LL
appelée par la Providence à de si glorieuses destinées !
» Ah! ce pays me sera cher à plus d'un titre, mère sainte et vénérée! C'est sur cette terre fécondée de la sueur de la France que je crois avoir trouvé la compagne qui partagera mes douleurs et mes joies durant le reste de ma vie. Pauvre orÿheline, tu lui serviras de mère, car la sienne elle ne l'a jamais connue ! Que de fois je lui ai parlé de toi, mère chérie, et comme je l'ai vue souvent pleurer d'attendrissement quand je faisais ton éloge! Jamais . mère n'aura été aimée comme tu le seras par elle, ô ma bonne mère, et sa douceur, sa bonté, ses bienfaisantes vertus te captiveront. Sans son dévouement ét celui du bon prêtre qui l'a élevée, peut-être, à cette heure, n'aurais-tu plus de fils. Nous irons ensemble te demander de vouloir bénir notre union. Ah! ce retour sera plus joyeux pour moi et pour toi après une aussi douloureuse et cruelle séparation! |
» Je ne te dirai pas combien, après t'avoir quittée, j'ai senti que tu me faisais continuellement défaut. J'ai été si étourdi et si affecté. du chagrin de notre séparation que je n'ai pu que bien faiblement t'exprimer tout ce que je sentais de tendresse et de reconnaissance pour toi. Mais j'ose espérer que ton cœur généreux, indulgent et bon, a bien compris tout ce qui se passait dans le mien. Mère, tu sais bien avec quelle profonde tendresse, quelle sincère vénération je t'aime?
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DE NÉLIDÀ. 93
» C'est à toi, que je dois tout ce que je suis. Si j'ai quelques bonnes qualités, quelques légers talents, c'est à toi, chère et vertueuse mère, que je les dois. Oh! sois bénie pour tout le bjen que tu m'as fait, sois à jamais bénie! Puisse-t-il arriver bientôt le jour où nous.te reverrons et où tu pourras presser tes deux enfants sur ce cœur qui m'a tant aimé. »
Pendant que le missionnaire écrivait, Nélida s'était détournée et pleurait cachée derrière les rideaux de la croisée. Ces paroles la faisaient tressaillir dans tout son être et elle se disait en retenant à peine ses sanglots :
— Oh!'oui, je vous aimerai bien tous deux, car tous deux vous êtes bons et bienfaisants.
Cependant, comme l'avait prévu le vieux prêtre, la faiblesse du'chevalier dura peu, la convalescence commença bientôt, et fut rapide. Après quelques semaines, le malade put se lever, s'approcher de sa fenêtre, contempler le lac immense, les forêts lointaines, toute cette splendide nature qu'il ne pouvait se lasser d'admirer. Parfois il sortait suspendu au bras de Nélida et d'un pas débile se promenait dans
les jardins de la demeure qu'ils habitaient.
Le vieux prêtre les suivait en souriant, car lui aussi était Lienheureux. Tous trois, assis sous une tonnelle, commençaient une de ces conversations douces et sérieuses, pleines d'admiration pour les œuvres de Dieu étalées devant eux, remplies de sincères épanchements qui mettaient leur cœur à nu, tout imprégnées de science ou de brillant en-
thousiasme. Nélida les écoutait, parfois jetant dans ces entretiens un mot tendre ou spirituel, naïf ou joyeux, qui leur communiquait un charme ineffable. Quelquefois aussi le capitaine Robert quittait son navire qui continuait à cingler le long des côtes, accourait, en passant, serrer la main à ses amis avec sa rude franchise de marin, puis repartait pour courir capturer quelque vaisseau ennemi ou couler à fond les canots des sauvages hostiles aux Canadiens. Sans cesse le lac retentissait des coups de feu et des détonations du canon. Mais l'automne approchaït ou plutôt l'hiver, et pendant six mois et plus - les deux nations allaient être réduites, dans ces rudes climats, à une inaction forcée.
Plusieurs fois le père Mesnard, depuis que le chevalier commençait à se rétablir, avait songé au moyen de se rendre dans la jeune chrétienté qu'il avait fondée dans les rochers qui dominent le lac Supérieur. Mais les bandes d'Indiens ennemi: à parcouraient les forêts en tous sens, toujours préts. à massacrer les partisans de la nationalité canadienne pour venger leur dernière défaite, l'en avaient empêché.
