‹ Négociations relatives à l'établissement de la maison de Bourbon sur le trône des Deux-SicilesChapitre 7 sur 19 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Affées de Po1o 3D6 — Traité de Tarin — Traité séparé de rEscnrial. dn 1" novembre 173^ entre la France et l'Espagne — Premières hostilités en Italie — lettre dn comte de Montenar an maréchal duc de Villars — Conférences de la Sabionette — Retraite des Espagnols au delà do Pô — Casses de cette retraite — Le Maréchal se rend é Parme — Son entraîne avec l'Infant Don Carlos — Lettres de M. de Villars an Roi et é M. d'Anjervilliers.

Louis XV avait épousé, en 1725, Marie, fille de Stanislas Lecsinski. Ce prince, élu roi de Pologne, en 1704, s’était vu dépossédé par Auguste II, électeur de Saxe. A la mort de l’électeur, survenue le l®' février 1733, plusieurs prétendants se mirent en ligne pour recueillir la succession; son fils, Frédéric- Auguste ; l’ancien Roi détrôné, Lecsinski ; le prince Ferdinand de Bavière ; don Emmanuel de Portugal ; le prince Edouard , plus connu sous le nom de chevalier de Saint-Georges , et les princes polonais Vienouski, Sapicha et Lubomirski. De ces divers prétendants, les deux premiers étaient seuls sérieux; l’un soutenu par la France, l'autre par

l’Autriche et la Russie. Comme époux de l’archiduchesse Marie-Josèphe, fille aînée de Joseph, l’électeur de Saxe se croyait des droits sur la monarchie autrichienne, droits que la Pragmatique sanction devait mettre à néant. Charles VI sîusit l’occasion que les circonstances paraissaient lui offrir pour obtenir de l’électeur, en échange de secours d’hommes et d’argent, une renonciation formelle à tout ou partie de la succession. Le 16 juillet 1755, le prince Eugène de Savoie, les comtes de Sinzendorff, de Stahremberg et de Kœnigseck, pour l’Autriche; le comte de Lutzolbourg et le baron deZech au nom de Frédéric-Auguste, signèrent à Vienne une convention en huit articles qui précisait les intérêts du prétendant et de l’Eniperenr. S, A. E. garantissait la Pragmatique sanction par l’article 2, et renouvelait encore cette garantie dans un acte |)articulier joint au traité. Charles VI promettait de son côté de favoriser l’élection de Frédéric- Auguste et, après son élection, de le soutenir par la force des armes. Le traité avec la Russie, conclu dans le môme mois, présentait ceci de particulier, que, contrairement à tous les usages, il ne fut pas signe par les ministres des deux puissances, soit à Berlin, soit à Dresde, soit en lieu tiers ; on en fit deux expéditions, dont l’une fut signée à Saint-Pétersbourg par l’Impératrice elle-même, et l’autre à Dresde, par l’Électeur (l). La czarine s’engageait à fournir quatre mille hommes

(O Histoire générale des traités de paix, par le comte de Garden, t. III, p. 16i.

(l’infaDtcrie et deux mille de cavalerie , à la charge pour l’électeur, s’il arrivait au trône de Pologne , de satisfaire la Russie au sujet de divei*ses réclamations qu’elle formait contre la République.

Lccsinski n’en fut pas moins régulièrement nommé par la diète le 12 septembre de la même année. Quelques palatins, en tête l’évêque de Cracovie, passèrent la Vistule et proclamèrent Frédérie -Auguste ; ils étaient appuyés par une armée russe à laquelle se joignit bientôt un corps de troupes autrichiennes. Stanislas, chassé de sa capitale, eut à peine le temps de s’enfermer h Dantzig, et, bientôt assiégé par le maréchal Munich , ne dut la conservation de s;» liberté qu’à la faveur d’un déguisement (1).

On conçoit l’immense retentissement que ces événements produisirent, non-seulement en France, mais dans toute l’Europe. A côté de l’intérêt de famille personnel à Louis XY, il y avait pour la plupart des cabinets un intérêt politique de premier ordre à ne pas permettre que l’Empereur, déjà si puissant en Allemagne et en Italie , accrût encore sa prépondérance de tout le poids d’une influence décisive en Pologne. En d’autres termes , il s’agissait d’abaisser la maison d’Autriche. C’est dans ce sens qu’un traité d’alliance offensive et défensive fut conclu dès le 26 septembre 1753, à Turin, entre les Rois de France et de Sardaigne. L’importance de ce document nous oblige à le citer in extenso.

