‹ NémésisChapitre 60 sur 78 · XLIV · texte numérisé non relu

XLIV

Je ferai cette fois un portrait digne d'elle.

Je crayonne a ma vitre et calque mon modèle:

Sur la rue où j'assieds mon bruyant Hélicon,

De la rampe de fer qui borde mon balcon,

D'où jaillit Némésis à l'aube des dimanches.

Je puis toucher du doigt ces colonnades blanches,

Ces aiguilles de fer que le crime puissant

Elève pour noyer un tonnerre innocent,*

Ce toit chargé de plomb en feuilles laminées

Que noircit le nuage éclos des cheminées;

J'ai choisi, pour mieux voir tous ces panoramas,.

Le numéro premier des Filles-Saint-Thomas;

Là, dès que le volcan de la Bourse s'allume,

Il fait trembler les doigts qui conduisent ma plume ;

Aujourd'hui l'agio ne m'échappera point.

Car sur lui Némésis tire à brûle-pourpoint.

A l'aspect de ce temple aux formes poétiques , Avec ses escaliers et ses quatre portiques. On croit à tout moment voir entrer au saint lieu Quelque prêtre qui porte un holocauste à Dieu; Le bon provincial, étranger néophyte.

Arrivé le matin par Caillard et Laffitte, Demande avec candeur, en le montrant du doigt. Quelle divinité réside sous ce toit :

On a prodif^ué les paratonnères sur le toit de la Bourse.

Hélas! l'agioteur a, sous ses colonnades,

Commencé, dès midi, ses lentes promenades;

11 est là, chaque jour, même quand la saison

De son dôme glacé comprime l'horizon ;

Serré dans son manteau, les lèvres sur l'agrafe,

11 épie avec soin le voisin télégraphe,

11 accuse vingt fois, d'un regard soucieux.

Le brouillard qui retient la hausse dans les cieux.

Et qui suspend le cours de ses rentes prospères

En clouant la vigie aux tours des Petits-Pères.*

Sur un chemin de neige, au milieu de janvier,

Voyez l'agioteur : pareil au loup-cervier ,

Il semble calculer, dans ses courses errantes,

L'heure de déterrer le cadavre des rentes :

Les honteux coulissiers, les frauduleux marrons.

Craignant l'abord du temple, errent aux environs;

On les distingue tous à leur mine sournoise,

Embusqués sous l'auvent de la Porte Chinoise,

Télégraphe placé sur l'église des Petits-Pères, à deux cents pas de la Bourse.

Au Café Gobillard, au Magasin de Thés Qui coupe brusquement l'angle des Nouveautés.* Mais le temple est ouvert; tout ce peuple reptile Se croise en serpentant sous le haut péristyle; Béni soit l'architecte au mémorable nom Qui pour les Grecs français bâtit ce Parthénon! 0 qu'il est digne d'eux! L'homme qui le fréquente Aime à faire un report sur les feuilles d'acanthe; 11 faut que l'usurier trouve sur son chemin Une colonne grecque avec le fût romain; Le pudique agio s'installe dans des niches, Ou se plaît à courir sur le lil des corniches, Et sur les piédestaux, de son bras caressant. Le tiers consolidé serre le trois pour cent. Dans ce frais Parthénon où la raison s'énerve. Au lieu du saint autel de la sage Minerve , ^*

' La Porte Chinoise, le Café Gobillard, le Magasin de Thés et le Théâtre des Nouveautés, sont en face de la Bourse. (Note pour la pi'ovince. )

^* On sait que le Parthénon, dont notre Bourse rappelle l'architecture, était consacré à Minerve.

S'élève un rond balustre où de noirs écriteaux Du crédit de l'Etat enregistrent le taux;' Là, le banal huissier, d'une voix de sibylle, Dit les cahotemens de la rente mobile; Il révèle aux mortels si de meilleurs destins Sont promis par les dieux aux fonds napolitains ; Aux pasteurs de la Bourse il apprend sous quels astres On sème les lingots, on recueille les piastres; Dans quel pressant besoin, dans quels extrêmes cas On peut en bons royaux convertir les ducats : Chaque fois que son cri, comme un oracle intime, Fait décliner la rente ou l'accroît d'un centime, Le pavé noir et blanc, symétrique échiquier, Résonne, sillonné, sous l'orteil du banquier; Un bi'uit confus de voix sort des nefs latérales; Les villes de commerce, aux couronnes murales. Vienne, Saint-Pétersbourg, Londres, Turin, Milan, S'agitent de frayeur à l'aspect d'un bilan;*

" Les noms de loiiles les j>rantles villes de coiniacrce sont inscrits sur les murs de la grande nef de la H ourse.

