AUX EXPIATELRS DU 21 JANVIER. 2.>S
Le sang liquéfié du monarque martyr.
Puis, quand des rois du ]\ord l'éphémère victoire
Rouvrit à ces intrus notre saint territoire ;
Quand le fourgon d'exil , si long-temps cahoté ,
Ramena dans Paris l'infecte royauté,
Ils vinrent, au sortir de leurs chaises de poste ,
Sur la place publique où fuma l'holocauste ,
Pour fouiller dans la cendre et, sur un froid tison ,
D'un haineux souvenir souffler l'exhalaison.
On contraignit le peuple à pleurer ses victoires :
La France se couvrit d'autels expiatoires ;
D'ignobles baladins, recrutés au hasard,
Entonnaient tous les ans la messe de Mozart ;
Chaque temple chrétien, de l'orgue au sanctuaire.
Enveloppait ses murs du linceul mortuaire;
La chaire résonnait de lamentables cris,
Et le prêtre, tonnant sur nos vieillards proscrits»
Lisait à haute voix, pour instruire l'enfance.
Le testament d'oubli qui rappelait l'offense.
Eh ! qui pleurait alors ? est-ce vous , courtisans , Radieux d'embonpoint, aux fronts chauds et luisans? A qui ferez-vous croire, impudens égoïstes, Qu'à point nommé ce jour savait vous rendre tristes, Et que du Luxembourg au vieux quartier du Bac, Chaque hôtel pour gémir consultait l'almanach ? Eh bien ! puisque les pleurs sont pour vous nécessaires, Inventez pour vous seuls d'autres anniversaires ; Votre palais des Pairs, au faubourg Saint-Germain, Sait comment on célèbre un sacrifice humain ; N'avez-vous pas vos lois et vos cours prevôtales ? Cherchez des noms, fouillez vos archives fatales, Un seul peut vous laisser cent ans de repentir : Le sang de Ney vaut bien celui du roi-martyr. Expier! nous, le peuple! ô parole d'impie! Le peuple est innocent, que veut-on qu'il expie.* C'est aux rois d'expier, avec leurs courtisans, Le sang du peuple à flots versé treize cents ans ; Expier! quand ces rois nous ont ouvert les veines Des murs de la Rochelle aux villes des Cévennes;