ÉPILOGUE
Pour le front des guerriers , pour le front des poètes , Et descendue enfin de son griffon sans mors. Ma Némésis abdique , et n'a point de remords.
Un autre surgira; déjà, près de me taire,
J'appelle de mes vœux un nouveau sagittaire,
Le champ de la satire est long à défricher ;
Je remets mon carquois aux mains d'un autre archei",
Qu'un heureux successeur descende dans ma lice ,
L'arc que j'ai déposé n'est pas celui d'Ulysse ,
Tout jeune homme au doigt fort, qui sent sa puberté, ^
Comme moi peut le tendre au cri de liberté.
11 me faut maintenant, pour retremper ma vie.
Pour ressaisir la paix au poète ravie ,
11 me faut ce doux bruit que fait sur les essieux
La roue , aux clous de fer, roulant sous d'autres cieux ;
Il me faut au printemps ce vent frais qui restaure
Et joue au grand chemin dans les plis de la store.
Et ces panoramas que l'agile prison
Déroule à chaque instant au changeant horizon.
Oh '.quand j'aurai revu les collines aimées^ Les îles de parfum sur mon golfe semées , Les bois harmonieux , dont le feuillage amer Imite avec sa voix l'orchestre de la mer, Alors , si revient l'heure où tout homme se lève , Où l'on fait de sa plume une pointe de glaive; Si , pour venger encor les droits du peuple enfreints , Il faut mettre sur pied un corps d'alexandrins , Je prendrai de nouveau le casque et la cuirasse ; Dans l'arène battue où j'imprimai ma trace, deviendrai , comme Entelle, aux yeux des combattans Roidir un bras coimu qui combattit sept ans.
XXVn— L'IMPUISSANCE DU POUVOIR.
' La réunion Lointier.
Lointier était un célèbre restaurateur de la rue de Richelieu , où les principaux députés de l'opposition se réunissaient à certains jours.
- Vexé les fonds publics sous les doigts de Gisquet.
La Bourse a plusieurs fois été témoin de l'irruption d'agens de police, lorsque quelque rouerie télégraphique excitait de trop bruyantes réclamations.
^ Pour l'orphelin qui pleure.
Vous avez croassé des plaidoyers à l'heure.
On se rappelle toutes les homélies que les ministres ont fait entendre à la tribune sur les événemens de la Pologne.
^ Celui-ci, qui préside aux scolaires emplois, Garde encor la férule empreinte aux bouts des doigts.
Allusion à l'âge de M. de Montalivet, qui avait à peine trente ans lorsqu'il quitta le ministère de l'intérieur pour passer à celui de l'instruction publique, où d'ailleurs il n'est pas resté.
'• Cet autre a professé l'histoire d'Angleterre.
M. Guizot, le mînîstre-chroniqueur, a publié une collection de Mémoires sur l'histoire de la révolution d'Angleterre.
**" Vous qui, dans le sénat rangés en demi-lune.
L'opposition de droite et l'opposition de gauche.
' Qui ? seize hommes
En 1827, l'opposition ne comptait à la Chambre que seize membres bien prononcés; et cependant M. de Villèle perdit la partie. Parmi ces seize députés , on remarquait surtout les douze nommés à Paris, et qui étaient MM. le baron Louis, Alexandre Delaborde , Odier, de Schonen , Jacques Lefebvre , Vassal , Laffitte , Casimir Périer, Dupont de l'Eure , Ternaux , Benjamin Constant , et Royer-Collard.
* Comme les Suisses du dix-août
On n'a pas oublié la conduite des Suisses , aux Tuileries , le 10 août 1792. Plus des deux tiers périrent en restant fidèles à leur consigne et â leur serment.
- Guizot, Royer-Collard, Jars, Dupin,Beaujour, Teste. Tous ces messieurs défendirent l'hérédité de la pairie, comme
si , de loin, on leur eût montré leur place future dans la chambre haute.
" Cette nuit de frimaire au rougeâtre horizon.
Au siège de Toulon , les Anglais mirent le feu aux vaisseaux français qu'ils ne purent pas emmener, et prirent le large à la lueur de cet immense incendie.
Que l'Etna de Juillet.
Ce vers et ceux qui suivent ne doivent pas être pris dans leur sens propre ; l'auteur a sans doute voulu peindre l'espèce d'union , dans l'amour de la liberté , qui unit le peuple français et le peuple anglais, et cette sympathie qui fait qu'une commotion dans l'un des deux pays a presque toujours un écho dans l'autre.
^ Et vous, en lapidant la majesté des lords.
En 1831 , lors delà première discussion sur la réforme , le peuple se rua sur les maisons des membres de la chambre haute les plus opposés au projet, et, suivant l'usage immémorial du pays, se mit tranquillement à briser toutes les vitres. Mais comme , à Londres , les rues sont tenues dans un état de propreté dont nous n'avons pas une idée à Paris, il n'était pas facile de se procurer des i)ierres. Des enfans allaient en chercher au loin et en faisaient le commerce : un témoin oculaire et digne de foi nous a dit en avoir vu payer jusqu'à un schelling la pièce. Quelques émeutiers
trouvèrent plus simple et surtout plus économique de se servir de gros sous. Plusieurs lords trouvèrent le lendemain le plancher de leurs appartemens jonché de cette monnaie, qui put du moins les aider à réparer le dégât.