Il se consolait des peines qu'il en éprouvait en
visitant les prisonniers qui avaient été laissés à Toronto, et en les encourageant dans leur détresse. Il avait déjà obtenu pour eux, surtout pour les femmes prises dans la ville de D troit et appartenant aux.principaux chefs, des faveurs considérables qui allégeaient leur position et le faisaient
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aimer et vénérer par ces pauvres créatures, comme une divinité bienfaisante. |
Une d'entre ces malheureuses surtout l'avait profondément frappé. Elle n'était point de race indienne comme les autres prisonnières, car. son teint avait la blancheur du lis des champs et son accent était français. Cependant, soit instinct, soit d-ssein, elle avait toujours évité de s'exprimer dans cetre dernière langue et parlait le Huron des contrées du Sud dans toute sa pureté. Le père Mesnard la vit souvent, lui apporta de nombreux secours, car sa misère. était complète, et lui prodigua les consolations, car les douleurs morales paraissaient la briser encore plus que la misère physique. Rien ne put empêcher la maladie de venir habiter ses os. C'était une femme usée par le chagrin, minée par un« vie abreuvée d'infortunes de tout genre. Dès qu'elle éprouva les atteintes de la maladie, elle sentit qu’elle n'en reviendrait pas. Le mal, en effet, empira avec une rapidité foudroyante et bientôt elle fut sur le point d'expirer. Elle fit alors appeler le père Mesnard et lui dit :
— Mon père, je suis chrétienne.
— Je m'en étais aperçu, répondit le père avec simplicité.
— Si je ne vous en ai parlé, mon père, c'est que celui qui m'a forcée de l’épouser, m'a menacée de me tuer, si je le révélais jamais! Il abhorre les chrétiens.
— Il n'est donc pas de race blanche?
— C'est un puissant chef; il est sang-mèêlé.
Le missionnaire tressaillit à cette révélation et considéra la femme qu'il avait devant lui avec une attention anxieuse. La malade continua :
— Mon père, je suis française; lors de la cession du Canada à l'Angleterre, je fus enlevée par un parti de sauvages avec un jeune frère; j'avais vingt ans. Le chef d'une des puissantes tribus huronnes, né d'une mère européenne et d'un père indien, voulut : m'avoir pour épouse. D'abord je refusai une alliance | qui me paraissait monstrueuse et impossible; mais les mauvais traitements infligés à mon frère et la peine de mort dont on le menaça, si je ne consentais à cette odieuse union, vainquirent mes répugnances. Je me dévouai au malheur de toute une vie d’angoisse et de désespoir pour sauver mon pauvre frère.
— Ah! Dieu vous récompensera d'un tel martyre dans une vie meilleure! dit le prêtre ému et frémissant.
— Mon père, on venait de m'arracher au fiancé que j'aimais, auquel j'allais être unie, quand je fus forcée de consentir à cet affreux mariage que pas un prêtre chrétien ne bénit, car Oskouï, chef de la tribu du serpent, détéste les chrétiens. Toujours il me défendit de l’entretenir de notre culte, et plusieurs fois il menaça de me tuer, si j'osais encore lui en parler. Le jongleur de la tribu nous maria seul en présence des principaux guerriers.
— Dieu n’a pas donné à tous l’héroïsme des martyrs, dit le prêtre avec une douce compassion ; pour
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DE NÉLJDA. 97
n'avoir pas été béni par l'Eglise, votre mariage, je l'espère, n'en fut pas moins exempt de faute, et si vous avez péché, vos souffrances ont tout racheté aux yeux de celui qui a dit : « Bienheureux ceux qui pleurent, car dans le royaume de mon père, ils seront consolés! » Pauvre infortunée, que je vous plains, votre vie a été bien dure et bien cruelle!
— D'autant plus que mon sacrifice fut inutile. Mon frère que mes larmes irritaient, ayant un jour osé reprocher à mon mari sa conduite à mon égard, vit celui-ci s'élancer sur lui avec fureur, et, malgré mes larmes et. mes cris, lui fendre le crâne d'un coup de hache.
