siège dcMaïUoue qu’après
que l’Espagne aurait accédé au traité qui est entre nous et ce Prince. Je n’entrerai point dans le détail des causes qui ont retardé la consommation de cette grande affaire. Je me contenterai seulement de vous dire que pendant dix-huit mois elle a ôté arrêtée par un grand nombre de difficultés. M. de Senecterre en est très-instruit. Il est vrai que, par la persévérance que le Roi a apportée à vaincre les obstacles, on est parvenu à dresser un projet qui a été agréé par le Roi de Sardaigne ; ce projet est à la Cour de Madrid depuis U mois de juin; mais sur ees entrefaites onya été instruit de la négative absolue de toute l’artillerie pour le siégede Mantow qu'il plut au Roi dedonner dans les conférences de Marmirolo. Dès ce moment LL. MM. CC. ont paru indisposées, et la conclusion de l'acceptation du projet d’accession a langui, sans quenéanmoins il ait été rejeté.
Je dois à présent vous mettre en état de répondre aux instances contenues dans le mémoire par écrit que H. de Montemar vous envoya en partant de Bozzolo. Par la première il vous demande si, quand bien même le Roi de Sardaigne no voudrait pas aider de sa personne et de ses troupes au siège de Mantoue, vous n’étes pas disposé à faire agir celles du Roi pour cette entreprise. Sa Majesté désire que vous témoigniez à M. de Hontemar qu’elle est disposée à concourir dans tous les cas au succès des vues de S. M. Catholique , et qu’ainsi vous avez ordre de faire marcher les troupes du Roi au siège de Mantoue, quand bien même le Roi de Sardaigne ne paraîtrait pas encore déterminé à employer les siennes.
Il n’en est pas de même pour les frais de transport d’artillerie. Ce.st une charge nouvelle et non prévue que M. de Montemar veut nous imposer. Aussi Sa Majesté désire que vous fassiez connaître à ce général, avec tout le ménagement et le tour dont vous êtes capable , que si nous avions un équipage d’artillerie et de siège en Italie, nous l'emploierions bien volontiers pour le
service deLL. MM.Calh.; que nous lui offrons de même l'usage de notre équipage de campagne dans tous les cas où nos forces seront unies; qu'au surplus , n'ayant plus que cinq cents bêtes de trait à notre équipage de campagne, nous ne pouvons pas les éloigner en les envoyant travailler sur la route de Gênes. S’il insiste sur le paiement en argent d’une partie des frais de transport, vous pouvez lui insinuer que Sa Majesté n’en est tenue par aucun engagement, et que, cette question étant par conséquent nouvelle, elle doit être traitée entre les deux cours directement. 11 est en effet très réel que nous n’avons avec l’Espagne aucun autre traité que celui deTEscurial, du t<>'novembre 1733, dans lequel il n'est pas dit un mot de Mantoue, ni que nous serons tenus de fournir aucune artillerie pour les conquêtes à faire.
Vous croirez aisément, Monsieur, que le Roi sent parfaitement comme vous l'éclat et le mauvais effet que ferait dans l'Espagne une désunion aussi marquée que celle de voir les troupes de France et d’Espagne entreprendre conjointement le siège de Mantoue, pendant que celles du Roi de Sardaigne resteraient séparées et dans l’inaction, et l’avantage que les ennemis en retireraient. Sa Majesté voit de même que par les seules troupes de France et d’Espagne il ne serait pas possible de former deux armées suffisantes, l’une pour le siège, et l’autre d’observation ; mais en même temps elle croit aussi qu’il est trèsimportant qu’on ne puisse pas dire à Madrid que si le siège de Mantoue ne se fait pas cette année, c’est la faute, non de l’Espagne, mais desautres alliés, et surtout duRoi, qu’on accuserait d’avoir réfusé d’aider S. M. Catb. dans une entreprise principale.
