CHAPITRE II
Troubles à Naples — Coup J'œil rétrospecül sut le jouveruenicnl des vice-rois
— Conspiralion de la Macrhia — Le baron de Chassiuet — Dtouverle du complol — Bela'àcn des événements des 23. 24 et 2b septembre 1701
— Procès des rebelles — Mort de D. Ciasepne Capece — Le prince de Chiusano — Arrivée de Philippe V ô Naples — lettre de M d’Herbanll.
Philippe d’Anjou, proclamé Roi sous le nom do Philippe V, fut reçu avec enthousiasme par ses nouveaux sujets qui voyaient en lui le prince de leur choix. Il fît son entrée solennelle à Madrid, le 16 avril 1 701 , au milieu des démonstrations de la joie la plus bruyante. A Naples (1) seulement quelques troubles éclatèrent, et voici dans quelles circonstances.
(t) (I Le royaume de Naples est la partie la plus méridionale do l'Italie i on la divise en quatre grandes parties , et chacune de ces trois partiesen trois provinces -.fia Terre do Labour, composéede laTerre de I.abour propre, de la Principaulé cilérieurc et de la Principauté nlté-
Naples appartenait à l’Espagne depuis Ferdinand le Gtlholique. Conquise par l’cpée du laineux Gonzalve,
^ licaro; 2° l’Abruzze, composée de l’Abruzzu citôrieuro etderAbruzze ultérieure et du comté do Molisc j 3° la Pouille, qui comprend la Capitanate, la Terre do Bari et la Terre d’Otranto; 4° la Calabre, qui contient la Calabre citérieure, la Cidabro ultérieure et la nasilicatc. Ces douze provinces et quelques îles voisines composent le royaume de Naples, qui est le plus agréable et le plus délicieux pays de l’Europe.
« Quoique le royaume no soit pas d’une grande étendue, il renferme néanmoins 1 27 villes qui ont titre d’évCché, et 20 autres avec archevêché. Le revenu de l’État monte à douze millions d’Italie. Les Français, les Aragonais et les Espagnols, qui l’ont gouverné les uns après les autres, l’ont tous tenu comme un fief du Saint-Siège, en reconnaissance duquel on présente au Pape, la veille de Saint-Pierre, unohaquenee blanche de sept mille ducats d’or. Parmi les merveilles qu’on trouve dans le royaume de Naples, on met le Mont Vésuve, lo •Mont Cassin, les lieux délicieux de Pouzzoles, etc.
« La ville de Naples, capitale du royaume do ce même nom, est un des plus fameux ports de mer do la Méditerranée. On prétend que cette ville est beaucoup plus ancienne que Rome, ayant été fondée par les Grecs, sur lesquels les Romains s’en rendirent les maîtres ; mais, dans lo déclin de l’empire romain, les Goths s’en emparèrent et en furent ensuite cbas.sés par BélLsaire. Les Lombards l’occupèrent i|uelque temps; les Grecs leur succédèrent on l’an 8î9; les Sarrazins la prirent et la garderont 80 ans. Los Normands la leur ôtèrent et la possédèrent 4 65 ans. après lesquels lu couronne des Deux-Siciles passa dans la maison de Souabe, en U9t,ety resta jusqu’en 4 263, que Charles d’Anjou en fut investi. Les Vêpres Siciliennes, qui arrivèrent le jour do Piques de l’année 4 282, où tous les Français qui étaient en Sicile furent égorgés dans les églises pendant lo service divin , cette perfidie, dis-je, fit perdre la Sicile à Charles d’Anjou ; mais lui et s;r postérité re.stèrent maîtres de Naples jusqu’en 4 440, que Jeanne adopta Alphonse d’Aragon, puis Louis d’Anjou et ensuite Rene son h ère, et sur qui les .\ragonais rusurpèrent.
l•llo devint une province séprée , gouvernée pr des vice-rois. On a ponl-étre exagéré les calamités de leur
« Charles VIII et Louis XII, lois de France, en firent h conquête et conservèrent Naples jusqu’à ce que Ferdinand do Cordouu en chassa les Français on IS03, et l’assura à Ferdinand, roi d’Aragon et de Castille; et c’est depuis ce tcmps-là que les Espagnols possèdent ce royaume.
< La ville de Naples est défendue par trois forteresses ou châteaux ; celui de Saint-Elme fut biUi par les Normands sur le haut d'un rocher escarpé au septentrion do la ville ; Charles V, empereur, en fit augmenter les fortifications et le uomma la Bride de Naples. La seconde forteresse, qu’on nomme le Château de l’OEuf (Castel del Uovo), est bâti sur un écueil à deux cent vingt pas de la terre forme, et communique a la ville par une chaussée assez étroite ; on le nomme aussi le Château Normand, parce que ce furent les Normands qui en firent une forteresse. La troisième citadelle s'appelle le Château Neuf (Castel- Suovo) ; il fut construit sur pilotis au rivage de la mer, par Charles !•', frère de saint Louis; mais Alphonse I*', roi d’Aragon, qui en connaissait l’importance, le lit fortifier extraordinairement. Il y a dan.s plusieurs autres quartiers des tours et autres ouvrages fortifiés, qui, s’ils étaient munis de provisions de bouche et de guerre, et de troupes fidèles et bien intentionnées, pourraient défendre la ville contre une armée do 60,000 hommes, ou, si elle venait à se révolter et à y introduire dos ennemis, les batteries de ces forteresses réduiraient en cendres la plus grande partie de la ville.
« Pour donner une idée de la grandeur de Naples, je remarquerai qu’elle a neuf milles de circuit, sans y comprendre sept faubourgs -, qu’on estime que le tout ensemble est peuplé d’environ 600,000 âme.s ; que. dans la ville et ses faubourgs, il y a 36 paroisses, 70 autres églises desservies par dos prêtre.» séculiers; 130 chapelles de confréries; 1 1 hôpitaux, 8 séminaires, tli couvents d’hommes , C8 de filles, et >]u’enfiii les plus riches et les plu.s belles églises d'Italie sont colles de Naples 11 y a de très-belles fontaines, dont l’eau est fournie par des aqueducs qui y conduisent la petite rivière de Sebelo; et c’est
iuiniinistration. En histoire, plus qu'eu toute autre chose, il faut se tenir en garde contre les partis pris. Or, il est incontestable que si quelques-uns des délégués de la cour dé Madrid laissèrent derrière eux de tristes souvenirs, la plupart furent des hommes sages, éclairés, quelques-uns même plus éclairés que leur siècle ; de ce nombre le comte de Ribagorza, Pierre de Tolède , lors de ravénement de Charles-Quint à l’Empire; après eux le cardinal Paceco, le duc d’Alcala, les comtes de Miranda , de Benavente et de Lemos. On s'étonne d’une réprobation si absolue, si unanime, quand on songe aux institutions do tout genre, aux monuments innombrables dont ils ont doté le royanmo (le Naples. C’est à eux qu’il faut rapporter les premières atteintes portées aux abus du droit d’asile ; c’est eux qui, les premiers, formulèrent dans le.s Deux-Sicilcs, dans une société toute féodale cl toute aristocratique, ce grand principe des sociétés modernes, l’égalité devant la loi (1). Pierre de Tolède laissa sou nom à celte avenue de ()alais dont Naples
|Wii ces aqueducs qu’Alphousc II prit la ville eu (Hi. Les rues sont larges et tirées au cordeau, sous lesquelles ou u |>ratiqué un conduit, comme dans presque toutes los villes de liollaude, qui, recevant l’eau de la pluie et les immondices .à travers des giilte de fer, vont les conduire dans la mér, cl par ce moyen les rues sont toujours nettes L’air y est dou.v et tempéré, et elle a été le .séjour de plusieurs hommes illustres, comme Virgile, Tite-Live, Horace, Senèque, elc. •
(Journal hisloriijue sur le* malirres du temps, conlniant aussi «juclqiirs iiouretU's de Uttératuri cl autres remaripirs curieuses, .N'’ île septembre 1707).
