CHAPITRE X
Né30cialions pont la paii — Projet de pacification proposé par la Branda- Bretagne — Réponse des Albôs — Tentatives de l’Empereor anprés de la cour de France — Mission de M. de La Baume — Préliminaires de Vienne — Lettre du cardinal de Fleury an Roi de Sardaigne — L'Espagne accède aux préliminaires — Acte de cession des duchés de Parme et de Plaisance à l'Empereur et do grand duché de Toscane a la maison de Lorraine — Diplôme de l'Empereur portant cession du royaume des Deux- Siciles 61 des ports de Toscans an Roi Don Carlos.
A l’époque du traité de Turin, rAngletcrrc et la Hollande s’étaient engagées à conserver la neutralité si la France voulait s'abstenir de toute entreprise contre les Pays-Bas autrichiens. Louis XV l’avait promis par la convention de La Haye , du 24 novembre 1753. Cependant, au printemps de l’année suivante, l’attitude de la Grande-Bretagne inspirait des craintes au cabinet de Versailles, et on lisait dans les instructions du chevalier d’Orléans, dont nous avons retracé l’insignifiante expédition : « Vous devez aussi consi-
c (lérer que data l’incertitude où l’on est sur le parti • que les Anglais prendront, vous pourrez être exc posé, en vous rendant trop tard dans la mer Adria-
< tique, à ne pouvoir en revenir dans la saison propre c à la navigation des galères , et à éviter les escadres « que l’Angleterre enverra vraisemblablement dans « la Méditerranée, si elle vient à se déclarer, et qui
< pourraient vous enfermer dans le golfe (1). > Ces inquiétudes paraissaient en partie fondées sur les démarches très-actives du comte de Kinski pour entraîner l'Angleterre dans le parti de l’Empereur et sur les négociations secrètes qui se poursuivaient à La Haye, par l’intermédiaire de M. Horace Walpole.
On sut à quoi s’en tenir quelques mois plus tai'd, et toute l’Europe fut officiellement informée du résultat des négociations lors de l’ouverture du parlement, en février 1735. Il ne s’agissait pas de rompre la neutralité, mais de rédiger un projet d’accommodement qui devait servir de base à une pacification générale. « Mylords et Messieurs, disait le Roi Georges, dans son discours, je fis l’ouverture de la dernière session du parlement , en l’informant que , comme je n’étais engagé que par mes bons offices dans les transactions qu’on déclarait être les principales causes de la présente guerre en Europe, il était nécessaire d’user d’une prudence et d’une circonspection plus qu’ordinaires, aussi bien que de beaucoup de précaution, pour ne pas se déterminer trop précipitamment dans une conjonc-
(4) Archives de la marine, dossier d'Orléans.
ture si critique et si importante ; examiner les faits allégués de part et d’autre, attendre les conseils des puissances qui sont le plus immédiatement intéressées dans les conséquence de la guerre, et particulièrement concerter avec les Etats Généraux de Provinces- Unie, qui ont les mêmes engagements que moi, les meure qui seraient jugées les plus propre pour notre commune sûreté et pour le rétablissement de la paix en Europe.
< Nous avons agi dae cette grande affaire avec la* confiance mutuelle qui règne entre moi et cette république ; et après avoir considéré conjointement, d’un côté, les pressantes demandes faites tant ici qu’en Hollande pour obtenir des secours contre les puissances en guerre avec l’Empereur, et, d’un autre côté, les assurances réitérées données par les alliés de leur sincère disposition à mettre fin aux présents troubles sous des conditions honorables et solides, j’ai concouru à lu résolution prise par les États-Généraux d’employer, sans perte de temps , nos jointes et sérieuses instances pour amener les choses à un prompt et heureux accommodement , avant d’en venir à nous déterminer sur les secours demandés par l’Empereur. Ces instances n’ont pas d’abord produit, de la part des parties belligérantes, des réponses assez claire» pour nous mettre en état d’exécuter immédiatement nos désirs impartiaux et sincères. Résolus cependant de poursuivre un si grand et salutaire ouvrage, et empêcher que nos sujets ne fussent, sans absolue nécessité, engagés dans la guerre, nous avons renouvelé
l’offre de nos bons oflficcs d’une manière si efficace que nous en avons obtenu l’acceptation.
