‹ NémésisChapitre 47 sur 78 · A HENRI-CINO · texte numérisé non relu

A HENRI-CINO

.V*M ta pueri contempserts annos.

JUVBMAL.

Par un soir de juillet, quand la lune sereine S'exile au fond du ciel comme une pâle reine , En songeant au dix-aoùt, je traînais mes pas lents Devant le Carrousel semé de pavés blancs. Déjà la voix du jour commençait à se taire : Sur le grand échiquier da pavé solitaire.

Comme un pion obscur, seul, modeste, j'allais, Regardant les deux tours qui flanquent le palais ; ' Je voyais à travers les lumineuses vitres Les fous bariolés de rubans ou de mitres, Et l'automate-roi qu'au bas des escaliers, Dans sa case d'honneur, gardaient deux cavaliers. Partout, dans le château des hautes cheminées. Brillaient les salles d'or, toutes illuminées ; C'était un de ces jours chers à tes courtisans. Veille de Saint-Henri.... tu n'avais que six ans. Quatre joueurs de flûte adossés à la grille Exécutaient pour toi de vieux airs de famille ; Sérénade déserte ! orchestre malheureux ! Les Amphions urba'ns ne jouaient que pour eux : Par ordre de Gontaut," de ta main caressante Tu semais les saints sur une foule absente ; Nuls cris ne fêtoyaient le futur souverain , Hormis les chants aigus de l'orchestre forain. Eh bien ! je fus ému de ce silence morne, ^c pris pour piédestal une royale borne.

A HEiNRl-CINQ. no

Et me montrant à toi dans toute ma hauteur. Par pitié pour l'enfant je me fis auditeur.

Oui, tant qu'avec ta sœur tu vécus en tutelle;

Tant que le Fils de France allait à Bagatelle;

Tant que le jeune Henri, de son pas enfantin,

N'avait pas enjambé le trône encor lointain ,

Le peuple, sans songer à ton grand apanage,

Pouvait encor sourire aux plaisirs de ton âge ,

Et mon œil libéral contemplait sans effroi

Un être faible où rien ne présageait le roi.

Mais ces temps ne sont plus : forçant tes destinées ,

Un soleil t'a mûri de plus de dix années,

Et le sang des trois-jours, dans son large caillot.

En pourpre souveraine a changé ton maillot.

Non , tu n'es plus enfant , on doit te craindre , et comme

On veut te faire roi, nous devons te faire homme.

Oui, le ciel a marqué d'un respectable sceau L'infirme chair qui sort des langes du berceau;

Anatlième cent fols à ia main sacrilège Qui torture l'enfant que sa candeur protège! Honte à qui veut flétrir Finnoceuce! malheur A la bouche de fiel qui bave sur la fleur! Toujours, quand des partis la fureur se déchaîne. L'enfant seul est absous dans la commune haine ; Toujours un peuple sage, à la justice enclin, Rn punissant le père embrasse l'orphelin. Mais quand cet orphelin, quand cet enfant débile Est le drapeau vivant d'une guerre civile ; Quand sur son jeune front, semé de blonds cheveux, L'anarchie a placé de fratricides vœux; Quand d'absurdes vaincus qu'un désespoir rallie Rattachent à ce nom leur royale folie.

Alors l'âge n'est rien, l'enfance disparaît, L'orphelin est puni d'un équitable arrêt, Kt cet humble roseau qui relève sa cime Est la verge de fer qu'on peut tordre sans crime- Honneur aux deux tribuns dont la haute raison *

' MM. Baudc et Bncqur\illc.

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