(l)On conaait rhéro'iquc mais inulilo tentative des comtes de Lapeyrouse et de Plélo pour débloquer Dantzig.

Traité} at arllrles aéiHtréa et aeerela, é'alllanre aVeaalve et ééfeBaire eatrc •. M. le Kel ée «aréalKae et S. m. le Kel ée France.

26 septembre 1733.

Il est connu à l’univers que la maison d'Autriche abuse depuis longtemps du degré exorbitant de puissance auquel elle est montée, et qu’elle ne cherche qu’à s’agrandir encore aux dépens des autres. Non contente d’agir secrètement , elle n'a plus gardé de ménagements à se déclarer, voulant même disposer à son gré des royaumes sur lesquels elle ne peut s'arroger aucuns droits; et c’est ainsi quel’Empereurest venu à bout d’une partie de ses desseins, qui, ne tendant qu’à ôter toutes bornes à la puissanee de sa maison, vont à renverser, toqjours de plus en plus, cet équilibre tant désiré et si nécessaire. Après avoir essayé les voies de douceur et des négociations, les choses sont parvenues à ce point, que toute l’Europe doit être juste ment effrayée d’un pouvoir si énorme, et de l’usage qu’il en fait, en sorte que c’est le temps où la sagesse des principales puissances demande qu’elles prennent de promptes mesures, en convenant entre elles, tant pour leur sûreté, et l’intérêt de leurs États, que pour former enfin un juste équilibre, qui seul peut établir le repos universel, et tirer particulièrement les princes d’Italie de la dangereuse situation où ils sont : c'est dans cette vue et pour prévenir par toutes sortes de moyens le danger qui menace l’Europe en général et l’Italie en particulier que Sa M.ijesté Très-Chrétienne a invité le Sérénissime Roi de Sardaigne à entrer avec elle dans un traité, et S. M. le Roi de Sardaigne, connaissant l’importance de cet objet, qui, sans oITense de personne n’est autre que de modérer la trop grande puissance de la maison d’Autriche, et de mettre des bornes à scs projets funestes pour la tranquillité publique, sans préjudicier à l’Empire ni aucun membre d’icelui, s’est porté à concourir à un but si utile et si glorieux. En conséquence le Sé-

rénissime Roi Très-Gbrétien n donnû ses iwuvoirs au sieur François-Marie de Villiers-La-Faye, comte de Vaulgrenant , chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis, colonel d’infanterie et son ambassadeur auprès de S. M. le Roi de Sardaigne . et le Sérénissime Roi de Sardaigne au sieur Charles- François- Vincent Ferrera, marquis d'Orméa et de Palazzo, et seigneur de Roascio et de Cavorel, son ministre et premier secrétaire d’Etat, et secrétaire de son ordre de l’Annonciadc; lesquels, en veitu desdits pleins pouvoirs, dont les copies sont insérées de mot à mot ù la lin du présent traité, ayant pesé avec toute l’attention possible les mesures les plus propres pour parvenir au but que leursdites Majestés se proposent, sont convenus des articles suivants :

Il y aura amitié perpétuelle et, en vertu du présent traité, alliance offensive et défensive, entre le Roi Très-Chrétien et le Roi de Sardaigne, lesquels, renouvelant en tant que besoin serait les garanties déjà données de leurs Etats, royaumes, pays, sujets et droits quelconques, acquis et stipulés par les traités antérieurs , déclarent qu’ils regardent leurs intérêts comme un seul et même intérêt, et s’engagent à concourir de toutes leurs forces à tout ce qui peut intéresser la gloire, la dignité et les avantages l'un de l'autre.

En exécution de ladite alliance, ils s’obligent de faire la guerre contre l’Empereur avec leurs armées combinées, et d’attaquer l’Etat de Milan par les voies et autant qu’il sera entre eux concerté, et S. M. Très-Chrétienne promet, au cas qu’il soit besoin, de faire en même temps les diversions qui de concert seront jugées nécessaires et suflisanles pour assurer le stic-

cès de la cause commune et procurer la conquête du Milanais, àl’exception des Pays-Bas, auxquels onn’entendpoinltoucher, à moins que les puissances qui y ont intérêt ne rendissent cette diversion dans les Pays-Bas aussi nécessaire.