c En conséquence de cette acceptation, on n’a pas perdu de temps à prendre les mesures qui seraient les plus propres à faire le meilleur usage de leurs bonnes dispositions pour rétablir la tranquillité de l’Europe ; et j’ai la satisfaction de vous informer que les choses sont à présent si avancées que j’espère qu’on peu de temps on soumettra à toutes les puissances engagées dans la présente guerre un plan qui servira de base à une négociation générale et dans lequel l'honneur et l’intérêt de toutes les parties ont été consultés autant que la circonstance des temps et la situation des affaires pouvaient le permettre.
€ Je ne prétends point répondre du succès d’une négociation où il y a tant de différents intérêts à considérer et à concilier . . Mais il eût été inexcusable de négliger une œuvre si importante, qui peut conduire à d’heureux résultats, sans nous apporter aucun préjudice, à moins que nous ne nous laissions abuser par des espérances qui , venant à manquer dans la suite, pourraient nous laisser exposés à des dangers réels. » (La Clef du cabinet, année 1753.)
Le plan de pacification dont il était question dans la harangue de S. M. Britannique ne tarda pas à être communiqué aux puissances intéressées. On le reçut à la cour de France, le 2 mars 1735, par un courrier dépêché de La Haye. Il fut remis à Londres au comte de Kinski par le ministre des affaires étrangères, et à La Hayeau comte d’Uchlfcld parles députes de LL. 1111.
PP. Voici ce document, dont nous abrégeons seulement la première partie, exclusivement relative aux affaires de Pologne.
Pro|e« de paeifleation, préposé par «. M. le Mol de la Graade- ■relapae e» Hli. PP. les depalée de* Elala-Géaéraa* des Prorlaee* - «ale* , sa* palasaBce* cnsasèes dan* la gaerre .
Les événements de la guerre dont la France a dès le
commencement porté le poids principal en Italie, ayant fait tomber entre les mains de la France et de ses alliés les pi incipaus États que l’Empereur possédait dans ce pays avant la guerre, confcrmément aux derniers traités de paix, l’Empereur, animé d’un désir sincère de proposer à l’Europe une paix stable et solide , cédera à l’Infant Don Carlos les royaumes de Naples et de Sicile; comme aussi il cédera au Roi de Sardaigne Tortone et le Tortonais, Novarre et le Novarrais , et le Vigevanesque, pour être détachés du duché de Milan et faire à 1 avenir corps avec le Piémont , avec pouvoir au Roi de Sardaigne de fortifier lesdites places, aussi bien que toutes les autres frontières qu’il jugera nécessaires pour la défense de ses Etats; bien entendu, et à la condition expresse que la France et ses alliés restitueront de bonne foi tout ce qu’ils ont pris d ailleurs à l’Empereur et à l’Empire pendant la présente guerre , et que l’Infant Don Carlos de son côté cédera à l’Empereur tous ses droits sur la Toscane et les duchés de Parme et de Plaisance , pour être possédés par l’Empereur en pleine propriété, à 1 exception notamment de la ville de Livourne, laquelle, pour la liberté du commerce , sera déclarée ville et port libre et indépendant de tout autre souverain que de ses propres magistrats. Et par-dessus cela , l’Infant Don Carlos s’engagera en qualité de Roi de Naples et de Sicile, que le commerce des sujets de
S. M. et de LL. UH. PP. y sera incessamment rétabli et maintenu à tous égards sur le pied qu’il était du vivant de Charles II, Roi d’Espagne, de glorieuse mémoire. Et d’autant que l’Empereur ne pourra pas prendre possession de la Toscane ni en tirer des revenus du vivant du Grand Duc, et qu’en attendant l’Infant Don Carlos jouira des royaumes de Naples et de Sicile, on conviendra dans la négociation d’un dédommagement eu argent en faveur de l'Empereur, durant la vie du Grand Duc.
