CHAPITRE V
Voyage de rinfacl-Duc en Italie— Eon EDüene avec le grand duc de Toscane — t'êtes et céténicnies à ïlortace — Ton Carlos arrive à Farne — Négociations avec l'Autriche — Affaire de la Eaint-Jean-Saptiste — Médiatica de la Grande Bretagne — Cette puissance propose un accommodement — - Nouvelles complications — Second projet d'accommodement — Note du catinet de Vienne.
Nous venons de voir qu’aux ternies d’un des aiiiclesde la convention de Florence, Jean-Gaston consentait h ce que de son vivant Don Carlos vînt fixer sa résidence dans les Etats de 'foscane. D’un autre côté, par la mort du dernier Farnésc et révanouissemeiit des symptômes de la grossesse de sa veuve , le jeune prince se trouvait de droit duc de Parme et de Plaisance. On s’occupa donc des préparatifs de son voyage, dont le cérémonial avait été réglé d’avance avec une minutieuse exactitude. Nous en donnerons un exemple, en citant la pièce suivante, assez curieuse pour être reproduite ëans son entier :
Arrangeiucni* pria par lea mialatrea pléBipoteatiaIrea A'Kapaa;no et Ae Toarane pear la réceptien et réaldenee du fléréniaaliae lalant Bon Carloa, ancceaaear immédiat du Bérênlaalme Grand>Dne dana aea Ktala.
F,e sérénis irae Grand-Duc et la sêrénissime Électrice Palatine voulant donner les plus grandes et les plus aiïeclueuses preuves de leur estime au sérénissime Prince Infant Don Carlos, il est réglé et arrêté que lorsque le sérénissime Prince abordera et débarquera à Livourne, il sera reçu et respecté par le Gouverneur avec tous les honneurs dus à la dignité de son rang et à celle de successeur immédiat du sérénissime Grand- Duc, de la même manière qu’il s’est toujours pratiqué à l’égard du sérénissime Grand-Prince Ferdinand de glorieuse mémoire.
I n ou plusieurs gentilshommes envoyés expressément par LL. AA., se trouveront à Livourne pour y recevoir et servir le sérénissime Prince-Infant, qui prendra son logement d.ans l’appartement qu’occupait le sérénissime Grand-Prince Ferdinand ; et LL. AA., sachant bien que le sérénissime Prince ne pourrait avoir à son arrivée ses propres équipages tout prêts, auront soin qu’il s’en trouve à Livourne, avec un détachement des gardes du Corps, des chevaux de l’écurie de S. A. R. et quelques officiers de leur cuisine et de leur maison pour servir le sérénissime Prince pendant tout le séjour qu’il fera dans cette ville et à son arrivée à Florence, où le sérénissime prince commencera à se traiter à ses propres dépens ainsi qu’on en est convenu.
Le sérénissime Infant, en arrivant à Florence , se rendra directement au Palais, où il trouvera préparé pour son logement un des appartements le mieux meublé et le plus proche de celui de S. A. E. Palatine, alin que S. A. E. soit d’autant plus près
du scrénissinie Infant et qu’elle puisse avoir pour sa précieuse conservation et pour toutes les autres choses qui concernent le service de sa personne, comme le choix des gentilshommes et autres domestiques qu’il trouvera h propos de prendre en Toscane, le même soin que S. A. E. avait pour son propre nis.
Dans toutes les autres occasions, le sérénissime Prince Infant Don Carlos sera traité par LL. -AA, avec les mêmes marques d'honneur et d’estime qui ont été en usage en cette cour envers le sérénissime Grand-Prince Ferdinand. S. A. IL permettra au sérénissime Infant Don Carlos de former et entretenir une garde particulière composée de nobles Toscans, s’il juge à propos de former un corps.
En foi de quoi, le présent arrangement a été arrêté par les soussignés ministres plénipotentiaires d’Espagne et de Toscane, en vertu de leurs pleins pouvoirs, et ils y ont faitjapposer le sceau de leurs armes.
Fait à Florence, le 25 juillet 1731.
(Roi'sset, Becueil, VI, 245.)
La cour était alors à Scvillc. C’est là que Don Carlos prit congé de son père en présence de tous les hauts dignitaires de la couronne . Il partit le 20 octobre pour se rendre par terre en Italie. Le comte de San Estevan, chevalier du Saint-Esprit et gnmd d’Espagne de première classe, l’accompagnait en qualité de gouverneur, de grand-maître de sa maison et de capitaine général des troupes de S. M. Catholique en Italie. Ses autres principaux oflHciers étaient le duc de Tursis Doria, sou grand chambellan ; le prince Coreini, neveu du pape, sou grand écuyer; le duc d’Ariou, son premier gentilhomme de la chambre ; le marquis de Villavcrde , le
marquis Giustiniaiii et D. José Caslellar, ses majordomes (le semaine; D, Joachim de Moutallegre, son secrétaire d’État, et D, Ulio Caraffa, capitaine de la compagnie de ses gardes du corps.
Sur les confins du royaume de Valence , il fut reçu par le capitaine général de la province qui, en passant à Almanza , lui montra la place où l’armée des deux couronnes, commandée par le maréchal de Berwick, avait remporté sur les alliés, en 1707, la grande etsanglante halaille de ce nom. Le 11 novembre il entrait à Valence et le 20 à Barcelonne, avec une pompe vraiment i-oyale. Le 26, l’Infant passa la frontière de France. Il y trouva le marquis de Caylus, commandant en Roussillon, et M. de Jallais, intendant de la province. Ces deux gentilshommes l’accompagnèrent dans toute 1 étendue de leur gouvernement. S. A. R. continua sa route par Perpignan, Narbonne, Montpellier, Nîmes, Tarascon, Ai.\ et Cannes avec tant de rapidité que le grand prieur de France, qui devait la complimenter dans cette dernière ville, n’arriva de Paris qu’au moment où le prince allait partir. Il lui remit, au nom du Roi Louis XV, une magnifique épée enrichie de diamants, et le suivit à Antibes, où Don Carloss embarqua le 23 décembre sur une flottille
degalèresespagnolesqui l’attendait depuisquinze jours.
La mer était mauvaise et la travei-sée ne se fit qu’avec beaucoup de difficultés. Des six galères qui devaient transporter le prince et sa suite, quatre durent relâcher à San-Fiorenzo , dans l’ile de Corse; les deux autres, dont la galère capitanc que montait
riiitaiit eu personne, arrivèrent seules Ji Livourne, et fort avariées. Don Carlos descendit à terre dans la chaloupe du Grand Duc, au bruit des salves d’artillerie. Le 28, il fit son entrée publique, assista à un Te Deum chanté dans l’église du Dôme, et de là se rendit au palais, où il fut complimenté au nom du Grand Duc par la noblesse et les officiers de la ville. Le lendemain et les jours suivants , des fêtes splendides , données par le commerce de Livourne , célébrèrent l’arrivée du futur souverain des Etats de Toscane. Les Juifs surpassèrent tout le monde en magnificenee. • Cette nation s’était distinguée dès le soir du débar- I quement par une illumination magnifique, qui fut t continuée les deux nuits d’après ; elle consistait en « plus de huit cents lanternes distribuées avec symé- < trie dans toutes les rues du quartier ; la face de la « maison publique était ornée de quatre cartouches c contenant des inscriptions en hébreu , en syriaque t et en langue chaldéenne , qu’on pouvait lire comme c en plein jour à la faveur des flambeaux, p On parla longtemps à Livourne du pillage du pays de Cocagne dont ces opulents sectaires offrirent le spectacle au fils du Roi Catholique et au cousin du Roi Très-Chrétien.