Aux loges du plafond Foeil du croupier admire L'élégant agio paré d'un cachemire," Qui, des fades boudoirs fuyant le madrigal, Rêve le trois pour cent sur le lit conjugal. Ces banquiers féminins de scandaleuse histoire Fondent dans leur ménage un jeu contradictoire; Car, tandis que la baisse écrase leurs maris. En faveur de la hausse elles font des paris. De celles qui sont là courant à la fortune, Que j'en pourrais citer! surtout il en est une Qui, d'un nouveau parterre enviant les succès. Change ce temple grec en Théâtre-Français : ^ Elle vient exposer aux rentes incertaines Son fastueux hôtel de la nouvelle Athènes, Son pavillon d'été peint de vives couleurs. L'éblouissant écrin si connu des voleurs;^ Sous les piliers du nord que sa pelisse frôle , Elle semble d'avance étudier un rôle; Elle prête l'oreille aux clameurs du dedans, Puis, toul à coup elle entre avec les yeux ardcns;

Elle veut de l'attente abréger le supplice, Et l'on voit que le ciel la fit pour la coulisse.

0 chaos ! dans ce gouffre où préside le sort ,

A flots tumultueux la foule rentre et sort;

Les effrénés joueurs débordent péle-méle

Par le large escalier, par la porte jumelle,

Par tous les soupiraux ouverts aux quatre vents :

L'œil est halluciné par tant d'hommes mouvans.

Et que diriez-vous donc si notre capitale

Dans cet Erèbe impur parquait tous ses Tantale,

Tous ceux qui, tourmentés d'un démon clandestin,

Par leur agent de change assiègent le destin ?

En vain sous de faux noms leur prudence s'abrite,

Un seul coup fait crouler leur fortune hypocrite;

Aujourd'hui sur le char, demain ils sont dessous,

C'est la chance commune, eh bien! je les absous.

Mais de quel nom fl.étrir, de quel cachet de honte,

Celui qui, dans le poste où la faveur le monte.

D'un secret politique, en ses mains retenu.

Trafique pour son compte avant qu'il soit connu ?^

Sur le pouls de l'Etat qu'à toute heure il consulte,

Il règle lès succès de sa rapine occulte,

Et transportant la Bourse au palais Mont-Thabor , *

Aux périls du budget fait jouer le Trésor;

Puis, quand le jour arrive où le poids de la rente

Entraîne et laisse à nu sa ruine flagrante;

Quand, perdant à la fin ses frauduleux appuis.

Le liideux déficit se montre au fond du puits;

Il écrit un billet d'un ton de Jérémie.

Il dit qu'il ne veut pas survivre à l'infamie,

Et, conservant toujours la fraîcheur de son teint,

Il court s'asphyxier sur du charbon éteint.^

Voilà quel sol brûlant, quel infernal domaine Hante, les yeux bandés, la frénésie humaine! On frémit en songeant que dans ce lieu maudit Notre état financier a fondé son crédit. Sans doute il est dans l'homme une soif de connaître

Ministère des Finances.

Le résultat douteux de quelque chance à naître , ,C'est un instinct qui pousse à tenter l'avenir, Un besoin de hasard qu'on ne peut définir; Dès que le corps languit, dès que l'esprit s'émousse. D'une fièvre factice il leur faut la secousse; De tout temps par l'ennui les peuples obsédés Ont connu l'aiguillon des cartes et des dés; Chez l'homme ou chez l'enfant cette fureur abonde , Mais s'il existe un jeu flasque, nauséabonde, Depuis les dominos, les dames, les échecs, Jusqu'à l'antique oiseau renouvelé des Grecs, C'est cet absurde jeu qu'à la Bourse on vénère, Jeu triste, où l'on poursuit un or imaginaire. Où le ponte, noyé dans un froid corridor. Dans son heure de gain ne touche jamais d'or. Prosaïques joueurs, à face toujours blême, Rien ne séduit en vous! et vous n'avez pas même Devant ces escaliers par l'agio battus Ces vices des joueurs , beaux comme des vertus :