Comme la conservation de l’équilibre des puissances dont dépend le repos de toute l’Europe, demande absolument l’indivisibilité de tous les Etats de la maison d’Autriche , la France, animée du même désir que l’Empereur de procurer à l’Europe une paix stable et solide , garantira la Pragmatique sanction de l’année 1713, de la même manière que d’autres puissances l’ont déjà garantie, et par conséquent celte garantie ne regardera que les Etats que l'Empereur possède actuellement et qu'il possédera conformément à ce pl.in d’accommodement, sans y comprendre ceux sur lesquels lui ou ses successeurs pourraient avoir des prétentions, ou qu’ils pourraient acquérir par succession , mariage ou autrement. Puisque l’Espagne a déjà garanti ladite Pragmatique-sanction , elle ne fera point de difQculté de renouveler à cette occasion sa garantie, et l’on doit s’attendre que le Roi de Sardaigne n’en fera pas non plus de suivre l’exemple de ses alliés.
Ce serait faire tort à la pénétration des puissances engagées dans la guerre , si S. M . Britannique et LL. HH. PP. pensaient être obligées à détailler les raisons qui doivent, à leur avis, porter lesdiles puissances à accepter ledit plan , ou du moins à le r^arder comme la base sur laquelle on peut d'abord entrer en négociation touchant un accommodement.
C’est aux puissances auxquelles le susdit plan sera présenté qu’il appartient d’en juger, sans que S. M. Britannique et LL.
1111. PP. préteudeol les prévenir en sa faveur aulrcinent qu'en les priant d’en combiner les divers membres et de comparer le tout avec l’état présent des choses; bien persuadées que quiconque voudra se donner cette peine, n’en aura point d’avouer qu’il n’y a qu’un désir sincère de concilier les différends et de procurer par là une paix durable à l'Europe , conduit par une impartialité parfaite, qui l’ait dicté.
S. ÜI. Britannique et LL. Hll. PP. ne peuvent nullement douter que ce plan ne rencontre partout un accueil favorable et que la réponse des puissances auxquelles il sera présenté de leur part ne soit aussi prompte , aussi claire et positive que la circonstance du temps le demande , et qu’elle n’autorise 8. M. Britannique et LL. HH. PP. à faire une nouvelle démarche vers une pacification générale, en proposant la méthode la plus courte de travailler à un traité formel dans lequel tous les différends soient aplanis et finalement ajustés.
Mais quoiqu’il arrive, S. M. Britannique et LL. UH. PP. auront du moins la consolation que ce plan servira pour le temps à venir de monument de leur sincère désir de procurer la paix à l’Europe, et que ceux qui refuseront d’y donner les mains seront seuls responsables de tous les malheurs qui pourraient arriver par suite de la continuation de la guerre. Bien, au reste, n’est plus capable, de l’aveu de tout le monde, de reculer la pacification, qu’en faisant naître de nouveaux obstacles, et par conséquent rien n’est plus opposé au but de S. M. Britannique et de LL. HH. PP., en proposant ce projet d’accommodement aux parties belligérantes, que la continuation des hostilités; et c'est aussi parces considérations qu’elles se jugent indispensablement obligées à proposer avant toute chose aux parties belligérants un armistice pour tqut le temps de la négociation, et de leur recommander, avec tout l’empressement dont elles sont capables, d’y consentir chacune de son côté sans perte de temps,
le printemps, et par conséquent la saison de mettre les armées en campagne, s'approchant à grands pas.
[Hist. de la dem. guerre, t. Il, p. 438 et suiv.)
La réponse de la cour de Vienne fut à peu près conforme aux vœux exprimés dans le projet des puissanees maritimes. MM. d’Uehlfeld et de Kinski leur notifièrent, en substance, que bien que S. M. Impériale ne pût dissimuler son étonnement au sujet des grands avantages stipulés en faveur de ses ennemis, cependant, pour témoigner de son entier désin téressement aussi bien que de sa déférence aux intentions conciliatrices de S. M. Britannique de LL. HH. PP. des Etats-Généraux, elle était disposée à accepter le projet comme base d’un accommodement; S. M. Impériale ne refuserait pas de souscrire à l’armistice quand elle saurait le sentiment de la cour d’Espagne et dès que la France voudrait consentir à retirer ses troupes des terres de l’Empire ; au reste, et si le plau des médiateurs n'était pas agréé des trois cours alliées, l’Empereur espérait que les puissances maritimes, satisfaites de son excessive modération, ne différeraient plus à lui donner les secours qu’il ne cessait de réclamer en vertu des traités.
