ÉPILOGUE
Elle suit pas à pas son maître faiblissant,
L'homme, enfin, on l'a dit, n'est qu'un roseau pensant :
Je fléchis; soutenu par des forces meilleures,
Du nocturne cadran j'ai trop compté les heures;
L'aube a vu trop souvent, quand Paris sommeillait,
Mes doigts laborieux errans sur un feuillet ;
J'ai couché tout un an au bivac poétique ,
Il est temps de dormir au chevet domestique;
Qu'ai-je dit? déroulant douze pages d'airain
L'histoire paternelle appelle mon burin. *
Là, du moins, sans armer de risibles colères.
J'obtiendrai le pardon pour mes chants populaires ;
Les voraces requins de l'Enregistrement
Ne viendront plus chez moi chercher leur aliment ;
Je n'ameuterai plus sur ma muse hardie
Les juges de la Seine et de la Normandie,^
Les scandaleux débats, les honteux guet-apens.
Qui depuis douze mois éveillent ses serpens
Ah ! j'avais deviné les clameurs que s'attire
* Allusion aux Douze Journées de i,.v Révolution.
L'audacieux frondeur qui lance une satire; Le vice est chatouilleux ; pour lui plaire il fallait Mettre un parfum de fiel dans un vase de lait, Teindre de vermillon ma vierge sibylline , Draper son corps velu de blanche mousseline, Donner à Némésis , quatre jours chaque mois, Le corsage de guêpe et le gant de chamois ; 11 fallait me rasseoir sur les bancs du jeune âge, Exhumer de Boileau l'élégant badinage , Critiquer en riant mes confrères rivaux Avec le ton exquis du galant Marivaux , Prendre au collet un nom dans la littérature , Un nom comme Quinault, d'éternelle pâture. Et le bien torturer, et le tordre en tous sens, Et comme un cri banal le jeter aux passans. Non, ma noble satire, avec des goûts contraires, Environna d'amour les hommes littéraires ; Elle n'a point troublé d'un injurieux vers Les noms contemporains par la gloire couverts; Elle eut toujours des fleurs pour les illustres lêles ,