Sa Majesté l'rès- Chrétienne s’engage de plus à ne cesser la guerre qu’aprés avoir conquis et procuré à Sa Majesté le Roi de Sardaigne la réelle possession du susdit Etat de Milan en entier, lequel devra lui appartenir dorénavant, avec tous les droits, appartenances et dépendances, et tel qu’il fut cédé par l’Empereur Charles V h Philippe II dans l’investiture de <5*9 qu’il lui donna et de la même mesure et manière qu’il fut possédé par les descendants d’icelui.

Comme le véritahle but et l’intention de Sa Majesté Très- Chrétienne et du Roi de Sardaigne est seulement de procurer un fort équilibre à l’Europe en modérant la puissance énorme de la maison d’Autriche, sans faire aucun tort , dommage ou préjudice à l’Empire, non-seulement le Roi de Sardaigne s’oblige , lorsqu’il sera en possession de l’Etat de Milan, de le reconnaître en due forme comme fief dudit Empire, d’en prendre l’investiture en son temps et de remplir toutes les obligations auxquelles il pourra être tenu par raison dudit tief, comme il déclare d’être toujours prêt de faire pour les autres Etals qu’il possède, dépendant aussi de l’Empire ; mais le Roi Très-Chrétien, intéressé particulièrement par sa qualité de garant des traités de Westphalie, au maintien des privilèges et libertés du Corps Germanique, et le Roi de îrardaigne comme membre d’icelui, promettent l’observation des susdits traités et des autres actes qui, ayant statué sur les alTairesde l’Empire, sont re-

gardéscommela base et le fondement de la tranquillité duCorps Germanique et le soutien desesdroits, privilèges et immunités.

La guerre étant une lois commencée, aucun des deux alliés ne pourra Irailer de paix ni de trêve, si ce n’esl conjointement, de concert et avec le consentement l’un de l’autre, et ladite paix ou trêve ne pourra être conclue sans que Sa Majesté le Hoi de Sardaigne non-seulement soit rétablie en ce qu’elle pourrait perdre à l’occasion de ladite guerre, mais sans qu’elle ait obtenu par icelle tout ce qu’on a stipulé en sa faveur ; et ce avec les garanties les plus solennelles de toutes les puissances qui inlerviendroul à la stipulation de la paix ou de la trêve.

Vf.

S. M. Très-Chrétienne déclare et promet que, sous quelque prétexte ou raison que ce soit à l’occasion de la paix qui suivra cette guerre, elle ne prétend en rien retenir ou garder ce qui aura été conquis en Italie, ni même des autres conquêtes que par la voie de ses armes elle pourrait faire ailleurs, au cas que cette dernière prétention fût au préjudice et en diminution d’aucune |»arlie de ce qui est statué par le présent traité en faveur de Sa Majesté le Roi de Sardaigne.

F.es alliés étant persuadés que plusieurs Etats et princes de l’Empire, voyant que le f^orps, bien loin d’être préjudicié par celte alliance, a tout intérêt de la seconder pour réduire dans les justes bornes la maison d’.Vulriche, et se maintenir par là dans leurs anciennes franebises et libertés, telles qu’elles leur ont été accoi dées par la paix de Westphalic, lesquelles Lcursdites Majestés posent aussi pour base du présent traité, vien-' dront se joindre à elles, on a convenu et stipulé de les admettre

Cl l'on agira de coDcerl pour stipuler et déterminer d’accord les conditions de l'admission.

Sa Majesté Très-Chrétienne promet d’envoyer, au temps qui sera concerté, une aimée de quarante mille hommes savoir : trente-deux mille hommes d’infanterie et huit mille chevaux ; et Sa Majesté leRoi de Sardaigne s'oblige, moyennant les subsides desquels on conviendra ci-après, de contribuer pour la première campagne douze mille hommes; savoir: dix mille hommes d'infanterie et deux raille de cavalerie ou dragons ; s’engageant de plus d’y ajouter encore, à la campagne suivante, douze autres mille hommes.

I^adite armée sera sous les ordres du Roi de Sardaigne, et Sa Majesté Très-Chrétienne nommera pour commander les troupes sous les ordres dudit Roi tel maréchal ou maréchaux de France, général ou généraux qu’il lui plaira, qui recevront la parole de S. M. le Roi de Stardaigne et obéiront à ses ordres.

Toutes les conquêtes que les alliés feront dans l’Ëtat de Milan appartiendront immédiatement à Sa Majesté le Roi de Sardaigne, lequel en prendra possession comme souverain à mesure qu’elles se feront, et sera par conséquent en droit de nommer et mettre dans les lieux, villes et places acquises, les gouverneurs, états-majors, et autres ofliciers de justice, flnances et police que bon lui semblera ; et quant aux garnisons, elles seront mi-parties , et S. M. le Roi de Sardaigne nommera, avec le général commandant les troupes de France, celles que lesdites troupes devront fournir.