(I) .V<‘r)ioirr.t sur h rnijaiimc de ,\aplrs. par le romlc Oilolf.
s’enorgueillit encore aujourd’hui ; la Vicairic , le Palais-Royal datent de son passage. Le Lai’go dcl Castello, les Granili, le palais de’ Studi, sont autant de traces de l’activité, des lumières et delà magniGcence de ses successeurs. Chose inouïe, loi'squ’on songeaux temps et aux mœurs, jamais l’Inquisition ne put s’établir à Naples. Les vice-rois cédèrent toujoure à l’aversion des esprits pour ce tribunal fameux.
Si l’on pouvait reprocher quelque chose au gouvernement espagnol, c’était son excessive habileté, et, pour nous servir d’une expression qui rendra complètement notre pensée, son' caractère profondément diplomatique. On sait les prétentions que plusieurs maisons souveraines conservaient sur le royaume de Naples et les guerres sanglantes qu’elles avaient souvent excitées. Ferdinand connaissait d’ailleurs l’esprit de la nation napolitaine, et l’iiistoire ne lui fournissait que trop de preuves de sa légèreté, de son inconstance et de son penchant pour les nouveautés. Ce fut pour se mettre à l’abri des révolutions qu’avaient éprouvées les deux premières maisons d’Anjou , que ce prince, esprit supérieur, politique souverainement habile , conçut le projet de tenir le royaume de Naples dans une dépendance complète et de le mettre hors d’étal de SC donner à quelque puissance étrangère. Dans ce but , Ferdinand et ses successeure s’appliquèrent tout d’abord, d’une part à abaisser les grandes familles, de rautre, à diviser le peuple et la noblesse , pour empêcher un accord j)réjudiciable à leur couronne.
On doit ruUuchei' au iiu'mc principe les cm[irunls considérables que les Rois d’Espagne firent fréquemment dans le royaume de Naples, et dont les intérêts furent assignés sur le produit des fermes et des impositions ordinaires. Beaucoup de familles de la noblesse et de la bourgeoisie, qui se procuraient ainsi un placement sûr et un revenu fixe, se hâtèrent déporter leur argent dans les caisses de l’Etat. Dès lors presque toutes les feiTOCS du royaume furent aliénées de fait et hypothéquées aux particuliei-s. (Combinaison profonde et admirablement calculée : par ce moyen les intérêts des Napolitains s’identifiaient avec ceux du souverain, puisqu’on changeant de domination ils avaient à craindre qu’un nouveau maître ne leur disputât la légitimité de leurs créances. De plus, ces mômes particuliers, et c’étaient toujoui-s les plus influents par leur position de fortune, ces mômes particuliers, disons-uous, se trouvaient intéressés au versement régulier de la totalité des impôts, puisque leur fortune, ou tout au moins une partie de leur revenu, en dépendait immédiatement.
Une circonstance se présenta , vei-s le milieu du xvH« siècle, qui mit dans tout son jour la prévoyance du cabinet de Madrid. Les Rois d’Espagne, dont les besoins croissaient sans cesse , et dont les ressources étaient fort diminuées par suite de ces aliénations, furent obligés de combler les vides du trésor en frappant de nouveaux droits. Ils atteignirent bientôt un chifl'rc énorme. On a calculé que, de I02G à 164-6, c’est-à-dire pendant l’espace de vingt ans, l’Espagne
avait tiré du royaume de Naples plus de 80 millions de ducats, produits de gabelles, d’octrois et d’impôls extraordinaires. De là un mécontentement général IKirmi les classes inférieures ; de là cette célèbre révolte de 1647 (1), commencée par le pécheur Thomas Aniello, et finie misérablement avec le duc de Guise , sous le nom bâtard de royale république napoU* mine.
Il ne faut pas se méprendre sur le caractère de celle insurrection et y chercher le développement d’une sorte d’esprit national complètement étranger aux [)réoccupations de ses auteurs. Le peuple en vou> luit aux impéts, et nullement au gouvernement espagnol. Quelques paysans s’ameutent dans un coin de la capitale et demandent l’abolition de la taxe sur les fruits. Plus de gabelle! vive le Roi d'Espagne! tel est le cri des révoltés. L’insurrection va grossissant ; elle se donne pour chef un homme de la plus vile populace et le massacre huit jours après. Voilà sa première |)hasc. Le prince Toraido veut régulariser le mouvement; le mouvement est plus fort que lui. Annesc recueille alors son sanglant héritage ]X)urlc léguer un peu plus lard h un descendant de la maison
(t) Insurrerlion de Naple/t en 46i*, par le duc de Rivas ; ouviage liaduit de l'espagnol et précédé d'une introduction, par le baron l.éon d’Hervey Saint-Denys.
Nous recommandons à nos lecteurs cct important travail, plein do faits nouveaux et d'épisodes du plus haut intérêt,, L'Histoire do la révolte de Masaniello, si peu connue ipioique si jiopidaire, ne pouvait trouver un plus éininenl intei prèle el un tiailurlriir plus ron- ■sciencieux. (Paris, AmvnI, 1R40.',
(i’Aujou. Yoilù lasccoude phase de rinsiiiTcclioii, tout à fait distincte de la première, et où l’on arriva graduclicment, non par un besoin d’indépendance ou de liberté, mais par la |)cutc fatale des révolutions, (domine toujoure, on avait dépassé le but. Après s’être insui^é contre le fisc, on s’insurgeait eontre le souverain. L’émeute était devenue rébellion.
Il semblait qu’au milieu de cireonstances aussi critiques, le royaume de Naples dût être définitivement soustrait au sceptre de l’Espagne. Mais ce furent ces circonstances mêmes qui justifièrent sa politique ; elh* était plus puissante qu’une révolution. Au lieu de risquer contre les rebelles le peu de forces dont il dis[io- .sait, le duc d’Arcos ne songea qu’à se maintenir dans les châteaux, à gagner du temps, à négocier, entretenant avec succès l’animosité qui régnait entre le |)cuple et la noblesse. Quelques mois s’écoulent ainsi avec des alternatives diverses. Enfin D. Juan d’Autriche parait devant Naples à la tête d’une flotte espagnole, et au nom de Philippe IV, dont il tient ses pleins pouvoirs, il déclare que tous les impôts sont abolis.
Qu’arriva-t-il alors? Ce qu’avait prévu la cour »le Madrid, et ce que tout le monde aurait dû prévoir. Il arriva que le peuple crut avoir remporté une vieloû-o et qu’il s'aperçut bientôt combien cette victoire lui était funeste ; que ce moment de triomphe, qui trompa les plus clairvoyants, devint la source de la nfisère publique. La noblesse et la bourgeoisie se trouvant ruinées en tout ou en partie |K>r la suppression des revenus qui les faisaient vivre, une perturbation pro-
fonde ^’iiilruduisil dans le commerce iiilérieur. Qu’arriva-l-il ciifiu? La chose la plus étrange, la plus. extraordinaire et dont il n’y a peut-être pas d’exemple ilans riiistoire de l’Europe : il arriva que ce même peuple qui avait combattu avec tant d’opiniâtreté pour l’abolition des impôts, ne l’eut pas plus tôt obtenue qu’il se vit forcé d’en demander le rétablissement. Lis Napolitains les plus sensés comprirent qu’il n’y avait pas d’autre moyen de rétablir le commerce et la circulation dans le royaume, et c’est sur ce motif ipi’ost fondée la fameuse requête de 1651.