Votre jeu, c'est le jeu des âmes égoïstes. Puis lisez nos docteurs, lisez nos moralistes, Us n'ont, dans leurs écrits, pas assez de tisons Pour embraser le jeu parqué dans des maisons; Us se fondent en pleurs sur le trente et quarante. Mais ils ont un œil sec pour le jeu de la rente; Ils ne flétrissent pas ce pompeux Charenton Où le billet de mille est à peine un jeton. Où l'on pipe les dés, où la nouvelle fausse Nous fait sauter la coupe au moment d'une hausse , Où l'ingénu joueur connaît à ses dépens Que là chaque croupier lui dresse un guet-apens. Allez, vous faites bien: flétrissure complète A l'étourdi qui perd deux francs à la roulette ! Anathème à celui qui, dans son jeune élan, Se cave de cent sous aux tables de brelan! Qu'il soit partout honni! qu'un signe bien notoire Marque au front ce joueur, Caïn aléatoire!' Mais honneur éternel au ponte de bon ton.

Qui, dans le grand tripot, arrive en phaéton;* Qui, sur les fonds publics aux chances inégales, En face du soleil bâtit ses martingales; Qui, chaque jour, immole à ses dieux infernaux Les biens du fonds dotal et les paraphernaux; Qui vend sa conscience au profit de sa caisse. Aujourd'hui pour la hausse et demain pour la baisse , Et s'échauffe, suivant l'apparence du gain. Le matin pour Guizot et le soir pour Mauguin! Voilà l'homme d'honneur qu'on estime et qu'on fête ! Voilà donc la morale ainsi qu'on nous l'a faite! Pauvre marale! un jour peut-être nous verrons, Aux quatre socles nus qui bordent les perrons , La sainte banqueroute érigée en statue; Aux grands forfaits publics le siècle s'habitue, On traque aux boulevarts la roulette en plein air, Et le flegme des lois sauvegarde Kessner!*

Aux heures de la bourse, la place de ce palais est encombrée d'équipa{jes élégans.

Mkà^ÈÊÊm

Une nuit, l'Homme-Dieu qu'ici tu représentes, Après une agonie et des douleurs cuisantes. Se leva sur la pierre , inondé de sueurs : Le jardin se teignait de rougeâtres lueurs, La voix de l'assassin , le fer du satellite , Lui révélaient de loin l'émeute israélite;

Elle venait, cherchant dans son dernier chemin Le Juste qui devait mourir le lendemain. Que fit le Christ? îl but son calice d'absinthe; Et pourtant il avait, sous la colline sainte, Des disciples zélés dont l'immense concours Le suivait au désert, vivant de ses discours; Eh bien! sous l'olivier quand l'heure triste sonne, Au secours de sa vie il n'appelle personne, D'une agape de paix il baise son bourreau, Dit à Pierre: «Remets le glaive en son fourreau;» La suprême parole à sa bouche échappée Maudit l'homme de sang qui se sert de l'épée, Et, bon pasteur des Juifs et des Pharisiens, Pour épargner leurs jours il va donner les siens.

Ces scènes de douleur, ces paroles touchantes. Tous les ans une fois, Saint-Pierre, tu les chantes Un vendredi de mars, devant l'autel Sixtin;* Mais par malheur pour toi leur texte est en latin : C'est un poème heureux fait sur une agonie.

Un opéra fécond en effets d'harmonie, Qu'en féminins accords tes eunuques décens Portent vers la coupole avec des flots d'encens. Ah! si tu connaissais, pontife de l'EgUse, Cet Evangile saint qu'il faut que chacun lise; Ce livre que traça, sous l'œil même de Dieu, La main de Jean , de Luc, de Marc et de Mathieu ; Si tu méditais bien ces quatre Tite-Lives Dans leur simple récit du jardin des Olives, Résigné sans murmure aux maux que tu subis. Tu donnerais ton sang pour sauver tes brebis, Tu dirais à ton Dieu, d'une bouche chrétienne : « Que votre volonté soit faite et non la mienne. » Mais, hélas! aujourd'hui l'Evangile est pour toi Comme une Charte pure entre les mains d'un roi ; Evangile! si l'homme a pu te méconnaître, C'est toujours dans la ville où le ciel te fit naître! Qu'est devenu ce temps où l'humble Marcellin- Attachait à son front la tiare de lin; Où, pour manteau papal, revêtant le suaire.