Une indisposition assez grave suspendit le voyage de l’Infant pendant tout le mois de janvier 1752 et une partie du mois suivant. Ce n’est que le 22 février qu’il quitta Livourne, pour se rendre à Pise. M. de Charny le précédait à la tète de ses dragons, laissant pendant son absence le commandement de la place an marquis
<1e Gastelfuerte . * En sortant de la ville, l’Infant Duc « fut salué de trois salves générales de rarlilleric « des remparts et de celle des vaisseaux qui étaient « dans le port. S. A. R. arriva vers les six heures du >• soir à Pise , et s’étant rendue à l’église métropoli- « taine, elle y fut reçue par l’archevêque à la tête des « chanoines. Toute l’église était illuminée, et l’on y « chanta le Te Deum h plusieurs chœurs de musique. « L’Infant Duc s’étant promené quelque temps dans
< la ville pour en voir les illuminations, assista à la « représentation d’un opéra ; il alla le lendemain à la « chasse, et, à son retour, le àuc Salviati, gi-and ve- « neur du Grand Duc, lui fit présent de deux daims « blancs de la part de ce prince.
« L’Infant-Duc s’arrêta quelques jours à Pise, où « entre autres divertissemens on lui donna celui d’un « combat qu’on appelle dans cette ville le combat du « Pont, et dont on ne peut guère donner une idée « juste. En étant parti le 3 mars au matin , il dtna « au château de Pont-Adere, et de là se rendit à l’Am*. « brogiana , maison de plaisance du Grand-Duc ; le 9,
<i il partit de l’Ambrogiana pour aller dîner à Castel-
< Pucci, autre château appartenant au marquis Hi- € cardi ; il trouva le chemin bordé d’une foule de
< peuple accouru de tous côtés pour le voir, et à Si- « gna il vit la compagnie des cuirassiers de Pistoie
< rangés en bon ordre avec leurs trompettes et leur « étendard. En approchant de Castel-Pucci il fut <i salué d’une salve de soixante-dix boites. L’avenue « du château était remplie de pcii)>le, et tant dans la
< cniir que sur l’esoulior et dans les appartements il y « avait près de deux cents gentilshommes superbe- € ment vêtus qui s’y étaient rendus pour lui faire leur « cour; les plus distingués, au nombre de soixante,
< accompagnaient un pareil nombre de dames. L’In* t lantDuc s’étant rendu dans l’appartement qu’on lui c avait préparé , reçut les compliments que les con-
• seillcrs d’Etat du Grand Duc étaient venus lui faire « de la part de ce prince et admit toute la noblesse à
< lui baiser la main. Il dîna ensuite en public, et s’étant
< retiré apres le repas , on servit dans les salles
* basses tous les seigneurs et les gentilsbommes de la
• cour de même que toute cette noblesse dont je viens « de parler. A son départ de Castel-Pucci on fit une € nouvelle décharge de soixante-dix boites , et vers « les six heures du soir, il arriva à Florence en cet « ordre. Quarante trabans de la garde à pied du Grand- € Duc commençaient la marche ; ils étaient suivis de
< trois carrosses h six chevaux, occupés par lesgentils- « hommes de la cour de l’Infant Duc : les valets de « pied de ce prince marchaient immédiatement devant
* son carrosse, qui était précédé de quatre de ses t gardes à cheval , et suivi du reste de la compagnie
< ayant leur étendard , timbales et trompettes. Les « cari-osses des dames et des gentilshommes qui s’é- « taient rendus à Castel-Pucci , ou sur sa route , foi'-
< mèrent à la suite une file de deux mi'les de long.
< Au premier signal de l’approche de l'Infant Duc, « on le salua d’une salve générale de l’artillerie du « château de Saint-Jean-Baptiste; il trouva à la porte « de San-Fridiano, par où il entra, la compagnie des
e greuaditii'6 et celle des cuirassiers ullemauds de la
< garde à cheval du Grand Duc ; celle des cuirassiers « de Pistoye qu’il avoit vue le matin étoit rangée en
* un autre endroit dans la ville. S. A. R. se rendit
< aux acclamations du peuple à l’église métropolitaine, « à l’entrée de laquelle elle trouva les sénateurs en
• habit de cérémonie, suivis de tous les magistrats de « la ville ; et ayant été reçue dedans la même église
< qui avait été illuminée avec une magnificence extru-
< ordinaire , par l’archevêque h la tête de son chapitre, « elle assista au Te Deum qui fut chanté à huit chœurs » de musique, au bruit d’une seconde déchaîne de l’ar- « tillerie du château de Saint- Jean-Baptiste.
< L’Infant-Duc se rendit ensuite dans le même ordre
< au palais ducal ; et il fut reçu à la descente de son « carrosse par le grand prieur Thomas del Bette en « qualité de majordome major du Grand-Duc, qui « le conduisit à rappartement qu’on lui avait destiné « et à l’entrée duquel il trouva madame rËlectrice « Palatine , douairière , gouvernante de Sienne (1), « qui se retira après l’avoir embrassé et complimenté, c L’infant don Carlos lui présenta alors la comtesse « de Sant-Eslevan et la duchesse dîArion, que S. A. c E. reçut avec beaucoup de marques d’estime. Un « moment après, l’Infunt-Duc se rendit à l’apparc tement de madame l’Ëlectrice, avec qui il s’entretint 1 quelque temps, et qui lui proposa d’aller faire une
fl) .Marie-Anne-Louii>e, soeur du Grand Duc, veuve de l’dlecteur p.-ilalin Jean-Guillaume.
( surprise au Grand-Duc , qui se trouvait dans son « lit pur rapport à scs infirmités; il accepta ce parti, « et, la prenant par la main , ils passèrent par une « porte secrète dans la chambre de ce Prince, qui le « reçut et l’embrassa avec des marques de tendresse € et de cordialité au-delà de tout ce qu’on peut ima- « giner, et lui demanda même à voir l’épée dont le
< Roi lui avait fuit présent. Madame l’Rlectrice, dan.s
• cette visite, n’était suivie que du numpiis Gttadagni « et du comte Bardi , et le comte tie San-Ksievan
• était seul avec don Lelio Carafja à la suite de
< l’infant don Carlos, qui ne ti ouva dans lu chambre
• du Grand-Duc que le grand prieur dcl Bene avec « le baron Ricasoli; mais, un moment après, les « seigneurs des trois Goui-s furent admis dans la
• chambre, et le comte de Sanl-Kslevan présenta au « Grand-Duc tous ceux de la suite de l’infant don
• Carlos. Ce prince reconduisit ensuite madame « r£lectrice dans son appartement, où il trouva un « cercle de dames, en habits magnifiques, avec les- « quelles il resta quelque temps ; de retour à son appar- « tement , il donna audienee à l’archevêque de Flo- « rcnce. Le lendemain , l’archevêque de Florence
< célébra une messe solennelle du Saint-Esprit dans <1 l’église métropolitaine, à laquelle les sénateurs et
< tous les magistrats assistèrent : le même jour, l’in- V faut reçut les eompliments des sénatcui-s et donna « sa main à baiser aux gentilshommes de la chambre « du Grand-Duc , ayant à leur tête le comte Pierre « Bii'inguicci...