Et pour mettre Sa Majesté le Roi de Sardaigne encore plus en état de soutenir la guerre, SaMajestéTrcs-Chrétienne s'oblige de lui faire payer dès à présent, et avant l’échange des ratifications de ce traité, la somme d’un million de livres de Piémont, et pendant la continuation de la guerre la somme de deux cent mille livres de Piémont, payables de mois en mois à l’avance, et il commencer du jour que se fera l’échange des ratifications.

Les hauts contractants seront obligés de fournir l’artilleriede campagne chacun pour sa quote-part, et à proportion des troupes qu’ils auront à l’armée; et, quant à la grosse artillerie, vu la difficulté qu’il y aurait à lui faire paoser les monts, Sa Majesté le Roi de Sardaigne s’oblige de la fournir par entier, à savoir, les gros canons, affûts, boulets de calibre, mortiers et bombes, et Sa Majesté Très-Chrétienne ne sera point obligée de donner à Sa Majesté le Roi de Sardaigne aucune compensation pour les pièces de gros canons et bombes , la dépense qui en sera faite par S. M. le Roi de Sardaigne lui sera comptée en déduction du contingent pour lequel elle devra concourir dans les frais des sièges, lequel contingent est dès à présent convenu et fixé, savoir, la moitié Sa Majesté Très-Chrétienne, et l’autre moitié, Sa Majesté le Roi de Sardaigne.

Le présent traité demeurera secret jusqu’à ce que S. M. T. C. etS. M. le Roi de Sardaigne de concert jugent à propos d’en donner communication à quelque autre puissance que l’Espagne.

Les ralificalions en seront expédiées et échangées dans le terme de douze jours, ou plus tôt si faire se peut.

En foi de quoi, nous, plénipotentiaires du Roi Très-Chrétien et du Roi de Sardaigne, et en vertu de nos pleins pouvoirs, avons signé le présent traité et y avons fait apposer le cachet de nos amies.

Fait à Turin, le vingt-sixième du mois de .septembre mil sept cent trente-trois.

Vaulgiienant. d’ürméa.

Arftlelon «éparM aa aecretn.

Le Roi Très Chrétien et le Roi de Sardaigne, ayant considéré qu'on assurerait mieux la tranquillité publique et le re|K)s de l’Italie, si l'on excluait la maison d’Autriche, non seulement du duché de Milan, mais aussi des royaumes de Naples et de Sicile, et des ports et places que Sa Majesté [mpériale possède actuellement sur les côtes de Toscane, et qui ont été ci-devant possédés par les Rois d’Espagne, et ne doutant pas que le sérénissime Roi d’Espagne ne soit animé des mêmes vues et des mêmes sentiments, ils ont convenu, par cet article séparé, que Su Majesté Catholique sera exhortée et priée de vouloir bien accéder au traité signé ce jourd'hui entre ledit lioi Très- Chrétien et ledit Itoi de Sardaigne, en se chargeant des garanties et obligations qui y sont contenues, et de faire comme eux ouvertement la guerre à la maison d’Autriche.

tl.

En conséquence, lesdits deux royaumes do Naples et de Sicile et lesdits ports et places que Sa Majesté Calholique aquerra, appartiendront des d présent, et demeureront d perpétuité au sérénissime infant D. Carlos, duc de Parme, et à

set descendants mâles nés de légitime mariage, cl à leur défaut aux autres sérénissimes infants éC Espagne, fils de Sa Majesté Catholique la Reine d’Espagne, selon l'ordre de primogénilure, avec leurs descendants mâles, nés de légitime mariage; et venant à manquer la ligne masculine de tous les susdits Infants, fils de ladite Reine d’Espagne, lesdils royaumes de Naples et de Sicile, aussi bien que lesdils ports et places de Toscane, seront et demeureront réunis à la couronne et monarchie d' Espagne ; comme aussi dans le cas où le dernier desdits sérénissimes Infants viendrait à succéder à lacouronne d'Espagne. En correspectivité de ce que dessus, et de ce que la guerre que le Roi Très-Chrétien et le Roi de Sardaigne vont entreprendre dans le Milanais et les autres diversions que Sa Majesté Très-Chrétienne fera ailleurs ont aussi pour objet de faciliter et d'assuier au sérénissime infant Don Carlos et à l’Espagne lesdites conquêtes et avantages dont l’effet devient plus certain, ledit sérénissirae infant Don Carlos se charge dès à présent des mêmes obligations et garanties dont s’est chargé le Roi Très-Chrétien en faveur du Roi de Sardaigne ; lesquels devront aussi donner leur garantie pour tout ce qui est porté par le présent aiticle.