11 tenait son concile au fond d'un ossuaire? Le pontife, étranger aux profanes débats, Ne prenait que la mort dans les biens d'ici-bas; C'était là le beau temps du premier Evangile; Les prêtres étaient d'or et les vases d'argile, L'Eglise avait un roi, mais il fermait les yeux Au royaume terrestre et les ouvrait aux cieux.

Aujourd'hui, voyez Rome où la Foi s'est tuée, La sœur de Babylone à tous prostituée; Où l'obscure débauche ouvrant ses arsenaux. Pour ses dignes amans choisit des cardinaux; Voyez ce Vatican, bazar de simonie.

Conservatoire impur de mondaine harmonie/* Profane muséum où chaque piédestal Expose pour statue un péché capital; Ce palais du pécheur et sa riche coupole, Où l'orgueil clérical fonda sa métropole; Partout flotte et s'épand, sur cette autre Sion, Les fétides parfums de la corruption.

Au milieu des vapeurs de cet empire immonde, Tu te révèles, toi, dieu terrestre du monde; Ton despotisme plat, par qui tout se détruit. Est un glaive de plomb : il égorge sans bruil. Tu n'as pas conservé, sous ta louche paupière, * Le dévorant regard des successeurs de Pierre: Imbécile vieillard, en vain tu t'es assis Dans la chaire d'Urbain et d'Alexandre-Six , Aux pontifes géans de notre moyen-âge Tu n'as pris que la soif de l'or et du carnage; Tu ne vas pas comme eux, ceignant le glaive aux reins. Affronter sur un char des sujets que tu crains. Et broyant les vaincus comme de mures gerbes. Pardonner aux soumis et dompter les superbes;^* Toi, du glaive de Paul armant des assassins,

Le tableau de M. Horace Vernet nous a appris au dernier salon que le pape a dans les yeux cette infirmité qui , du temps de Martial, était déjà à Rome l'emblème de l'hypocrisie.

Lumine lœsus.

Rem magnam prœstas, Zoile, si bonus es.

'Martial. ] Devise des Romains , Parcere subjectis et debdlare supeibos.

Tu bois du sang, couché sur tes riches coussins;

Le César Borgia qui te sert de vicaire,

Le sanglant Albani, ce cardinal sicaire,

En traversant le pont du château d'Adrien,

Ne dit plus aux Romains : Je suis César ou rien;*

C'est un valet obscur sans auréole antique,

Qui distille du sang à son creuset mystique;

Un prêtre cauteleux qui d'un sourire faux

Ne pardonne qu'aux morts pendus aux échafauds,

Bénit leur tombe ouverte et, semblable à l'hyène,

Promène sur les corps sa langue italienne.

Inflexible despote, il est digne de toi :

C'est ainsi que tu suis la charitable loi

De celui qui naquit sous un berceau de chaume;

Qui dans cet univers n'avait point de royaume;

Qui, de la charité cumulant les fardeaux.

Rapportait au bercail les brebis sur son dos.

Cœsar (tut nihil : c'est par ce cri que César Borgia répondil aux acclamations du peuple, en traversant sur son char triomphal le ])ont du château Saint-Ange [moles Jdriani).

0 pape glorieux! tes œuvres sont bénies; Ton nom latin prendra sa place aux litanies, L'Église doit te mettre au rang des saints élus, Sans attendre pour toi les cent ans révolus!* Déjà, de ton vivant, les miracles dociles Abondent à ta voix sans l'aide des conciles; Ton anneau de pécheur, bague du Vatican, Au signe de ton doigt se tranforme en carcan; Le bâton pastoral qui calme les tempêtes Est la masse d'airain qui fracasse les têtes, Et, sur l'écu béni de ton riche blason, Les clefs de paradis sont deux clefs de prison. Et puis tu te plaindras quand l'Italie esclave Entrera révoltée au tripot du Conclave, Jettera tout d'un bloc, dans l'égout des Tarquins, Moines, abbés, prélats, jésuites, franciscains. Et tressant un lacet des cordons de l'étole,

* D'après les règles canoniques, un saint ne peut obtenir la canonisation que cent ans après sa mort ; ce n'est que par pri\ ilèjjc exliaordinaire qu'on peut devancer ce terme.