Je vous confierai donc que Sa Majesté compte que l’affaire tombera par elle-même. L'Impossibilité que l’artillerie des Espagnols puisse arriver dans le mois de septembre devant Mantouc est démontrée. Tous les trésors du Pérou n'y seniraient de
rien, parce qu’on ne peut pas augmenler le nombre des voilures
du pays ni abréger le temps qu'il faut Cependant le siège de
Mantoue doit toujours être notre point de vue. S'il est impossible à présent, il n’en sera pas de même au printemps. Il faut bien profiter de cet intervalle pour faire les voitures ; sans qnoi nous nous trouverions au mois de mai aussi peu avancés que nous lesommes à présent. C’est ce que sansdoute vous t&cberez ^ de faire entendre à H. de Uoniemar. Vous pouvez même poursuivit l'objet que vous donnez de prendre les ouvrages extérieurs de Mantoue, dès qu’il y aura la quantité suflisanle d’artillerie. Ce serait effectivement un grand avantage ; parce que si la place pouvait être serrée pendant l’hiver, on en aurait meilleur marché lorqu’on l’attaquerait sérieusement.
J’ai l'honneur, etc.
D'ANGERVmLIERS.
(Archives du dépôt de la guerre, 2816. 45.)
Eu présence du refus péremptoire du Roi de Sardaigne, M. de Montemar voulut tenter un nouvel accommodement, non qu’il crût à la possibilité du siège de Mnntoue dans les circonstances actuelles, mais vraisemblablement pour forcer le Roi de Sardaigne à laisser voir clairement ses intentions. C’était Ih pour le moment toute la politique des alliés , chacun d’eux rejetant sur les autres la responsabilité des eveneinenls de la campagne, la Cour de Turin s’appuyant sur la non accession de l’Espagne; l’Espagne, sur la non coopération de la cour de Turin; la France, qui jouait le rôle de médiateur, sur la rivalité de toutes les deux. M. de Montemar proposa de se chaîner du siège avec les seules troupes espagnoles, pondant que
celles (le France et de Sardaigne se formeraient en armée d’observation ; pour prévenir toutes nouvelles difUeultés, il déclarait en même temps par éerit , dans une lettre adressée à M. le marquis d’Orméa, qu’il se considérait, lui et ses troupes, comme placé sous les ordres de S. M. Sarde, de la même manière que le maréchal de Noailles. Cette fois encore, il eut à essuyer un refus des plus explicites. « Il n’y a point de différence entre donner ses troupes pour le siège ou pour l’armée d’observation. Cette distinction ne peut jamais être considérée que comme une plus grande convenance entre les alliés. Si les choses demeurent dans l’état où elles sont , le Roi persistera dans la résolution qu’il a manifestée à Saint-Martin de Bozzolo (1). > Nous reproduisons textuellement les propres expressions de la réponse du Roi de Sardaigne. Celle de M. d’Orméa était rédigée dans dos termes au moins aussi précis.
M. le marqnla il’*nnéa k Bi. le due de Montemar.
On me rendit hier la lettre de Votre Excellence du S7 de ce mois. J’en ai aussitôt informé le Roi mon maître, qui a vu avec bien du plaisir que vous aviez déjà fait plusieurs préparatifs, et que vous continuiez à donner les ordres les plus précis pour avoir toutes les choses qui sont nécessaires pour entreprendre le siège de Mantoue, puisque le Roi mon maître s'intéresse beaucoup à tout ce qui peut contribuer à ta gloire et aux armes de Sa Majesté catholique, laissant pourtant aux réflexions de Voire Excellence, si elle croit que tous les préparatifs que l'on a faits
(I) .irchives du d<)jôl de In ijuorc. V. u" 166.
jusqu'ù présent sont suftlsanls pour entreprendre le siège en toutou en partie
A l’égard du second article de la lettre de Votre Excellence, Sa Majesté m’ordonne de répondre que , bien loin de douter si Votre Excellence et les troupes d'Espagne qui sont en Lombardie soient sous les ordres de Sa Majesté, il est sûr qu’elles n’y sont pas , parce que quand un Souverain doit commander les troupes d’un autre Souverain, il est besoin d’abord d’avoir un traité fait entre les Souverains, comme il l’est à présent avec la Cour de France. Quand même cette raison ne serait pas si forte, véritable et concluante, comme elle l’est , et que nous pussions en faire abstraction , il ne serait pas moins évident que Votre Excellence et les troupes ne sont pas sous les ordre» du Roi mon maître. Si cela était :
Votre Excellence aurait pris l’ordre de Sa Majesté quand elle vint au camp de Bondeno, et que ses troupes étaient campées dans le voisinage de Bundancllo, et ensuite quand Sa Majesté se trouvait à Saint-Benedelto.
