‹ Nélida ou Les guerres canadiennes, 1812-1814 [microforme]Chapitre 12 sur 22 · ES · texte numérisé non relu

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Et longtemps toutes deux demeurèrent embrassées sans proférer une seule parole. Ces deux âmes se fondaient dans un seul sentiment d'amour. Il y avait si longtemps qu'elles s'aimaient sans avoir pu se le dire ! Cette longue étreinte avait pour elles une félicité ineffable. Le vieux prêtre détournait la tête pour essuyer une larme. Le chevalier contemplait la jeune fille dans les bras de la mère, l'âme émue et profondément attendrie. Tout à coup, la malade éloigna lentement la belle tête de la jeune fille pour la contempler tout à son aise, pour se rassasier de la vue de son enfant qu'elle n'avait pas vue depuis tant d'années !

— Oh! qu'elle est belle! dit-elle, et que j ‘aurais voulu pouvoir l'aimer longtemps!

— Mère! nous ne nous quitterons plus, et ma vie tout entière sera consacrée à te rendre heureuse.

— Hélas! mon enfant, je vais mourir!

La jeune fille fut comme frappée au cœur par ce mot terrible et s'évanotit de nouveau. Le chevalier s'élança pour la recevoir dans ses bras, et la fit asseoir auprès de sa mère, tandis que le missionnaire s’efforçait de la rappeler à la vie.

— Oh! malheureuse! malheureuse que je suis, disait la pauvre mère, c'est moi qui l'ai tuée!

— Madame, votre voix seule la rappelle à la vie, dit le chevalier, voyez, la voilà, qui se ranime!

Un instant après, la jeune fille se levait, pour s'élancer de nouveau aux genoux de sa mère. Alors | ces deux femmes s'accablèrent des caresses les plus

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— Oh! je ne veux pas que tu meures, vois-tu, disait Nélida en couvrant sa mère de baisers, car je mourrais aussi. \cras

Dans un mouvement qu'elle fit une des agrafes de son corsage s'étant défaite, découvrit légèrement son épaule, La mère, d'une main frémissante, acheva de mettre le bras à nu et vit la fleur de nénuphar entourée de son nom. Couvrant de baisers cette marque qui l’assurait complétement de la possession de son enfant, elle disait : |

— Ah!tu es bien ma fille, ma Nélida chérie!

Mais la jeune fille rougissante, ramenant sa robe .

sur son épaule, lui dit :

— Mère, pensez donc qu'il est là.

— Qui?

— Mais lui! mon fiancé!

Pour la première fois, la mère tout absorbée dans sa tendresse pour sa fille, fit attention au chevalier. Cette -belle et noble figure, tout inondée de larmes, cet habit militaire qu'il portait si bien, tout dans sa personne parut faire sur la malade une impression extraordinaire.

— Grand Dieu! qui êtes-vous? s'écria-t-elle, en vous voyant, j'ai cru retrouver mon frère; mais il n'est plus; il y a vingt ans, il vous ressemblait.

— Et moi, dit le chevalier, en vous revoyant,

j'ai cru apercevoir ma mère, mais vieillie de vingt

ans. 7

=— Votre mère!

— Mais oui, ma mère, Anne Duplessis, sœur de Mgr Duplessis, évêque de Québec.

— Il y a un évêque-Duplessis à Québec ?

— Mais oui, le BY de ma mère.

— Il s'appelle Octave-Joseph.

— Comment le savez-vous?

—- C'est mon frère.

— Ah! Dieu! vous seriez ma tante.

Et le chevalier tomba, à son tour, aux pieds de celle qu'il était venu chercher au péril de tant de dangers, en lui racontant ce qui l'avait déterminé à se rendre en Amérique.

La malade tira de son sein un médaillon qu ‘elle remit au chevalier, en lui disant :

— Voilà le portrait de ma sœur et le mien.

— C'est bien cela, dit le jeune homme en l’embrassant avec amour.

La pauvre mère serra dans ses bras les deux jeunes gens, qui lui racontèrent comment ils s'étaient connus et aimés dès leur première entrevue.

Cependant la malade, se sentant de plus en plus affaiblir, demanda et reçut les secours de la religion au milieu de ses deux enfants qui sanglotaient. Quand les cérémonies saintes furent terminées, elle Îes fit de nouveau agenouiller auprès d'r!17 #+ leur dit :

—- Enfants, ne pleurez pas, je suis trop he:

de pouvoir mourir comme je meurs. Si ma vie dure, ma fin aura été douce et remplie de cons a.

tions. Donnez-moi vos mains, chers enfants, afin que je meure en les serrant, en les sentant près de moi! Je vais vous attendre tous deux dans une vie meilleure. Vous prierez pour moi quand je ne serai plus. Laisse-moi t'embrasser encore, ma Nélida chérie, ajouta-t-elle en lui passant le bras autour de la tête et l'appuyant sur son sein. Ne pleure pas, ma fille, tu trouveras dans ma sœur une autre mère, dans ton cousin, un mari qui sera pour toi plein de bontés et d'indulgence. Dieu te réserve peut-être une vie heureuse'et douce, en dédommagement de tout ce que j'ai souffert. Surtout aimezvous bien, mes enfants ; il n’y a pas de malheur qui tienne devant une affection pure et sincère. Je vais vous bénir, vous et vos enfants, et priez Dieu d'exaucer les vœux ardents que je fais pour vous. Soyez bons pour tous, patients et généreux dans votre famille ; partagez entre vous le fardeau de la vie, et vous verrez comme il est facile d'en alléger. le poids. Pensez quelquefois à moi, non pour me pleurer, mais pour vous rappeler combien votre mère vous aimait et pour vous porter à tout ce qui est bon, beau et grand. Votre père, Nélida, n'a pas - été l'homme de mon choix, comme sera pour vous votre époux. Ne cherchez pas à le connaitre, retournez en Europe le plus tôt que vous le pourrez, ne cessez de prier pour lui. Adieu, mes enfants, nous nous retrouverons au-delà du tombeau, dans le sein du Seigneur. Embrassez-moi tous deux une dernière fois. Je vous aime.

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