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» La venue de ce prince avait été annoncée ic U,
< dès la pointe du jour, par le son de toutes les cloches
< de la ville, où toutes les boutiques furent fermées
< pendant trois jours; les illuminations, les feux de « joie, les artifices que l’on fit partir du haut de la tour « de la Ma’sou-de-VUle, les décharges d’artillerie des € deux châteaux occupèrent le peuple pendant tout ce € temps, k l’égard de la noblesse, elle s’empressa d’au-
< tant plus de se rendre à la cour de l'Infant-Duc, *■ qu’on y observa les mêmes usages qu’à la cour de « Toscane (1). »
De Florence don Carlos devait se diriger sur Parme, mais les chemins étaient si mauvais, qu’il fallut beaucoup de temps pour les rendre praticables. Le prince passa six mois dans les Ëtats de Toscane, tantôt à Florence même, tantôt à la villa d’Antimoro, avec tous les honneurs et toutes les prérogatives du souvei-ain. Le jour do la Saint-Jeau-Baptiste(24 juin), que l’on célébrait à Florence avec une solennité particulière, le Grand-Duc ne se montra pas au peuple. Ce fut son successeur désigné qui remplit en son nom toutes les fonctions de cette fêle, et reçut sur 1a Grande Place les hommages des dé[)utés des villes de Toscane. Un peintre de Nuremberg fut même chargé de reproduire sur la toile le principal épisode de la cérémonie. Le tableau tenniné, Jean-Gaston en fit présentau jeune duc de Parme comme souvenir de son premier acte de souveraineté. On ne pouvait s’exécuter de meilleure grâce.
(I) Clef du labinrt. 1132. Miii.
Malheiireufiement pour le Grand-Duc, il n’en fut pas (le môme de la cour de Vienne, beaucoup plus jalouse de ses di-oits que son feudataire, et qui lui adressa à ce sujet des représentations fort énergiques.
Les premici-s jours d’octobre furent employés aux préparatifs du départ de l’Infant, ce qui n’était pas peu de chose, quand on songe qu’il eut à recevoir les visites officielles du Grand-Duc, de ses ministres, les compliments des ambassadeurs étrangers, des généraux espagnols et toscans, et à accorder les faveurs (lu baise-main à toute la noblesse florentine. Otte dernière cérémonie prit à elle seule beaucoup de temps. Enfin, le 6 octobre , Son Altesse Royale se mit en route, dans le plus beléquipage, et arriva le lendemain soir à Bologne c où elle descendit chez les PP. béiié- •( dictins de la congrégation du Mont des Olives. Avant « le souper, il prit le divertissement d’une chasse de « faisans, de perdrix et d’autres oiseaux , que le comte < Paul Zambeccari avait fait préparer dans le préau « du monastère. > Cette passion pour la cha.sse lui était « commune avec tous les Bourbons. Ce fut jusqu’à la •> fin de ses jours son passe-temps favori.
< Le 8, riufant-Duc partit à six heures et demie do « Bologne. Ën entrant dans l’Etat de Modène, il fut « complimenté par le marquis Louis Rangoni, qui lui • présenta de la part du Duc, son maître, trois car- « ross^ qu’il n’accepta pas. Comme il n’avait pas plu « depuis quelque temps, le Duc avait ordonné qu’on « arrosât le chemin par où l’Infant devait passer ; cc t qui lui épargna l’incommodité de la poussière.
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» Dès que l’Infaut fut à un mille de Modèue, on le « salua d’une décharge de cent pièces de canon, t Le Duc, accompagné dans son carrosse de son maître « de chambre, du capitaine de ses gardes, de son « grand-écuyer, de son grand-veneur et de son tréso-
< rier, et suivi de trente gentilshommes de sa chambre « dans cinq carrossesà six chevaux, avec vingt-quatre
< gardes , attendait Son Altesse Royale h quelque - distance de la porte Saint-Augustin, qui conduit à « Reggio. Dès qu’on l’eut averti que l’Infant appro- « chait, il mit pied à terre, et, ayant marché au-devant « de la chaise de poste de Son Altesse Royale, il se « présenta à la portière. L’Infant se leva et voulut
< descendre , ce qu’il ne ht cependant qu’après que « le comte de Sant-Eistevan, D. Lelio Caraffa, le prince
< Corsini et le gentilhomme de semaine furent arrivés
< auprès de lui. Les deux princes s'embrassèrent, et,
< pendant leur entretien, le comte de Sant-Estevan et « D. Lelio Caraffa se couvrirent, comme grands d’Es- « pagne. Le duc de Modèue pria l'Infant d’agréer le « repas qu’on lui avait préparé à quatre ou cinq milles
< de la ville, chez M. Gaspar Carandini, gentilhomme « modéuois, avec une chasse de bêtes fauves qu’on
• avait rassemblées dans le voisinage; mais Son Altesse « Royale l’en remercia. L’Infant pria ensuite par deux
• fois le Duc de remonter dans son carrosse, et lui
< dit qu’il ne voulait partir qu’après qu’il lui aurait vu « reprendre le chemin de la ville : le Duc l’ayant » refusé, après des embrassements réitérés, l’Infant
• monta dans sa chaise, où il se tint debout jusqu’à
« ce que S. A. S. lui liois de sa vue. Le Duc, de
< son cûlü, tenant le comte de Sant-Estcvan par la
< main, le pressa, lui et les seigneurs de la cour de « rinrant, de remonter dans leurs chaises et de partir. « Mais, attendu l’àgc avancé de S. A. S., ils le rocon- « duisirent à son carrosse , dans lequel elle se tint « debout jus(|u’ù leur départ.
« L’infant-Duc fut salué de décharges d’artillerie à
< son passage par Reggio et par Ruhicra, et le «nar-
< qiiis Rangoni lé suivit avec scs trois carrosses dans
< tout son passage par le Modéuois, où il était défendu « aux inallrcs de postes de recevoir aucun payement. « Enfin, S. A. R. arriva le soir à Panlaro, chez la « comtesse Rorri, où elle trouva une nombreuse no-
< blesse de Parme et de Plaisance à qui elle donna sa c main à baiser.
« Madame la duchesse douairière Dorothée, qui était « à une maison de plaisance peu éloignée de là en « attendant l’arrivée de l'Infant, se rendit aussilét à € Pantaro avec sa cour, et fut reçue à la descente du t carrosse par le prince Coi-sini, par le duc de Tui'sis « qui était venu de Gènes, par les gentilshommes de K la chambre et par les majordomes de semaine, qui « avaient avec eux deux gardcs-du-corps de S. A. « R., et qui l’accompagnèrent sur l’escalier. A peine « fut-elle entrée dans la salle, qu’elle vit venir au-
< devant d’elle l’Infant, qui la reçut à la porte de lu « première chambre , où ils s’embrassèrent. L’Infant « la prit par le bras cl la conduisit dans lu dernière
< chambre , où ils s’assirent sur deux sièges [dacés
« vis-à-vis l’uu de l’autre, ta porte entre deux; le comte « Sant-Estevan et D. Lelio CarafTa se tenant auprès de t D. Carlos, et la Duchesse ayant de sou côté sa dame « d’honneur. Leur conversation dura plus d’une « heure, et la Duchesse y parut touchée jusqu’aux « larmes ; elle présenta à l’Infant scs dames d’hon-
< neur, à qui U donna sa main à baiser. D. (^rlos
< la conduisit par la main jusqu’à la porte de la pre- « mière chambre, et alla ensuite à une fenêtre la voir « monter dans son carrosse, où elle fut accoin|)agnéu
< comme à son arrivée
< Le 9, rinfant-Duc se rendit à la maison de plaic sance de la Steccata, pour faire son entrée dans € Parme. Il monta à cheval en cet eudroil-là. Eu arri- ' « vant à une chapelle faite èn bois de charpente, hors « la porte Royale, il mit pied à terre, ce que firent aussi « les seigneurs de sa cour ; il fut reçu par les repré- « sentants de l’État, et le gouverneur de la ville lui en « apporta les clés, que S. A. R. lui remit aussitôt.