Depuis lois jusqu’à la mort de Charles U, dix viccruis se succédèrent à Naples. Ces cinquante-deux années, si pleines de calamités pour le reste de l’Europie, ne furent guère troublées dans ce royaume que par les l alamités naturelles de la disette et des tremblements de teri-e. En 1700, le duc de Medina-Cœli fit proclamer Philippe V, qu’on reconnut sans difficulté et dont l’avénement n’eût été le prétexte d’aucune agitation, si la politique autrichienne, en flattant quelques ambitions mécontentes, n’eût essayé de soulever les Deux-Siciles contre leur nouveau souverain.
On se rappelle que l’Empereur avait formellement refusé d’adhérer au dernier traité de partage. Sou irritation lût extrême quand il vit passer dans la maison de Bourbon le vaste héritage de l’Espagne et des Indes. Le premier, il rompit avec la France ; oubliant sans doute que la convention secrète de 1608 avait implicitement reconnu les droits du duc d’Aujou, il publia un manifeste dans lequel il argumoulait des rcnoncia-
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lions Je Marie-Thérèse cl J' Anne d’Aulriehe pour établir Tiiihahilolé à héril<‘r qui frappait son compétiteur Il prétenJait recueillir la succession tout entière, non plus au bénéfice Je rarchiJue Charles, mais pour la réunir à la couronne impériale. Dès le mois Je juin 1701 , scs troupes entraient en Lombardie, aux ordres du prince de &ivoie, si fameux sous le nom de prince Eugène. En même temps, et pendant que ses ambassadeurs, qui venaient de signer avec la Prusse le célèbre traité de la Couronne, agissaient activement auprès des cabinets et des cours , aiguisaient les ressentiments d’une jeune dynastie nouvellement greffée sur le vieux trône des Stuarts, les craintes d’une république voisine, privée de toute barrière contre la France, négociaient avec la maison de Hanovre la création d’un neuvième électorat qui lui assurât un pied en Allemagne, promettant tout en échange d’hommes et d’argent : Léopold guettait des yeux, comme une proie facile, la riche et fertile province de Naples. Les souvenirs encore récents de la grande insurrection, la légèreté des natures méridionales, les ouvertures de quelques gentilshommes dévoués à l’Autriche ou ennemis de la France, lui firent croire qu’il serait possible d’enlever au gouvernement espagnol la domination des Deux-Siciles. Deux colonels au service de l’Empire, l’un et l’autre Napolitains, D. Giovanni Caraffa et D. Carlo di Sangro, un prince romain, le duc de la Caserte, possesseur de fiefs considérables en Calabre, furent les premiers agents de la conspiration Le comte de Lambei^, ambassadeur
d’Auli'iolie aiipirs du Saiul-Sii-ge , cl le cardinal Grimani, prolcclciir de rKmpiic dans la môme cour, eurent mission d’en dirigei- les fils, de concert avec un certain M. de Chassinet ou Chassignet, neveu du baron de l’isola, qu’on envoya à Rome pour les seconder.
» On ne jwuvait rien faire de meilleur pour fomen- « ter une rébellion que de nommer à ce dessein celui « qui, |)ar sa naissance de famille rebelle, sou habiletr « pour ménager des cabales, son adresse à manier les ' esprits, sa parfaite intelligence dans les affaires d’Ita- « lie, et sa fei-nielé dans les occasions périlleuses, U promeltait un heureux succès de la commission
* qu’on lui confiait.
« Cet agent, d’une naissance assez obscure du comté « de Bourgogne, fut conduit dès le berceau par ses paa rents en Allemagne , qui s’y réfugièrent pour s'y ■1 mettre à couvert des poui-suitcs de la justice. Il passa •< sa jeunesse, partie dans le pays et partie eu Flandre , où il eut le bonheur d’avoir de l’emploi et de s’en i être acquitté d’une manière à faire espérer beaucoup a de lui dans la suite. Il devint après secrétaire d’am-
* bassade et servit à Rome en cette qualité sous le prince < de Lichtenstein . Ce fut par ces différents degrés qu’il X acquit la connaissance des intérêts des princes, des X mœurs et des usages des couis de rEuTOpe, et prin- » cipalement de la line politique de colles d’Italie (1). »
(1) Lettres historiques <iu C. Jt. L. sur la conjuration de tapirs Uibl. roy. inss. 73" suppl.
Hue fortune i-clativement aussi brillaiile pour un personnage aussi obscur n’avait au fond l'ien d’étonnant quand on songe que son oncle, le célèbre baron de risola, avîiit commencé par être cuisinier.
Les menées du cardinal Grimani u’échappèrcni pas complètement aux ministres de France et d’Espagne ; mais ils manquaient de toute donnée précise sur le plan et la nature du complot. On savait seulement que le duc de la Caserte armait ses vassaux ol faisait secrètement des levées dans Rome. Don A.ntoiiio Buoncompagni , frère du prince de Piombino , mandait au vicc-nû et à l’ambassadeur d’Espagne que des bandes armées passaient tous les jours par la roule de San-Gcrmauo, se dirigeant vraisemblablement sui .\aples ou dans les environs. L’ambassadeur d’Espagne et le cardinal de Janson réclamèrent alors aupri» du Saint-Père l’arrestation du duc, et, peu de joura après, celle d’un prêtre, nommé Diaz, dont la conduite était plus qu’équivoque. Clément XI fit venir à Rome le duc de la Caserte, et le mit aux arrêts en lui faisant déposer une caution de cinquante mille écus. Quant au père Diaz, il se barricada dans sa cellule, sur la porte de laquelle il avait écrit en gi*os caractères : Archivinm Impériale (Archives de l’Empire). Cet ingénieux stratagème ne l’empêcha pas d’être enlevé de force et conduit aux Prisons Meuves.
Tous les renseignements recueillis jusqu'alors se bornaient donc à quelques vagues indications quand, le jeudi 22 septembre 1701, le vice -roi fut averti ipi’oii devait rnssassincr le samedi suivant, à l’occasion
df la iii'ocession de l'oclavo de sainl Janvier. Son coclicr était gagné ainsi (|nc deux autres de ses domestiques. On devait égorger en même temps les ducs de Popoli et de Castiglionc ; après quoi l’on eût attaque le Cliiltcau-Ncuf, où les rebelles avaient des intelligences, proclamé vice-roi le duc de la Casertc au nom de l’areliiduc Charles , gagne pied à pied les |>ostes les plus forts de la ville et coulé bas quatre galères de Sicile qui se trouvaient dans la Darse. Depuis six semaines , les principaux conjurés étaient l'éunis à Naples : le pi-incc de la Maccliia, homme de naissance , mais totalement ruiné et « proscrit pour ses mauvaises actions » ; un SpiiielH , aussi d’excellente maison , mais également perdu de dettes ; un Grimaldi , duc de Telesse, Don Tibciio Caraffa, Don Carlo di Sangro, le colonel Capece et le baron do Chassinct. Ces deux derniers demeuraient chez un tailleur, dans le faubourg de la Vita, près de Saint- Janvier. Ils se cachaient le jour dans les catacombes de l’église, et attendaient la nuit pour délibérer avec leurs complices.
Prévenu à temps , le vice-roi prit ses mesures en conséquence. 11 fit changer la garnison du château , relever les sentinelles, et emprisonner un garde-mag:\sin, un scqrcnt et un caporal, tous trois impliqués dans la conspiration. C’est aloi*s seulement qu’on s’aperçut que les canons dirigés du côté de la ville n’étaient chargés qu’à poudre. On avait chargé à mitraille les pièces qui couvraient les communications de la forteresse au Palais.