Pendra tes cardinaux aux gonds du Capitole ! Oh! le jour où la croix que profane ta main Tombera sans retour du piédestal romain; Que Saint-Pierre, étalant sa coupole brisée. Servira de pendant à l'ancien Colisée, Et que la main de fer du vieux Transteverin ^ Fondra pour son budget mille cloches d'airain; Ne va pas sur ces maux faire un long commentaire, Accuser l'athéisme , ou Raynal , ou Voltaire ; Ne sois pas oublieux de ton règne assassin , Découvre ta poitrine et frappe-toi le sein; Ce beau culte chrétien qui dans Rome réside. S'il doit périr un jour, c'est par un suicide; Ce règne d'Ante-Christ , Dieu te le réserva; Ainsi ce que n'ont pu les Dèce, les Nerva, Les Néron, les Titus, les Trajan, les Galère, Après dix-huit cents ans un pape doit le faire. Et tu n'y songes pas , pontife ! tu t'endors

liCs Translpverins forment à Rome une classe de peuple qus piéleiid descendre de anciens Romains.

Sous le calme lambris de tes frais corridors ;

Au lieu de conjurer l'orage qui commence,

De lier le pécheur au joug de ta clémence,

Et de faire tomber, avec des mots d'oubli,

L'hysope du pardon sur Césène et Forli;^

Prêtre machinateur de sanguinaires ruses.

Tu t'es donné pour chef aux brigands des Abruzzes ; ''

Tes enfans, criminels pour réclamer leurs droits.

Ont trouvé la potence aux deux bras de ta croix ;

Du pieux Vatican l'arsenal symbolique

S'est fait matériel sur la place publique :

Cette fois, à la grâce opposant des refus,

Les foudres de l'Eglise ont trouvé des affûts;

Le gonfanon papal, promené dans les rues,

A, pour l'œuvre du ciel, enrôlé des recrues :

Régimens écumes dans les Marais-Pontins .

Des Vêpres de Césène , odieux sacristains ,

Ils ont défilé tous aux yeux de Saint-Aulaire;

Et quels soldats! Jamais sentine de galère.

Ou chaîne de forçats défilant deux à deux.

234 iNÉMÉSlS.

Sur le chemin d'un port n'en vit de plus hideux :

C'étaient des spadassins qui portent sur leur face

Ce teint cadavéreux que nul soleil n'efface;

Des reîtres vagabonds, de bas aventuriers,

Qui, sur les grands chemins , vont cueillir des lauriers ;

Des héros vendéens , experts aux embuscades ;

Des Suisses , tout brûlés du feu des barricades ;

Des braçi redoutés , de Calabre venus,

Sur la pointe des rocs bondissant à pieds nus ;

Des bandits qui, chargeant l'espingole assassine,

Attendent les mylords de ISaple à Terracine ;

De sauvages brigands armés de coutelas.

Des sigisbés vieillis, des gitons de prélats,

Posthumes héritiers des cinq villes maudites,*^

Pour les chances des nuits hideux hermaphrodites;

Voilà ceux que le pape, en style officiel,

Dans Rome a proclamés les défenseurs du ciel ! !

Oh ! c'est trop !.. Quand le chef de l'Eglise chrétienne

Cherche aux foyers du crime un bras qui le soutienne;

Lorsque, pour susciter à son Christ des vengeurs.

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11 fait un pacte infâme avec les égorgeurs, I^ chaire de Saint-Pierre est à jamais dissoute, De la papauté morte on peut chanter l'absoute; Le vieux château qui porte un ange aérien ^ Peut reprendre son nom de Masse-d'Adrien; Tout est fini dans Rome : une voix bien connue , Comme aux antiques jours tonnante sous la nue. Après les dieux d'Olympe expulsant Jéhova, Fait entendre ce cri funèbre : DiEU s'en va!! C'est toi , pâle vieillard , aux regards hypocrites , Qui dois justifier ces paroles écrites; Partout la terre tremble et révèle un volcan : Crains les ides de Mars, César du Vatican ! ! "^

.ÉSl. î.*.

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