Votre Excellence n’aurait pas mis à la tête de ses passeports des titres par lesquels il parait clairement qu’elle ne croyait pus être dans le cas d'obéir à S. M., ces titres étant incompatibles avec celle subordination.
Votre Excellence, avant de partir de laConcordia pour se rendre à Livourne, aurait fait part de cette résolution à S. M., d’autant plus que quelques jours auparavant , à Saint- Marlin-de-Bozzolo , Votre Excellence n’avait pas témoigné à S. M. la moindre chose d’un tel dessein.
11 m’est enfin ordonné par le Roi mon maître de faire savoir à Votre Excellence qu’il ne croit pas nécessaire de parler de plusieurs autres choses qui lui font croire que Votre Excellence n’a jamais pensé être sous ses ordres, parce que ces clioses-là doivent être connues de Votre Excellence, étant plus que suffi-
sant de lui dire que la réponse de S. M. reste dans son entière force.
En mon particulier , je supplie Votre Excellence de me croire, etc.
Ce 30 septembre <735.
D'Orméa.
{Archic. du dép. de la guerre, 2817, 7.)
Ainsi qu’on le voit par la pièce qui précède , les formes n’étaient pas du côté de la chancellerie de Turin, et une communication de cette nature devait nécessairement amener de très-sérieuses complications. Même en conservant le fond , il n’était peut-être pas impossible de présenter les faits avec plus de ménagements. Aussi , et bien que M. de Montemar eût atteint une partie de son but en poussant la Cour de Sardaigne dans ses derniers retranchements , la susceptibilité du général espagnol en fut-elle profondément blessée. Il reconnut avec M. de Noailles qu’on ne pouvait plus songer au siège de Mantoue et qu’il fallait se borner à empêcher l’ennemi de jeter des secours dans la place. En conséquence , on résolut de passer l’Adige ; Vérone formant le centre de la première ligne ; les Espagnols à la droite du fleuve ; les Français à la gaucho, ces derniers chaînés de tout le bassin du lac de Garde et de la frontière du Brescia n.
Par suite des circonstances qui suivirent, ce mouvement ne put recevoir qu’une exécution partielle. II fut suspendu tout à coup à l’arrivée d’un courrier de Versailles qui apportait au maréchal de Noailles la
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grande nouvelle que les préliminaires de la paix venaient d’être signes à Vienne entre la France et l’Empereur. Nous reviendrons sur ce point dans le chapitre suivant , en nous occupant d’une manière générale de l’ensemble des négociations. Pour le moment ce qu’il importe de savoir , c’est que les préliminaires, signés sans la participation des alliés, ne regardaient que la France et l’Autriche ; M. de Nouilles avait ordre de conclure une suspension d’armes avec le général commandant les forces impériales ; mais à l’égard des Sardes et des Espagnols, les instructions du maréchal ne lui prescrivaient rien autre chose, sinon do leur donner avis de ce qui se passait, sans qu’il fût question de les comprendre dans la suspension. On juge quel dut être son embarras en se voyant forcé de rester dans l’inaction et de suspendre le mouvement de ses troupes, au moment où les Impériaux , qui venaient de passer l’Âdige dans les environs de Rovigo, se portaient rapidement à la rencontre des Espagnols. Tout ce qu’il put faire fut d’avertir M. de Montemar des ordres qu’il venait de recevoir et de lui conseiller, s’il en était temps encore, de repasser le Pô avec la totalité de son armée. C’est le parti auquel s’était arrêté le général espagnol, qui se trouvait sans nouvelles de sa cour, et ignorait par conséquent s’il devait être, oui ou non, compris dans l’armistice. La nuit du 15 au 16 novembre, il avait évacué tous ses quartiers, et s’était retiré à PontemoUno , harcelé par huit cents hussards qui culbutèrent ses gardes et lui enlevèrent quelques dragons.