Nous avons déjà cité quelques-unes des notes de la Chancellerie de Vienne ; on peut remarquer qu’elles sont toutes rédigées sur le môme modèle, et, il faut le dire, avec la môme habileté. En 1755, comme cul732, loi-s des conférences de Londres, le but de l’Empereur était d’obtenir l’inlcrvenlion de la Grande-Bretagne:
non qu’il ne désirât la paix, mais parcé qu’il savait très-bien que les alliés n’y souscriraient pas. Et eomment, l’espérer quand l’arrivée do M. de Montemar dans la Toscane allait augmenter leurs forces de près d’un tiers? Comment espérer en partieulier que l’Espagne et la Sardaigne eonsentiraient, l’une à évaeuer la plus grande partie du Milanais, l’objet constant de son ambition ; l’autre, à eéder ees duchés qui lui avaient coûté tant de peines et de négociations ? Or, si les alliés refusaient de se soumettre au projet des médiateurs, il en résultait deux choses, également favorables aux intérêts de la cour de Vienne : la première, qu’api*ès avoir été la cause réelle de la guerre, elle renversait les rôles, en rejetant sur ses ennemis la responsabilité des événements ; la seeonde, que, la question ainsi posée et sa modération bien établie, elle avait toutes chances d’obtenir enfin l’intervention des puissances maritimes.
Les alliés répondirent effectivement que, toujours disposés à concourir à une paix prompte , durable et soUde, ils regrettaient de ne pas trouver dans le plan qui leur avait été communiqué des propositions plus propres à y parvenir ; ce plan ne stipulait aucune satisfaction pour la France, relativement aux affaires de Pologne, ni rien qui limitât l’excessif pouvoir de la maison d’Autriche. Au cas où la guerre viendrait â se prolonger contre les vœux très-sincères des trois couronnes, l’Europe connaissait assez l’histoire des dernières années pour rejeter sur qui de droit la responsabilité des malheurs qui pourraient survenir. Les alliés
voulaient sc persuader, d’ailleurs , qu’ils n’auraient qu’à se louer de leur confiance dans les auteurs du projet, et qüe ces derniers s'empresseraient de travailler à un but si désirable par des moyens praticables, conformes à l’honneur et aux intérêts des puissance belligérantes aussi bien qu’au véritable équilibre de l’Europe. On ne pouvait s’empêcher d’avouer que, pour y parvenir, rien ne serait plus convenable que do faire usage d'une supension d'armes, à laquelle les alliés étaient d’autant plus disposés que leur dessein n’était pas d’abuser des succès qu’ils avaient obtenus et de ceux qu’ils pourraient obtenir encore. Si cette mesure était jugée capable d’accélérer la paix , les alliés ne seraient pas éloignés de donner à l'Europe cette nouvefie preuve de leur bonne volonté , dès que l’on aurait déterminé d’un commun accord les conditions de l’armistice.
En d’autres termes, on rejetait le projet d’accommodement. La campagne de 1735 commença sur ces entrefaites. Nous en avons esquissé 1^ phases prin> cipales , les rapides succès , bientôt arrêtés par la mtointelligence des cours d’Ës{»gne et de Sardaigne, ou plutôt par la politique théré(htaire de la maêon de Savoie , qui ne vmilait à aucun prix chasser complètement les Impériaux de l'Italie. Politique fort habile, qu’elle suivit constamment avec une invariable fidélité , mais dont elle allait être la première victime.