D’iiutre part, et presque en môme temps, il s’opérait une modification sensible dans les projets des conjurés. Ils ignoraient encore les révélations qui venaient de mettre le duc de Médina-Celi sur la trace du complot ; mais la police avait arrêté précédemment deux des leurs , le père théatin Vigliena et le jésuite Tonrès. Dans la crainte d’étre prévenus, ils résolurent de brusquer les choses. Par une coïncidence qui pouvait devenir fatale aux Espagnols, l’explosion fut fixée à la nuit du jeudi au vendredi. Un peu plus tôt le vice-roi était surpris h l’improviste.
La relation qu’on va lire, et dont nous avons vérifié l’exactitude, bien qu’empruntée à une source h laquelle il est bon de ne puiser qu’avec une certaine réserve , donne de curieux détails sur la suite des événements.
nHAtlon lie ee qnl n'est iiensé à ütai^le» pea^aet leu Journées 4es tS et S4 seiitenibre
De Naples, le 27 septembre 1701.
J’ai eu l’honneur de rendre compte à Votre Eminence, sa • medi dernier, de la découverte qui s’était faite par miracle d’une conspiration contre la personne du vice-roi de \aples, de l’intelligence que les conjurés avaient dans le Château-Neuf qui leur devait être livré après sa mort, et de la consternation universelle que les mêmes conjurés, voyant leur projet découvert, jetèrent dans toute la ville, pour exciter une révolution générale. Ils devaient faire leur coup jeudi au soir, 22, ayant posté des gens armés dans quatre carrosses pour assassiner le vice-roi à deux heures de nuit dans l’endroit qu’ils savaient qu’il devait
passer; et ne voyant pas non plus les signaux dont ils étaient convenus pour s’emparer du Cliâteau-Neuf, ils assemblèrent tous les bandits et les brigands qu’ils avaient fait venir du dehors et qu’ils avaient ramassés au dedans, et commencèrent à trois heures avant le jour à se disperser dans les quartiers de Saint-I-aurent et du Marché, criant vive l'Empereur! et ajoutant que le Roi des Uomains était dans Naples avec six mille chevaux, que le marquis dcl Vasto, le prince de la Iticcia et le duc d’Ayrolles l’avaient suivi avec beaucoup de gens armés ; et en mémo temps ils s’emjiarèrent de l’église et du clocher de Saint-Laurent et du clocher de Sainte-Claire, où ils se fortilièrcnt. Le jour étant venu, le prince de Macchia marcha dans les rues, à cheval avec une grande suite, til ouvrir les boutiques des armuriers, et entra dans les maisons des iwrticuliers et des cavaliers pour se faire donner des armes et des chevaux, (il saccager quelques maisons de nmgistrat et envoya ensuite dans la Vicairie, où sont les tribunaux, et dans les autres quartiers de la ville où il y a des prisons pour les forcer et mettre tous les prisonniei’s en liberté et pour déchirer et brûler tous les registres et papiers des tribunaux et des études de notaires.
Dans une si grande confusion chacun se renferma chez soi ou se réfugia dans les couvents, et la noblesse qui se trouva dans les quartiers moins exposés au désordre se retira au palais où tout le monde était consterné, ne sachant quelle résolution prendre sans troupes et sans savoir aussi la disposition du peuple.
Le vice-roi voulut monter à cheval et se faire voir dans les rues, mais tout le monde s’y opposa et quelques seigneurs le tirent retirer dans le Château-Neuf, en lui disant que sa personne n’était pas même en sûreté parmi la noblesse. Enfin le prince de Moniesarchio, âgé de quatre-vingts ans, fort aimé du peuple et de tout le monde, avec le prince de Caslillion offrit de s’aller montrer dans les rues pour reconnaître la situation de,s
i.yG.-igIe
t^sprils. Il se mit en cliaise, ses deux eiifaals à ses cAlés et suivi de beaucoup de noblesse, de deux compagnies de cavalerie et de quelques compagnies d'infanterie ; il se Ht voir dans !plusieurs quartiers de la ville, et rassura par sa présence les bons et retint ceux qui pouvaient être ébranlés. Cette sortie lit connaître que le peuple ne suivait point le parti des rebelles, qui n'avaient presque attiré à eux que la canaille et des malheureux.
Dans cette disposition, le vice-roi prit des mesures plus justes pour pouvoir forcer les rebelles dans les postes dont ils s étaient emparés. 11 lit amasser pour cet effet autant de troupes qu’il put saus dégarnir entièrement lescliâteaiix, ni les galères de Sicile, celles de Gênes n’étant pas encore arrivées, dans une occasion si nécessaire ; et le lendemain 24, la noblesse ayant pris les armes au nombre d’environ deux cents, se mit en bataille dans la place du Palais, avec les douze compagnies de cavalerie et d’infanterie, parmi lesquels se mêlèrent cinquante à soixante Français de bonne volonté, le tout ensemble pouvant faire mille hommes; le prince de Montesarchio à la tête et le duc de Popoli, général de l’artillerie, suivi de deux pièces de canon de vingt-quatre.
Ce petit corps marcha en bon ordre hors la porte du Saint- Esprit, où sont les magasins de blé de la ville, où les rebelles s’étaient retranchés et avaient laissé une garde de cinquante hommes, qui furent forcés d’abord ; et ensuite ii continua .su marche, s’emparant peu à peu de divers postes où les conjurés avaient des gardes, et les obligeant à se retirer plus loin et même jusqu’à Saint-Laurent, où il fallut longtemps disputer le terrain; mais enfin le canon faisant perdre aux chefs l’esiioir de pouvoir résister dans ce poste, ils se retirèrent, et n’ayant point d’autre retraite, le prince de Macchia sortit hors de la ville avec vingt-cinq ou trente personnes. D. Carlo di Sangrofut pris dans l'église de Saint-Laurent et conduit au Chàtcau-iN'cuf.
On ne sait ce que sont devenus les cinq autres ; mais on soupçonne qu’ils peuvent ftre restas dans la ville, où l’on fait toutes les diligences pour les découvrir. '
Le lendemain dimanche 25 , on prit dans le couvent de Sainl-I.K*iurent le baron François deChassinet, qui a été autrefois secrétaire de l’amluissade, sous le comte de Lichtenstein, et puis à Rome pour le service de l’Empereur, et en dernier lieu pour conduire et mener à la fin la conjuration qui vient d'étre découverte, laquelle est l'ouvrage de son esprit. On l’a trouvé saisi d’une instruction et de beaucoup de lettres de comme aussi de tous les papiers et mémoires pour faire réussir son projet, lesquels servent au.ssi à découvrir tous ceux qui ont pan directement ou indirectement à cette affaire.