En foi de quoi, nous, plénipotentiaires du Roi Très-Chrétien et du Roi de Sardaigne, et en vertu de nos pleins pouvoirs, avons signé les présents articles et y avons fait apposer le cachet de nos armes.

Fait à Turin, le 26 du mois de septembre <733.

Valxgrenant. d’Orhéa.

Article aéparé et eeerct.

Le Roi de Sardaigne ayant souhaité une assurance plus particulière qu’il ne serait point obligé à donner aucun secours direct pour la conquête des royaumes de Kaples et de Sicile et

— \li —

des i>orls et places de Toscane, Sa Majesté Très-Chrétienne déclare qu'il ne sera rien demandé pour cet effet au Roi de Sardaigne, lequel ne sera tenu d’y joindre aucunes troupes à celles que le Koi d’Espagne jugera à propos d'employer pour ladite conquête.

Il est convenu en outre que le Roi d’Espagne sera invité de vouloir accéder au Irailé signé cejourd' hui entre Sadite Ma- JestéTrès-Chrétienne et Sa Majesté le Hoi de Sardaigne dans le terme d’un mois après l’échange des ratiQcatkms.

En foi de quoi, nous, plénipotentiaires du Roi Très-Chrétien et du Roi de Sardaigne, et en vertu de nos pleins pouvoirs, avons signé le présent article et y avons fait apposer le cachet de nos armes.

Fait à Turin, le 26 du mois de septembre 1733.

Vaclgrenant. d'Orméa.

Ratifié par le Roi de France, le i octobre 17.33.

Ainsi le Roi do Sardaigne s'adjugeait le Milanais dans son entier, et on assurait à l’Espagne les royaumes de Naples et de Sicile', plus les ports et places de Toscane, à la condition pour cette dernière puissance d’accéder au traité de Turin en se chargeant des garanties et obligations qui y étaient contenues.

Tous les historiens s’accordent à dire que l’Espagne y accéda effectivement par le Traité de l’Escurial du 25 octobre 1733. C’est une erreur importiiutc à relever , si l’on veut se rendre compte des événements de la guerre et surtout des négociations qui la suivirent.

Des documents authentiques, que nous reproduirons successivement et eu détail, nous autorisent à ailirmer

(|uc l’Espagne n’accéda jamais au traité do Turin, par suite de l’impossibilité de s’entendre avec la cour de Sardaigne, c Le Roi de Sardaigne, mandait M. d’An- « gervilliers (1) au maréchal de Noailles , le 31 août

< 1735, le Roi de Sardaigne, dans la conférence qui a " été tenue devant lui, a jugé à propos de s’expliquer « nettement et de déclarer qu’il ne concourrait pas au

< siège de Mantoue qu après que l’Espagne aurait ac- » cédé au traité qui est entre nous et ce prince. Je n’en- « trerai point dans le détail des causes qui ont retardé

• la consommation de cette grande alTaire. Je me con- 4 tenterai seulement de vous dire que pendant dix-

< huit mois elle a été arrêtée par un grand nombre de « difficultés; M. de Senneterre en est très-instruit. « Il est vrai que par la persévérance que le Roi a ap> € portée à vaincre les obstacles on est parvenu à dres- « scr un projet qui a été agréé parle Roi de Sardaigne. « Ce projet est à la cour de Madrid depuis le mois do « juin ; mais sur ces entrefaites on y a été instruit de

< la négative absolue de toute l’artillerie pour le siège

• de Mantoue , qu’il plut au Roi de donner dans les « conrérences de Marmirolo ; dès ce moment Leui's « Majestés Catholiques ont paru indisposées, et la conc clusion de l’acceptation du projet d’accession a langui

• sans que néanmoins il ait été rejeté (2). » Ceci se passait au mois d’août. Le 27 octobre de la même année, au moment où la France venait de signer à

(<) Mioislre de la guerre, nommé le 22 mai I7i8. Il succédait a .M. Leblanc ; remplacé le 80 février 1740 par M. de Uretcuil.

(J) .\rch. du dépOt de la guerre, 88tfi, n’ 45.

