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ramène sur la tête pendant l'hiver. En dessous se voit une tunique ou chemise de toile de coton peinte. Elles portent des bas très-larges de couleur écarlate et leurs mocassins ou chaussures sont bordés de poils d'élan ou de piquants de porcsépices. La plupart ont des bracelets et des colliers d'argent ou d'étain. Des médailles de différentes grandeurs sont en outre suspendues à leur cou et derrière leur tête de petites pièces d'argent, retenues par des cordons, tombent jusque sur leurs talons. Des grands anneaux pendent à leurs oreilles. Comme les hommes, dont l’accoutrement ne diffère du leur que par la robe qui remplace le manteau, elles ‘se tracent sur la figure de larges raies de vermillon ou de charbon formant un tatouage bizarre qui enlaidit le charme naturel dont la nature pourrait les avoir douées.
Une pièce essentielle à l’accoutrement des hom-
mes est une gibecière dans laquelle ils renferment .
leur tabac. Une ceinture de cuir ceint leurs reins et leur sert à maintenir le couteau avec lequel ils scalpent la chevelure de leur ennemi. Ils portent aussi des cordons appelés wampum ou colliers, et qui sont composés de coquillages particuliers qu'on vend en grande quantité aux Etats-Unis. Par une coutume que l'on retrouve dans toutes les tribus sauvages de l'Amérique septentrionale, à la fin de chaque discours, ils prennent un de ces colliers pour se rappeler ce qui a été dit et leur mémoire
est telle que nombre d'années après ils se souvien- WÉLIDA. “'i 2
nent de ce que signifient chacun des cordons qu'ils possèdent. 4
Tous les ans, le gouverneur du Canada 2 l'habitude de faire à ces Indiens des présents qui consistent spécialement en couvertures de laine. On distribue, en outre, aux familles des chefs des draps de couleurs tranchantes, dont ils se font des vêtements qu'ils ornent ensuite d'une foule de colifichets d'argent et d'étain. C'était précisément l’époque où ils allaient recevoir ces présents qui était cause de leur rassemblement à la pointe Lévi d'où ils se préparaient à se rendre à Québec sur-leurs pirogues pour les aller recevoir des mains du gouverneur qu'ils appelaient Ououthés ou le grand aïeul. C'est dans cette ville que nous ne tarderons pas à les retrouver.
Le navire ayant repris le large, ne tarda pas à pénétrer dans les eaux qui baignent le pied des rocs au milieu desquels s'enfonce le port de Québec. Celui-ci s'encaisse, en effet, dans une sorte de promontoire rocailleux, comme au fond d'un véritable précipice. De toutes parts, il est hérissé de rochers à pic qui surplombent d'une manière étrange audessus des flots et forment un des tableaux les plus effrayants que puisse offrir l'aspect de la nature. A la vue de ces rochers surmontés de hautes murailles et des bastions saillants d’une imprenable citadelle, on tremble qu'à chaque instant ces masses gigantesques, se détachant de leurs bases, ne s'écroulent avec un bruit affreux et n'ensevelissent sous leur
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LE CITEVALIER LOUIS, 19
poids les vaisseaux de guerre ou de commerce qui viennent jeter l'ancre dans ce port extraordinaire,
. l'un des plus étonnants qui soient au monde.
La ville elle-même est située au pied d'une rangée de montagnes qui semblent s'entasser les unes sur les autres, en s'enfonçant au loin dans l'intérieur des terres où elles forment les escarpements les plus pittoresques dans la direction de l'Est et du Nord. De la base de ces montagnes descendent ces ondulations gracieuses de terres cultivées de plusieurs lieues d'étendue. On dirait un beau jardin dont les contours sont arrosés par les eaux sablonneuses du fleuve, tandis que sur les revers des montagnes s'étage une vaste ligne de belles maisons blanches , entremèlées d'arbres à fruits, de rideaux de peupliers, de grands clochèrs d'églises, et de tout ce qui indique le voisinage d'une grande ville, La route des chutes de Montmorency traversece populeux faubourg au delà duquel s'étend la plaine d'Abraham; mais les cascades elles-mêmes ne sont pas visibles de Québec, quoiqu'on distingue: de cette ville le confluent de la rivière. Tout en face de la ville était mouillée une: multitude de navires, qui avaient tous l'arrière tourné contre le courant et leur pavillon dirigé vers la mer par une brise soufflant de l'ouest.