Dans les premiers jours du mois d’aoât, après les conférences de Marmirolo, où le Roi de Sardaigne
avait fonnellemeiit refusé l’artillerie uéeessaire au siège de Maiitouc, l’Empereur, découragé par les revers de la campagne, fit sonder la cour de Versailles, offrant do se prêter aux ouvertures qu’on pourrait faire pour arriver à une conciliation. Ses offres furent acceptées d’autant plus volontiers par le cardinal de Fleury qu’une rupture entre les alliés paraissait à peu près inévitable, et que les puissances maritimes, sans se dessiner encore bien nettement , continuaient cependant à lui inspirer quelques inquiétudes. Ainsi, en Hollande, on parlait d’une augmentation de troupes et d’une promotion d’officiers généraux , ce qui pouvait obliger la France à affaiblir ses armées d’Allemagne et de Lombardie , pour former un corps d’observation sur la frontière des Pays-Bas. Le Cardinal dépêcha donc à Vienne, dans le plus grand secret, un homme de couBance, M. de La Baume, avec mission de sonder le terrain. Cet agent n’avait pas de pouvoirs pour traiter; il ne les reçut que le 20 septembre, après avoir informé son gouvernement que , d’après ce qu’il avait vu, l’Empereur désirait sincèrement la paix , et qu’il ne s’éloignait pas de ce qu'on pouvait raisonnablement demander.
Les premières conférences n’amenèrent d’abord aucun résultat. M. de La Baume allait même quitter Vienne, et ses chevaux étaient déjà attelés dans la cour de son hôtel, quand les ministres impériaux se décidèrent à transiger sur différents points essentiels. En conséquence, le 2 octobre, on signa de part et d’autre un traité de préliminaires sub sfterati, à titre
de pi'ojet seulement, et qui n’engageait personne. La France crut devoir le ratifier , bien que la Sardaigne et l’Espagne y fussent fort maltraitées ; mais les circonstances ne laissaient pas le choix. En voici les principaux articles, tels que M. d’Ângervilliers les expédiait au maréchal de Noailles , dans sa dépêche du 9 novembre 1735.
Article* préllmlutre* Ae la pals.
Le Roi, beau-père de S. M. T.-C., qui abdiquera, sera reconnu et conservera les titres de Roi de Pologne et de grandduc de Lithuanie, les provinces et villes de la Pologne seront maintenues et garanties dans leurs droits, libertés, honneurs et privilèges des constitutions des Polonais, et particulièrement de la plus libre élection de leurs Rois.
Le Roi, beau-père de S. M. sera en possession du duché de Bar, après la mort du grand-duc ; il sera encore mis en possession du duché de Lorraine pour jouir des deux duchés sa vie durant, lesquels, après sa mort, seront réunis en pleine souveraineté et à toujours à la couronne de France.
Le roi Auguste sera reconnu roi de Pologne et grand-duc de Lithuanie.
Le grand duché de Toscane, après la mort des présents possesseurs, appartiendra à ta maison de Lorraine.
Les royaumes de Kaples et de Sicile , avec les places de Toscane , appartiendront au prince qui en est actuellement en possession.
Le Roi de Sardaigne possédera, à son choix , ou le Novarriiis et le Yigevanesgue, ou le Novarrais et le Torlonais , ou
le Tortonaû et le Vigevanesque. 11 aura de plus la supériorité territoriale des terres de Laugbes («ic), conformément à la liste produite parle commandeur de Solar en 1732, avec les quatre terres de S. Fedele, Torre di Forte, Gravedo et Campo- Maggiore ; il lui sera libre de fortifier telles places qu’il jugera à propos dans les pays acquis ou cédés.
On rendra à S. M. I. les autres Etats qu’elle possédait en Italie avant la présente guerre ; en outre lui seront cédés les duchés de Parme et de Plaisance, comme aussi seront restituées à S. M. I. et à l’Empire toutes les conquêtes faites sur l’un ou sur l’autre.
S. M. T. C. garantira la Pragmalique-sanction.
{Archives du dépôt de la guerre, 2818, 34 bis.)
Ainsi, non-seulement la France traitait à Vienne sans le concours de ses alliés, mais encore elle enlevait à la Sardaigne la plus grande partie du Milanais, et à l’Espagne le Mantouan, Parme, Plaisance et le grand duché de Toscane, destiné à dédommager la maison de Lorraine. Si impérieuses que fussent les conjonctures qui l’y avaient fatalement condamnée, sa position vis-à-vis des alliés n’en était pas moins extrêmement délicate, et il est facile de comprendre l’embarras du cardinal de Fleury , obligé de leur apprendre presqu’enmême temps l’existence d’une négociation particulière entre la France et l’Autriche, la signature des préliminaires de Vienne , et les conditions du traité , toutes choses qu’ils pouvaient considérer comme manifestement contraires aux stipulations de Turin et del’Escurial. On ne lira donc pas sans quelque intérêt les trois lettres suivantes , adressées par le pre-
mier ministre au roi de Sardaigne, trois chefs-d’œuvre de tact, de finesse et de diplomatie.