< On fit en ce moment une décharge de quarante
< pièces de canon rangées sur les remparts, et l’on « commença à sonner toutes les cloches de la ville.
« L’Infant-Duc, entrant dans la chapelle, fut reçu à la « porte par un chanoine qui lui présenta le crucifix
< à baiser; il s'avança jusqu’au pied de l’autel, où on « lui avait préparé, du côté de l’Evangile, un prie- « Dieu garni d’un tapis et de coussins de velours • cramoisi galonnés d’or, et, après qu’on eut chanté
< ([uelques prières , il remonta à cheval pour son € entrée.
— uo —
( Sa marchu commença par une compagnie de cent « maîtres irlandais, tous beaux hommes, en habits « neufe de drap i-ouge avec des parements de bleu U turc : ils étaient suivis de cinquante-quatre genlils-
< hommes de Parme et de Plaisance, habillés magniu fiquement et superbement montés. Les religieux « mendiants, les communautés régulières et le cki^é,
< qui était terminé par le chapitre de la cathédrale,
<• marchaient ensuite. L’Infant était à cheval sous un « dais de toile d’argent, porté par les douze repré- « sentants, dans leurs habits de ville, enrichis de den- « telles d’or. S. A. R. était suivie du comte de Sant- « Estevan, du prince Corsiui, de D. Lelio Caraffa et de « la compagnie de ses gardes , et la marche était fer-
< mée par une troupe d’environ quatre cents maîtres,
< tous bien vêtus et bien montés.
• Les rues par où rinfaiit passa étaient bordées « d’une double haie d’infanterie ; il vil partout une « foule de spectateurs aux fenêtres et aux balcons, « qui étaient ornés de riches tapisseries, et ayant « aperçu à un de ces balcons Madame la Duchesse « douairière son aïeule , il la salua d’une manière très
< respectueuse. En arrivant è l’église cathédrale, de- ( vanl laquelle il trouva un portique de charpente ,
< d’un bon goût, il fut salué d’une seconde décharge ( de l’artillerie. Il fut reçu parles premiers magistrats • à la porte de cette église, et l’abbé de Castromonte,
< son grand chapelain, lui ayant présenté l’eau bénite, « il alla se placer sur un prie-Dieu à cAté de l’évan- « gile. On chanta le Te Deum à plusicuis chœurs dtv
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— Ul
< musique , et l’on fît les prières accoutumées pour « l’arrivée du souverain.
( L’Infuiit-Duc moula ensuite dans sou carrosse, et, " avec une suite de cinq antres cart*osses à six che- « vaux, il SC rendit à son palais, où il entra au bruit
< d’une décharge générale de l’artillerie du château.
• Il trouva dans la cour toute la noblesse, qui l’accom- « pagna sur l’escalier, au haut duquel ayant aperçu « Madame la Duchesse douairière, son aïeule, suivie •< d’une foule de dames, il se pressa d’aller l’embrasser; « il lui donna le bras et la conduisit dans son apparte-
< ment, où ils s’assirent. Madame la Duchesse douai-
• rière lui ayant présenté les dames, il les reçut avec « beaucoup d’accueil et leur donna sa main à baiser. « .\près une demi-heure de conversation, madame « la Duchesse se leva, et l’Infant, lui ayant donné le
< bras, la reconduisit dans son appartement ; le comte « de Saint -lilstcvan , D. Lélio CarafTa et la dame « d’honneur de la Duchesse furent toujours pré- « seuls (I). »
Nous avons insisté sur ces détails, peut-être trof» minutieux, parce que nous les croyons fort peu connus et qu’ils donnent une très juste idée du cérémonial alors eu usage dans les petites cours d’Italie, cérémonial qui contrastait d’ailleurs avec leur état de dépendance et de sujétion. N’est-ce pas un curieux spectacle que ce grand-duc de Toscane, vassal de l’Empire, auquel on ne permettait ni d’exercer une souveraineté
(1) Ces particularités sont extraites de la relation d'an courrier de cabinet du grand-duc de Toscane, reproduite par le journal que nous avons ileji cité.
véritable, puisqu’on disposait de ses Etats sans le consulter, ni même de l’abdiquer volontairement, puisque la convention de Florence avait soulevé de vives réclamations de la part du cabinet de Vienne ? A Parme la position de Don Carlos était si peu près la même ; lui aussi était vassal de l’Empereur, et l’Espagne paraissait d’autant moins disposée à s’y soumettre qu’elle venait de perdre l’espoir dont elle s’était flattée précédemment, d’obtenir en faveur de l’Infant la main de l’archiduchesse Marie-Thérèse. Quelques mots échappés au baron de Ripperda ont fait croire que cette alliance avait été stipulée, dès l’année 1725, par un article séparé du premier traité de Vienne. Sur ce point on ne peut guère hasarder que des conjectures ; mais ce qui est certain, c’est qu’il avait été sérieusement question de ce mariage entre les deux cours. On en trouve la preuve dans une dépêche du maréchal de Villars au roi I..ouis XV, dépêche que nous citerons plus bas (1). L’Empereur y renonça depuis, car le bruit courut , en 1731 , lors du second traité de Vienne, qu’une convention secrète relative au futur Roi des Romains venait d’être conclue entre Charles VI et le Roi de la Grande-Bretagne. L’Angleterre avant de garantir la Pragmatique sanction aurait demandé des explications à l’Empereur sur le choix de ses gendres, et ce dernier se serait engagé à ne les prendre ni dans la maison de Bourbon ni dans celle de Brandebourg. Ces bruits parurent se confirmer par la dé-
(I) Voir plus bas, rli. VI.
Diyiîi^Hï.j by
claration que fit, en juillet de la mf*me année, l’ambassadeur d’Autriche près la cour de Londres, à savoir, que le choix de son maître s’était fixé sur les deux princes de Lorraine (1). Dès lors l’Espagne ne songea plus qu’à libérer l’Infant du lien féodal.
Pour bien comprendre les longues et difTlciles négociations dans lesquelles nous allons entrer, il est indispensable de préciser le sens des lettres d’investiture éventuelle, telles qu’elles avaient été promises par le tmité de la Quadriqile Alliance, et expédiées pendant le congrès de Cambrai.
Ces lettres, comme l’indique leur nom, assuraient à Don Carlos la succession des duchés de Parme et de Toscane, en cas de mort des posscsseui*s aloi’s vivants et d’extinction de leur race en ligne masculine. Mais le cas survenant , et c’est ainsi que les choses s’étoieut passées à Parme , le bénéficier devait solliciter et obtenir de l’Empereur une seconde investiture et prêter serment de fidélité coram throno, soit en personne, soit par scs fondés de pouvoir, soit enfin par ceux de ses tuteurs, s’il était mineur. Eu un mot, VinveslUure éventuelle ne dispensait pas de ce qu’on appelait par opposition Yinvestiture actuelle.