Les desseins de Chassinet, neveu de l’isola, ne se l)ornaieul pas à faire révolter le royaume de Naples; il avait aussi des intelligences dans celui de Sicile, et le. vice-roi , le dimanche 22, envoya une felouque pour en donner avis au duc d’Escalona , afin qu’il soit sur scs gardes. Le duc de Sarno .Médicis et le prince de Vallo Piccolomini partirent dimanche avec beaucoup de gens armés, pour chercher le prince de Macchia qu’on croit assiégé dans les montagnes, à quinze milles d'ici, et on envoya en môme temps des ordres à tous les gouverneurs de province de mettre des gardes dans tous les passages, pour l’arrêter et pour empêcher le désordre et les mouvemenLs que Chassinet voulait exciter dans le même temps qu’il espérait se rendre maître du Château-Neuf de Naples, par les mesures qu’il avait prises de tous côtés. En effet, on a vu la ville d’Aversa se révolter dans le même temps qu’on y eut avis de.s mouvements de Naples, et se mettre sous l’obéissance du roi d Espagne, dans le moment que le vice-roi y envoya une personne de considération, qui lit connaître aux habitants que la noblcs.se et le peuple de Naples n’avaient aucune part dans tous ces mouvements. I.e duc d’Ayrnlles, qui n’avait aucune part
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dans tous ces mouvemenls, est revenu ù iNapIcs, et le vice-roi lui a fait beaucoup d’accueil. On attend aussi le prince de la Riccia, contre lequel il n’y a aucun soupçon. A l’égard du marquis del Vasto, on ne lui impute rien non plus, et il a conlinué ■ d’écrire qu’il allait en Espagne (1 ).
Au reste , jamais émeute ne fut réprimée d’une manière moins sanglante. Le 25, on avait publié dans Naples, sous le nom d’ Induit, une amnistie particulière aux habitants de cette ville et qui accordait grâce entière à tous ceux qui sc soumettraient dans les douze heures. Le 25, il en parut une seconde pour tout le royaume. On n’en exceptait que le prince de la Macebia, le due de Telese Grimaldi, le duc de la Castellucia Spinelli , Malizia CaralTa , Tiberio Carafîa son neveu , Giuseppe Capece , et ceux qui étaient au pouvoir des troupes. Parmi ces derniers, il ne se trouvait encore que deux personnages de quelque importance, Don Carlo di Sangro et le baron de Chassinet.
Pour compléter Thistorique de ces événements, nous citerons les deux pièces suivantes. Outre leur importance conune documents officiels et inédits, ils constituent dans leur ensemble l’exposé le plus sommaire et le plus authentique que nous puissions offrir au lecteur.
(t) CiU par la .\krcurt, numàro d'octobr* <701,
Proc^ des rkeU des rebelles, savoir i de Maeehia, bplnclll,
Cirimaldl , Tibère faralTa, el rllallon du priaee Ga^laao.
Phiuppe V, par la grâce de Dieu, roi des Espagnes ; D. Louis de la Cerda, duc de ftlediiia Cœli, vice-roi de ce royaume.
Qu’il soit public et que chacun connais.se que, dans le temps que cette ville et le royaume de Naples jouissaient heureusement d’une douce paix sous le gouvernement de Philippe V, très-puissant monarque des Espagnes, une petite troupe de scélérats et de traîtres non contents de la présente destinée de l’Etat, si avantageuse à tous les gens de bien, passionnés pour le trouble et pour la nouveauté, cherchant à confondre et renouveler toutes choses, s’est efforcée par un attentat inouï de détruire l’heureuse situation de ce royaume. Dans ce nombre, D. Gaëtano Gambacorta, autrefois prince de la Macchia, premier auteur de cette conspiration, D. François Spinelli, qui était duc de la Castelluccia, D. Barthélemy Grimaldi, parle passé duc de Telese, D. Tibère Caralfa, à qui son père avait cédé la principauté de Cbiusano, qui tous étaient obligés tant par les lois, divines, naturelles et civiles en qualité de sujets, qu’à raison de leur titre de feudataires et du serment de fidélité qu’ils avaient prêté à défendre leur Prince au péril de leurs biens et de leurs vies, n’ont pas cependant laissé que d’avoir l’audace et l’effronterie d’abandonner les intérêts de leur Roi et de mettre en u.sage tout ce qui était capable d’offenser plus vivement S. M. Catholique. Peu après la mort de Charles 11, très-pieux et très-puissant roi des Espagnes, Charles de Sangro *ut envoyé d’Allemagne à Rome pour former et être le principal auteur de la conspiration. 11 y travailla pendant plusieurs mois, et après avoir fait des assemblées secrètes et pris avec l’ambassadeur de l’Empire toutes les mesures nécessaires, il vint à bout de concerter le renversement et la sédition du royaume. Dans ce temps Joseph Capece alla à Vienne pour conchirr le traité
commencé. Ixs choses étant sur ce point, le baron François Chassignet, conseiller aulique, nommé pour conduire cette entreprise, vint à Naples avec ledit Charles de Sangro pour exécuter les conventions avec les autres conjurés. Ils commencèrent, sans avoir égard au droit des gens, par un .attentat inouï jusqu’à présent sur le vice-roi, et tâchèrent de s’emparer du Château-Neuf pour ensuite mieux opprimer la ville destituée de son chef et de la défense de cette forteresse. Mais la conjuration ayant été découverte, on renversa leurs desseins pernicieux. Us furent mis en déroute, et se voyant découverts, ils poussèrent tout au désespoir et prirent le parti d’une sédition ouverte. On entendit aussitôt des cris dans le silence de la nuit et l'on publia que l’archiduc d’Autriche était arrivé; sous ce prétexte tous les auteurs de la conjuration s’efforcèrent d’exciter une sédition, coururent toute la ville, et iiar ce moyen attirèrent à eux quelques gens de la lie du peuple, partie de véritablement séditieux, partie malgré soi et à l’improviste, et les engagèrent de faire avec eux la proclamation de ce prince, duquel le baron Chassignet, à cheval, portait le portrait et le montrait au peuple. Ils allèrent ensuite saccager le Château de Capoue (la Vicairie) , en rompre les gardes, déchirer les archives et autres actes et piller les biens de plusieurs magistrats. Continuant leur fureur, ils s’emparèrent de la maison de Saint-Laurent et de la tour de Sainte-Claire, qu’ils eurent la hardiesse d’attaquer à main armée. Ils auraient donné de plus funestes preuves de leur rébellion si nous n’avions pas trouvé promptement le moyen de les réduire et de les repousser hors de la ville par le secours de la brave noblesse. D'où il est arrivé que les rebelles ayant en. tièremenl perdu l'espérance de réussir, se sont retirés avec le reste de leurs partisans. C’est pourquoi, puisque nous devons rendre sentence contre les auteurs et complices de la rébellion, qui sont dissipés et alisents à l’instance du Procureur gé-
néral, nous déclarons, publions les susdits auteurs de la conju-
raliuii, rebelles imblics, notoires et inauifesles, qui sont pour eet cOet tombés dans le cas des peines portées contre les criminels de lèse-majesté. Nous disons, déclarons, prononçons et condamnons les susdits D. Gaëtan Gamhacorta, ü. François Spinelli, Ü. Barthéleni) Grimaldi et D. Tibère Caraffa, comme cou|)ables de la révolte, ayant commis le 'crime détestable de lèse-majesté au i)remier chef; c’est pourquoi nous les poursuivons comme rebelles, et sous cet infâme nom, nous les privons et dépouillons de tous honneurs, titres, dignités, liefs, biens et revenus; leur vie sera justement entre les mains d’un chacun, de manière qu’on peut courir sus avec promesse de récomirensc; décrétons que tous leurs biens tant féodaux qu’autres, tous leurs droits et pouvoirs sont dévolus au fisc royal ; que leurs maisons seront démolies et renversées jusqu’aux fondements de manière qu’on y puisse labourer, et qu’on y sèmera du sel selon la coutume des anciens.
//cm. Comme il paraît par les actes que D. François Gaëtano, autrefois prince de la Casertc, est complice de la conjuration , quoique cela ne soit pas notoire comme à l’égard de ceux que nous venons de condamner, nous voulons qu’on procède contre lui suivant les formalités du droit. C’est pourquoi il a été ordonné par les juges délégués, à l’instance du Procureur général, qu’on citerait ledit U. François Gaëtano, pour répondre, se justifier, et prouver les raisons qui peuvent l’exempter d’être tombé dans le crime de lèse-majesté au premier chef, et par conséquent dans les peines portées contre ce crime.