La première est datée du 27 octobre , vingt-cinq jours après la signature du traité.
H, E. le rardiBsl de Fleary à S. M. le Bel do Sardelsee.
27 octobre 1735.
Sire,
Les affaires générales se trouvent dans un moment de crise qui demande que j’ouvre mon cœur sans réserve à Votre Majesté, au nom du Roi son neveu, sur la situation présente où nous nous trouvons, et dont il y a longtemps que les circonstances nous occupent.
Si les dispositions générales de l’Europe et une parfaite union entre les trois couronnes eussent répondu au succès dont Dieu a favorisé nos armtô jusqu’à présent , nous aurions tout lieu d’en espérer les fruits que nous nous en étions promis , et de fixer les conditions de la paix aux mêmes bornes et à la même étendue que nos conquêtes.
La Providence a permis que depuis la déclaration de la guerre, l’Empereur n’a pu trouver des alliés nouveaux qui crussent devoir partager l’injustice de sa cause. Mais nous ne voyons que trop que les principales puissances qui sont demeurées neutres jusqu’à cette heure, ont conçu dès le commencement de nos succès de grandes alarmes des pertes qu’a souffertes l’Empereur , aussi bien que des vastes projets qu’elles supposaient ou faisaient semblant de nous attribuer en commun.
L’espérance de procurer la paix a seule suspendu les effets de cette jalousie déclarée, et nous avons vu môme qu’elle s’est fortifiée à mesure que notre juste refus d’accepter le plan de paix
qu'on nous avait présenté a paru augmenter leur inquiétude. Nous n'en avons pas été moins fermes dans nos principes, et nous avons continué nos efforts de concert pour tâcher de rendre impuissantes, si nous ne pouvions les guérir, des alarmes dont nous apercevions de plus en plus l'accroissement
La campagne s'est ouverte, et Votre Majesté s’y est trouvée en personne avec une valeur et une capacité qui la rendent aussi recommandable dans les siècles à venir qu’elle l’est déjà aux yeux de ceux qui en ont été les témoins et de toute l'Europe.
Hais la prudence oblige à prévoir les obstacles que l'on peut avoir à combattre , et doit conduire à des résolutions sages et solides , et par là plus glorieuses souvent que celles qui offrent un éclat plus apparent.
Nous ne pouvons nous tromper. Sire, sur la situation
présente des affaires. Nos succès en Italie ne peuvent guère être portés plus loin ; et cependant, tant que la guerre durera , ils demandent , pour être soutenus et conservés, les efforts et les mêmes dépenses qui ont été nécessaires pour y parvenir, et nous faisons aujourd'hui l'expérience que l'Empereur, avec des forces médiocres , dans les goiges duTyrol et du Trentin-j nous oblige à tenir vis-à-vis de lui des forces Infiniment supérieures.
Nous ne devons pas nous flatter , Sire , que l'Angleterre et la Hollande veuillent et pufssent continuer d’étre spectatrices des événements présents. Nous voyons leur tranquillité s’ébranler tous les jours davantage et céder à des inquiétudes qui nous en feraient sans doute des ennemis très-dangereux en nous obligeant de partager des forces déjà à peine sufSsantes pour tous les pays oh elles sont employées. Ces puissances ne s’expliquent déjà que trop clairement sur l’intérêt qu’elles ont de ne pas voir TEmpereur chassé absolument de l’Italie , et sans examiner si
c'cstun îDlérél bien entendu ou non. Il est très vrai et très réel qu'on parle en Hollande , quoique assez bien disposée par elle-même, comme d’une chose assurée, d'une promotion d'offlciers-générauxet d’une augmentation de troupes, et il n’est que trop vraisemblable que ces motifs ou vrais ou supposés porteront cette république et l’Angleterre à des résolutions favorables à l’Empereur.