Des barques de tout genre parsemaient le havre, et la baie : les unes allaient à la voile, mais le grand. ngpaine à la rame. Impossible de décrire Ja confie
varient de forme, de hauteur, de couleur et de position. Les toits sont en général très-raides, car il a fallu les construire de manière que la neige ne pût y séjourner pendant les rudes hivers de cette contrée. La plupart cependant sont percés de jours, ou se terminent par des galeries, des plates-formes, des coupoles qui projettent de singuliers ornements. Rien de plus pittoresque que l'effet qui résulte de l'ensemble de toutes ces constructions. Disons cependant que quand on pénètre dans la partie basse de la cité, l'enchantement disparaît. La ville haute renferme tous les établissements publics ; la cathédrale, élevée par les Français ; les bâtiments somptueux qui entourent la belle place de la parade; l'hôtel du gouvernement qui est perché au bord d'un roc perpendiculaire, haut de plusieurs centaines de pieds. De ce point, on domine complétement la ville basse qui offre l'aspect le plus curieux qui se puisse imaginer.
C'est dans la rue Saint-Jean, la plus belle” de toutes, que les élégants aiment à déployer leur adresse à diriger leurs voitures, parées de tous les ornements de luxe le plus raffiné, Malheureusement ce n'est guère qu'en hiver que l'on peut … s’'adonner aux plaisirs, car Québec n’a point d'été.
Les pluies fréquentes causées par les nuages qui s’'assemblent autour des montagnes voisines y sont la canse de désagréments perpétuels.
Rohert voulut conduire lui-même le chevalier fançais au palais épiscopal où résidait son oncle.
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et de En passant devant l'Hôtel-Dieu, il lai dit : « Voilà , Car la première cause des inimitiés qui éclatèrent entre ge ne 1 Sir John Graig et Monseigneur du Plessis. À peine cette | arrivé à Québec, le gouverneur, voulant établir de ours, À nouvelles casernes, avait jeté les yeux sur cet édifice mes, WE dont la situation avantageuse, l'étendue des dépenents. 1 dances territoriales, les vastes salles, les magnifiques te de à dortoirs avaient excité son admiration et son envie S Ce- L aussi bien que celle de ses officiers. Il proposa à )asse | l'évèque de faire transporter les malades de l'Hôtellaute 1 Dieu et de réunir les religieuses des deux commuithé- À nautés en une seule. Mais Monseigneur du Plessis >mp- | | répondit que ces bâtiments ne lui appartenaient pas, ade ; 1 qu'il n'avait nul droit d’aliéner les biens de l’église, bord et, pour se soustraire aux importunités menaçantes ines du gouverneur, il n'eut d'autre ressource que d'abant la 4 donner sa métropole et de se livrer à la visite des 1 se À missions du fleuve Saint-Laurent, jusqu'au moment M où le despotisme de John Graig fit éclater un com- ‘à "de mencement de rébellion qui ne put être calmé que | eur " par l'intervention de l'évèque lui-même. » ous | Ce dernier était un beau vieillard, plein d’urbaeu- L. nité, de déférence, mais ne sachant pas assez se eut HAN soustraire aux vues intéressées de l'influence ané (MS glaise. Il sentait, du reste, l'inopportunité d'une qui DE résistance prématurée qui n'aurait pu que comproont mettre l'avenir de la nationalité de l'émancipation
canadienne. Il reçut le chevalier avec" la plus tendre . cordialité, le combla des témoignages de la plus vive affection et de toutes les marques de la bienveillance
la plus sympathique. Ce fut avec plaisir qu'il s'informe de la France, de Napoléon-le-Grand alors arrivé au faite d'une puissance qui allait s'écrouler sous lui comme un monument de sable. Mais sa famille, ses amis, les anciennes connaissances du pays natal, furent surtout l'objet de ses questions empressées et de sa curieuse sollicitude. Il s'inform: ensuite des desseins, des projets qui amenaient ic cavalier en Amérique, et ne put s'empêcher de l'admirer quand il eut appris de la bouche r ème de son neveu qu'il n'avait quitté la France que pour fuir de plus loin un odieux despotisme et que, si la guerre éclatait entre le Canada et les Etats-Unis, il était résolu d'embrasser le parti des faibles contre les injustes oppresseurs.