L’expédition de ce premier diplôme fut suivie de celle d’un grand nombre d’actes de diverse nature, dont nous nous bornerons à citer les principaux pour éviter la confusion : \a garantie de C investiture éven-
(I) Arch. du dépôt de la guerre, 2749, camp, de 1733 par M. de V.11U.
— Ui —
luellcpar le liai de la Grande Breloque et par le Roi de France ; les lettres reversâtes du roi d'Espagne ; l'affranchissement de Don Carlos de la puissance paternelle , l’art. 5 de la Quadruple Alliance ne permettant pas au Roi d’Espagne «l’exercer la tutelle ; enfin la résolution impériale relative à la nomination des tuteurs. Nous avons vu que l’Empereur avait délégué la duchesse douairière Dorothée de Parme et le grand duc Jean-Gaston. ]ji résolution se terminait
ainsi : « D’ailleurs S. M. I. espère que les princes- « tuteurs ne laisseront rien manquer de leur côté par U la présentation des pleins pouvoirs requis pour rece- • voir l’investiture des duchés de Parme et de Plai- - sance et par la prestation de tous les autres devoirs c accoutumés au conseil et à la chancellerie aulique, € afin qu’il n’y ait rien qui les empêche d’obtenir, en c la qualité de tuteurs, l’investiture actuelle desdits < Duchés du trône Impérial, et cela tout au plus dans « l’espace d’un an à compter du temps de la posses- « sion prise. » Or, c’est précisément ce que la cour de Séville voulait éviter à tout prix.
Cependant le délai n’était pas encore expiré, quand une nouvelle complication, étrangère à la question de Parme, vint hâter le refroidissement desdeux cabmets. Il s’agissait de la fête de saint Jean-Baptiste et de la cérémonie de l’hommage. L'Empereur y vit un acte attentatoire à sa suzeraineté et fit remettre à la cour de Londres le mémoire suivant :
Méaiolre ralaoBiié aar ee ^al ■*e«( pâmé k Vl«r«nee l« }«nr de la Salat-deaB-Vaptlate , ffS«.
On ne doute pas que S. M. B. ne soit informée par son ministre résident à Florence de ce qui s’est passé au mois de juin dernier, le jour de la Sainl-Jean-Baptiste, où les villes de Toscane, les feudataires et sujets du Grand-Duc ont coutume de lui renouveler tous les ans leurs hommages.
.. Dans le temps que l'on ne discontinuait de donner à la cour impériale assurance sur assurance des bonnes intentions de Leurs Majestés Catholiques, on reçut la nouvelle que la festivité annuelle qui s’y célèbre le jour de la Saint-Jean-Baptistc, s’était passée d’une manière différente de ce qui se pratiquait d’ail eurs en pareille rencontre et tout opposée aux engagements rapportés jusqu’ici.
Le comte de Cajuno (1) en eut quelque pressentiment, et pour cette raison il voulut s’éclaircir auprès de l’abbé Tornaquinci en quelle qualité le sérénissime Infant Don Carlos comparaîtrait pour recevoir l’hommage. On l'assura qu’il n’en ferait les fonctions que comme substitut et député pour cet effet par un motu prt^nosigné du Grand-Duc. Mais peu de jours après, on fut informé que, suivant une secrète intelligence entre le ministère espagnol et florentin, on avait inséré dans la préface de l’Edit qui est lu avant la prestation de l’hommage annuel ; eper S. A. R., Giov. Gastone Primo, il Real Infante Don Carlo, Gran Principe e per se slesso, corne légitima immediato successore di questi deputato a ricevere Vinfrascritto hommagio. Dès que le comte de Caymo en eut avis, il écrivit à l’abbé Tornaquinci le billet coté A, et n’ayant reçu pour réponse que ce qui est dit dans la note cotée B, il fit de
(I) Chargé des affaires do rAotriehc à Florence.
plus fortes instances pour avoir une copie de l’Édit dont il est question ; sur quoi ledit Édit lui fut envoyé avec le billet marqué D, où il est à noter que la communication ne s’est faite par ordre du Grand-Duc qn’aprés en avoir informé le sérénissirae Infant Don Carlos par le canal du comte de Saint-Estevan.
Il serait inulile de s’étendre sur l’irrégularité du procédé qu'on vient de rapporter. La simple exposition du fait la fait assez sentir. 11 n’y a que l’Empereur qui puisse autoriser l’Infant Don Carlos à se servir des titres de Grand-Prince de Toscane du vivant du Grand-Duc. Sa qualité de légitime et im. médiat successeur ne résulte que des titres énoncés ci-dessus, et c’est contrevenir manifestement aux obligations qu’un nowveau vassal contracte envers son seigneur direct et suprême que de chercher d’autre voie que celle des auspices et du consentement de ce seigneur direct pour s’assurer de la succe.ssion éventuelle qui lui est destinée. La cour impériale croit avoir donné des preuves convaincantes de son attachement à ce qu’elle a une fois promis ; mais elle est résolue en même temps de s’y tenir une bonne fois pour toutes, l’expérience ne lui ayant que trop fait sentir qu’à force de complaisance on ne borne pas toujours les souhaits et les désirs d’autrui. Comme ces princijie.s sont conformes à ce que la cour d’.Vngleterrc a plus d’une fois donné à connaître, on se tient as.siiré dans l’occasion qui se présente de son concours à les mettre en exécution, et il ne reste que de savoir scs sentiments sur les moyens les plus propres qui pourraient conduire à une fin si juste et si nécessaire.
(loc cil. \\, Kl.) ■
En d’autres termes c’était demander la médiation de la Grande-Bretagne. Elle ne crut pas devoir la refuser et envoya dos ordres h sou ministre à Madrid. M. Keene lit connaître a la cour d’Espagne les réclamations de
rfjiipei'eur, et reçut du marquis de la Paz une répunse qui ne satisfit pas rAutriche. La Graiide-Drelague fit alorsinsinuer un premier projet d’accommodement par la note dont la teneur suit :
d’aeeomma4emeut comtenn dans le Mémaire de M. Heklnaen , ambassadeur d'Angleterre près la coar de Vienne , du «• Juin bflSS.
L'expédient proposé dans la réponse de Sa Majesté Britannique est que l’Espagne ait à consentir que l’Infant duc de Parme demande de l'Empereur le titre de Grand-Prince dcToscane, puisqu’il est ii espérer que cette seule démarclie suffirait à faire cesser toutes les difiicultés faites ici sur le plein pouvoir qui a été exhibé de sa part à la cour féodale, et comme Sa Majesté Britannique ne doute pas que l’Empereur ne soit dans la même disposition qu’elle de conserver autant qu’il sera possible la tranquillité publique et prévenir les effets funestes de la guerre, elle a ordonné à son ministre auprès de Sa Majesté Impériale et Catholique de tâcher d'en obtenir une promesse |)Ositivc, qu'en conséquence elle veuille bien consentir que le Duc de Parme prenne le titre de Grand-Prince de Toscane, laquelle promesse serait d’autant plus à souhaiter que S. M. B., I>ar les soins qu'elle a pour le bien public et pour tout ce qui peut regarder les intérêts particuliers de S. M. I. et C., a déjà instruit son ministre à la cour de Séville d’y représenter de la manière la plus forte la nécessité que I,eurs Majestés Catholiques permettent a l’Infant leur fils de s’adresser à l’Empereur pour ce titre. {Loc. cil. IX, 82.)