La cour de Vienne est trop connue pour ne pas savoir combien les moindres avantages attenteraient sa hauteur et son inflexibilité pour la paix , et bientôt il ne se trouverait plus aucune proportion entre ce qu’elle accorderait aujourd’hui et ce qu’elle croirait pouvoir refuser , si elle se voyait soutenue de ces deux puissances, qui en entraîneraient peut-être d’autres aussi.
Je n’ai pas besoin de remettre sous les yeux de Votre Majesté l’état actuel des affaires de Pologne, pour lesquelles nous avons plis les armes ; mais je ne craindrai pas de lui avouer que malgré nos succès U est pretqm impostible que le Roi ne se trouve forcé à sacrifier les justes droits du Roi son père sur cette courome, et , en ce cas , de préférer le désir de procurer des conditions plus avantageuses pour nos alliés, à la gloire de mettre le Roi son beau-père sur le trône.
Sa Majesté est persuadée qu’elle perpétuerait la guerre, si elle insistait surcetarticle, quoique infiniment cher; et connaissant la fidélité de Votre Mqjesté, elle se flalle qu'elle n' abandonnerait pas le Roi son neveu dans une affaire si intéressante pour lui; mais elle se forait enméme temps un juste scrupule exiger de Votre Majesté un parti qui lui deviendrait trop onéreux par sa durée et trop dangereux par le moindre revers de fortune; et, après avoir mis son honneur à couvert dans celte fâcheuse affaire, elle tourne toutes ses vues vers ce qui pourra procurer une paix satisfaisante à Votre Majesté. Le Roi ne peut lui donner une marque plus grande de sa confiance
que de lui avouer que c’est le seul plan propre à lui éviter les embarras que pourraient occasionner (frs vues trop étendue$, et que Votre Majesté elle-même a toujours paru oraindre. Elles ne doivent pas faire un des moindres objets de nos réflexions communes, surtout dans un moment où nous voyons l’Espagne, sans aucun concert, prendre des partis dont nous ne pouvons envisager que de tristes et funestes suites, si nous ne nous hâtons pas de les prévenir.
Non-seulement ces partis exposent nos troupes respectives , mais ils doivent encore nous faire envisager que tout est à craindre de* la part d’une puissance qui se gouverne par de semblables principes. C’est pour en prévenir les inconvénients que nous avons souventdemandé à Votre Majesté des complaisances pour la cour de Madrid;, dont la demande a paru nous faire soupçonner de partialité pour cette couronne.
Votre Majesté était en droit d'exiger son accession en faveur de la reconnaissance qu'elle faisait du Roi des Deux-Siciles et de toute l’utilité dont elle lui avait été pour la conquête de ces deux royaumes; mais elle voit combien peu nous devons compter sur une puissance que ses propres intérêts ne peuvent ni ramener, ni contenir dans des bornes raisonnables. Ce sont toutes ces considérations qui ont engagé le Roi à entrer enfin dans les diflérentes ouvertures de paix qui lui ont été faites de la part de l’Empereur, et d’écouter tout nouvellement ses propositions. Le Roi a cru devoir rendre Votre Majesté la première dépositaire de cet important secret, que son amitié et sa fidélité exigent de lui confier
Quand nous rejetâmes le partage que le plan du mois de février dernier offrait à Votre Majesté, nous sentîmes qu’il ne pouvait pas lui convenir, même dans le cas oh elle consentirait à mettre des bornes â ce que nos engagements et le succès de nos armes devaient naturellement lui faire espérer, et pour l’exécu-
tiOD desquels le Roi n'a rien négligé. Mous voyons d'ailleurs que ce plan ne portait sur aucun des points que V. M. avai^ exigés, lorsqu'elle traitait en 4732 avec r£mpereur pour tonner une alliance avec ce prince, et que les convenances principales qu'elle avait en vue dans cette négociation n’y étaient point comprises , quoique ce fût le principal motif de rengagement qu'elle voulait bien prendre, si on le lui eût accordé.