Le jour même, Monseigneur du Plessis présenta son neveu au nouveau gouverneur, qui l’accueillit avec toute la déférence due à l'auguste prélat qui le présentait. Celui-ci lui fit voir alors le mandement célèbre qu'il venait de composer dans le but . d'encourager la milice des campagnes au devoir et à la fidélité. Il lui dit que déjà ses grands vicaires, Deschenaux à Québec et Roux à Montréal, avaient écrit à tous les curés du Canada des lettres dont ils devaient faire part à «rs paroissiens pour les engager à se lever t": cuine un seul homme, afin de repousser l'ennemi. ,
— Monseigneur, s'écria le gouverneur, je voudrais pouvoir vous remercier dignement des importants services que votre ardent et généreux dévoues
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ment ne cesse de rendre au pays! Espérons qu'aussi vaillamment secondés par le clergé et l'épiscopat, les Canadiens verront triompher la plus juste des causes et sauront intrépidement repousser cette
.odieuse agression.
« Croyez bien que, de mon côté, je ferai tout ce qui dépendra de moi pour préserver le Canada des hi r reurs d'une invasion. Déjà deux bataillons arrive d'Europe ont accru l'effectif des troupes régulières ; d'autres renforts ne tarderont pas à arriver. Sur ma demande, la législature coloniale vient de passer une loi tendant à mobiliser immédiatement la milice: et quatre bataillons se trouvent déjà sur pie Toutes les forces dont on pourra disposer vont êt mises en activité. Dans ce moment mème, le généra Brock occupe Toronto avec une armée capable de repousser celle du général américain Hall si celuici sort de Détroit, où il tient ses quartiers, pour envahir le Haut-Canada. Enfin une flotte importante stationne sur le lac Érié, sous la conduite de l'amiral Proctor. C'est dans ces régions, jeune homme, ajouta le gouverneur, en s'adressant au neveu du prélat, qu'il y aura de la gloire à moissonner à pleines mains, et puisque vous êtes amateur d'aventures et de batailles, un brevet de lieutenant vous serait délivré, dès demain, si cela pouvait vous faire plaisir. Dans quelques jours, vous pourriez partir pour le théâtre de la guerre avec le capitaine Robert qui ma longuement parlé de vous et qui aimerait d'avoir un officier tel que vous. »
— Tant de bontés me confondent, .se hâta de répondre le chevalier, et je tâcherai de m'en montrer digne en moissonnant vaillamment sur le champ de gloire dont vous venez de me parler.
Comme il achevait ces paroles, un grand bruit. se fit entendre à l'entrée de l’hôtel du gouvernement. Il était occasionné par les réjouissances des Indiens Michmas auxquels on venait de distribuer les présents d'usage. Le chevalier ne put s'empêcher de céder à la curiosité que lui causaient les mœurs de ces sauvages, si nouvelles pour lui. Quelques-uns, seulement vêtus d'une robe déchirée ou d'une sale couverture, se promenaient dans cet étrange équipage au milieu des rues, tenant d'une main une bouteille de rhum et de l'autre une tête- de veau, leur mets favori. D’autres riant, criant, cabriolant, tourmentaient les distributeurs pour avoir un peu plus
de rhum. Ceux-ci le leur refusaient sans humeur,
leur faisant observer, comme à de grands enfants, qu'il fallait en conserver pour‘l'heure de la danse. Les femmes affublées de leurs plus éclatantes parures, se plaisaient, au contraire, à les étaler avec une sorte de vanité puérile qu’elles ne cherchaient nullement à dissimuler. |
Le soir, ces sauvages allumèrent de grands feux autour desquels hommes, femmes, enfants, confondus se mirent à dévorer à belles dents des poissons salés. À neuf heures, la danse commença à la lueur des torches d'écorce de bouleau portées par les plus vieilles sauvagesses. Une pièce de bois d'une quin-
hâta de en mone champ
bruit se nement.