— Oh! horreur! horreur! s'écria le missionnaire
en cachant dans ses mains son visage qui commen-
çait à se baigner de larmes. |
— Cependant tous ces malheurs n'étaient rien encore, en comparaison de ceux qui m'étaient réservés. Ayant reçu du Ciel deux enfants, beaux comme le jour, je vis leur père adoucir auprès d'eux son humeur farouche et j'espérais, par l'influence de ces anges, l’amener un jour à des sentiments plus doux, lorsqu'un matin, en m'éveillant au milieu d’un camp de notre tribu incendiée, je me les vis enlever par un chef iroquois encore tout baigné du sang de ceux qu'il avait immolés. Mon mari, étourdi d'un coup de massue qu'il avait reçu en combattant pour les défendre, gisait étendu à mes pieds. Oh! je ne puis encore penser à ces scènes horribles sans en éprouver un sentiment d'horreur. Je poussai des NÉLIDA, 9
cris déchirants en m'élançant après mes pauvres petits. Je me sentais folle de douleur et de désespoir. Quand je vis le ravisseur s'élancer dans un canot et disparaître au milieu des brouillards du lac Supérieur, je tombai évanouïe. J'aurais béni Dieu de ne point me rappeler à la lumière ; mais je n'avais pas encore épuisé la coupe des souffrances, et je devais la vider jusqu'à la lie.
— Dieu vous destinait peut-être à goûter aussi de grandes joies, en compensation de tant de douloureuses angoisses.
— J'étais destinée à mentendre reprocher, pendant seize ans, mon culte et mes croyances comme étant celles des ennemis de mon-mari, car les Canadiens étaient les alliés des Iroquois. Oh! que j'ai ‘souffert pendant ces temps d'amertume et de deuil! et tant de douleurs devaient être couronnées d'une douleur suprême, celle d'apprendre la mort de mon fils, tué de la propre main de son père dans une mêlée où ils se rencontrèrent sans se connaître. Ce ne fut que quand il eut teint son bras du sang de son enfant que le malheureux père, fou de désespoir et de rage, reconnut son fils!
Le missionnaire ne disait plus rien. Une sueur froide coulait de ses tempes et des larmes silencieuses tombaient de ses yeux. Un instant il considéra cette pauvre femme avec des regards remplis d'une indicible compassion. Il était haletant et n'osait encore espérer ce que son esprit croyait entrevoir. Cette femme si malheureuse, mourante de douleurs
pauvres sespoir.
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et de regrets, belle encore dans l'agonie, malgré tous les chagrins qui l'avaient flétrie et consumée, n'étaitelle pas la mère de Nélida? De quelle joie ne pouvait-il pas combler la pauvre femme, s’il en. était. ainsi? Cependant il comprit qu'il devait agir avec une extrême prudence, de crainte de la tuer par la révélation soudaine d'un bonheur si inattendu. Il reprit donc la parole avec hésitation et d’une voix tremblante : |
— Pauvre mère, dit-il, croyez que personne au monde ne vous plaint plus que je le fais, ne compatit à vos douleurs d'un cœur plus ému, plus attendri. Combien je voudrais pouvoir trouver au fond de mon âme des consolations égales à tout ce que vous avez
. souffert. Mais hélas! je ne sens que trop ma fai-
blesse, mon impuissance. Dieu seul peut verser le baume dans votre sein endolori et en cicatriser toutes les douleurs. Cet enfant, ce frère que vous pleurez, vous les retrouverez dans les cieux, au milieu des félicités et des embrassements ineffables d'une vie meilleure.
— Ah! puisse ce jour venir bientôt et me réunir
‘à tous ceux que j'ai tant aimés en ce monde!
— Mais vous m'avez parlé de deux enfants ; l'un d'eux ne vit-il pas encore, ne pouvez-vous le revoir. ici-bas ?
— Ah! si Dieu m'accordait une telle faveur, je me croirais récompensée au centuple de toutes les. peines que j'ai souffertes. Mais je n'ai plus d'espérance.
— Et pourquoi donc désespérer ? Qui sait si Dieu ne vous réserve pas cette consolation suprême®
— Oh! mon père, ne cherchez pas à faire renaître en moi de semblables illusions; le désenchantement est trop cruel.
— Répondez cependant aux questions que je vais vous faire. Votre fils n'avait-il pas la figure d'un aigle gravée sur la poitrine?
— Oh! grand Dieu! comment le savez-vous ?
—— Ce sont ces mains mutilées par les ennemis de ma religion qui lui ont donné la sépulture.
La malheureuse femme fit un grand effort, se dressa sur sa couche, et saisissant les mains du vieillard, les porta à ses lèvres en frémissant et les baigna d'un torrent de larmes. Un seul soupir sortit . de sa poitrine :
— Mon pauvre enfant Mon père, recevez les bénédictions d'une malheureuse mère pour le ..rvice que vous avez réridu. à son fils.
Et de nouveau couvrant de baisers ces mains vénérables, elle sanglota amèrement. Puis, après un instant de silence :
— Comment donc l'avez-vous pu faire? Oh! parlez-moi de mon fils, cela me fera du bien.