.... Voilà, Sire, la situation où nous nous trouvions, lorsqu’àvec une surprise que nous ne pouvions exprimer, nous avons vu tout d'un coup l’Espagne prendre le parti de donner des ordres à son général de retirer ses troupes et de les envoyer dans les Etats du Roi son fils, ainsi que Votre Majesté en sera instruite. Mous avons senti toutes les suites d'un pareil éclat pour la sûreté de vos troupes aussi bien que des nôtres, et pour l’impossibilité de conserver les postes en avant que nous occupons, twrloul Votre Majesté retirant au$»i les tiennes vers l’Âdda.
Je crois. Sire, que dans de si tristes conjonctures, et à la veille de voir éclater la désunion entre Votre Majesté et l’Espagne, et par conséquent de la dissolution entière de notre triple alliance, qui rendrait la cour de Vienne plus fibre et plus inflexible, la prudence et notre sûreté commune demandent que nous prévenions les funestes suites qui en résulteraient. L'Espagne a déclaré à M. de Vaulgrenant qu’elle ne paierait plus les subsides où elle est engagée; elle nous en doit encore six mois, qui montent à plus de 400 mille piastres. Mos dépenses augmenteraient au lieu de diminuer ; il faudrait augmenter aussi nos troupes; l’Empereur et les puissances médiatrices voudraient nous faire la loi, et je n'ai pas besoin de faire envisager à Votre Majesté quelles en seraient les suites.
Nous ne pouvons pas même répondre que la Reine d'Espagne, vive comme elle l’est dans ses passions, et qui a répété plusieurs fois qu’il valait inieu.x périr que de céder, ne Ri
tout d’un coup, pour se venger, un second traité de Vienne.
Je conjure Votre Majesté, au nom du Roi son neveu, de peser toutes ces réflexions avec sa liante prudence , et d’être persuadée que ce n'est qu’avec la plus extrême peine et parle péril im. minent qui nous menace , que je me suis déterminé à les exposer à Votre Majesté , plus encore pour son intérêt que pour le nôtre. Si nous perdons ce moment de parvenir à la paix, nous ne le retrouverons plus, et je crois que le temps presse.
J’ose assurer Votre Majesté que je n'ai donné à l'Espagne aucune connaissance de ce détail , et nous différerons de le lui donner autant qu’il sera possible , afin que le Roi et Votre Majesté aient le temps de se fixer à des principes communs. Ce n’est point qu’il n’ait été question de la part de l’Empereur du partage du Roi des Deux-Siciles, qu’on a bien senti que le Roi ni Votre Majesté ne voudraient point abandonner jusqu'à un certain point pour leurs intérêts et pour leur honneur, surtout en prenant soin d’éloigner tout ce qui pourrait être occasion d’ombrage ou d’inquiétudes pour Votre Majesté.
Jamais conjoncture n’a été plus délicate ni plus décisive, et je n’ai qu’à m’en remettre à la prudence et aux lumières de Votre Majesté. Je la supplie de trouver bon qu’il n’y ait que l'ambassadeur du Roi dans la connaissance du sujet qui fait l’objet de cette lettre.
Je suis, etc.
Le cardinal de Fleury.
On ne saurait vraiment trop admirer avec quel art, quelle délicatesse, quels détours ingénieux, le premier ministre abordait une question si diUflcile et si périlleuse. Al’entcndre, tous les sacrifices étaient pour la France : il pAraissait impossible que le Roi ne se
trouvât forcé à sacrifier les justes droits du Roi son beau-père. Sa Majesté pouvait insister sur ce point, et elle connaissait assez la fidélité du Roi de Sardaigne pour être persuadée qu'il ne l’abandonnerait point dans une conjoncture si importante; cependant, elle voulait bien ne pas exiger de son auguste allié un parti qui lui deviendrait trop onéreux, son but étant d’éviter les embarras que pourraient occasionner des vues trop étendues, et que S. M. elle-même avait toujours paru craindre. Quant à l’Espagne, on rejetait sur elle tous les malheurs de la campagne. Après tout, il fallait bien les rejeter sur quelqu’un, et d’ailleurs, par un jeu de bascule assez ordinaire en pareille circonstance, la Sardaigne n’était pas beaucoup plus ménagée dans la correspondance du cardinal avec la cour d’Espagne.
Les deux autres lettres , datées des 5 et 8 novembre 1755, contenaient le précis des négociations.