' Et la rue où l'on passe est notre Westminster.
Est-il besoin de rappeler que Westminster est le lieu consacré aux tombes royales? C'est le Saint-Denis de l'Angleterre.
' Six mois après
Le 21 janvier 1793.
^ Loiiis-d'Outre-Mer.
Louis XVIII.
' Chemina lentement la fourche dans les reins.
De Compiègne A Cherbourg , Charles X eut pour cortège des paysans qui , armés de fourches , étaient disposés à s'opposer à tout mouvement qui eût eu pour but de retarder le départ de la royauté déchue.
' Duvernet, expirant sous un plomb assassiri.
Le lieutenant général Moulon-Duvernet fut condamné à mort ix Lyon, le 19 juillet 1810. lî fut exécuté le 26, à cinq heures lUi matin.
^ Brune, accusateur mort du comtat Venaissin.
Le maréchal Brune fut assassiné à Avignon, dans une maison où il s'était réfugié , par une bande de misérables qui traînèrent ensuite son corps dans les rues, puis le jetèrent dans le Rhône.
^ Alors vous vous plaindrez
M. Barthélémy ne se doutait pas sans doute que, si peu dr temps après qu'il écrivait ces vers , la plupart de ses hypothèses seraient des vérités accomplies.
' Pour conseiller, Cottu
M. Cottu était conseiller à la Cour royale sous la restauration. On n'a pas oublié le ridicule qu'il s'attira par ses brochures, où grondait une colère si plaisante.
XXXL — A M. DE CHATEAUBRIAND.
' Un ordre sec parti d'une main inconnue Te rendait, pour disgrâce, à ta pauvreté nue.
Lorsque , sous M. de Villèle , le portefeuille des affaires étrangères fut ôté à M. de Chateaubriand , on donna à peine à l'illustre disgracié le temps de vider les lieux. M. de Chûteaubriand , en quittant son hôtel, n'écrivit à M. de Villèle que ce peu de mots : Je pars; maintenant le ministère est à vos ordres. En effet, le départ de M. de Chateaubriand , si souvent opposé aux volontés du président du conseil, laissait le ministère tout entier sous l'influence de M. de Villèle.
^ Tes sourdes paroles
Annoncèrent des fers aux cités espagnoles.
M. de Chateaubriand ayant rempli les fonctions de ministre plénipotentiaire au congrès de Vérone, où fut décidée la guerre d'Espagne , on doit croire qu'il ne fut pas opposé à cette détermination, ou, du moins, qu'il l'approuva dans toutes ses conséquences.
^ Le trio clérical
MM. de Latil , archevêque de Reims ; Tharin, évêque de Strasbourg , précepteur du prince , et Frayssinous , évêque d'Hermopolis.
^ Comme ceux que l'enfant sciait aux boulevarts.
Dans les trois journées de Juillet , des enfans s'occupaient , au milieu des balles, à scier les arbres des boulevarts, pour en former des barricades.
XXXIL— BRISTOL.
* En vain, pour vous prouver que votre île s'allume, Manchester a vingt fois retenti sur l'enclume.
Avant les désordres épouvantables qui ensanglantèrent Bristol, vers la fin de l'année 1831 , et dont la lenteur apportée dans la réforme fut le prétexte, quelques villes de l'Angleterre avaient déjà été agitées de violentes secousses. Manchester, ville peuplée
d'ouvriers, a plusieurs fois été le théâtre de dangereuses émeutes. On a vu jusqu'à cent mille ouvriers s'y donner rendez-vous pour y protester énergiquement de leurs droits et de leur volonté.
- Roland de la Gironde.
M. Barthélémy a voulu dire que Roland était poussé par les girondins; car ce ministre, mari de la célèbre madame Roland, était de Lyon. 11 vint au château sans boucles à ses souliers , ce qui était une grave infraction aux lois de l'étiquette. Mais, â cette époque, l'étiquette était la seule loi que les courtisans voulussent observer.
^ Les logogriphes de Chérin.
Chérin était un célèbre généalogiste et blasonniste. Il fut le père du général Chérin, un des officiers les plus distingués de l'armée française , l'ami et le conseil de Hoche.
^ Ni le noir écriteau qui transforme en mairie La nef de Germain-l'Auxerrois.
Après la révolution de Juillet, l'église Saint-Germain-l'Auxerrois fut fermée , et on cloua à son fronton un écriteau sur lequel était écrit : Mairie du 4^ arrondissement.
^ Ni l'hôtel moscovite aux cent vitres brisées.
Lors des événemens de Pologne , le peuple de Paris brisa les vitres de l'hôtel de l'ambassadeur russe.