L’Empereur et le Roi d’Espagne acceptèrent les bases proposées par le ministère britannique : mais il s’eu fallait que pour cela les deux coure fussent d’ac-
cord ; restait à fîxer la formule de la demande , point fort important et fort délicat. Le cabinet impérial soumit à la cour de Londres un projet de requête qui devait être faite au nom de linfant Don Carlos, plus un projet de requête pour les tuteurs de l’Infant , le tout en opposition avec le projet espagnol que l’agent des tuteurs avait communiqué au Conseil aulique. Les négociations , déjà si enchevêtrées , ne tardèrent pas à se compliquer de nouvelles réclamations de l’Espàgne , un sujet de lu réunion au Milanais de quelques droits et territoires situés sur la rive du Pd , et dont jouissait le feu duc François de Parme au temps de la conclusion de la Quadruple-Alliance. De plus, l’ile de l*onza, dans le royaume de Naples, venait d’être déclarée incorporée aux domaines de l’Empire , malgré les droits exposés par les tuteurs. Sur ces deux points le comte de Montijo, ambassadeur d’Espagne à Londres , réclamait la garantie de la Grande-Bretagne. De son côté , l’Empereur se plaignait énergiquement des reUirds qu’on apportait à remplir les formalités de Tinvestiturc, dont le délai se trouvait expiré.
Ainsi, plus on avançait et plus il semblait difficile d’arriver à une solution amiable. C’est alors que le duc de Newcastle essaya de proposer un second moyen d’accommodement qui pouvait encore tout concilier. En voici la substance ;
Le comte de Montijo devait déclarer par écrit, an nom de sa cour, t que l’Infant Don Carlos et ses mi- « nistres n’avaient aucunement l’intention de différer « la prise de l’investiture actuelle , et que dans tout
■ ce qui s’était passé antérieuremeut on n’avait jamais « eu l’intention d’éluder la feudalité stipulée par les « traités. >
D’autre part, et au nom de la cour impériale , le comte de Kinski devait déclarer, toujours par écrit , « que l’Empereur ne refuserait pas d’accorder à l’in-
< fantDon Carlos le titre de Grand Prince sans autre « demande ultérieure ; que l’investiture lui serait
< donnée conformément aux lois et coutumes de l’Em- « pire envers les princes de son rang;
* Que l’Empereur ordonnerait en même temps « que les sujets du Milanais , possesseurs de fiefs dans
< les Etats de Parme et de Plaisance, prêtassent sans « délai, s’ils ne l’avaient déjà fait, le serment de fidé-
< lité dû au sérénissime Infant ;
« Qu’on conviendrait d’un terme fixe pour exami- « ner et régler sous la médiation de Sa Majesté Briy tannique les prétentions de l’Empereur et du duc de « Parme sur la souveraineté de l’ile de Pouza , ainsi « que sur les territoires et droits dont on alléguait que t le feu duc François de Parme était en possession « lorsque l’investiture éventuelle avait été donnée ;
* Et pour régler aussi de quelle manière le sérénis- « sime Infant devait être mis en possession des fiets * et biens réels nominaux appartenant à la maison
< Farnèse dans le royaume de Naples. >
Ce projet d’accommodement fut accompagné d’un mémoire de M. Robinson qui expliquait les intentions du Cabinet de Londres.
MéaMlre iiréaenté pur H. ■•blusan , le 9 f tSS.
Comme le comte de Kinski a transmis h sa cour une copie de la lettre écrite par S. K. le Duc de Newcastel à l’ambassadeur d’Kspagne en date du 10-20 du mois jtassé, il est moins nécessaire d’en expliquer la teneur que de détailler en peu de mots par quels motifs le Roi de la Grande-Bretagne a cru convenable à la cause commune de proposer l’expédient contenu dans la lettre susdite. Bien loin de le recommander sans sup- IKiser que rKinpereur pouvait y entrer avec honneur, S. M , jiersuadée comme elle l’est du désir sincère de ce Prince d’accommoder ces disputes, ne peut s’empêcher de se flatter que cet expédient ne soit approuvé, comme proposition qui ne vient que purement et uniquement de l’égard que le Roi a pour les parties intéressées, et de l’ardeur avec laquelle S. M. souliaile de voir rétablir entre elles une bonne intelligence; dans cette vue cet expédient est proposé également et en même temps à toutes les deux, des courriers étant envoyés de Londres a Vienne et à Madrid à la fois, de façon que S. M. ne s’étant aucunement engagée d’obtenir de la cour de Vienne qu’elle l'accepte, ce Prince nejieui que témoigner combien il souhaite, pour l'amour du bien public, qu’il soit goûté de S. M. 1. elC., n’étant pas d’ailleui-s impossible qu’il puisse l’être de l’Espague, l’ambassadeur espagnol s'étaut relâché dernièrement de plusieurs points sur lesquels il avait le plus insisté. Ce n’est pas une des moindres preuves des bonnes dispositions pré.sentes de l’Espagne que ce que la cérémonie de l’hommage prêté à l’iufant, le jour de la Saint Jean de l’année passée, n’a point été renouvelée cette annéê-ci. 11 est donc à présent temps de finir avec l’Espagne, puisque si jamais les disputes devaient être regardées comme d'une si grande importance à l’Empereur, elles ne peuvent jias l’èlrc davantage qu’à l’heure même, que
des troubles survenant de tous les autres cdlés, du moins ritalie puisse rester dans une iranquillité parfaite, et cela sur le pied même des traités et de celte féodalité qui en fait le principal objet.
Selon le plus ou le moins d’apparence que l'on trouvera à la cour de Vienne de vouloir permettre au Comte de Kinski de répondre par une contre-déclaration à la déclaration que le comte de Montijo aura ordre de sa cour de faire à Londres, on pourra procéder jusqu’à souhaiter que dans les instruments dont il est fait mention dans la lettre de S. Ë. le duc de Newcastel, comme devant être expédiées à la fois, il soit trouvé bon d’éviter toute sorte de récapitulations du passé. Dans le diplôme à donner pour le titre de Grand-Prince, ce serait ôter de la grâce et de la bienveillance avec laquelle il plaira à S.M. 1. de le conférer de sa bonne volonté que de reprocher à l’Infant de s’en être servi si longtemps sans la permission de S . M. I.
{Loc. cil. IX, 107.)
Voici la réponse de la cour de Vienne ;
Bépoiue «a Ménsire précédent, du IS août l>M.
Il serait inutile de faire ressouvenir M. de Robinson de ce qui de temps en temps lui a été donné à connaître au sujet des prétendus différents griefs de la cour d’Espagne. La seule exposition du fait, (|uand elle est combinée avec le contenu de tant de Traités, actes de déclarations, reversales, garanties et autres engagements les plus forts et les plus solennels, sufilt pour mettre dans tout son jour, non-seulement la justice, mais môme l’indulgence du procédé de l’Empereur, comme aussi le tort de la cour d’Espagne et les vues dangereuses qu’elle prétend en vain cacher sous un prétexte si peu spécieux.