Vienne les préliminairts de la paix, voiei ce que le car • dinal de Fleury mandait au Roi de Sardaigne, dans une curieuse dépêche qu’on lira plus bas : * Sa Majesté « [sarde) était en droit d'exiger l’accession de l’Esn ‘fmgne en faveur de la reconnaissance qu’elle lai- « sait du roi des Deux-Siciles. Mais elle voit combien « peu nous pouvons compter sur cette puissance. Ce c sont ces considérations qui ont engagé le Roi à en- « Irer dans les différentes ouvertures de paix qui lui « ont été faites de la part de l’empereur (1). « Nous reviendrons sur ce passage, et nous examinerons si tons les torts étaient réellement du côté de l’Espagne. Pour le moment , nous nous bornerons à constater que jamais le cabinet de Madrid n’accéda au traité de Turin.

Le traité del’Escurial, signé le l" novembre et non pas le 25 octobre 1733, fut donc un traité séparé entre l’Espagne et la France. Ce traité n’a pas été publié, et nous n’avons pu en consulter le texte original. R résulte cependant de quelques passages de la correspondance du maréchal de Villars, qu’il assurait à l’Espagne, outre les royaumes de Naples et de Sicile, la totalité du duché de Mantoue (2). Joint aux duchés de Parme et Plaisance et au grand duché de Toscane, ce territoire devait vraisemblablement constituer une souveraineté eu faveur de l’Infant 1>. Philippe, second fils d’Élisabeth Farnèse et frère puîné de D. Carlos.

(1) Archivosdu dépôt de la Guerre.

(*) Idem.

Ainsi on chassait complètement les Aulricliiens de l’Italie, et'c’est en quoi le traité de l’Escurial différait essentiellement du traité de Turin, qui ne leur enlevait, on verra pourquoi, que les Deux-Siciles et le duché de Milan.

Pendant qu’on traitait de part et d’autre, les négociations entamées à Londres, sous la médiation de l’Angleterre, continuaient toujours entre l’Espagne et l’Autriche, grâce à la singulière modération de l’empereur, qui avait le plus grand intérêt à se concilier la Grande-Bretagne. Ce fut l’Espagne qui rompit la première en soumettant au ministère britannique un long mémoire où elle exposait ses griefs contre la cour de Vienne et les motifs qui la déterminaient à la guerre. Une note du même genre fut communiquée par la France aux cabinets de Londres et de La Haye. Les deux puissances consentirent à garder la neutralité si l’on s’abstenait de toute entreprise contre les Pays-Bas autrichiens. Louis XV le promit par une convention de neutralité pour les Pays-Bas, qu’il signa avec les États-Généraux, h La Haye, le 24 novembre 1753.

Déjà les hostilités étaient commencées ; les Français avaient conquis la Lorraine, dont le souverain, le duc François- Étienne, était destiné à épouser l’archiduchesse Marie-Thérèse et à devenir ainsi, aux termes de la Pragmatique sanction, la souche d’une nouvelle maisou d’Autriche. Le maréchal de Berwick passa le Rhin, et s’empara du fort de Kchl, le 29 octobre. En Italie , le vieux duc de Villars venait de

prendre le commandement d’une seconde armée française, et entrait en Lombardie, conjointement avec les troupes du Roi de Sardaigne. Pavie succomba le 4 novembre.

A Barcelonnc on préparait l’embarquement des troupes espagnoles. C’étaient , pour l’infanterie , les régiments des gardes wallones , de quatre bataillons chacun ; les régiments de Navarre, d’Afrique, de Soria, de la Couronne, de Séville, d’Anvers, de Guadalaxara, chacun de deux bataillons, et le régiment suisse de Bessler. La cavalerie, dont quatre escadrons de carabiniers et un escadron de grenadiers, les régiments de Santiago, de Grenade, de Bourbon, d’Estremadure, d’Alcantara, du Prince, de la Reine, etc., devait en majeure partie prendre la route de terre et s’acheminer par le Roussillon. L’état-major était ainsi composé : le comte de Montemar, déjà célèbre par la prise d’Oran , capitaine général , commandant en chef ; le duc de Liria , les comtes de Marsillac et de Charny , les marquis de Gracia Real , de Reves, de Villadarias, de Las Minas et de Pozzobianco, lieutenants généraux; le comte de Mazeda , le marquis de Bay, D. Luc. Patino, le marquis de Tay, D. Nicolo di Sangro, D. Isidoro Gurma, D. Miguel deSada, le comte de Ladron, le comte Mariani, maréchaux de camp.

La veille de son départ de Barcelonne, M. de Montemar écrivit au maréchal de Villars :

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