‹ Nélida ou Les guerres canadiennes, 1812-1814 [microforme]Chapitre 9 sur 22 · RS DA 9 I A TUE · texte numérisé non relu

RS DA 9 I A TUE

alors, et, tombant sur une chaise, fondait en larmes.

Le bon vieux prêtre cherchait dans son cœur de bonnes paroles pour la calmer, et sa sagesse faisait doucement descendre la résignation et l'abnégation dans cette belle âme de jeune fille, sensible comme la sensitive, pure et blanche comme l’hermine, et parfumée de ses vertus comme une rose qui vient léclore l'est des plus suaves senteurs de la terre.

Insensiblement la fièvre se calma; mais le chevalier se trouva si abattu, si épuisé, si dépourvu de vie qu'il crut toucher à sa dernière heure. Il fit appeler le vieux prêtre et lui demanda d'écrire en son nom à sa mère et d'envoyer la lettre à son oncle, l'évêque de Québec, pour qu'il la fit parvenir en France. Le vieux prêtre sourit et l’assura que cet affaiblissement, effet d'une longue diète, destinée à tuer la fièvre, n'avait rien d'alarmant ; mais il condescendit aux vœux du malade, afin de

le tranquilliser. Il écrivit, sous la dictée du cheva-

lier, cette lettre que Nélida ne put entendre sans sentir vingt fois ses yeux s'inonder de larmes. La bonne jeune fille pensait à sa propre mère qu'elle n'avait jamais connue et que cependant elle eût tant aimée!

“« Ma mère, je te fais écrire des bords des grands lacs du Canada, par un bon prêtre que j'ai rencontré

chez mon oncle, et avec lequel j'ai fait route an

milieu de.cet admirable pays, si bien peint par le prince de la littérature de ce siècle, le vicomte de Châteaubriand.

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»* Nous sommes ici en pleine guerre, comme en Europe, et j'ai pris les armes pour défendre la nationalité canadienne contre l'envahissement des Etats-Unis. Je suis officier, j'ai vu le feu; nous avons remporté une première victoire et fait de nombreux p iers. Blessé grièvement durant l'action, j'ai n > un instant que tu ne reverr : pas ton fils nm massure maintenant que je suis hors de anger ; cependant je suis trop faible encore pour t'écrire moi-même; voilà pourquoi je me sers de la plume du bon prêtre dont je t'ai parlé.

» C'est lui et un brave capitaine, nommé Robert, qui a bien voulu m'honorer de sa vive et sincère amitié, qui m'ont sauvé la vie. Puisse le Ciel les en récompenser |

» Grâce à eux, je pourrai prohablement, un jour, te conter mes aventures dans ce merveilleux pays, le plus beau, le-plus pittoresque de toute l'Amérique. Oh! qu'il me sera doux, mère bien-aimée, assis près de toi,.au coin d'un feu pétillant, de te redire tout ce que j'ai fait, vu et admiré loin de ma chère patrie, dans cette belle colonie américaine, appelée à jouer un jour un rôle immense dans une des contrées les plus libres du monde! Qu'il est dur de penser que la France a pu renoncer à ce beau joyau et l'abandonner à ses plus cruels ennemis! Mais tôt ou tard l'heure de l'émancipation sonnera aussi pour les Canadiens, et un grand peuple vivra de sa vie propre dans cette libre Amérique du Norû,

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