Lu et prononcé à Naples au mois de septembre 1701 .
{Bibl. roy., Mss. fr. 737, suppl. p. 219-229.)
La seconde pièce, que voici, est surtout intéressante pour ce qui concerne les négociations des conjurés avec la cour de Vienne.
Praeèa du |iriBce ttitëtaBB et da mar^BiB de ■etraBo.
Phiuppe V, etc. Don Louis de la Cerda, duc de Médina Cœli, vice-roi de ce royaume.
Qu’il apparaisse à tout un chacun et qu’il soit public que |>eu après la mort prématurée de Charles 11 , très-puissant roi des Espagnes, on apprit que le sérinissime duc d’Anjou, appelé par ce droit à la succession des États de ce monarque, et nommé son successeur par son testament, en avait pris possession par la grâce de Dieu. Tout étant paisible par l’accord unanime de tant de peuples différents qui avaient reconnu et proclamé leur roi légitime, D. Gaëtano, ci-devant prince de la Caserte, troublé de cette nouvelle et par les inquiétudes ordinaires de son esprit déréglé qui le faisaient hésiter sur le parti qu’il devait prendre, ne jugea pas à propos de se soumettre à cette nouvelle disposition . Car, quoiqu'il fit ses efforts pour se cacher, il y eut en peu de temps beaucoup d’indices de sa perûdie, et sa conduite lit bientôt connaître qu’on ne le soupçonnait pas témérairement. Il fut le premier auteur des mesures prises pour troubler la paix, et passionné pour l’accroissement de sa fortune, souffrant avec peine qu’il fût redevable au Roi d’Espagne de tant de biens et d’honneurs dont il était comblé, il ne lui fut pas possible et n’eut pas même la honte de rendre publiques en toute occasion les preuves de son esprit et de sa félonie. 11 se senit de la circonstance de la fête de la naissance du Sauveur pour écrire en Allemagne au prince de Lichtenstein, gouverneur de l’Archiduc, selon la coutume pratiquée en Italie dans ce temps, et lui souhaiter une année remplie de bonheurs. Il déclara et découvrit la mauvaise situation de son esprit séditieux. Car, dans cette lettre, écrite de sa main, il suppliait très-instamment le prince d’assurer S. M. L, de sa part, qu’il avait toujours été et qu’il serait toute sa vie très-attaclié à scs inté-
réis; qu’il était disposé à lui en donner promptement des preuves en toute rencontre; qu'il préférait sa gloire à sa propre vie, à ses biens, à sa fortune et à sa famille; qu'il offrait le tout à l’Empereur, et qu’il oserait entreprendre toutes choses dès qu’il en aurait l'ordre. Ces offres furent écoulées favorablement, et Lichtenstein lui répondit, au nom de S. M. 1., qu’il n'avait iiu’ù garder ses bonnes dispositions, y demeurer constant , et (|u’il ne manquerait jamais de recevoir des témoignages de bienveillance et de reconnaissance de la part de l’Empereur.
Après avoir communiqué ses offres et sa réponse, il commença à produire plus ouvertementce qu’il avait pratiqué dans le secret pour troubler l'État. Dès qu’il eut pris d’infâmes mesures avec le cardinal Grimani et le comte de Lamberg , ambassadeur de l’Empereur, pour le renversement du royaume, il proposa tout ce qu’il cmt nécessaire pour l’expédition. Le bruit se répandit en effet, à Cisternc et dans les autres confins du royaume, qu’on assemblait de toutes parts des troupes de factieu.\ qui devaient venir, à jour nommé, attaquer l’État. Cependant le baron Chassignet, arrivé à Rome pour conduire ou accompagner les conjurés, ayant demandé au cardinal Grimani cl au comte de Lamberg, ambassadeur de l’Empereur, qui des grands du royaume de Naples étaient dans les intérêts de S. M. 1., ils lui répondirent que le prince de la Caserte et plusieurs avaient déjà conspiré ; mais qu’il ne voulait pas agir avec éclat et paraître dans la lice jusqu’à ce que d’autres de la même condition et du même pays fussent entrés dans le parti; que, toutefois, il donnerait aisément des secours de troupes; mais aussitôt qu’il apprit qu’il y en avait d’autres égaux à sa per^ sonne qui se joignaient à lut pour être chefs de la conspiration, il commença à se déclarer partisan, et conduisit l’affaire avec peu de ménagement et beaucoup d’imprudence. C’est pourquoi tl nomma un certain docteur de médecine, appelé D. l’ierre, pour faire des conférences à Rome en son ab.sence.
lit il fut décidé, dans les assemblées tenues en présence du cardinal Grimani et de l’ambassadeur de l’Empereur, que le baron Chassignet irait à Naples pour porter la nouvelle aux autres conjurés de la conclusion du projet ; que, conjointement, ils chercheraient les moyens de se défaire du vice-roi ; qu’ils surprendraient le Chàteau-N'euf ; qu’ils exciteraient la sédition dans la ville; qu’ils attireraient et obligeraient le peuple à proclamer l’archiduc; qu’ils donneraient un signal de la sédition commencée, etqii’alors toutes les troupes auxiliaires assemblées par le prince et d’autres commenceraient leur irruption . Or, afin que tout ceci fût plus aisément exécuté, Chassignet avec Sangro ctCapece, sous la conduite de Pierre, furcntde Rome à Cisterne. IJi, le prince de Caserte et D. Jérôme Capece, autrefois marquis de Rofrano, qui s’y étaient rendus, convinrent avec eux qu’avant d’aller à Naples ils se rendraient à Bénévent pour montrer aux autres conjurés, qui devaient se transporter de cette ville à Naples, les conventions marquées dans la patente impériale; leur apprendre le secours qu’on leur promettait du Jlilanais, et pour leur céder les récompenses de leur infâme conjuration, marquées dans ce codicille, qu'ils appelaient les privilèges du royaume napolitain.
Tous ies conseils tenus, et toutes les mesures prises, ils jurèrent par écrit de donner promptement â l’Empereur des secours de troupes et de munitions. Enfin, le tumulte ayant été excité la nuit du 23, ils formèrent, entre plusieurs preuves de leur rébellion, un édit imprimé pour le pain, dans lequel, entre autres, le nom du prince de la Macchia est imprimé. Aussitôt que ledit Gaétano eut appris le succès des armes du Roi par le concours de la noblesse et du peuple napolitain , il prit la fuite vers Rome
Etant constant par les preuves et par les témoignages que ledit François Gaétano, autrefois prince de la Caserte, est coupable de tout ceci ; ayant aussi été prouvé que Jérôme Capece,
auparavant marquis de Kofrano, a été complice dans toute l’enentreprise;
Vu les preuves susdites, etc.
( Bibl. roy., Mss. f^r. 737, p. 230 el suiv.)
Suit la condamnation du prince de la Casertc et de Hieronimo (3apece aux peines déjà portées contre les précédents. Comme on vient de le voir, ils avaient réussi à gagner Rome, ainsi que la Macchia et plusieurs autres. Moins heureux, Giuseppe Capece, qu’il ne faut pas confondre avec le marquis de Rofrano, devait linir d’une manière tragique. Traqué de toutes parts , il se retira sur un rocher, au bord d’un précipice, et là, * l’épée et le pistolet à la main, il somma les archers « de le tuer, leur protestant qu’il en coûterait la vie à * ceux qui s’approcheraient pour le prendre ; leur of- € frant môme, pour récompense de lagiûce qu’ildeman- ( dait, une bourse où il y avait deux cent cinquante « pistolcs, scs deux montres et une bague de grand « prix, avec menace de se tuer soi-même en cas de ret fus, dès qu’il aurait jeté ce qu’il offrait dans le préci- « pice. Ces gens, voulant le remettre vif au duc de c Médina, firent quelques tentatives ; mais il se mit en € défense et tira sur eux ; après quoi il appuya la garde
< de son épée sur le rocher dans le dessein de se percer.