Quanta la prise de riiiveslilure de Parme et de Plaisance, la concession du litre de (jrand-Prince de Toscane et ce qui conviendra de faire lorsque le premier Grand-Duc de Toscane viendra à mourir sans enfants mâles, l’Empereur se flattait d'avoir épuisé tout ce qu’on peut nommer condescendance par la déclaration énoncée dans le mémoire du 3f janvier de la présente année... . Cependant, quelque fortes et convaincantes que fussent ces raisons, l’Empereur, dans l’extrême contiance qu’il met dans les bonnes intentions de S. M. B., veut bien passer outre, non pourtant dans l’espérance de voiralteint le but salutaire que S. M. B. se propose, mais pour mettre la cour d’Espagne dans tout son tort en cas qu’elle ne voulût pas même se conformer à un moyen d’accommodement si fort à l’avantage de l'Infant Don Carlos. Pour cet effet, l’Empereur munit le Comte Philippe Kinski du plein pouvoir coté .\, et il l’autorise à donner la contre-déclaration cotée B en cas que le comte de Montijo remette une déclaration tellequ’elleest annoncÀie dans le préambule de l’acte de contre-déclaration susdit. .Mais après que de ce côté on a tant fait, on croit ne pas s’éloigner des propres sentiments de S. M. B. en souhaitant que des complaisances ultérieures ne .soient pas conseillées â l’Empereur.
Elles ne pourraient être envisagées ici que comme contraires à l’intérêt commun, et plus propres à troubler le repos de l’Europe qu’à raffermir. Le vrai moyen de s’assurer du but auquel S. .AI. I. et S. M. B. souhaitent également de conduire les choses est de s’en tenir aux Traités; et après tout ce que l’Empereur a sacrifié à la tranquillité publique, il croit ne rien précipiter ni faire une chose désagréable à S M. B., en réclamant dès à présent l’effet de ses garanties en cas que la cour d’Espagne voulût, contre toute attente, ne pas acquiescer à la contre-déclaration assignée ci-dessus.
• - - Di>irtiiinrl hy ('nogle
La dispute sur les confins entre le territoire Milanais et Parmesan est d'une nature à ne pouvoir être examinée et jugée que sur les lieux. Comme S. M. I. fait un cas extrême de l’amitié de S. M. B., il lui sera trës-agréable si le Prince veut intervenir par quelqu’un de ses ministres dans la discussion susdite.
Ni le point de l’ile de Ponza, ni celui des biens de la maison Farnèse, situés au royaume de Naples, n’ont aucun rapport avec le Traité de la Quadruple-Alliance. Il est notoire que le Pape forme une prétention sur l’ile de Ponza, et avant d’avoir remis à S. H. les raisons qui fondent le droit de l’Empereur, il parait impossible d’instruire sur ce sujet M. le Comte de Kinski.
Quant aux biens de la maison Farnèse situés au royaume de Naples, on ne prétend pas en frustrer l’Infant, au cas que la reine sa mère lui cédât son droit. Mais c’est par cette cession et non en vertu des Traités qu’il peut aspirer à la possession desdits biens. En effet, ce point n’est sujet à aucun doute, et l’Empereur ne peut en façon quelconque se départir du principe que l’Infant ne saurait les posséder que de la même manière et au même titre qu’ils ont été possédés par les Princes issus de la maison Farnèse.
C*Btr«Hlé«lar«Uan k damer par M, le eamte Philippe Kinahl.
( Pièce colèe B. )
t^orameà l’occasion du renouvellement de riiouimagc célébré à Florence le jour de la Saint-Jean-Baptiste de l’année dernière, il s’est élevé quelques différends, et qu’ensuite il a été déclaré au nom du sérénissime et très puissant Boi catholique des F.spagnes et des Indes, Philippe V, par son ambassadeur â la cour du sérénissime et très-puissant Roi de la Grande-Bretagne, que l’acte susdit de renouvellement de l’hommage ne tendait en aucune manière au préjudice du lien féodal, consacré, tant par le Traité de la Quadruple- .\lliance <iuc par les I raitéssub-
Mqueiits, (léclaralions, reversules et garanties, et que Sadile Majesté le Koi Catholique, non moins que les tuteurs du sérénissime Infant d’Espagne, duc de Parme et de Plaisance, n’avaient jamais songé et ne songent encore en aucune manière à contrevenir à ce lien féodal, mais qu’au contraire lesdits tuteurs satisferont sans délai à toutes les formalités né'cessaircs pour prendre devant le trône impérial l’investiture réelle des duchés de Parme et de Plaisance, conformément aux devoirs du vasselage ; et comme aussi Sa Sacrée Majesté Impériale et Catholique, jalouse seulement de la conservation de ses droits et de ceux de l’Empire, est d’ailleurs prête et disposée, nouseulemcnt à entretenir une fidèle amitié avec Sa Sacrée Majesté Catholique, mais encore de donner au sérénlssimc fils de Sa Sacrée Majesté des preuves évidentes de ses sentiments bienveillants ; en conséquence, je soussigné, ministre de Sa Sacrée Majesté Impériale et Catholique à la cour du Hoi de la (irandc- Brctagne, muni de pleins pouvoirs à cet effet, je déclare à mon tour au nom de Sadite Majesté Impériale que le titre de Crand-Prince de Toscane, conformément à la réquisition faite au nom de LL. MM. Catholiques, sera accordé et le diplôme impérial expédié en forme, suivant l’usage, ainsi que la dispense d'ége, aussitôt que l’acte d’investiture sera donné.
Et pour qu’il ne puisse s’élever aucun doute sur la manière dont le sérénissime duc de Parme et de Plaisance devra être mis en possession du Grand Duché de Toscane, en cas d'ouverture de la succession, au nom de Sadite Sarrée Majesté Impériale, je déclare que tout se passera de la môme manière qui a été observée pour la mise en possession des duchés de Parme eide Plaisance, et convenue en 1728 avec l'ambassadeur du Iloi
des Kspagnes, résidant alors à la cour impériale En foi de
quoi, etc. ' (Loc. ciL, IX, 1 14.) ' '
- t '.nnolc
— ibo —
Tout en acceptant le fond du projet impérial, le comte de Montijo ne laissa pas de faire quelques observations sur la forme, et ces observations furent communiquées à la cour de Vienne par M. Robinson, dans une note du 7 septembre 4733. L’Empereur avait autorisé M. de Kinski à déclarer que le titre de Grand- Prince serait accordé conformément à la requête faite au nom de Leurs Majestés Catholiques. Le comte de Montijo insistait pour que ce titre fût accordé purement et simplement sans qu'il fût question d’ancuu mémoire et d’aucune requête. On pouvait objecter à cela, disait M. Robinson, qu’en cédant sur ce point on permettait à la cour d’Espagne de ne pas reconnaître la dignité de Grand-Prince comme une faveur émanée de Sa Majesté Impériale ; mais ou y répondait qu’en acceptant le diplôme, l’Infant reconnaîtrait ce titre comme venant de l’Empereur, et cela de la manière la plus authentique ; en sorte qu’il ne s’agissait en réalité que de considérer si l’Empereur ne pourrait accorder une grûce sans alléguer le motif qui l’y déterminait.
