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Le chevalier s'était donc décidé à quitter son pays, dans l'espoir d'arriver à de meilleurs résultats. Si le Ciel daignait le seconder, sa mère devait venir le rejoindre au Canada pour y vivré sur les anciens domaines qu'elle avait autrefois possédés et que son fils se proposait d'exploiter lui-même.
Depuis que ce jeune homme était à bord, les passagers et les matelots ne le désignaient que sous le nom de Chevalier Louis. La plupart éprouvaient
* pour sa personne la sympathie la plus cordiale,
car tout en lui respirait la franchise, la bonté, la loyauté et la bravoure. Ses traits étaient réguliers, sa taille souple et flexible, et ses muscles d'acier. Debout sur le pont, il contemplait ce fleuve dont il admirait la grandeur imposante et la sévère. majesté.
Le jour s'était levé avec toute la pompe qui décore ordinairement les bienfaisantes matinées de la fin de mai. L'horizon se diaprait d'un large manteau d'azur. Une aurore éblouissante déployait coquettement ses coupoles d'or, dont les bords sembiaient se détacher du ciel comme des franges de rubis et d'émeraudes. Sur les deux rives du fleuve tout était vie, mouvement, prière : une brise caressante, courant complaisamment sur les bruyères, frôlait de son aile mille fleurs sauvages qui commençaient à épanouir leurs corolies embaumées.
Dans les gros buissons épineux qui bordaient le fleuve et à l'entrée des forêts lointaines, le joyeux
jeter ses trilles mélodieuses au milieu de cette scène ravissante et d'en égayer la sauvage et majestueuse grandeur. De belles et fraiches paysannes apparaissaient parfois au premier plan des montagnes, dont les pentes douces et cultivées descendaient mollement jusqu'au bord du fleuve et achavaient de donner son dernier charme à ce magnifique tableau.
Tandis que le jeune homme s’adonnait à l'admiration que lui causait le spectacle qu'il avait sous’ les yeux, le capitaine lui frappa sur l'épaule en lui disant avec une douce familiarité :
— N'est-ce pas, chevalier, que ce spectacle est ‘grand et beau? Mais dans le pays que vous allez parcourir, combien de fois ne verrez-vous pas les merveilles succéder aux merveilles! Je puis le dire avec un légitime orgueil, le Canada est incontestablement la contrée la plus curieuse et la plus pittoresque de l'Amérique entière. La Suisse, que les européens visitent à l'envi, comme un des plus admirables pays du globe, n'a rien qui puisse surpasser les beautés que l’on rencontre à chaque pas dans celui-ci. Je pourrai vous faire voir quelquesuns de ces paysages les plus remarquables, si le cœur vous en dit, et j'ose espérer que jamais votre attente ne sera trompée.
— Mais votre proposition m'enchante, capitaine; et, dès maintenant, je vous promets que, si vos sites égalent en charme le tableau magique que j'ai sous les yeux. ma curiosité n'aura point été vaine.
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Ce n'est qu'avec un indicible frémissement que je puis contempler cette merveilleuse nature dont notre immortel poète, le vicomte de Chateaubriand, Myient de nous donner de si magnifiques peintures. Quel admirable génie! Après la régénération des “hations par notre grande révolution, il vient de ommencer la régénération des arts et des lettres ! Avec quel éclat ne nous peint-il pas les frémisseents prophétiques qui agitent tous les peuples! Il me semble que le siècle qui commence doit être grand entre tous les siècles de l'humanité, par ses découvertes, ses inventions, et tout ce qui tend à Maméliorer le sort des classes souffrantes de la “hociété!
© — Et peut-être ne vous trompez-vous pas, dans vos généreux pressentiments. Mais, comme toujours, la France sera la sentinelle avancée de ce mouvement des peuples vers toutes les améliorations. Aussi ne pouvons-nous assez déplorer les malheurs qui l'ont forcée à céder le Canada à sa [plus cruelle ennemie. Jamais il n'aurait dûgavoir d'autre protectrice que la France! Le jour où la mère-patrie nous abandonna aux Anglais, vit naître notre résistance à cette nation égoïste et despotique. Les Anglais durent immoler trois armées pour larriver à nous vaincre. Nous avons dû sacrifier dans cette lutte jusqu'à notre dernière obole et arracher au foyer domestique presque toute la population valide pour recruter les armées. Les adolescents et les vieillards eux-mêmes avaient dû être
employés à transporter les approvisionnements. | C'est à peine si l'on parvint à cultiver, avec l'aide À des femmes et des enfants, quelques parcelles de terrain, qui ne préservèrent pas le pays d'une}à affreuse disette. Dès lors, tous ceux qui purent rega- | 1 gner la France s'empressèrent d'émigrer. L'aversion pour les Anglais, l'appréhension de leur brutalité! froide et haineuse, la persuasion peut-être où beau- À coup demeuraient que cette domination serait courte Î et que la France n'abandonnerait jamais une si | précieuse colonie entrainèrent l'aristocratie du pays, une grande partie des négociants et tous ceux qui | k tenaient à l'administration. E.
\ , Arrivés en France et voyant le Canada définiti- | LL vement perdu, presqu'aucun d'entre eux ne pensa à | revenir. Plusieurs même abandonnèrent là liquidation de leurs intérêts et songèrent à se pourvoir dans la mère-patrie d'une position nouvelle. Les "A Anglais eux-mêmes accrurent encore ce mouve- 1 4
ment, d'un côté en donnant aux émigrants toutes \
les facilités pour regagner la France, de l'autre, en 1 se montrant persécuteurs implacables et spoliateurs PA odieux pour ceux qui restaient. Ils espéraient, par |. cette conduite, acquérir une plus grande facilité pour consommer l'asservissement d'une population
qui ne cessait de leur manifester la ‘plus profonde & aversion, et pour parvenir à anglifier ces pauvres L
paysans qui seraient ainsi privés de toute consis- | tance matérielle et morale.
- Oh! que je reconnais bien là les barbares