ÉPILOGUE
Tandem opus exegi.
Ovide.
J'ai promis , j'ai tenu : le poète s'en vante ; Douze mois ont passé sur Némésis vivante, Et cinquante-deux fois mes feuilles de vélin Ont transmis sans retard l'oracle sibyllin :
C'est l'instant du repos; je sais ce qu'il en coûte
A composer des chants que la patrie écoute ;
Ce qu'un pâle poète, en son calme réduit,
Verse de gouttes d'huile aux lampes de la nuit,
Et ce qu'il faut de vers, de rimes, d'harmonie
Pour fixer au chevet l'éternelle insomnie.
Heureux les écrivains , du public inconnus ,
Qui, dans cette cité, vinrent pauvres et nus!
Effroi des éditeurs et fléaux des libraires.
Ils ont tiré leur gloire à cinquante exemplaires ;
Depuis on les a vus, furetant les salons,
Armés de leurs vers froids, de leurs poëmes longs.
Baisant toutes les mains avec leur bouche amie ,
Marchant incognito droit à l'Académie,
Et là, le regard fier, la poitrine en avant,
Caressant à leur cou le cordon du savant.
Ils sont heureux : ils ont des honneurs et des rentes,
Des tapis d'Aubusson, des tables odorantes,
Un tabouret en Cour, une loge à Favart,
Un landau vernissé connu du boulevart ;