II
L'ambassadeur français va lui baiser la main ; * Fi ! ! ! par son envoyé , quand cet affront la touche, La France avec horreur doit essuyer sa bouche. La main de l'égorgeur ! la main de Ferdinand ! Il n'est rien de plus vil dans tout le continent !
Oh! des peuples souffrans la justice est tardive: Elle a le pied boiteux, mais enfin elle arrive; Le peuple est patient, car il est éternel; Nos pleurs ont trop coulé sur le sang fraternel ; Il ne faut plus juger ce roi par contumace, La France contre lui doit se lever en masse ; Cette fois nous avons le droit d'intervenir ; Oui, quand un criminel si grand est à punir, Quand son nom fait bouillir la haine universelle , Il faut le réclamer au sol qui le recèle ; Si cet infâme roi, fuyant de son palais, Court chercher un asile au Gibraltar anglais,
* La cérémonie du baise-main est toujours en honneur à l'Eseurial ; il n'y aurait pas de grande solennité de Cour sans baise-main.
L'ESPAGNE ET TORRIJOS. 163
H faudra, par pudeur, qu'on nous le restitue, Car le vrai droit des gens demande qu'on le tue ; Car il faut voir la fin d'un règne de forfaits; Les peuples de l'Espagne, une fois satisfaits, Epouvantant les rois d'un juste régicide. Suspendront son cadavre aux colonnes d'Alcide.
A mi. LES SOUSCRIPTEURS.
Oest une obligation pour moi de tenir mes Souscripteurs au courant des tracasseries sourdes ou patentes que l'autorité suscite à NÉMÉsis ; j'espère que ce ne sera pas une des moindres preuves de mon zèle à remplir mes obligations que cette lutte prosaïque soutenue depuis neuf mois et qui se renouvelle tous les jours, quoique je ne fasse éclater mes plaintes qu'à de longs intervalles pour ne pas fatiguer mes lecteurs de détails purement personnels. La tactique suivie contre Kémésis a été tout opposée à celle dont on s'est servi contre les journaux patriotes : M. Persil a fait usage envers moi d'un raffinement particulier de persécution ; il a voulu me tuer sans esclandre, à petit bruit; il a pensé qu'une succession continuelle d'exploits, de procès-verbaux, d'amendes de timbres devait nécessairement étouffer dans sa source un travail poétique et assidu, qui exige une grande sérénité d'esprit. C'était adroitement combiné; mais M. Persil a le tempérament trop faible pour lutter avec moi : je soutiendrais dix procès par jour contre lui, sans
que ma publication hebdomadaire en fût retardée d'une minute. M. Persil est l'excitant qu'il me faut ; il peut continuer ses tracasseries sourdes si cela l'amuse. Je tiens seulement à prévenir mes souscripteurs que je ne passe pas un seul jour sans recevoir un procès-verbal, une assignation, une balayure de parquet; sans payer une amende. Je lis les exploits, je paie mes amendes , je fais mes plaidoyers et mes mémoires , et Némesis paraît et paraîtra toujours.
En bonne justice, l'affaire du cautionnement de NÉmÉsis aurait dû être terminée après la décision de la Cour Royale ; non : M. Persil en a appelé en Cassation, ce qui est incroyable d'acharnement! M. le procureur général Dupin, qui peut quelquefois errer, à mon avis, dans les choses purement politiques, mais qui, dans les questions judiciaires, conserve vmesvipériorité incomparable de tact et de bon sens , M. Dvipin a conclvi pour le rejet du pourvoi. Certes, l'opinion de M. Dupin devait être décisive, et je ne crois pas qu'au Palais il y ait un jurisconsulte plus habile, plus profond que lui , surtout lorsqu'il s'agit de ces causes où il faut faire un arrêt plutôt avec la raison naturelle qu'avec la loi. Eh bien ! la Cour n"a pasfaii droit aux conclusions de M. Dupin : mais NémÉsîs a eu encore de nombreux et de tenaces défenseurs, même au sein de la Cour suprême ; la décision n'a pas été emportée d'assaut , il a fallu quatre heures pour l'établir. C'est maintenant à la Cour Royale de Rouen à réformer ou à confirmer l'arrêt de la Cour Royale de Paris. NÉMÉSÎS fera donc le voyage de la Normandie et plaidera sa cause dans la terre classique des procès. Toutefois, M. Persil est prévenu que , malgré ce dérangement de Parnasse , la Satire hebdomadaire paraîtra toujours le dimanche à Paris, à sept heures précises du malin, comme toujours.