Si l’on a pris la peine de comparer les deux projets de contre-déclaration , tels qu’ils étaient proposés , l’un par la Grande-Bretagne, l’autre par la cour de Vienne , on a dû s’apercevoir qu’ils dilTé.raient essentiellement sur plusieui's points. Ainsi, dans la contre* déclaration de M. de Kinski il était bien question de l’investiture , mais sans insinuer le moins du monde de quelle manière elle serait donnée. projet britannique disait expressément : conformément aux cou-
tûmes de l’Empire envers les princes de son rang. L'ambassadeur d’Espagne, développant la pensée du médiateur, demandait que l’instrument d’investiture fût envoyé au comte de Kinski et que cet instrument fût conforme à celui qui avait été usité de tout temps pour les duchés de Milan et de Savoie. Enfin, comme il n’était question , dans la contre-déclaration impériale, ni du serment des sujets milanais, ni de l’affaire de nie de Ponza , ni des biens de la maison Farnèse, M. Robinson, au nom de l’Espagne, et pour empêcher une rupture imminente , exprimait le vœu , dans le cas où l’Empereur ne pourrait momentanément accorder davantage sur ces trois points, qu’au moins il fixât une époque précise pour les régler d’un commun accord. Ces difficultésdonnërent naissance à un second projet que M. Robinson remit à la cour de Vienne avec la note dont nous venons de donner la substance. Contre toute attente, l’Empereur y répondit par un acquiescement complet.
népOMie de la Cour Impériale au Mémoire de M. de Roblnoou, du V eeplembre fVSS.
Dans la vraie intention oü est l’Knipereur de vouloir complaire à S. M.H. en ce qu'elle paraît souhaiter de lui, on va s’expliquer sur les difTéients points énoncés dans le mémoire de M. de Robinson, d’une manière si nette et précise qu’il ne peut plus rien r.sler à désirer de la Cour impériale.
On a de la peine à concevoir pour quelle raison LL. MAL CC. souhaitent qu'on ne cite pas la réquisition qu'elles n'ont pas eudifBcuIlcde réitérer plus d’une fois ci-devant. Ceiicndant comme la Com iin|)ériale a entre les mains les preuves ((ue cette
réquisition a été laite de leur pari, on ne prélend pas insister sur les mots:jux/à Calholicarum M<yeslatum requisiliotiem.
On croit pleinennent satisfaire à la demande de LL. MM. CC. en accordant que la prise de l’investiture de Parme et de Plaisance se fasse de la même manière et avec les mêmes solennités que s’est fait, le 10 de ce mois, l’acte d’investiture reçue au nom de S. M. le Roi de Sardaigne. On enverra le projet d’instrument d’investiture à M. le comte de Kinski, et on le dres.<sera niulalis mutandis, selon le modèle de celui qui sera expédié en conséquence de l’acte qu’on vient de citer.
Comme dans le papier remis à M. de Robinson le 5 du mois de mai passé, il a été dit que les ordres qu’on supposait avoir été donnés par le gouverneur de Milan, pour défendre aux sujets de l’Empereur qui possèdent des fiefs dans les Etats de Parme et de Plaisance, n’existaient point, il a paru inutile de faire aucune mention ultérieure de cet article.
Selon les relations du même gouverneur de Milan, ce serment a été prêté, il y a quelques mois, de tous ceux qui avaient à le faire; et si quelqu’un d’entre eux y avait manqué jusqu’ici, l’Empereur, en étant spécifiquement informé, donnerait les ordres convenables pour qu’on y satisfasse. Bien entendu, néanmoins, que la formule du serment doit être la même que celle qui a été prêtée ci-devant aux antécesseurs du sérénissime Infant duc de Parme et de Plaisance. Et il est à noter que le serment n’est pas, à proprement parler, un serment de fidélité, mais un serment de vasselage.
On s’est suffisamment expliqué sur la prétendue souveraineté de nie de Ponza, sur les différends par rapport aux limites du Milanais et du Parmesan, et sur les biens de la maison Farnèse situés au royaume de ISaples. La voie des arbitres a paru cidevant h la cour d’Espagne la plus propre pour terminer les différends sur les limites, et il est aisé à concevoir que ees diffé-
rends sont d'une nature à ne pouvoir pas être examinés ni ré> glés sur les lieux.
Comme on a remis à S. M. Britannique les raisons qui fondent le droit de l'Empereur sur l'ile de Ponra, on ne peut que s’y rapporter dans les instructions à donner à M . le comte de Kinski , à moins qu'on ne sache ce que la cour d’Espagne pourrait piétendre vouloir y opposer.
Quant aux biens de la maison Farnèse situés au royaume de Naples, l’Empereur ne peut, en laçon quelconque , se départir du principe que ces biens ne sauraient être possédés par l’Infant que de la manière et au môme titre qu’ils étaient possédés ci-devant par les princes de la maison Farnèse. Avec cette réserve, pas autrement, l’Empereur consent qu'un terme aussi raisonnable qu'il sera jugé à propos soit déterminé pour déterminer tous les points susdits ; et comme il souhaite de voir Unir une bonne fois pour toutes, et le plus promptement qu’il serait possible , toutes les disputes, il se prêtera à tou^ terme quelque court qu’il soit, que la nature des choses et la distance des lieux pourront permettre.
En conformité de ce qu’on vient de dire, M. le comte de Kinski se trouve suffisamment autorisé et complètement instruit, de sorte qu’il ne reste plus rien à désirer sur les points du mémoire de M. Robinson, et que touteeque Leurs Majestés peuvent souhaiter est entièrement rempli, tant par le nouveau projet de contre-déclaration que par le contenu de la présente réponse.
L'Empereur espère que S. M. Britannique, convaincue que de ce côté-ci on s’est épuisé en facilités et complaisances, ne voudrait pas en demander davantage, puisque, non-seulement elles ne serviraient pas à assurer une parfaite tranquillité en Italie , mais qu'elles porteraient préjudice au but si louable que S. M. Britannique se propose..
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Aussi, ne peut-on pas se dispenser de réclamer de la manière du monde la plus solennelle l'eflel des garanties stipulées par tant de traités et autres actes authentiques, en cas que, contre toute attente, les offres rapportées jusqu’ici ne suffiraient pas pour conclure l’accommodement qui se traite sous la médiation de S. M. Britannique; et comme il y a tant de raisons qui font douter de l« sincérité de la cour d’Kspagne, les préparatifs de guerre qu’on y continue avec tant d’ardeur ne marquant rien moins qu'un vrai désir de vivre en paix et de s’occuper à ses affaires domestiques , l'Empereur ne peut que réitérer , et cela avec autant d'empressement que possible . les instances dont est chargé le comte de Kinski pour l’envoi d'une flotte dans ta Méditerranée , envoi qui, selon la connaissance qu’on a ici des dispositions de la cour d’Espagne, avancera et facilitera beaucoup l’accommodement dont il s’agit, bien loin de le retarder et d’y mettre le moindre obstacle. (Loc. cil. IX.)
Ce passage est d’un grand intérêt en ce sens qu’il explique l’extrême facilité de la cour de Vienne. Sa politique était trop suivie, trop calculée, trop persévérante , pour se résoudre subitement à de pareilles concessions, et des concessions inutiles, puisqu’à tort ou à raison on regardait l’Espagne comme éloignée de toute idée d’accommodement. Pourquoi, en 1751, l’Empereur avait-il consenti à l’introduction des garnisons espagnoles, malgré le sens précis du traité de la Quadruple-Alliance ? Pour obtenir la garantie de la Pragmatique sanction. Pourquoi, en 1735, après avoir défendu le terrain pied à pied, après tant <le négociations, de déclarations, de contre-déclara-
lions , le voyons-nous satisfaire à la presque totalité (les demandes de la cour de Séville ? Pour mettre l’Espagne dans son tort, comme le disait un des mémoires cités plus haut , et pouvoir revendiquer à ce titre lu garantie armée de la Grande-Bretagne, au moment où les affaires de Pologne allaient ^eut-étre allumer une guerre curopéenue.