Lidépéchc de M. de Noailles ue lui laissa plus de doutes sur la position déplorable que lui faisaient les préliminaires. Il n’éiait pas même eu sûreté derrière le Pô, et il prit le parti de rétrograder dans le Bolonais, en remettant aux troupes françaises tous les postes qu’il occupait depuis St-Bcnedetto jusqu’à l’cmbouchurc du Panaro. M. de Montemar abandonna de môme le Modénais, sur la demande que lui en fit le maréchal de Noailles, dans le but d’arrêter les Impériaux et de couvrir les duchés. Les Espagnols ne gardèrent que la Miraudole. L’artillerie qui était à Revere fut conduite à Parme, le reste à Tortone, et de là à Gênes, où on devait l’embarquer.
Pendant ce temps les commissaires français et impériaux se réunissaient à Vérone pour y rédiger les articles de la suspension d’armes. Dans l’intervalle la Cour de France s’était expliquée plus nettement. Une dépêche du 23 novembre , que le maréchal reçut le 28, lui fit connaître les véritables intentions du Roi Louis XV. L’armistice devait avoir lieu provisoirement entre l’Empereur et les alliés, jusqu’à ce que l’Espagne et la Sardaigne se fussent décidées à l’accepter ou à le rejeter.
Voici comment M. de Noailles en informait le duc de Montemar :
La awrérhal de Waaillos an dae de Manleaiar.
Boizolo, tt tS nofembre 17SS.
Monsieur, je dépêche un exprès à Votre Excellence, pour lui faire part des nouveaux ordres que je reçus hier par un courrier de ma cour, en explication des premiers qui m’avaient été envoyés au sujet de la suspension d'armes.
On me mande que dans le cas que les Impériaux eussent dessein d'agir à force ouverte contre les Espagnols, l'intention du Soi mon maître est que je m’explique avec le général de l’Empereur, lui témoignant que l’armistice doit avoir lieu entre son maître et les alliés, et qu’il doit cesser les actes d’hostilité à l’égard des Espagnols et du roi de Sardaigne comme au nôtre, et attendre pour changer de conduite que ces deux puissances se soient déclarées, si elles veulent accepter ou refuser l’armistice (t).
Ce sont les propres termes de la lettre du 23 de ce mois que j'ai reçue, et que je copie littéralement à Votre Excellence. J’ai sur-le-champ expédié un courrier à M. de Kheven huiler pour lui donner avis des ordres que j’ai reçus et pour le prier de faire retirer le détachement qu’il a fait passer le Pô dans l’Etat Ecclésiastique.
On ne peut honorer Votre Excellence plus parfaitement que je le fais, ni être avec tous les sentiments qu’elle mérite plus véritablement, etc.
Le maréchal de Noailles.
{Arch. du dép. de la guerre, 2818, 47.)
Le maréchal eut beaucoup de peine à remplir, en
(.1) Ln moU en italiques sont soulignés dans l'original.
ce sens , les intentions de sa cour. Les Impériaux en voulaient particulièrement à M. de Montemar, auquel ils n’avaient pas encore pardonné la conquête de Naples et la brillante affaire deBitonto. Après de longs débats on convint cependant de stipuler dans le corps du traité patent [art. 2) que < la suspension d’armes se- « rait également observée entre les troupes de S. M. f Impériale et celles des puissances alliées de S. M. « T. C. jusqu’à ce que lesdites puissances eussent eu < le temps de déclarer si elles voulaient accepter l’ar- € mistice. > Mais le traité secret, auquel on déclarait s’en rapporter de préférence, détruisait une partie des stipulations du traité patent.
Ardelea pArdcaliera «t aeereto coDirenna en mèmn tenq» que l« traité ée •aspenaioa d'amea et qnl éelveat avair la même farce et exécatlen.
ArTICLK PBEKltR.
Comme en considération de l’interposition de S. E. M. le Maréchal duc de Noailles, faite au nom du Roi très-chrétien, son maître, S. E. M. le comte de Khevenhuller a consenti de faire cesser les hostilités contre les alliés de la France, afin de leur donner le temps de se déclarer, s’ils veulent entrer dans les mesures prises entre S. M. Impériale et S. M. T.-G., on déclare, par cet article séparé, que cette suspension à l’égard des alliés n’est limitée à aucun terme, S. E. M. le comte de Khevenhuller ne s’engageant de l'observer qu’avdant que les ordres de la cour de Vienne le permettront. En cas cependant de changement, les généraux de l’Empereur cl du Roi T.-C. sont convenus, pour éviter toute surprise et conserver la lionne foi,
de s'averlir muluellemcnl des changements qui seraient survenus à ccl égard. En attendant, le général de l’arméedeFrance garantit au nom du Roi son maître que les alliés ne commettront aucune liostilité contre les troupes et Etats de l’Empereur.