— Celui qui vous avait enlevé vos enfants ne voulut pas que ses parents eussent la consolation de pleurer sur lui, et, l'enlevant au milieu de la bataille où il était tombé, en combattant en héros un père qu'il ne connaissait pas, il me l'apporta en m'ordonnant de l'inhumer.
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— Vous connaissez donc le misérable qui m'a ravi mes enfants ?
— Je le connais.
— Son nom! son nom! mon père ; que je le maudisse avant de descendre au tombeau!
— Le Christ en croix pardonnaïit à ses bourreaux.
— Oh! le Christ n'était pas une mère! eût-il pu pardonner au meurtrier de ses enfants ?
Et laissant retomber sa tête sur sa poitrine, elle s'abandonna aux larmes et à l'amertume de la douleur qui noyait son âme sous ses flots amoncelés. Après avoir pleuré de tout son cœur, elle releva tout à coup la tête et dit :
— Puisque vous connaissez le ravisseur de mes enfants, vous savez peut-être aussi ce que l'autre est devenu ?
— Peut-être! C'était une fille, near -ce pas, madame?
— Oh! vous le savez donc?
— N'avait-elle point une e fleur de nénuphar gravée sur le bras?
À ces mots, la malade ouvrit de grands yeux ébahis sur le missionnaire, quelle contempla un instant frémissante et comme saisie d'un tremblement nerveux.
— Oh! je vous en supplie, dit le prêtre, calmezvous, vous allez vous tuer !
— Oh! mon père, parlez! parlez! ma fille vit-elle encore ?
— Elle vit, répondit le père, mais, au nom de Dieu, n'espérez pas trop.
— Elle vit! pourrai-je la revoir avant de mourir ?
— Peut-être!
— Où est-elle? mon père, où est-elle?
— Nous pourrions peut-être la faire venir jusqu'ici en quelques jours, si vous étiez assez calme pour vivre jusqu'à ce que nous ayons eu le temps de la mander et de la préparer à vous revoir.
— Oh! je serai calme, mon père; je vivrai, car je veux revoir mon enfant. Vous allez voi
Et, par un immense effort de volonté, elle s'efforca de calmet les mouvements de son cœur qui battait à se rompre dans sa poitrine. Mais ses regards restaient ardents, ses membres continuaient à trembler; la fièvre, plus brûlante que jamais, la dévorait. Cependant, après un instant d'émotion inexprimable, croisant les mains sur sa poitrine, elle reprit :
—— Ils étaient encore tout petits quand ils me furent enlevés. Je les trouvais si beaux, mes deux anges adorés, dans leur léger berceau d'osier! J'étais alors si heureuse de les aimer! On eût dit qu'ils ne tenaient la vie que de moi, ils n'avaient rien des traits et de la couleur de leur père. C'était mon unique consolation. Mon Dieu, que j'ai été malheureuse! lorsqu'ils me furent ravis, je les avais secrètement baptisés, mon père; c'étaient comme deux petits chevreaux que je mangeais de mes
baisers. Leur père avait gravé deux noms autour u
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de l'aigle et de la fleur de nénuphar destinés à les faire reconnaitre. Les avez-vous vu ces noms, mon père ?
— Ottanis et Nélida, répondit le missionnaire.
— Ah! ce sont eux, ce sont bien eux, reprit la malade; mais, hélas! mon pauvre Ottanis, ta mère ne te reverra plus!
Et elle se remit à pleurer, car les larmes paraissaient intarissables dans ce cœur de mère pércé du glaive de toutes les douleurs.
— Mais comment avez-vous. pu savoir que ma fille avait au bras cette fleur de nénuphar entourée de son nom? dit tout à coup la mère anxieuse.
— C'est à moi que le ravisseur confia vos enfants pour les élever; ils ont grandi sous mes yeux, nourris, instruits, guidés par moi.
Ce fut alors comme une explosion dans le cœur de cette mère infortunée. Elle ressaisit les mains du vieillard qu’elle couvrit de nouveaux baisers, puis, d'une voix pleine d'ineffable envie :
— Oh! que vous avez dû être heureux de pouvoir vous consacrer à eux |
Le vieillard sourit de cette adorable naïveté de la mère qui croyait que tout le monde devait éprouver, à élever ses enfants, le bonheur quelle en eût ressenti elle-même; mais reprenant tout à coup sa physionomie sérieuse et grave, il ajouta :
— J'ai été bien heureux, car je les aimais comme s'ils eussent été mes propres enfants. Tous deux étaient soumis, obéissants, reconnaissants et bons.