< Les archers firent une décharge et le tuèrent. Ils lui « coupèrent la tête et rapportèrent au vice-roi (1). » liC lendemain on la voyait exposée dans une cage de
(I) Mss. déjii cite.
fer contre iu grosse tour du Château-Neuf. Le mardi U octobre, D. Carlo di Sangro fut décapité. Avant de mourir, il déclara publiquement qu’il avait mérité son sort, en conspirant contre son légitime souverain. Quant au baron de Chnssinet , bien qu’arrété presque en même temps que lui , il n’en est plus question dans les documents que nous avons pu consulter.
A Rome, les partisans de la maison d’Autriche passèrent subitement et sans transition de la plus folle présomption à l’abattement le plus profond. Ils ne pouvaient croire qu’une entreprise si bien conduite , si longuement et si laborieusement combinée, eût échoué dès son principe. On croyait, au contraire, le succès tellement certain , qu’on n’hésitait pas à le rendre public. » A l’beure qu’il est, disait la comtesse de Lambcrg , le 25 au matin , il n’y a plus de vicereine h Naples. » Et le fait est que peu s’en était fallu. Dans ces graves circonstances, la conduite du Saint- Père fut telle qu’on devait l’attendre du chef de la Chrétienté , et du père commun des fidèles. Sur les sollicitations de l’Autriche , il n’avait pas encore accordé à Philippe V l’investiture des Deux -Siciles ; mais, aux premières nouvelles de ce qui se passait à Naples, il se hâta de dépêcher un courrier au cardinal Cantelmi pour lui faire savoir qu’il reconnaissait les droits de S. M. Catholique , et que des raisons d’État retardaient seules les formalités de l’investiture; l'investitura non e slata concessa jter rixgtiardi occuUi, non per niancanza di giustizia. (]ette déclaration, répandue dans le royaume, fut gé-
— iO —
iiéralcineiit du iiieilleiii' effet et :ieh<!v:i de raffermir les esprits.
Déjà, près de Bénévent, on avait vu un spectacle étrange, qui jure avec nos moeurs, mais auquel on ne saurait refuser une noble et farouche grandeur. Le vieux prince de Chiusano, père de Tiberio Caraffii, auquel il avait cédé les titres de scs fiefs, apprend, le 24 au soir, que son fils est un des chefs du complot ; il fait dresser devant son château un trône de parade, recouvert d’un dais, et placer sous ce dais le buste de Piiilippe V, que scs |tages environnent le flambeau à la main. Un grand feu brûlait devant l’estrade royale. Le vieillard, pâle, mais inflexible, s’avance suivi de ses deux autres fils , brûle de scs propres mains le portrait de Tiberio, et , se tournaut vers le trône , prononce lentement ces paroles, qu’on croirait empruntées à quelque héros du Cid. Nous les reproduisons dans leur sauvage simplicité : * Puisque dans ma vieillesse j’ai eu le malheur d’apprendre que mon fils aîné, qui devait en être l’appui et eu soutenir la gloire, s’est honteusement déclaré contre Voli-e Majesté , je dois, en ma qualité de père et de gentilhomme, réparer autant qu’il est en moi les injures qu’il vous a faites , et pour m’en acquitter selon la force de mon attachement à vos intérêts et l’indignation que j’ai conçue de son crime, loin de le regarder dans la suite comme mon fils, je jure de le traiter comme mon plus cruel ennemi. Au défaut de sa personne, je vous sacrifie sa ressemblance {^). »
(I) M» déj.1 cité.
De pareils exemples, joints à l’imposante autorité du Saint-Père, étaient de nature à produire une vive impression chez un peuple religieux et passionné. l.e gouvernement espagnol sortit plus foit que jamais de cette crise momentanée, et un enthousiasme qui contrastait avec les souvenirs du mois de septembre accueillit, au printemps de l’année suivante , l’arrivée du petit-fils de Louis XIV dans ses États napolitains.
Philippe Y s’embarqua, le 8 avril 1702, à Barcolonne, sur une flotte française, commandée par le comte d'Estrées. Cette flotte était partie de Toulon le 25 mare. Elle se composait de onze navires : le Foudroyant, de 104 canons; le Formidable, sur lequel M. d’Estrées avait son pavillon ; l' Admirable, à trois ponts, portiint 9G canons, commandé par M. de Cbâtcau-Morant et ayant à bord M. le marquis de Longeron, lieutenant général des armées navales ; le Fortuné, de 54 canons, capitaine M. de Bagneux ; l’Hirondelle, de5G canons, deux brûlots, une corvette et trois tartanes. Le Roi montait le Foudroyant. Rien de remarquable ne signala la traversée, et le 16, on était devant Naples. « 11 est impossible, écrivait M. le comte d’Eistrées, d’imaginer un voyage plus court et plus heureux dans toutes ses circonstances; celle d’être arrivé le jour de Pâques n’est pas une petite considération pour les Espagnols et les Napolitains, qui sont fort touchés de ces sortes de choses (1). >
(I) Correspondance nwinuscriK du comte d'Estrées. citée par M. Jnl, historiographe de la marine. V. France maritime, t. II, p. 160.
Lt*s {îalères de Naples se portèrent au devant de la Hotte, on tète la galère réale. Le Roi devait quitter les vaisseaux français qui portaient pavillon espagnol, pour passer sous le pavillon napolitain. Gomme la mer était assez mauvaise, il ne débarqua que le lendemain de son arrivée, c’est-à-dire le 17. Philippe V prit terre à cinq heures du soir, au milieu d’une foule immense. L’archevêque de Naples, cardinal Cantelmi, lui offrit sa main pour sortir de galère ; le prince la baisa, c selon ce qui se pratique en Espagne >, dit le Mercure. Le cardinal se jeta à ses pieds pour le complimenter, « mais il fut si ému qu’il ne put proférer que peu de paroles ; les larmes étouffèrent sa voix » . Sa Majesté Catholique se rendit ensuite au palais. Tout y était d’une incroyable magnificence, bien que personne n’attendit le Roi et que l’on n’eût appris son arrivée qu’au moment où la flotte apparut en vue de Raïa. L’empressement des grands seignëurs napolitains suppléa au manque de temps. Chacun s'etait hâté d’envoyer à La demeure royale ce qu’il possédait de plus riche en fait de meubles, de tentures et de pièces d’argenterie.
Tous les dignitaires de l’Etat furent successivement [>réscntés à Philippe V. Le duc d’Escalona, marquis de Villena, nommé depuis peu en remplacement du duc de Médina Celi, conduisit au palais les députés des Seggi ( 1 ). Le 19, le Roi d’Espagne se transporta à
(I) En parcourant la ville de Naples, le voyageur s'arrête avec intérêt devant des espèces de portiques décorés dans l’intérieur de peintures et d’écussons sculptés, qui s’élèvent d.ins presque tous les
i’église métropulilaine ; on apporta devant lui , ajoute un journal du temps, c le sang de saint Janvier, qui
quartiers. Ce sont les Sedili ou ürggi, dont il est fait très-souvent mention dans l'histoire de cette ville.