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feux nfonsons ueur plus quin-
s LE CIHEVALIER LOUIS. 25
zaine de pieds de long était placée à terre, et, à l'une des extrémités, était assis un homme qui bourdonnait un chant uniforme, commun à toutes les tribus de l'Amérique septentrionale. Il s’accompagnait, en chantant, du bruit qu'il faisait avec une calebasse remplie de petites pierres. Tous les danseurs se suivaient en formant un ovale autour de la pièce de bois. Ils étaient si serrés qu'ils se marchaient sur les talons. Les femmes âgées et quelques hommes gambadaient de toutes leurs forces, battaient des mains, frappaient la terre du pied, sans perdre la mesure de la calebasse, et de la monotone harmonie du chant que l'impressario semblait tirer du fond de sa poitrine. Quelquefois les danseurs rompaient l’uniformité par des cris et des hurlements, auxquels ils joignaient des atti-
tudes féroces et des gestes frénétiques pour imiter
leurs combats.
Le lendemain, le capitaine voulut faire connaître à son hôte les environs de Québec. Ils traversèrent ensemble la plaine d'Abraham, but ordinaire des promenades des classes élégantes. Mais le chevalier lui préféra les paysages pittoresques qui entourent
la cataracte de Montmorency. En s’y rendant, il ne
put s'empêcher d'admirer tout le long de la routed | La.
les riants ouvrages de l'homme, les figures encore plus riantes des jeunes femmes aux yeux noirs qui avaient l'air tout français, et leurs jolis enfants si propres, si florissants de santé, si pleins de gaîté
et de douce politesse. Pendant une distance de trois NÉLIDA, 5
lieues, il vit s'agiter une population nombreuse et active. Les chemins étaient bordés de maisons, derrière chacune desquelles se prolongeait une étroite bande de terre cultivée entre deux haies parallèles. tien en Amérique qui puisse rivaliser avec ces cabanes badigeonnées de blanc, coiffées de toits pointus, et toutes d'une forme plus fantastique, toutes d'un air plus étrange les unes que les autres. Les linteaux des portes étaient peints en noir, ainsi que les solives qui encadraient les croisées. Celles-ci, derrière leurs balcons, envahis par un épais réseau de plantes grimpantes, montraient des échafaudages de pots de fleurs, en sorte qu'on était tenté de se croire en Italie ou dans le midi de la France. .
‘Ayant remarqué tout le long des routes de longues perches plantées en terre de distance en distance, le chevalier en demanda l'explication au capitaine. |
— Pendant l'hiver, lui répondit ce dernier, les routes sont recouvertes d'une telle épaisseur de neige que, sans ces perches, il serait impossible de les retrouver. La neige commence à tomber en octobre et continue parfois jusqu'en mai. La terre, pendant ce temps, gêle de cinq à six pieds de profondeur; le vin se prend, même dans les chambres échauffées par des poëles; l'eau-de-vie, exposée à l'air, acquiert la consistance du beurre, et le mercure même se solidifie. Les neiges acquièrent la dureté de la glace et présentent un chemin uni
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comme un miroir à l'impatient Canadien, qui, enve-
loppé d'épaisses fourrures, voyage dans son trjneau ou dans sa voiture avec la rapidité de huït à dix lieues à l'heure. À cette époque, le costume habituel des hommes consiste en capotes de drap épais, arrêtées par une ceinture et en collets à capuchon garnis de fourrures. Pendant leurs voyages, ils jettent. sur leur dos une peau de bison et tiennent devant eux un tablier de peau d'ours. Les dames portent des bonnets de fourrures, des manchons, des palatines et des pelisses de drap ou de velours.
« Les deux sexes ont des bottes de lisières sur leurs chaussons ordinaires, pour ne pas glisser sur la neige quand ils vont à pied. Lorsque le froid a purifié l'atmosphère, la pleine lune donne une clarté tellement brillante qu'on peut lire les plus petits caractères d'imprimerie à la simple réverbération des neiges. Mais, comme vous le voyez en ce moment, on passe presque sans aucune gradation du froid le plus vif au printemps le plus doux. L'hiver fini, la glace se brise de toutes parts avec des cra-' quements épouvantables et la plus brillante végétation couvre la terre aussitôt que la neige a disparu. Alors l'air est imprégné des senteurs parfumées de la fraise et de la framboise qui sont les principaux fruits du pays. Cependant il produit aussi du grain, du maïs, du riz, des haricots, des pommes de terre, des citrouilles, des melons, du tabac, du houblon, et de nombreuses plantes médicinales. D'immenses