— Comment donc avez-vous laissé partir mon fils, pour qu'il s'exposât aux terribles dangers qui devaient lui enlever la vie?
hi — Madame, il m'abandonna pour aller à la HN recherche de son père et de sa mère, deux biens qui manquaient à son noble cœur, car, sans vous connaître, il adorait sa mère.
— Cher et malheureux enfant! combien cette | Hate
mère ne t'aimait-elle pas, et qu'elle eût été heureuse : met
de te serrer sur sa poitrine, ne füt-ce qu'une minute!
mais le Ciel ne l'a pas permis. cette
— 1] vous rendra une fille qui ne vous aïme pas Au * moins, reprit le prêtre. mort
— Est-elle belle? dit la mère. Comme elle doit
avoir grändi ! | et je — Vous deviez lui ressembler, il y a vingt ans, la m:
madame, reprit le vieillard. Ce — Mais où est-elle donc? Vous savez où elle est,
puisque c'est votre fille adoptive ? dx
(| — Elle est ici, à Toronto même. en c Le — Ici! ah! je veux la voir, à l'instant même! A reprit la mère dont le cœur battit de nouveau avec Lou
une force terrible, tandis que ses joues s'enflam- gi à maient.,et que ses regards étincelaient. unio
— Si vous me jurez d'être bien calme, je vous promets de vous l’amener aujourd'hui même; il mên
faut que nous la préparions à cette entrevue, je pen:
/ ne veux pas la tuer par trop de bonheur. Elle vous e aime tant! , gén:
— 0 mon père, elle est jeune et forte! à cet âge,
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on supporte tout; mais moi, si vous ne vous hâtez, je sens que je serai morte. avant d'avoir revu mon enfant.
— Il ne faut pas mourir, il faut vivre pour elle!
— Oh! je ne demanderais pas mieux, mais je sens que le Ciel en a ordonné autrement. Peut-être ne me reste-t-il plus que quelques heures à vivre? Hâtez-vous, mon père, si vous ne voulez que je meure sans la revoir.
— Alors faites un effort, tâchez de vous faire à cette idée, à ce bonheur, je vais vous la chercher. Au nom de Dieu, que cette joie ne cause pas votre mort ! |
— Oh! que je meure dans les bras de mon enfant. et je bénirai Dieu, au contraire! murmura tout bas. la malace en voyant le prêtre s'éloigner.
Celui-ci trouva Nélida rêveuse et pensive. S'approchant d'elle le sourire aux lèvres, il lui dit :
—— Nélida, mon enfant chérie, à quoi penses-tu en ce moment? | |
— Père, je songeais à la lettre du chevalier Louis et je me disais que je serais bien heureuse, si ma mère, à moi, pouvait aussi bénir notre union. | |
— Toujours cette idée de ta mère! L'affection même du chevalier n'a donc pu en détourner ta pensée ? |
— Au contraire, depuis que je dois l'épouser, je sens davantage encore le besoin d'une mère, pour lui dire mille choses dont je ne pourrais parler qu’à elle.
— Et si je te faisais retrouver cette mère, m'aimerais-tu bien, mon enfant?
La jeune fille le regarda avec ses deux grands yeux si brillants, pour voir s’il ne plaisantait pas. La figure du missionnaire était grave et pâle; une légère tristesse la voilait.
— Serait-ce possible? S'écria-t-elle, haletante. . — Chère enfant, dit le prêtre d'une voix grave et lente, votre mère vit, mais je doute que Dieu daigne lui conserver longtemps encore la santé.
,— Ah! mon Dieu! vous l'avez donc vue, vous ne me trompez pas?
— Je l'ai vue, mais je tremble à la seule pensée
a ce que vous allez éprouver en la revoyant.
— Père, ne pensons pas à moi, courons embras-
ser ma mère.
-— Mon enfant, un peu de calme, trop de pré-
- cipitation pourrait la tuer. Votre mère est bien malade, Nélida! |
— Et je ne suis point encore près d'elle pour la secourir! Mais viens donc, viens, père ! hâtonsnous!
Et elle s’élança au bras du vieillard pour l’entrainer ; mais elle saperçut alors que de grosses larmes coulaient le long de ses joues. Elle tomba dans ses bras et dit en le couvrant de baisers :
— Pourquoi donc pleures-tu? Serais-tu triste de me voir retrouver ma mère ?
— OÔ ma fille!
— Pourquoi donc pleures-tu ainsi?
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