Aut. n.
Comme par ce traité il est dit que les troupes de France se retireront incessamment de la partie entre l'Adige et le Mincio et entre le Mincio et l'Oglio , on laissera néanmoins tout le temps pour évacuer les dépdts , etc.
Art. III.
Et pour prouver d'autant plus la Iranne foi avec laquelle on procède , on est aussi convenu que l’on ne mettrait dans Guïto et Borgoforte ( ces deux places devaient être occupées par l’armée française) que de très-médiocres garnisons, etc.
Art. IV.
On se réserve de régler successivement les mesures qui seront nécessaires pour convenir de la conduite des deux armées tant à l’égard de l’évacuation des Etats des princes neutres que des Etats de l’Empereur.
Art. t.
Quoique les présents articles et ceux du traité de suspension aient été rédigés et composés en langue française, contre l’usage observé ordinairement entre Sa Majesté Impériale et Sa Majesté Très-Chrétienne, câlo différence ne pourra être alléguée pour exemple, ni tirer à conséquence, ni porter préjudice en quelque manière que ce soit.
Art. VI,
Les présciiu articles auront la même force et exécution que ceux qui seront signés par Ips commissaires députés des deux
années, el en cas de contradiction on s’en rapportera de préférence amdits présents articles, qui ont été signés doubles entre LL. Exe. les généraux desditosdeux armées , tel étant le concert et l’accord entre eux établi.
Fait à Mantoue , le 1®’’ décembre t735.
Le comte de KnEVENUctLCR (t).
(Arch. du dépôt de la guerre, 2819, n<> 10.)
Dans la position où se trouvait M. de Montemar, il ne pouvait faire autrement que d’accepter la suspension d’armes, provisoirement et jusqu’à ce que son gouvernement se fût expliqué. Il notifia son adhésion au comte de Khevenhuller, en date de Florence, le 2 décembre, par une lettre toute castillane, fière, concise, où il semblait accorder une feveur plutôt qu’en recevoir une.
M. le Une Ue Meatemer ■U. le eeaiié de ttheTeanaller,
Klorencp, le î décembre 1735.
M. le duc de Koailles, général des troupes françaises, me mande , tfonsieur, du 30 novembre , de Bozzolo , par une lettre que je n’ai reçue que ce matin , que V. E. avait donné ses ordres pour faire cesser toute hostilité contre les troupes du Roi mon maître , sur la proposition qu'il vous en avait faite et à laquelle il m’a persuadé de me conformer. Je ne doute pas que vous n’ayez reçu là-dessus des ordres de votre cour, et comme je n’en ai reçu aucun de la mienne, je ne puis admettre l’ar-
(1) Le double, signé du maréchal de Noailles, était dans les mains du général impérial.
mislice que conditionnellement En attendant, je donne or*
dre aux postes de la frontière de la Toscane et du Bolonais et dans les places de la Mirandole, Panne et Plaisance, pour que les garnisons ne s’écartent pas au-delà de leur territoire et< qu’elles observent la suspension.
Dieu garde V. E., etc.
Le duc de Montehar.
(Archiv. du dépôt de la guerre, 2819, 38.)
Aucun ordre n’était encore venu de Vienne, puisque cette dépêche est du 2 décembre , lendemain du jour de la signature du traité, et que les articles secrets étiiient motivés sur l’absence d’instructions précises de la part de la cour Impériale. Ces instructions n’arrivèrent que dans le mois de janvier ; elles étaient conformes aux résolutions des cours de Madrid et de Turin qui acceptaient l’armistice. En conséquence les hostilités restèrent définitivement suspendues.
Nous avons à nous occuper maintenant, pour compléter l’historique de cette période, des n^ociations générales qui précédèrent et qui suivirent la campagne de 1755. Ce sera l’objet du chapitre suivant.