L'origine de ces Sedili ou Siéget remonte à la plus haute antiquité. Lorsque les villes de la Grèce et ses colonies étaient constituées en républiques, il y avait ordinairement prés et hors de leurs portes des lieux réservés où se réunissaient les magistrats et les principaux citoyens pour s’entretenir des intérêts communs ou de leurs propres affaires. Autour de ces petites places ou lieux de réunion étaient des sièges en marbre. On voitencore de grands sièges circulaires de cette espèce à la porte de Pompéi,
Comme ville grecque et comme république, Naples avait à ses portes de ces lieux de réunion, do ces portiques qu’elle conserva lorsqu’elle eut passé sous la domination des Romains, et même plus tard, sous les rois normands, les Souabes, les Angevins. On en comptait vingt-neuf, an temps de Charles l"', dans le xiii* siècle. Mais les nobles seuls se réunissaient dans ces Seggi. Ils y délibéraient sur les demandes d’impèt, sur les dons à faire, enfin, sur leurs propres intérêts, et formaient une .sorte de municipalité, sans le consentement de laquelle on ne pouvait ni imposer de nouvelles charges à la ville, ni créer d’octroi d’aucune espèce. De plus, les élus Seggi comptaient dansleursattributionsle.soinde la police municipale, l’administration des deniers publics et celle des hôpitaux.
L’admission dans les Seggi était d’abord assez facile ; les roturiers distingués n'en étaient pas exclus; on devint ensuite très-rigoureux envers les nouvelles familles qui se présentaient pour être inscrites sur les registres des Seggi. Dans quelques-uns on ne voulait admettre que des nobles de quatre quartiers au moins.
Peu à peu, tous les Seggi, soit que les familles qui y étaient inscrites se fussent éteintes, soit pour toute autre cause, se fondirent les uns dans les autres, et il n’y en eut bientôt plus que cinq, dont les prérogatives devinrent de plus en plus limitées. Cependant ils avaient conservé le droit de coopérer par des enmmis.saires à la nomination
« est p^'trifié dans une fiole, proche de la tète du suint, € qui est. dans une châsse. Ce sang se liquéfie après « qu’on a dit beaucoup de prières. Il est vrai que ce * miracle ne se fit qu’une demi-heure après le retour « de Sa Majesté au palais. Le monarque y retourna € veis quatre heures après midi, et baisa la fiole, où le « soir tout le monde vit le sang liquide. >
Nous terminerons en reproduisant le document suivant, qui est signé de M. d’Herbault, intendant de l’escadre, et adressé au ministre de la marine, M. de Pontchartrain. Il retrace avec l’exactitude d’un témoin oculaire les circonstances de l’entrée solennelle de Philippe V dans la capitale des Dcux-Siciles.
M. 4'nerbaul< à M. 4e Pontrliartrain.
Niplei, Ï7 mai 170î.
Je crois devoir commencer par l’entrée du roi d’Espagne qui se fit le 20 de ce mois. Toutes les fenêtres et les balcons des rues où il devait passer étaient ornés de tapis. On avait dressé des arcs de triomphe dans les cinq sièges de la noblesse et dans
des élus qui formaient une espèce de corps municipal. Ces élus étaient au nombre de sept, car le peuple avait aussi un Seggio, où étaient représentés ving-neuf otline ou quartiers. C’est là tout ce qui lui restait de scs anciennes prérogatives.
Voir: Mémoires du comte Orloff sur le royaume de. Kaples, t. Il, p. 317. — üeW origine e fundaiion de' Seggi di A'apofi; di.srorsi tfi Don Camille Tutini, li'apolitano, Naples, 1644, in-i". — Histoire des Deuj:-Siciles, par d’Egly, t. I, p. 173. — Voyage en Italie. par t.alandc, édition de 1786, t. VIII, p. 1.7Î.
celui du peuple oü la statue du roi était dressée avec beaucoup d’inscriptions... Environ mille pas hors la porte deCapoue, on avait fait une grande loge oü le roi devait monter à cheval et commencer sa marche. Ce fut là oü Sa Majesté Catholique se rendit en carrosse par un chemin détourné, et elle commença à marclier sur les deux heures après midi.
La marche commença par des huissiers de justice, ensuite des lrom|>ettcs qui avaient la livrée du roi, après lesquels on vit passer les principaux seigneurs du royaume, deu.x à deux, montés sur de beaux chevaux, dont les crins étaient ornés de rubans et de plumes.
Après la noblesse venait le Corps de la ville qui avait l’élu du peuple à sa suite et les autres officiers de la ville. Ensuite marchaient les grands officiers du royaume, puis le roi qui était sous un dais, monté sur un cheval d’Espagne. Il avait trèsbon air, et il saluait de très-bonne grâce toutes les dames qui étaient aux balcons, quoique ce soit contre le cérémonial espagnol.
Immédiatement après le roi, marchaient les c;irdinaux de Médicis, de Janson et de Canteimi, montés sur des mules. Ensuite venaient les carrosses du roi, ceux du vice-roi et celui de .M. de Grigny, gouverneur des armes ; et la marche était fermée par le régiment à clieval de la garde italienne de Sa Majesté Catholique... Les gardes de la marine eurent la droite sur toutes les troupes françaises qui se trouvaient là. Le roi Unit sa marche par aller prendre possession du Chàteau-Aeuf, dont il trouva la porte fermée. Sa Majesté s’en approcha, et après avoir fait frapper à la porte, on vit paraître à une fenêtre au-de.ssus un homme armé de pied en c;ip, l’épée à Ja main, qui demanda qui c’était. Le roi lui répondit qu’il était Philippe V, roi de Naples ; aussitôt le commandant du château lui en apporta les clefs ; ensuite Sa Majesté s’en retourna au palais. Comme je pourrais, monsieur, avoir oublié quelques circons-
lances, je vous envoie la relation qui a été imprimée en italien, avec l’estampe de la cavalcade.
Le roi d'Espagne se trouva le lendemain indisposé de la fatigue qu'il avait eue lejour précédent ; il a gardé le lit pendant deux jours... Le 24, le roi déclara qu’il partirait le mercredi suivant. 11 sera suivi de six galères de France, quatre de Sicile, trois de Tursis et trois de Ligourne, sur lesquelles M. le cardinal de Médicisest embarqué.
Le 25, après midi, le roi alla à l’église de Saint-Janvier, où il reçut le serment de fidélité de tous les seigneurs du royaume.
( Archives de la marine. )
Comme on le voit, Philippe V ne resta à Naples que cinq semaines. Pendant ce court séjour, il abolit beaucoup de taxes, fit remise de plusieurs millions d’arrérage dus au fisc, et enchanta tellement ses nouveaux sujets que le clergé, les barons et les élus, réunis en assemblée générale , lui votèrent spontanément , comme témoignage de la reconnaissance publique, un don gratuit de sept cent mille ducats. De Naples, il partit pour la Lombardie, qui était le véritable but de son voyage et où il devait rejoindre l’armée française du duc de Vendôme.
La route de mer qu’il avait suivie était la -plus longue et la plus périlleuse. On pouNait craindre l’apparition dans la Méditerranée d’une flotte anglaise et hollandaise, intéressée à enlever le successeur de Charles II. Aucune voile ennemie ne s’était montrée sur 'horizon, et Philippe V avait pu accomplir tranquillement la traversée ; mais il lui restait à se faire jour au travers des Impériaux qui occupaient le Mo-
dénais et interceptaient par terre les communications entre Naples et l’armée française. Des deux routes qui lui étaient ofTertes, le jeune prince avait choisi la plus aventureuse, comme la seule qui convint à son nom, à son ancienne et à sa nouvelle patrie.